‹ Histoire des connaissances chimiquesChapitre 41 sur 117 · PRÉFACE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

PRÉFACE HISTORIQUE

160. Dans rintroduction à mes Considérations générales sur Fanalyse organique et sur ses applications (1), j'ai dit : ... « Convaincu de la nécessité « d une méthode pour faire cesser cet état de cho- «868, et sachant les conditions qu'il fallait remplir « avant de l'établir, j'ai mis toute la persévérance ^ «dont je suis capable dans mes recherches sur les «produits de l'organisation : au lieu de tendre à « faire ce qvCon appelle une découverte y je me suis sur- « tout attaché à soumettre une même matière orga- « nique à des procédés d'analyse différents, soit par «la nature des réactifs employés, soit par les cir-

(i] Publiées en 182149 page iv.

M constances des opérations, afin d'apprécier Texac- « titude relative de chaque procédé. »

170. L'analyse immédiate appliquée aux matières astringpentes, aux matières colorantes et aux corps gras, conformément à ces idées, me conduisit d'abord à coordonner mes recherches spéciales chacune sous la forme méthodique, puis à coordonner celles-ci sous la forme d'une méthode g^énérale dont l'exposé est l'ouvragée dont je viens de reproduire le titre. Il est le fruit des expériences qui m'occupèrent depuis 4806 jusqu'en 4824.

171. Ce fut dans la disposition d'esprit dont je parle que, lié avec Ampère et Frédéric Cuvier d'une amitié à laquelle la mort seule a mis un terme, la classification des connaissances humaines devint durant plus de quinze ans, entre nous trois, un sujet constant de discussions. Ampère nous exposait les idées qu'il a réunies plus tard sous le titre d'Essai sur la philosophie des sciences, et dans chacune de nos conférences les discussions duraient des heures entières.

172. En me rappelant ces conférences, plus de quarante-cinq ans après leur commencement, j'é-

prouve le besoin de dire quelques mots de la disposition d'esprit que chacun de nous y apportait.

175. Ampère admirait Descartes : il était simple étudiant, encore enfant, quand il lut V éloge par Thomas du grand philosophe français, et dès lors s éveillèrent en lui le sentiment d'admiration pour ce puissant esprit et le goût des sciences ; c'est Ampère qui le disait : il y a effectivement plus d'une ressemblance entre les esprits de Descartes et d'Ampère.

Le génie mathématique leur était incontestablement commun ; tous les deux sentaient le besoin de sortir de V abstraction mathématique pour méditer sur les phénomènes du monde visible , et étudier le monde physique , ou, ce qui revient au même , le concret: et tous les deux encore, non satisfaits de ces études, aimaient à s'élancer dans le monde invisible de la métaphysique.

174. Si, pour le savant comme pour le vulgaire, de tels besoins dénotent de grandes et de nobles inteUigences, reconnaissons l'impossibilité d'y satisfaire, tant ils dépassent les limites des facultés de l'individu-homme, quelque reculées qu'on les suppose!

206 LA PlilLOSOPUlK NATUUELLI^.

Par exemple , que pouvait expliquer Descartes à une époque où tous les phénomènes du monde se réduisaient, pour le philosophe, à une matière inerte recevant le mouvement d'une impulsion extérieure? où presque tous les phénomènes, si variés et si nombreux, que manifestent les diverses espèces de corps sous r influence des forces appelées chaleur, lumière, électricité et mag'nétisme, étaient inconnus, aussi bien que les phénomènes que nous rapportons aux actions chimiques?

Certes, nous ne nous plaindrons pas que Descartes ait trop écrit, mais, selon plusieurs savants , sa gloire aurait gragné à ce que ses publications eussent été restreintes à ses découvertes mathématiques, et aux seules questions de physique et de philosophie ([u'îl a résolues. Nous apprécions le motif de cette opinion en ne voyant que la gploire du savant ; maïs si Ton considère avec nous les lumières que la psycliolog-ie retire de Tétude approfondie des grandes intelligences, une publication restreinte ne donnerait plus Tidée du Descartes que nous connaissons, et, quelque sévèrement qu*on jugé plusieurs parties de sa philosophie, et sa physique^ ne serait-il pas fâcheux qu'on ne connût pas des écrits propres à révéler aux penseurs la cause des erreurs qu'il a commises?

