APERÇU DE L*ËTENDUE DU DOMAINE DE LA CHIMIE
23. Tout changement qui se manifeste à nos sens dans l'état d'équilibre des molécules, des atomes que nous supposons constituer la matière (22), ressortit à la chimie^ soit que le chang^etnent se borne à une simple modification de Fétat d'ag^ég^atioli deâ molécules d*un même corps^ soit qu'il amène l'union de molécules de corps divers^ âoit enfin qu'il y ait séparation de molécules diffétîntes, ântérieuremeilt réunies par la combinaison dhimique.
24; Les phénomènes du ressort de là chimie sont
OU passagers ou permanents. Les premiers se manifestent avec l'action chimique et n'ont grière plus de durée que le temps nécessaire poxu» que les molécules soumises à l'action parviennent au nouvel état d'équilibre qui s'établit; les seconds, au contraire, apparaissent après l'action, et, comme ils résident dans les propriétés que les corps ont acquises par suite du nouvel état d'équilibre où se trouvent actuellement leurs molécules , ils ont la persistance de cet état même.
Dès les premiers âgpes des sociétés humaines, l'homme a profité des phénomènes passagers et des phénomènes permanents de l'action chimique : les phénomènes passagers, résultats de la combustion, lui donnèrent la chaleur et la lumière ; les phénomènes permanents lui donnèrent les liqueurs vineuses, quand des sucs sucrés furent soumis à la fermentation alcoolique, et le pain levé, quand fut soumise à la cuisson la pâte de farine fermentée convenablement.
a) Les phénomènes passagers sont un changement de température, une émission de lumière, une manifestation d'électricité, une détonation, une solidification, une liquéfaction, une vaporisation, etc., etc.
Pour être moins variés que les phénomènes permanents, ils n'en méritent pas moins de fixer l'attention; car, en se bornant à les envisager au point de vue de l'application, on voit qu'en eux réside la
source du feui qui comprend la chaleur et la lumière, sans lequel il rfy a pas dé prog^rès possible dans les sociétés humaines; celle de la lumière qui nous éclaire lorsque le soleil a cessé de briller sur l'horizon ou que nous nous trouvons dans des lieux impénétrables à ses rayons; enfin c'est par des phénomènes passagers que la poudre à canon est puissante et qu'elle a tant agpi sur la civilisation en changeant Fart de la guerre.
b) IjG^ phénomènes permanents, résultats des actions chimiques, sont si nombreux et si variés que, pour en donner une idée exacte par des exemples, on a l'embarras du choix des citations, car il n'est aucune propriété imaginable de la matière qui ne puisse s'y rapporter. Tantôt deux corps insipides, comme le sont l'oxygène et le soufre, produisent, en se combinant en diverses proportions, jusqu'à cinq acides absolument distincts, parmi lesquels nous citerons le sulfurique et le sulfureux; le premier est âolide, caustique et volatil; le second se présente sous la forme d'un gaz doué d'une odeuf suffocante et d'une saveur aigre sans causticité. Tantôt deux caustiques violents, comme le sont l'acide sulfurique et la po* t|i3se, perdent par leur action mutuelle la causticité et les propriétés qui caractérisent l'acidité et l'alcalinité. Une autre fois nous voyons le mercure, chauffé convenablement avec l'air, perdre sa mobi-
3ê NOUONS CHIMIQUES.
lité et sçn état métallique par son union avec le gaz oxygène ; il se transforme alers en une poudre rouge cristalline bien différente des deux éléments qui Ut constituent.
Pour dernier exemple, citons les principes immédiats des plantes et des animaux, en qui réside la prodigieuse variété d'odeurs et de couleurs que l'homme le moins attentif remarque dans la matière vivante; la prodigieuse variété des propriétés, en vertu desquelles les uns ont la saveur douce du sucre, l'insipidité dei'amidon, la saveur aigre de l'acide acétique; les autres l'amertume de l'aloès, la propriété fébrifuge de la quinine , l'action délétère de la strychnine Ou de l'acide prussique (cyanhydrique), etc., etc. Si la variété de ces propriétés étonne l'imagination, que doit-on penser lorsque l'analyse chimique nous apprend que la plupart de ces principes sont formés de trois ou quatre éléments au plus, l'oxygène, l'azote, le carbone et l'hydrogène !
25. Au domaine* de la chimie il faut réunir cette foule d'arts dont le but est de modifier, d'une manière utile à la société, les propriétés les plus intimes des corps en agissant sur leurs molécules, parce que la science seule est capable d'en diriger la pratique par des règles certaines. Ainsi, les moyens de préparer les corps simples parmi lesc[uels se trouvent les
métaux, objets de la métallurg^ip ; les moyens de préparer les acides, lés alcalis et les sels ; les procédés du potier de terre, du verrier, du fabricant d'émaux; l'extraction du sucre, des résines, des huiles fixes et des huiles volatiles, de Tindig^o, etc. ; les arts de faire le pain, les vins, les vinaig'res, les fromages; l'extraction, par la distillation, de l'alcool des liqueurs spiritueuses; la préparation des vernis, des encres, des peintures; les moyens de conserver les aliments; la prépaniitîon des médicaments; l'art du tanneur et du hongroyeur, et enfin les procédés si nombreux et si variés de l'art de teindre, reçoivent de la chimie la forme scientifique, hors de laquelle il n'existe qu'une pratique aveugle. Au premier aspect on pourrait croire certains arts étrangers à cette science, parce que les produits qu'ils confectionnent sont de simples mélanges et non des combinaisons chimiques ; cependant ils peuvent s'y rattacher, si ces produits tirent leur utilité d'actions moléculaires auxquelles ils donnent lieu : tels sont, par exemple, les arts de fabriquer la poudre à canon et les matières propres aux feux d'artifice; car ces préparations , lorsqu'elles brûlent rapidement dans une arme ou successivement dans une fusée, ne remplissent leur destination qu'au moyen de phénomènes passagers essentiellement du i*essort de la chimie.
S6« Enfin, comme la matière enlevée au monde extérieur par leB corps vivants qui s'en nourrissent, éprouve, dans leurs organes, des changements moléculaires plus ou moins grands , la chimie doit nécessairement intervenir quand il s'agit d'étudier les phénomènes physiologiques sensibles à nos sens, en même temps que ces changements s'accomplis* sent.
La chimie est donc bien vaste, soit qu'on l'envisage au point de vue de la science pure, soit qu'on l'envisage au point de vue de ses applications aux arts et d t économie des êtres organisés.
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