‹ Histoire des connaissances chimiquesChapitre 6 sur 117 · L. GUÉRIN ET C-, ÉDITEURS THÉODORE M0R6AND, LIBRAIRE-DÉPOSITAIRE · texte numérisé non relu

L. GUÉRIN ET C-, ÉDITEURS THÉODORE M0R6AND, LIBRAIRE-DÉPOSITAIRE

5, DDE BOMPARTE

Droilt rcBcrTci.

dans la classe des sciences cosmologiques , parce qu'il reconnaît que le point de départ des mathématiques se trouve dans l'observation de certains faits du monde extérieur, et qu'en conséquence elles sont réellement sciences d'observation et de raisonnement. Mais cette observation de certains faits du monde extérieur n'étant plus nécessaire à celui qui veut étudier les mathématiques, on ne la prend point en considération, comme on le fait dans les sciences de la seconde catég^orie, l'histoire naturelle, qui n'existerait pas sans l'observation incessante des plantes et des animaux. Mais je vais plus loin : l'histoire naturelle doit devenir quelque jour urie*science d'observation, de raisonnement et d'expérienoe ; car plusieurs des questions qu'elle élève ne peuvent être- traitées qu'avec le concours de l'expérience.

En définitive, la g^éologie, la botanique, la zoologie, Tanatomie et la physiologie, que je range avec la chimie et la physique dans le groupe des sciences naturelles pures, comme celles-ci deviendront expérimentales à mesure de leurs progrès. Enfin , je qualifierai le groupe des mathématiques pures de âeiences d'observation et de raisonnement, conformément à l'opinion d'Ampère, et à celle surtout du célèbre M. ttermite.

DE PHILOSOraiE GÊ?CÈRALE. S3

17. Au reste, pour dire toute ma pensée, les classifications sont en général plutôt le résultat de la faiblesse de l'esprit humain que la preuve de son élévation. C'est à cause de cette faiblesse qu'elles sont nécessaires, indispensables; mais en reconnais* âant cette nécessité, il faut éviter deux abus contraires dont elles peuvent être lobjet; le premier est la volonté de maintenir telle classification après qu'on a eu démontré qu'elle a cessé d'être l'expresaon de la vérité; le second est la fréquente modification qu'on y apporte par des motifs qu'une critique éclai^ pée ne peut justifier.

18. En faisant de Vexp^ience une condition du progrès des sciences, qualifiée aujourd'hui d'oÂ^tfiTâfliùn et de raisonnement, on en verra le motif dans la manière dont je vais définir la méthode expérimen^ taie.

Cette définition repose sur trois choses :

t' L'observation d'un phénomène;

2* Le raisonnement, dont le but est de découvrir la cause immédiate du phénomène ; •

3* L'expérience, pour contrôler la conclusion du raisonnement-

19. Un phénomène frappe vos sens ; vous l'observez avec rînténtion d'en découvrir la cause; et pour

cela, vous en supposez une dont vous cherchez la vérification en instituant une expérience. Si Thypothèse n'est pas fondée, vous en faites une nouvelle^que vous soumettez à une nouvelle expérience et cela jusqu'à ce que le but soit atteint, si toutefois l'état de la science le permet.

Je réduis ici la chose à la plus simple expression en ne parlant que d'un seul phénomène, et je passe sous silence la science d'instituer les expériences et l'art de les exécuter avec précision; car une expérience, ou plutôt des expériences , ne vérifient une hypothèse qu'autant qu'on les a soumises ellesmêmes à une série de contre-épreuves expérimentales propres à en montrer l'exactitude.

Le raisonnement sug^g^éré par l'observation des phénomènes conduit donc à instituer des expériences d'après lesquelles on reconnaît les causes d'où ils dépendent, et ce raisonnement constitue la méthode que j'appelle expérimentale, parce qu'en définitive V expérience e^i le contrôle, le critérium de l'exactitude du raisonnement dans la recherche des causes ou de la vérité.

