‹ Histoire des connaissances chimiquesChapitre 19 sur 117 · CINQUIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CLASSE

Comiaissances relatifs à toutes les propriétés qu'il est pos-^ sible de reconnaître à chaque espèce de matière qui devient par id une sorte d individu correspondante Pindiindu orgamsé représentant t espèce végétale ou l'espèce ammate à laquelle il appartient.

52i J'ai parlé (29, 30) d'une forde attractive motécu-

bA NOTIONS CHIMIQUES.

laire, dont la tendance est de réunir les molécules de la matière ; on l'appelle cohésion quand les molécules réunies sont homog-ènes, et affimté quand elles sont hétérog^ènes; le produit de la cohésion est un agrégat^ et le produit de l'affinité une combinaison ou un composé. Nous avons vu la différence de la combinaison d'avec le mélange (31) : celui-ci est le fait d'un acte purement mécanique tandis que la combinaison est l'acte d'une cause physico-chimique ; aussi avonsnous vu la nécessité pour séparer des corps formant une combinaison de recourir à l'action de la lumière, à celle de la chaleur, à celle de l'électricité, ou encore à l'action de ces ag'ents en môme temps qu'à celle d'un corps autre que la combinaison (31, 32); ce corps ag^it, avons-nous dit, par affinité élective. Ainsi , supposons la combinaison représentée par deux corps A -4- B, vous ajoutez le corps C dans une circonstance déterminée, et vous mettez B en liberté en même temps que vous obtenez la combinaison A + C.

Voilà des actes, des phénomènes, essentiellement du ressort de la chimie. — Suivons -en les conséquences afin de voir ce qui la caractérise comme science spéciale, conformément à l'idée que j'en ai donnée précédemment (34) après avoir exposé mes motifs de ne pas la définir : la science de l'analyse et de la synthèse.

53, C'est donc en recourant à des agents physiques, la lumière, la chaleur, Télectricité ; à l'action d'une force chimique, l'affinité élective, que l'on parvient à vaincre l'affinité en vertu de laquelle des corps sont unis.

Supposons qu'en recourant à ces moyens de simplifier la matière complexe par l'analyse chimique, on arrive à isoler un corps dont il ne sera plus possible de rien séparer, c'est-à-dire dont on ne pourra séparer plusieurs sortes de matières, on dira que le corps est simple, conséquemment parfaitement distinct de tout corps composé dont on peut séparer plusieurs sortes de matières. Mais la simplicité du premier est considérée non d'une manière absolue, mais relative aux moyens d'analyse employés , de sorte qu'on ne prétend pas affirmer qu'un jour le corps réputé simple aujourd'hui ne pourra être décomposé.

Cette distinction du corps simple d'avec le corps composé est donc le résultat de la méthode a posteriori expérimentale.

54. L'objet de la chimie est la distinction de la matière simple ou complexe en corps nettement définis par f ensemble de leurs propriétés respectives, lesquelles rentrent dans trois groupes, les propriétés physiques, les propriétés CHIMIQUES elles propriétés orgânoleptiques.

66 NOnCXIS CUDOQUES.

Chaque corps ainsi défini est une espèce chimique. a) Propriétés physiques.

La première propriété physique qu'il importe de considérer dans les corps est leur attraction de pesanteur, en vertu de laquelle ils tendent vers le centre de la terre.

En prenant dans le vide le poids des corps réduits à l'égalité de volume et à une même température on en a la densité.

La duretéj la ténacité, la ductilité et V élasticité sont des propriétés physiques.

L'attraction de cohésion rapprocherait au contact réel les molécules des corps, s'il n'existait pas, pour la combattre, une force répulsive qu'on assimile à la chaleur. L'état soUde, l'état liquide et l'état fluide élastique des corps sont le résultat des rapports mutuels de ces deux forces.

Enfin, au point de vue des propriétés physiques, les corps doivent être examinés encore relativement à leur felculté de conduire la chaleur et à la quantité qu'ils en contiennent respectivement, propriétés appelées cofiductibilitéj chaleur spécifique et chaleur latente.

Les propriétés physiques comprennent enfin les modifications que les corps font éprouver à la lumière, à l'électricité, au magnétisme, et des modifi-

ÎWTIONS aiIMIOCES. 67

calions qu'ils en peuvent recevoir, tant que ces modifications ne rentrent pas dans les propriétés c/umques. En définitive les propriétés physiques ne changent pas la nature du corps : si elles donnent lieu à des mouvements , comme l'électricité et le magnétisme, ces mouvements affectent des corps placés à une distance perceptible à la vue.

6) Propriétés chimiques.

Pour que celles-ci se manifestent, les corps doivent être placés au contact apparent etla conséquence de cette condition est que les corps soient réduits au maximum de division.

Cette action au contact apparent distingue les propriétés chimiques du plus grand nombre des propriêtès physiques.