LA PHILOSOPHIE NATLUELLE. 207

175. Le premier précepte de Descartes est ainsi formulé (1) :

(» Le premier était de ne recevoir aucune chose « pour vraie que je ne la connusse évidemment être «telle; c'est-à-dire d'éviter soig-neusement la pré- «cipitation et la prévention, et de ne comprendre «rien de plus en mes jug^ements que ce qui se pré- « senterait si clairement et si distinctement à mon fl esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mot- « tre en doute. »

176. Ce précepte ne m'a jamais paru clair; et après avoir tenté de l'appliquer dans mes recherches, j'en ai attribué le manque de clarté , le défaut de précision, à une pétition de principe d'abord, et ensuite à la confusion de ce qui est un précepte avec ce qui en est la conséquence.

« Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je rie la connusse évidemment être telle. »>

Mais qu'est-ce qu'on doit attendre d'un précepte, d'une méthode? Evidemment c'est le moyen de connaître la vérité : mais, pour prévenir toute ambigxiïté^ distinguons d'abord les deux sens dont cette phrase est susceptible,

(i) Œuvres de Descartes^ édition de Cousin^ tome I^ pa«e i4i.

Premier sens. L'esprit d'inveslig-alion veut découvrir une vérité qui lui est cachée.

Deuxième sens. L'esprit critique veut reconnaître si une proposition donnée comme vérité en est une réellement.

Le premier sens sig'nifîe qae la vérité est à découvrir.

Le deuxième sens suppose une proposition découverte, que la critique examine pour savoir si elle est vraie comme on Tavance.

Sans aucun doute, ce sens est celui du premier précepte de Descartes.

Or ce précepte ne donnant pas le moyen, mais le résultat sans h moyen, est bien à mon sens une pétition de principe.

«... De ne comprendre rieq de plus en mes jug*e- « ments que ce qui se présenterait si clairement et « si distinctement à mon esprit, que je n'eusse au- « cune occasion de le mettre en doute. »

Évidemment ce n'est pas là un précepte : car si c'en était un, que d'avocats, que de [professeurs, je ne dis pas que de sophistes, avec une parole éloquente ou simplement un discours clair et précis, vous feraient prendre pour des vérités des choses imaginaires, inexactes ou fausses?

Qu'y a-t-il d'exact dans les paroles de Descartes? C'est qu'une proposition démontrée vraie a pour consé-

LA PHILOSOPHIE NATLUELLE. 209

quence la clarté et la précision. Mais on ne peut avancer comme précepte quune idée claire est vraie, à cause de sa clarté même et de la f€Uîilité avec laquelle l'esprit la comprend.

177. Les préceptes 2, 3 et 4 me paraissent clairs pI vrais. Ils s'appliquent à la recherche de Tinf^onnu, mais je ne les trouve pas suffisamment développés : et dans Tordre log^ique il me semble qu'ils devraient précéder le premier; car, à mon sens, celui-ci est plutôt un critérium propre à apprécier le degré de certitude des choses découvertes qu'il n'est un moyen de faire découvrir ces choses, conune je Tai dit plus haut (176).

178. Je ne doute pas que, si Descartes eût plus souvent appliqué d'une manière rig'oureuse, à l'élude des phénomènes du monde visible, les préceptes qu'il a donnés, il ne les eût modifiés dans l'expression, parce qu'alors il eût senti la nécessité d'indiquer des critères dont il s'est abstenu déparier; enfin les applications qu'il en eût faites l'auraient conduit à reconnaître comme erronées des propositions données par lui pour des vérités.

