On peut distribuer les cinq sens en trois catégories
La première, ^comprenant le goût et Y odorat; ils sont essentiellement liés à la conservation de l'individu ;
La seconde, comprenant \ou'ie et la vue; ils sont essentiellement liés aux relatîons sociales des individus;
La troisième comprend le toucher^ lé sens philosophique par excellence , auquel nous devons la connaissance de V étendue limitée et 4% V impénétrabilité de la matière. *
ARTICLE PREMIER. — (iOUT.
352. Le goût est, de tous les sens, celui dont on parle le lAoins, tant il est individuel et tant est IjUAiô l'estime qu'on a pour tous les gens qui aimaÉJy à l'exercer, etdont l'esprit ne sait pas justifier leurs jouissances. Quoi qu'il en soit, en le condamnant comme bestial on est injuste, et beaucoup, en le pros-
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crivant comme tel, se plaindraient amèrement de l'œuvre d'un cuisinier ignorant ou négligent.
555. Une preuve que l'on a calomnié le sens dont je parle est Fusag'e du mot goût par la grammaire dans une foule de cas que je vais rappeler.
Les sensations du goût ont fourni au langage poli des expressions dont le sens est devenu au figuré purement moral, purement spirituel. Ainsi le mot sel, chez les Grecs ( A^;), signifiait au figuré sel attique, finesse, urbanité. Chez nous, même acception. Dans la langue parlée et dans la langue écrite, on dit il y a aa il n'y a pits de sel dans s^ discours, dans sa conversatimi, dcnis ses écrits. Les mots assaisomie?*, assaisùnnementy empruntés a l'office oii à la table, se disent au figuré de ce qui rend une chose plus agréable, plus piquante. Exemple : ce prince assaisonne les grâces qu il acéorde de paroles bienveillantes ; un écrit assaisonné de i7^aits spirituels et piquants^ etc.
554. L'usage du mot goût n'est pas moins fréquent dans le langage des artistes et des gens du monde, que dans celui de la critique la plus élevée.
Si le mot goût n'était usité que comme synonyme de penchant, dans cette phrase, par exemple, cet homme a du goût pour cette femme, on pourrait trouver qu'au figuré l'acception n'est pas très-différente
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de Tacception commune; d'un autre côté, si on ne s'en servait que dans des phrases mialogues à celleci, cette toiktte, ce meuble sont de bon goût , le mot prendrait peu de re^ef, parce qu'il s'appliquerait à quelque chose de passag^er comme la mode, qui, par parenthèse, est accusée quelquefois de. mauvais goût. Mais quand on dit ce tableau est dans k goût de Raphaël, ce vers est dans le goût de Malherbe^ l'expression se relève ; et elle se relève encore davantag^e quand on l'attribue à toute personne Û laquelle on reconnaît un discernement^ un sentiment 'exquis des beautés et des défauts dune œuvre dart ou de littérature. Enfin, en ce qui concerne ra{)préciation des œuvres de l'esprit dans les sciences , les lettreâ et /es arts , si le mot génk accordé à leurij^ auteurs est l'ofpression du plus g*rand honneur que la critiqué puisse décerner, le mot goût est employé par elle-même pour désigner des qualités qui, moins éminentes sans doute que les attributs du.g^ifije, recommandent cependant aux esprits les plus délicats des œuvres du lettré ou de l'artiste qui, remarquables par une forme aussi convenable que distinguée, ont toute l'élégance compatible avec le sujet.
555. Certes, après ces citations, si les détracteurs du sens du goût avaient raison dans le mépris avec lequel ils affectent d'en parler^ il faudrait que
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l'homme fût tombé bien bas pour avoir donné aux mots que nous venons de citer Tacception qu'ils ont au sens fi^ré. Quoi qu'il en soit, cette acception prouve la disposition de l'esprit humain à donner un sens purement moral, purement spirituel, à des expressions empruntées au monde physique et même à des appétits réputés grossiers.
536. Le gt)ùt, considéré au point de vue des propriétés or^noleptiques qu'il nous fait connaître d'une manière spéciale, est fort limité ; c'est-à-dire que nous ne percevons qu'un très-petit nombre de saveurs, lorsque des corps étant introduits dans la bouche nous bornons leur action à celle qu'ils peuvent exercer sur le gx)ût, en faisant abstraction des impressions que nous recevons par le sens du toucher, dont toutes les parties de la bouche sont le siég«, et que nous pouvons recevoir par le sens de l'odorat; car l'air, une fois respiré, s* écoulant de la poitrine par la bouche et les fosses nasales, la vapeur des corps odorants qui peuvent être dans la bouche agissant sur la membrane olfactive de l'odorat, pourrait faire croire à l'existence de saveurs variées, lorsqu'en définitive les sensations perçues seraient en réalité du domaine de l'odorat (1).
(i) Cotfsiflérations générales sur ranalysê organique et sur ses applications^ page 47 (i8i4).
308 CONNAISSANCES QLl PEUVENT PARATTRE