20. J'ai toujours cité, à l'appui de cette manière d'envîsag'er la méthode expérimentale, les recherches relatives à la découverte de la pesanteur de l'air, par Galilée , Toricelli et Pascal, parce qu'elles

démontrent claîrement la différence existant entre la méthode a posteriori, définie rigt)ureuaement , comme je Tai fait , et la méthode a priori , qui a dominé l'antiquité et le moyen âge dans toutes les questions du domaine de la physique et de la chimie.

a) La méthode a priori explique les phénomènes par des principes, sans s'inquiéter de savoir si l'exactitude en est démontrée.

Par exemple, une pompe, une seringue, est-elle plongée dans l'eau, et le piston soulevé, l'espace compris entre le liquide et lui s'accroît, et l'eau le remplit!

Comment les anciens expliquaient-ils ce phénomène, ce fait?

Par ce principe que la nature a horreur du vide.

Quelle preuve en donnaient-ils? Aucune.

Eh bien ! voilà comment procédait la méthode a PRIORI dans l'explication des phénomènes du monde extérieur.

b) Voici comment a procédé la méthode a posteriori^ que je qualifie d'expérimentale.

L'histoire raconte que des fontainiers de Florence ayant voulu élever l'eau au moyen d'une pompe aspirante à plus de 32 pieds de hauteur, ils furent trompés dans leur attente.

Galilée, consulté sur ce fait, répondit, probable- '

ment ironiquement, que sans doute la nature n'avait horreur du vide que jusqu'à 32 pieds.

Toricelli, disciple de Galilée, étudia la question proposée à son maître; et cette étude le conduifiôt, en 1643, à la découverte du baromètre.

Après avoir rempli de mercure un tube de verre fermé à un bout, de plus de 28 pouces de hauteur/ il le renversa dans un réservoir de ce métal, sans que rien ne s'en échappât. Si le mercure remplissait complètement le tube convenablement incliné, lorsqu'il était redressé verticalement, le mercure, après avoir oscillé, s'arrêtait de manière à présenter une colonne élevée de 28 pouces au-dessus du niveau du mercure du réservoir, et à partir du sommet de la colonne métallique jusqu'au sommet intérieur du tiibe, l'espace était vide.

Toricelli en conclut que l'air est pesant, et qu'en pressant sur la surface du bain, il tenaitdans le tube une colonne de 28 pouces en équilibre, colonne qui était la mesure de la pression atmosphérique.

Si cette explication était vraie, un baromètre d'une colonne d'eau de 32 pieds, ou de 384 pouces, devait, toutes choses ég*ales d'ailleurs, peser autant qu^une €olonne de mercure de 28 pouces.

En effet, la proportion suivante :

montrant que la hauteur de la colonne d'eau est 13,7 plus grande que la colonne de mercure, Feau doit peser, à volume ég^, 13,7 fois moins que le mercure; c'est aussi' ce q\xi a lieu , la densité de Teau étant prise comme unité, celle du mercure est 13,7.

c) Quoique Pascal connût les résultats précédents, il voulut avoir une certitude de plus pour rejeter absolument le principe de f horreur du vide qu'on attribuait à la nature, en conséquence îl écrivit, le 15 de novembre 1647, à son beau-frère Perrier de s'assurer si un baromètre placé au pied du Puy-de-Dôme ne présenterait pas une colonne de mercure plus haute qu'un baromètre placé au sommet de la montagpne.

L'expérience faite le 19 de septembre 1648 donna le résultat suivant :

Le baromètre inférieur indiquait

une colonne de a6 pouces 3 lignes^

Le baromètre supérieur. . . . aS a

Différence. • • . 3 pouces i ligne ^-

La conjecture de Pascal que si l'élévation de la colonne de mercure du baromètre était réellement due à la pression de l'air, et non à t horreur du vide attribuée à la nature, cette élévation devait varier

avec la hauteur dé la colonne d'air atmosphérique, se trouva^donc parfaitement exacte.

Je ne connais pas d'exemple plus remarquable à citer que celui-là, pour montrer la différence de la méthode a priori d'avec la méthode a post^iori définie comme je le fais par lepîthète d'expérimentale {i).

(i) Voir Journal des Savants^ années | i8499p* 395-722.

(i85o,p. 72. De la Baguette divinatoire y du Pendule explorateur et des Tables tournantes.

Lettres de M. Chevreul à M. Villemaiu, p. 25.

Page 1