179. Qu'Ampère n'eût cultivé que les mathématiques, jamais la pensée ne lui serait venue de faire nne classification des connaissances humaines;

mais parce qu'il possédait des connaissances profondes en physique et en chimie, des^ connaissances réelles en histoire naturelle, et que ses études littéraires avaient été excellentes (1), la classification qu'il méditait ne pouvait lui paraître une témérité de la part de son esprit.

180. Deux circonstances me parlaient en faveur des idées d'Ampère, son âg*e dépassant le mien d'une douzaine d'années à peu près, et ma profonde estime pour son g^énie ; mais d'autres circonstances ag'issaient différemment pour atténuer l'effet des premières : d'abord l'indépendance de mon esprit, la disposition où je suis de me rendre un compt(* exact de la diversité des manières dont les esprits divers procèdent à la recherche de l'inconnu, enfin l'ardeur religieuse , l'épithète est vraie, que je me connais dès l'enfance pour la vérité.

181. La résultante de ces circonstances était pour moi le besoin d'une méthode sévère applicable aux explorations variées des sciences naturelles pures et appliquées. Mais à cette époque il y avait d(^ ma part seulement tendance à la rechercher, et l'es-

(i) Ma phrase ne veut pas dire qu'il avait fait ses études dans un collège; la vérité est qu'/7 les avait faites excellentes.

LA PHILOSOPHIE >ATLnEU.E. 211

péi-ancè d'y parvenir reposait seulement sur Ivs résultats de quelques séries de recherches chiniiqu(»s accomplies heureusement dans la direction dont je parle, c'est-à-dire en parlant de la méthode a poste- BiORi que j'appliquais déjà avec l'intention de rechercher les causes immédiates des effets soumis à raes études. Celte disposition d'esprit me mettait souvent en opposition avec des propositions avancées par Ampère, sans preuve suffisante à mon sens; et la réflexion me disait qu'il ne pouvait (»n être autrement. Effectivement le champ des connaissances humaines qu'il voulait emhrasser pour mettre chacun des g*roupes qu'il imaginait devoir subordonner à une classification rationnelle, quelque élevée que fût son intellig^ence, était trop vaste pour que, en bien des cas, il ne fût pas fatalement entraîné par son imagination , lorsque , croyant obéir à une induction suscitée par l'observation et Texpérience, il usait en réalité de la méthode xmoKi. Alors, surtout de ma part, la lutte était ardente ; ma force naissait de ma foi dans l'avenir de la méthode \ POSTERIORI, qu'à cette époque je n'avais pas définie ♦*n la qualifiant à: expérimentale,

182* Quelle était la position de Frédéric Cuvier «lans ces discussions? La voici :

Frédéric Cuvier était chef de la ménag^erie du

L'I2 LA PIHLOSOPilIE .NATL'KELLE. '

Muséum. S'il n'avait pas fait les études universitaires profondes de son frère Georgpes, il était bien de sa famille par les facultés de Tesprit. Les excellentes descriptions des animaux vivants qu'il a observés à la ménag^erie du Muséum témoignent de l'exactitude du naturaliste; le traité stir les Dents envisagées comme caractère de classification montre que l'auteur n'était point un naturaliste vulg^aire; enfin ses écrits sur les facultés intellectuelles et instinctives, étudiées chez les animaux, recommanderont toujours leur auteur aux naturalistes penseurs, et aux philosophes qui considèrent les études dont je parle comme indispensables à la connaissance de l'homme. ^

185. Frédéric Cuvier portait dans ses études philosophiques des animaux toute la sévérité des savants Hvrés à la culture des sciences physiques et naturelles, désireux de ne publier que des observations exactes, que des résultats incontestables; parfaitement au courant des doctrines philosophiques du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, il avait fait la part do ce qu'il devait admettre comme prouvé, de ce qu'il devait rejeter comme inexact, ol enfin de ce que l'on devait ajourner, comme probable, vraisemblable, mais non encore prouvé. L'esprit philosophique du naturaliste apparaît dans

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farlicle Instinct du Dictionnaire des sciences naturelles, et dans les Mémoires qui font partie des Annales du Muséum sur le phoque, sur la sociabilité et la domesticité des animaux.

