‹ Histoire des connaissances chimiquesChapitre 38 sur 117 · DU DÉVELOPPEMENT DES ÊTRES VIVANTS · texte numérisé non relu

DU DÉVELOPPEMENT DES ÊTRES VIVANTS

i4Sf! L'étude approfondie des individus, plantes ou animaux, portant sur Fensemble de leurs fonctions, sur leur développement et leur dépérissement, depuis la formation de l'embryon jusqu'à la mort, est en histoire naturelle et en physiolog^ie d'une extrême importance pour apprécier toute la valeur des principes que j'appelle de l'état antérieur et de F état ultérieur. *Ces principes ne sont pas de ma part des a priori; je les ai déduits d'une critique émanée de la méthode a posteriori, et à cette origine se rattache la valeur que je leur attribue en histoire naturelle, en anatomie comparée, et même en physiolog'ie. Peut-être me dira-t-on qu'ils ne diffèrent point

essentiellement du principe des causes finales. Je répondrai que je suis le premier à le reconnaître ; mais le principe des causes finales, expression de la méthode a priori, a donné lieu, dans l'applicatioii, à tant* de critiques justement fondées, qu'en en faisaiit usag'e, j'aurais cru donner le changée sur ma pensée en paraissant braver des critiques que je trouve justes. Je n'ai donc point hésité à formuler le principe de F état antérieur et le principe de tétat ultérieur, parce qu'il •est impossible d'en méconnaître l'origfine a posteriori dans toutes les circonstances où je m'en sers. D'ailleurs, avec ma conviction de la faiblesse de l'esprit humain et mon amour du vrai, je suis toujours heureux d'arriver à un but où d'autres arrivent guidés par une méthode différente de celle qtte fai^choisie.

149. Lorsque l'habitude restreint le travail du^iaturaliste à de pures descriptions, qu'il jug*e pqiivoir satisfaire à la méthode naturelle parce qu'il a sigiïalé des analog^ies et des différences dans une séyie d'êtres qu'il rapproche ou éloigne d'espèces connues et déjà classées, il ne peut résulter rien de grand, à l'époque actuelle de la science, d'un tel travail descriptif et de pure imitation.

D'un autre côté, si l'anatomiste, après avoir pris un même organe dans une série d'animaux, avec rintention d'en faire une étude comparative, afin de

le connaître aussi bien que possible; si, en outre, après avoir étudié successivement, et toujours comparativement, d'autres or^nes, il s'arrête à ces éludes sans restituer aux êtres concrets les org^anes qu'il en a séparés, afin de les étudier au point de vue abstrait, il s'exposera à imag*iner de pures hypothèses, dénuées de conclusions réelles. Pour que les conclusions de Tanatomiste aient une sig*nification définitive, les org^anes qu'il a étudiés abstractivement et comparativement doivent être ramenés aux individus concrets auxquels ils appartiennent respeclivement, afin qu'en les étudiant dans leur ensemble, la science puisse s'en représenter la connexion et leurs fonctions, et soit capable de se faire une idée de ces individus au double point de vue de Tanalomie et de la physiolog^ie, c'est-à-dire expliquer les fonctions par le jeu des organes préalablement étudiés dans leur structure, leurs connexions et leurs propriétés.

150. Quelle est donc la dernière conséquence de tout ce qui précède ? C'est que les sciences naturelles ne concernent en définitive que le concret;

Que ce concret n'est connu de l'homme que par ses propriétés, ses q^ialités, ses attributs;

Que, pour connaître ae^ propriétés, ces qualités, ces attributs, la faiblesse de son esprit l'obligée à les étu-

(lier isolément et comparativement dans une série d'êtres analog^ues;

Que ces études faites n'ont de sig^nification réelle qu'à la condition expresse que les connaissances des propriétés, des qualités, des attributs, fruits de l'étude abstraite et comparative, feront retour par voie de synthèse aux objets concrets desquels V analyse les avait momentanément séparés.

On ne peut donc admettre que des propriétés, des qualités, des ûftW^w/îy séparés Anconcret, afin de les étudier séparément et comparativement, puissent former un système de connaissances indépendantes du concret auquel elles se rattachent. Évidemment un tel système ne comprendra que des parties ctun tout; des entités, des abstractions néalisées, dénuées de tout caractère d'une science positive,

151 . Quand l'étude de l'être vivant, faite coinme je viens de le dire, est revenue à son point de départ, elle a réuni les connaissances propres à montrer la g^randeur de l'harmonie des principes qui concourent au maintien de la vie de cet être, depuis le moment où deux substances émanées l'une du niâle et l'autre de la femelle, se sont confondues en une seule susceptible de s'accroître plus ou moins rapidement aux dépens du monde extérieur, sous la forme essentielle à son espèce; forme reçue de ses

parents, qu'elle transmettra à d'autres individus semblables à elle-même; et la condition de perpétuer la forme spécifique une fois satisfaite, les éléments de r individu se sépareront de la matière pour rentrer dans le réser^mr commun.

