ON DÉDUIT POURQUOI ON NE PEUT APPLIQUER
LA ilÉTHODE NATUREÎXE A LA CLASSIFICATION DF^ ESPÈCES
159. Nous avons vu que ï espèce chimique simple ou complexe appartient au concret; qu'en contractant une combinaison avec une autre espèce, elle est susceptible d'en constituer une troisième; que l'espèce chimique, en se décomposant, se réduit en diverses espèces. Nous avons vu qu'un très-grand nombre d'espèces, simples ou complexes, sous l'influence de la chaleur, passent de l'état solide à l'état liquide et à l'état aériforme sans éprouver d'altération dans leurs constitutions respectives; enfin nous avons admis que les individus dont Tag'rég'ation constitue un objet sensible à nos sens sont identiques, et tant
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que Tespèee à laquelle ils appartiennent persiste, ils manifestent toutes les propriétés que présente l'espèce dans des circonstances déterminées.
160. Vesj)èc€ vivante est représentée par des individus qui, comme V espèce chimique, sont le concret.
Mais tous les individus ne vivant qu'à la condition de conserver leur essence spécifique, ne peuvent éprouver aucun de ces changements que présente V espèce chimique^ soit qu'elle se combine avec une autre, soit qu'étant complexe, elle se simplifie en se décomposant.
Cliaque individu vivant change de forme plus ou moins depuis sa naissance jusqu'à sa moi-t, et la succession de ses changements est continue.
Tous les individus d'une même espèce vivante ne se ressemblent pas entre eux ; de là des distinctions de sous-espèces, de races, de sous-races et de variétés, selon que les individus se distinguent les uns des autres par des diflerences plus ou moins grandes.
IMPOSSIBILITÉ d'établir POUR LES ESPÈCES CHIMIQUES VM CLASSIFICATION CORRESPONDANT A LA CLASSIFICATION DES ÊTRES VIVANTS FONDÉE SDR LE PRINCIPE DE LA MÉTHODE NATURELLE.
161. Puisque le principe fondamental de la méthode naturelle a pour objet de composer des g^roupas de différents ordres, dont les êtres compris dans un même gproupe ont plus de ressemblance mutuelle qu'ils n'en ont avec les êtres compris dans tout autre groupe d'ordre correspondant, k même être ne petit êbre placé dam deux groupes à la fois. Or ce principe une fois énoncé, et suivi dans ses conséquences relativement à la classification des espèces chimiques, rend impossible l'application de la méthode naturelle à ces mêmes espèces.
162. En effet, une classification des espèces chimiques aussi conforme que possible au principe de la méthode naturelle, ne peut ne pas comprendre dans un même groupe de corps complexes des composés identiques par un de leurs éléments, puisque l'espèce composée comprend deux catégories de propriétés chimiques : des propriétés exercées par l'affinité qui est la résultante des principes constituants de l'espèce, et des propriétés exercées par ses élé-
ments lorsqu'ils se séparent. On voit donc que, quelle que soit la nature des composés binaires, la condition de plus grande analog*ie pour leur classification est d'avoir un élément commun, puisque celui-ci en quittant l'autre donnera un même phénomène pour la série de tous les composés binaires dont cet élément fait partie.
165. Cela posé, supposons des composés binaires. Dans chacun d'eux il existe un principe électro-négatif ou comburant et un principe électro-positif ou combustible. Eh bien, g'roupera-top les composés en prenant le principe électronégpatif pour élément commun, ou fera-t-on le contraire?
A. Composés binaires ayant B. Composés binaires ayant le principe électro^négatif le principe électro-positij commun. commun»
COMPOSES OXYGÊRAS.
COMPOSÉS FEaB£S«
Oxygène + chlore-
Fer +
oxygène*
brome.
chlore.
iode.
bromcà
soufre.
iode.
sélénium.
soufre
phosphore^
sélénium.
arsenic.
phosphore.
fer.
arsenic.
164. D'après le premier principe de clcissificalion (A) vous faites un groupe Irès-nombreux d'espèces composées chacune ^oxygène et d'wn corps combustible. Le caractère commun à toutes ces espèces sera tiré de leur décomposition en ojygène et en un corps combustible de nature variable.
D'après le second principe de classification (B) vous faites un g-roupe très- nombreux d'espèces composées chacune de fer et d'un corps comburant. Le caractère commun à toutes ces espèces sera tiré de leur décomposition en fer et en un corps comburant variabœ.
Dans la première classification, les oxydes *de fer, de nickel, de cobalt, de chrome, etc., etc., seront associés.
Dans la seconde classification, les oxydes de fer seront associés aux sulfures, aux chlorures, aux bromures, aux iodures.... de fer.
165. Direz-vous qu'il est plus simple d'associer les oxydes de fer aux oxydes de nickel, de cobalt^ de chrome, étc.^ que de les associer aux sulfures, aux chlorures, aliX bi^omures^ aux iodures de fer, etCi?
On répondra par le faiti
1"* Que dans la nomenclature chimique de La-
voisier, de Guyton, de BerthoUet et de Fourcroy on a adopté le premier principe;
2*^ Mais que dans Fenseig^nement oral et écrit gfénéralement on suit le second principe.
Et dans cette manière de procéder on ne peut prouver qu'il y ait contradiction, manque de logique, par la raison que ce ne sont pas seulement les propriétés de l'espèce chimique composée qu'on étudie lorsqu'elle ne se décompose pas; mais encore les propriétés qu'elle manifeste lorsque ses éléments en se séparant constituent d'autres espèces. Or les réactions exercées par les éléments de l'espèce, ont une extrême importance en chimie, et il faut dire que les réactions des oxydes de fer seront les mêmes, quelle que soit la place qu'ils occupent dans des classifications.
166. C'est cette circonstance de dynamique chimique où les éléments d'une espèce se séparent ou s'unissent pour constituer des espèces différentes de celles qu'on a mises en présence, qui distingue éminemment la chimie de la botanique et de la zoologfie dont les espèces n'existent qu'à la condition de l'intégrité complète des individus qui les représentent. C'est cette condition que respecte le principe de la naéthode naturelle d'après lequel une espèce vivante ne peut occuper deux places dans la classi-
ficaUon. Dès lors vous ne pouvez associer un mammifère avec un oiseau, un cheval avec une poule, tandis qu'en chimie vous êtes à l'abri du reproche d'avoir commis une absurdité scientifique en plaçant les oxydes de fer dans les composés oxygénés ou bien dans les composés ferrés.
Il y a plus, c'est que les savants qui ont eu le plus de prétention à faire des classifications naturelles les ont généralement bornées à la coordination des corps simples entre eux ; et on le conçoit parce que, la difficulté signalée plus haut (163) pour la classification des composés binaires n'existant pas, les corps simples peuvent être comparés ensemble sous tous les rapports, même lorsqu'ils entrent en combinaison avec quelque corps, ou qu'ils opèrent des décompositions.
167. Mais la prétention d'assujettir à une classification naturelle les espèces de la minéralogie manque de fondement, parce que le minéralogiste serait dans la nécessité de faire entrer, dans la classification, des corps que le naturaliste n'est pas censé connaître, puisque se trouvant dans la nature à Tétat de gaz invisible ils ne peuvent être décrits que par le chimiste. Enfin les espèces minéralogiques étant en réalité les espèces chimiques, et le nombre de celles-ci étant bien plus grand que le
nombre des autres, on ne voit pas comment il serait possible au minéralogiste de faire une classification naturelle qui ne se composerait que d'un petit nombre des espèces chimiques offertes par le monde minéral à l'observation du naturaliste.
QUATRIÈME LIVRE