On voit que Frédéric Cuvier devait prendre une ^nde part aux discussions relatives à la philosophie et à la zoolog^ie, et que dans toutes les questions où Ampère se laissait aller à la méthode a PRIORI, Frédéric Cuvier invoquait la méthode a posteriori. En cela nos raisonnements reposaient sur les mêmes bases puisqu'ils sortaient d'une même source.

184. Le cl^dmp de la discussion était bien plus vaste pour Ampère que pour nous, puisqu'il ne s'açissait pas moins de toutes les connaissances humaines distribuées par lui dans une classification philosophique qu'il soumettait à un examen purement critique de notre part, et cet examen ne cessa jamais de l'être; car ni Frédéric Cuvier ni moi n'eûmes jamais la pensée d'élever autel contre autel, en critiquant la classification d'Ampère par des classifications que nous aurions opposées à la sienne. Ces discussions ont eu sur moi l'influence la plus lieureuse. En exerçant mon sens critique, elles l'affermirent en l'étendant de la manière la plus avantageuse, qu'il s'ag'ît, soit d'une discussion entre

il 'i L V PHILOSOPHIE NATURELLE.

Ampère et Frédéric Cuvier, soîl d'une discussion entre Ampère et moi, où intervenait Frédéric Cu- \îer. Évidemment ces discussions prolongées entre trois personnes qui n'avaient pas d autre but que la vérité et qu*unissait la plus intime amitié, sans qu'aucune rivalité misérable intervînt pour la troubler, était l'exercice le plus efficace pour m'éclairer que je pusse concevoir.

185. 11 est une idée d'Ampère que j'acceptai avec empressement dès qu'il l'eut énoncée; c'est que les mathématiques appartiennent au règne des sciences, qu'il qualifie de cosmologiques, ou à mon sens aux sciences comprises dans \e^ philosophie naturelle.

Le règne des sciences cosmologiques d'Ampère embrasse les sciences mathématiques, physiques, naturelles et médicales, et son règne des sciences noologiques comprend les vérités relatives à la PENSÉE considérée, soit en elle-mémey soit dans les signespar lesquels les hommes se transmettent leurs idées, leurs sentiments, leurs passioîis, etc.

Je compte dans la philosophie naturelle toutes les connaissances du règne des sciences cosmologiques d'Ampère, et plusieurs autres de son règne des sciences noologiques, par exemple celle qu'il appelle arf militaire.

LA PHILOSOPHIE NATURELLE. 2i:>

186. Si les mathématiques pures semblaient devoir être séparées des sciences physiques et naturelles, parce qu'on les jug'erait exclusivement du domaine du raisonnement, je répondrais avec Ampère qu'elles empruntent à l'observation du monde extérieur les notions de la g-randeur continue ou Af^j)ace,ei de lag^randeur discontinue ou de nombre.

Je suis satisfait de penser que non-seulement rillustre M. Hermite admet cette manière de voir, mais qu'il accorde une grande part à V observatmi dans la théorie des nombres, comme on peut le voir dans une note qu'il a bien voulu rédiger à ma prière (1).

(i) Note de M. Hel'niite.