152. Que Ton réfléchisse à la durée d'une vie d'homme susceptible de dépasser un siècle et plus, malgré des maladies héréditaires, malg^ré des maladies dont les causes viennentdudehors,etrespritsera sans doute frappé de cette long^ue durée ! Il ne la comprendra qu'en déduisant de l'enchaînement des causes aux effets qui se manifestent dans ce g»rand phénomène à' une vie séculaire, la nécessité &&& principes de féiai antérieur et de tétat ultérieur : et cette nécessité apparaissant encore dans la contemplation de la vie rapide de Y éphémère et de Yinfusoire, la contemplation des extrêmes fera rentrer tous les intermédiaires dans le même point de vue, et donnera ainsi la plus grande généralité aux deux principes.

Et franchement, sans ces principes, comment concevoir la permanence des formes spécifiques, sous lesquelles nous apparaissent les êtres vivants? Les variétés des plantes obtenues de semis, et les variélés d'animaux domestiques, loin d'être invoquées en faveur de la variabilité des espèces, sont à mon sens un puissant argximent à l'appui de leur fixité ! Au-

trement, comment concevrait-on les difficultés que nous éprouvons à maintenir des modifications produites par la culture et le climat ou par la domesticité, lorsque nous les jugfeons propres à satisfaire nos besoins ou nos jouissances? Dès que ces êtres modifiés cessent de se trouver dans la sphère des causes de leurs modifications, celles-ci tendent à s'effacer; et si le retour au type originel ou spécifique n'est pas parfait, incontestablement la tendance à cette forme, plutôt qu'à toute autre, devient manifeste à tous les yeux, et les différences qu'on peut observer sont des effets dig^nes d'être notés par la science la plus précise!

153. Je cite des exemples propres à montrer l'application des principes de ïétat antérieur et de Tétai xdténeuT.

On a dit que des embryons d'espèces diverses, à une certaine époque de leur vie, ont une même forme; on en a conclu qti'ils sont les mêmes, et que si plus tard les uns deviennent {ks animaux dune organisation supérieure à celle des autres, c* est par la raison que ceux-ci ont subi

tm ARRÊT DE DÉVELOPPEMENT.

Conclusion qui a été érigée en /M)n> qualifiée de transcendante.

Je me garderai bien d'en discuter sérieusement les détails; je me bornerai à TCiox\iveT(\\{ expression de

AVEC L'IHSTOIIVE DES ÊnSES VIVANTS. 189

rieur, vous conclurez que la similihide des embryofis corn- (Mirés n'était qu apparente et non pas réelle.

On voit que si avec raison je rejette Y opinion de la préejistence des germes, j'admets que du moment où un embryon est formé de la substance du màlé et de la substance de la femelle, il a en lui tout ce qui est nécessaire au développement de la forme de ses parents, producteurs de la sienne.

Je dis d'après cela : partisans dune théorie tramcen^ danie, vous raisonnez d'après une apparence absolument opposée à l'observation la plus exacte et la plus conforme à la méthode a posteriori expèrimentak; vous êtes donc en dehors de la science positive.

157. Si maintenant vous prétendiez qu'en disant les formes des e?nbri/o fis semblables vous ne les dites pas IDENTIQUES, ct quc VOUS n'admettez pas qu'en se développant ultérieurement, elles affectent des formes autres que celles des parents leurs producteurs, à mon tour je demanderais ce que sig'nifie la qualité de transcendante donnée par vous à votre hypothèse, et vos motifs pour l'opposer à une théorie qui ne vous inspire que du dédain et dont cependant vous reconnaissez les conclusions exactes ? Soyez convaincus qu'il n'y a de grand et de beau dans la science que le vrai dont la démonstration peut être donnée.

190 UAi'PORÏS DE LA CUIMIE AVEC L'HISTOIBE, ETC.

158. Enfin ce que je demande à ceux qui cultivent la science des êtres vivants, c'est de ne jamais oublier que la philosophie ne réside pas dans des considérations abstraites. En les supposant exactes elles ne sont que transitoires, et dès lors elles doivent faire retour aux êtres vivants desquels l'analyse les a séparées pour les bien connaître, et c'est au moyen de cette synthèse finale qui les réunit, qu'on rend compte do l'intimité de leurs rapports et qu'on parvient à concevoir l'harmonie merveilleuse des fonctions des êtres vivants à laquelle rien dans la nature n'est comparable !

quatrièlMe division.

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