PHYSIOLOGIE
254. La physiologie, comme les autres sciences naturelles, se compose de deux parties.
En effet, le physiologiste devant connaître les fonctions de toutes les parties que Tanatomiste a étudiées dans Tindividu, et de chacune de ces parties envisagées dans l'ensemble des espèces diverses d'animaux qui en sont pourvus, il faut qu'il existe une yhymlogie comparée correspondante à Vanatomie comparée; mais aujourd'hui la différence est grande entre ce qu'on sait de l'une et ce qu'on Sait de lautre ; car la disposition et la structure des
LA PillLOSOPlIIE iNATUKELLK. 255
organes sont bien plus faciles à connaître par les procédés de l'anatomiste, que ne le sont les fonctions par les expériences du physiolog^îste. L'analomie est pratiquée depuis des siècles, et la physiologie expérimentale date de notre temps : la première dissèque des cadavres, la seconde opère sur des êtres vivants, c'est-à-dire sur ce qui existe de plus complexe et de plus mystérieux pour Tobservateur le plus exact, comme pour le philosophe le plus profond : lanatomiste s'occupe exclusivement de Yétre mrtyei le physiolog^iste de V être virant!
255, L'étude du physiologiste concentrée dans l'individu est incomparablement plus fructueuse ([ue ne peut l'être Tétude du zoolog^iste et même celle de l'anatomiste bornée au concret. Car il n'y a pas de connaissance scientifique en zoolog'ie sans classification des espèces, sans zoolog^ie abstraite ; il n'y a pas de connaissance précise des organes d'un animal-individu sans les lumières de Tanatomie abstraite qui se compose de Tanatomie comparée et de l'anatomie générale. C'est ce qui explique comment un physiologiste pourrait, en ne s'occupant que de l'étude des fonctions de ïammal-incHvidu d'une seule espèce, se faire une réputation à la-^ quelle ne pourraient jamais prétendre le zoologiste et l'anatomiste dont les études seraient bornées n
256 LA PHILOSOnilE NATURELLE
celles d'un animal-individu d'une espèce quelconque.
On est convaincu de la vérité de cette proposition. Pour peu qu'on veuille bien considérer la lumière que répandraient sur la science de la vie des recherches physiolog'iques entreprises sur une seule espèce d'animal, le chien, par exemple, recherches dirig'ées par la méthode a posteriori expériinentale, qui auraient démontré la cause immédiate des phénomènes que nous rattachons à la digestion, à l'absorption, à la respiration, à la circulation, à l'assimilation et aux sécrétions par lesquelles des matières, après avoir satisfait aux besoins dé la vie, doivent être expulsées du corps, comme l'est la portion des aliments impropre à la nutrition. Évidemment, de telles recherches sur une seule espèce d'animal donnant les causes immédiates de ces g-randes fonctions des corps vivants répandraient sur la connaissance dé la vie un jour incomparable, relativement aux lumières que l'étude zoolog-ique et anatomique d'une seule espèce d'animal peut répandre.
256. La physiolog^ie, dans laquelle je comprends la pathologie, est en possession de donniez à la chimie toutes les notions exactes qui se rattachent aux effets produits par des espèces chimiques introduites
dans réoonomie animale, comme aliments, remèdes, virus, venins, poisons, etc., etc. C'est ce rapport qu'expriment les lignes rouge et verte partant de la physiologie et aboutissant à la chimie.
257. Si quelque chose montre la complexité de la physiologie, c'est sans doute la convergence de (outes les lignes partant des diverses sciences naturelles qui y aboutissent.
258. Avant de parler des sciences de la deuxième catégorie, je dirai le motif que j'ai eu de ne pas parier de Vanatomie et de la physiologie végétales, car ^'videmment il y a des connaissances qui se rattachent à la structure des orgttnes des plantes comme il en est qui se rattachent à leurs fonctions. Mais en faitexiste-t-îl aujourd'hui pour les plantes, des systèmes de connaissances comparables à ceux qui concernent les animaux? Je ne le pense pas. J'ai trouvé moins d'inconvénient à exclure ces connaissances de mon tableau qu'à les y inscrire et à augnienter ainsi le nombre des lignes représentant les l'clalions des sciences. Si les vues que j'expose sur l^s sciences étaient bien accueillies du public il seï'ait facile de réparer l'omission dont je parle.