Les propriétés physiques et les propriétés chimiques se manifestent hors de nous.

c) Propriétés organoleptiqueSé

Leâ propriétés organoleptiques, au contraire déë propriétés physiques et des propriétés chimiques, sont en

nous.

Sans doute la lumière est réfléchie et absorbée intégralement par certains corps : elle est réfléchie et absorbée non intégralement par d'elutres corps

indépendamment de nous, mais le blanc, le noir, les couleurs sont en nous, ce sont des sensations que nous percevons; il en est de même des sensations du chaud et du froid; il en est de même encore des différents tons perçus par Vintermédiaire de Tair ou de tout autre corps sonore; les mouvements vibratoires sont bien les causes du son, mais les sons perçus sont en nous, et ils résultent d'un certain nombre de vibrations , de sorte qu'au-dessous et au-dessite de ce nombre, nous sommes insensibles à ces vibrations. Les saveurs et les odeurs me semblent devoir être attribuées à des mouvements vibratoires que les corps sapides et les corps odorants excitent dans Torg'ane de g'oût et l'organe de l'odorat.

J'étends les propriétés organoleptiques aux aliments dont la matière s'assimile à nos organes, aux remèdes, aux poisons, aux miasmes, aux virus, aux venins, enfin à toute matière capable d'agir dans l'intérieur du corps des animaux.

Enfin les propriétés organoleptiques se manifestent dans les animaux et dans les plantes.

55. \J espèce chimique, dans les corps simples, comprend une collection d'échantillons identiques par leurs propriétés physiques, leurs propriétés chimiques et leurs propriétés organoleptiques, dont on n'a pu séparer plusieurs sortes de matières.

L'identité de propriétés des divers échantillons suppose qu'avant la comparaison de ces échantillons ceux-ci ont été pris dans des circonstances identiques, car il est évident qu'un échantillon de soufre solide n'est pas identique, quant à son état, à un échantillon de soufre liquéfié ou réduit en vapeur. Mais ce qu'on veut dire c'est qu'on peut transformer le soufre liquide et le soufre en vapeur en soufre solide, et celui-ci en soufre liquide et en soufre en vapeur, en plaçant les échantillons divers dans des circonstances convenables.

56. U espèce chimique, dans les corps composés, comprend une collection d'échantillons identiques par la nature des éléments, la proportion de ces éléments et l'arrangement de leurs atomes.

La définition de l'espèce prise dans les corps composés est une conséquence de l'observation. Ainsi :

V Un corps A uni séparément aux corps B, C, D, donnera autant de composés distincts ÂB, ÂG, AD...

De là cette conséquence qu'une cause de difîérencop dans les propriétés des corps composés est la nature diverse des corps qui sont en combinaison chimique.

2* Un corps A susceptible de s'unir en plusieurs

proportions définies avec un même corps B donne autant de composés distincts qu'il y a de proportions définies différentes.

De là cette conséquence qu'une cause de difîérence dans les propriétés des corps composés est la différence des proportions suivant lesquelles les corps se sont combinés.

3* Les mêmes corps unis dans la même proportion sont susceptibles de produire des composés divers. On ne peut expliquer ce fait de l'observation et de Texpérience qu'en, admettant une différence dans l'arrangement des molécules ou des atomes des composés des mêmes éléments unis en même proportion, lesquels composés présentent des ]propriétés différentes.

Les corps qui sont en ce cas s'appellent composés isomères.

57. Il existe des combinaisons indéfinies d'un même corps hydraté en plusieurs proportions définies que je dois mentionner, ce sont les solutions aqueuses de l'acide phosphorique uni à un atome, à deux atomes et à trois atomes d'eau.

La solution de l'acide monohydraté précipite l'albumine de l'œuf en caillé blanc, et l'azotate d'argent en un précipité pareillement blanc.

La solution des acides bihydraté et trihydraté ne coagfule pas l'albumine, et la solution de l'acide bihydraté précipite l'azotate d'argent en blanc, tandis que la solution de l'acide trihydraté le précipite en jaune.

J'explique ces résultats de la manière suivante :

L'acide phosphorique, dans ses trois combinaisons définies avec l'eau, est dans trois états moléculaires différents. La différence de ces états se man^ feste par les proportions définies différentes d'eau auxquelles il se combine et par les propriétés qui distinguent respectivement les trois hydrates.

Si la cause première des trois hydrates n'était pas dans Visomérisme (56. Z\ c'est-à-dire une différence d'arrangement moléculaire des atomes de l'acide phosphorique, je ne vois pas pourquoi, dès que les acides monohydraté et bihydraté seraient dissous dans l'eau, ils ne passeraient pas à l'état d'acide trihydraté, état vers lequel ilis tendent, car leurs solutions atteignent cette limite après neuf, dix, onze et douze mois,

S8. Le caractère spécifique de la chimie, comme science, est donc la distinction de la matière en espèces définies par l'ensemble de leurs propriétés respectives.

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