« Il sera toujours difficile , dans toute bi^anche de nos > coniiaissances, de reudre compte, avec quelque fidélité, « de la méthode suivie par les inventeurs; il faut même « croire que Vauteur (Tune décou^^erte pourrait seul ap^ • prendre comment^ auec les moyens toujours faibles de « notre esprit , une vérité nouvelle a été obtenue. Mais c'est « peut-être à Tégard des mathématiques que le fait intel- « lectuel de Tinvention semble plus mystérieux, car la série " de ces transitions, où Ton reconnaîtrait la voie réellement « suivie dans la recherche, le plus souvent n'apparaît pas « d'une manière sensible dans la démonstration. Cette faci- « lité d'isoler ainsi la preuve et d'ajouter à la concision du « raisonnement, sans rien lui ôter de sa rigueur et de sa

187. En définitive, à mon sens, les mathématiques sont le produit de Y observation et du raisonne^ tnent, et les sciences physiques et naturelles, pures

<« clarté, explique toute la difficulté de l'analyse des métho- « des en mathématiques. On peut néanmoins, à l'égard des « procédés intellectuels propres aux géomètres, faire oeite « remarque fort simple, que justifiera l'histoire même de la « science, c'est que l*obseruation y tient une place Unpor^ « tante et y joue un grand rôle.

a Toutes les branches des mathématiques fournissent des « preuves a V appui de cette assertion ^ mais je les choisirai « de préférence dans l'une de celles qu'on regarde comme « plus abstraites, je veux parler de la théorie des nombres.

« Je citerai ainsi pour exemples :

« La périodicité du développement en fraction continue « des racines d'une équation du second degré à coefficients « commensurables ;

« La loi de réciprocité pour les résidus quadratiques;

« La loi de réciprocité pour les résidus cubiques, qu'on N voit dans les œuvres posthumes d'Euler, déduite par «( l'observation dans les termes mêmes où elle a été décou- • verte et démontrée par Jacobi (Euler avait à un tel degré « le sentiment de l'importance et de la vérité de cette loi , « qu'il l'a placée dans le recueil de ses mémoires, destiné à « être publié cent ans après sa mort);

«c L'expression approchée du nombre des nombres pre- « miers jusqu'à une limite donnée.

« Enfin et plus récemment, Jacobi a demandé a l'obser-

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et appliquées, sont le produit de V observation, du raisonnement et de Yexjjérience; et ces dernières sciences ressortissent à la méthode a posteriori (|ue je

vation de révéler la loi de la représeu talion des nombres par une somme de cubes, en faisant construire, par un calcnlateur habile, les tables qui ont été publiées sur celte question dans le journal de Crelle.

« Mais les résultats qui précèdent, si remarquables et si importants qu'ils soient, ne suffisent point à donner Tidée complète du rôle qu'on peut attribuer à l'observation ; en analysant les procédés de démonstration d'un certain nombre de théorèmes, on s'en rendra mieux compte , comme je vais essayer de le faire voir par un seul exemple. La proposition que je choisis est celle-ci : la suite des nombres premiers est illimitée, et on commence la démonstration en supposant qu'il n'en existe qu'un nombre fini et limité. Or, en formant leur produit et y ajoutant une unité, on obtient un nouveau nombre, premier dans l'hypothèse admise, et supérieur aux précédents, d'où résulte que l'hypothèse doit être rejetée puisqu'elle amène une contradiction. Le point essentiel ici consiste évidemment dans la considération de ce produit de tous les nombres premiers admis, auquel on ajoute Funité, et onaecordera sans peine que cette considération ne résulte pas du seul raisonnement, mais qu'on y doit reconnaître le fruit de l'observation d'un fait très-simple, relatif à la divisibilité, fait déjà acquis et utilisé par le raisonnement, auquel il sert de point d'appui pour arriver à la démonstration. I*

218 LA PIirLOSOPHŒ NATURELLE.

qualifie d'expérimentale, en la considérant de la manière suivante :

Méthode A POSTERIORI expérimentale.

188. Avant tout, au point de vue de cette méthode, je déclare n'admettre aucune différence essentielle entre Vobservation d'un phénomène accompli dans le monde extérieur sans l'intervention de l'homme, et Vobservation d'un phénomène^ accompli dans des circonstances particulières imag'inées par un savant expérimentateur; parce que, dans les deux cas, la méthode, telle que je la définis, n'intervient pas. D'où la conséquence, qu'on peut faire beaucoup d'expériences sans que pour cela on ait recours à la méthode a posteriori expérimetitale.

Dans le cas d'une simple observation ou de ce qu'on appelle une expérience, la méthode a posteriori expérimentale intervient à la condition expresse que le savant institue des expériences propres à prouver la vérité d'un raisonnement fait avec l'intention de ramener à sa cause immédiate le phénomène donné par Vobservation ou par la simple expérience.

189. La philosophie que je qualifie de morale comprend la théodicée, la théologie, les connaissances relatives à l'âme, à la morale, ainsi qu'aux

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droits sur lesquels reposent les sociétés. A mon sens, la méthode a priori est à la philosophie morale ce que la méthode a posteriori expérimentale est à la philosophie naturelle.

190. Revenons à la classification des connaissances humaines d'Ampère. Malgpré de nombreuses concessions faites à la suite de nos discussions, nous ne pûmes l'adopter, F. Cuvîer et moi.

Ces discussions, prolongées plus de quinze ans, m avaient sug^g'éré un g^rand nombre de questions dont la solution n'a jamais cessé de m'occuper. Au mois d'octobre de l'année 1840, je profitai de quelques jours de loisir pour écrire l'introduction d'un ouvrage intitulé : De ^abstraction considérée comme élément des connaissances humaines dam la recherche de la vérité absolue. A cette époque, j'avais perdu mes deux excellents amis et je crus payer une dette à l'amitié en consacrant mon œuvre à leur mémoire. Tputes les fois que le temps me l'a permis, depuis 1840 jusqu'en 1852, je me suis occupé de la composition de cet ouvrage : sur sept parties, cinq sont à peu près achevées. La quatrième, la plus courte de toutes, a paru dans les Mémoires de l'Académie de Dijon, de l'année 1864; elle envisage V abstraction relativement anx beatix-arts et à la littérature.

220 LA PHILOSOPHIE NATUnEIXE.

191. Gel ouvrage a eu le grand avantagée de me faire passer en revue les connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle, afin d'appliquer à chacune d'elles ma définition du mot FAIT, et de montrer l'extension dont est susceptible, au point de vue critique, la méthode a posteriori expérimentale, telle que je l'ai définie plus haut (188), quand il s'ag'it de tirer des conclusions relatives au deg^ré de certitude de nos connaissances.

192. C'est de cet ouvragée que j'ai pu tirer les idées îonàwctïexïioXe^àevaes Lettres adressées à M. Villemain; quelle qu'en soit la brièveté, elles suffisent, je pense, à montrer la véritable connexion des sciences avec la littérature et les beaux-arts, et combien laissent à désirer, sous ce rapport, X arbre de Bacon et Y arbre figuré par d Alembert dans le discours préliminaire de l'Encyclopédie.

193. Mon opposition à représenter les conimissances humaines, soit sous la forme d'un arbre pourvu de ses rameaux, soit à les comprendre dans une classification analogue A celle d Ampère, où, sous le prétexte du rationalisme, on défait les différentes parties des sciences telles qu'elles ont été circonscrites par le commun des g^énérations de savants et de lettrés, a eu pour conséquence de me faire intitu-

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IfT le qualrièine livre de celle înlroduclion à l'histoire des connaissances chimiques : Distribution (el non classification) des connaissances humaines du ressort de la philosophie naturelle; parce qu'en effel, me conformanl abs<^>lument à la méthode k posteriori expérimentale, je reconnais en fail, comme l'expression de Fesprit humain, la circonscription dos sciences telle que Tadmet Tensemble des esprits.

194. La recherche des relations inuluelles de ces connaissances m'a conduit à en disting'uer quatre* catégories.

1" CATÉGORIE : les sciences naturelles pures, la pliysique comprise; 2' CATÉGORIE : les sciences mathématiques pures ; 3' CATÉGORIE : les sciences mathématiques appliquées; 4* CATÉGORIE : les sciences rmturelles appliquées,

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