La disposition à raisonner : la raison
La disposition à croire est celle qu'il a de recevoir (les choses données comme des vérités, sans qu'il cherche par le raisonnement si en réalité elles en ont le caractère.
La disposition à imaginer consiste non-seulemenl à se faire idéalement un ensemble concret de qualités, d'attributs empruntés à divers corps, à divers êtres, mais encore à modifier, à transformer des idées déjà acquises en d'autres qui ne sont point une déduction nécessaire des premières.
La disposition à raisonner consiste à tirer d'une proposition des conséquences qui s'en déduisent d'une manière rigoureuse. >
Faisons remarquer que si la proposition est fausse, les conséquences qui en seront rigfoureusement déduites le seront comme elle. Le caractère du sophiste est surtout de développer des propositions fausses.
Je me sers des expressions crédibilité, imagination, raisonnement, pour désig^ner les trois dispositions dont je parle.
551. On se tromperait beaucoup'^i l'on cwsidérail la crédibilité, la disposition à a^oire comme toujours contraire à l'acquisition de la vérité ; car si nous ne
LNDÉPENDAMES D'LXE HISTOIRE DE LA QIIMIE. 321
V'OuJions admettre que les seules notions dont la vérité nous serait démontrée, notre vie trop courte apporterait un obstacle à l'acquisition d'une foule de notions vraies qui, une fois admises comme telles, nous servent à en acquérir d'autres que, sans cela', nous n'aurions jamais possédées.
352. La tendance à imag-iner apparaît d'une manière frappante dans la g-énéralité des hommes, lorsqu'ils veulent remonter à la cause d'un efTel, d'un phénomène qui a frappé leur esprit; car la plupart se contentent de l'interprétation que l'imagination leur a suêrg^érée, et c'est le petit nombre qui raisonnent avec une intention décidée d'acquérir la certitude de la vérité ou de l'erreur de l'interprétation que leur a sugrgrérée immédiatement l'observation de l'effet ou du phénomène.
335. Enfin, si quelque chose montre clairement la disposition de la plupart des esprits à s'abandonner à l'imagrination plutôt qu'à la raison dans la recherche de la cause d'un effet, d'un phénomène, c'est la lenteur avec laquelle les sciences d'observalion et d'expérience ont atteint le deg-ré où elles sont parvenues de nos jours. Mais g-ardons-nous de sacrifier une de ces facultés à l'autre, et reconnaissons •lue le g:énie ne découvre rien sans l'imag-ination,
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et proclamons en même temps qu'il n'est vraiment scientifique qu'à la condition d'appliquer à sa découverte le calcul, ou un système de raisonnements et d'expériences, ou même un système de raisonnements seulement, propre à démontrer la vérité de cette découverte.
554. L'homme doit à sa faculté de raisonner la perfectibilité qui le distingue si éminemment des animaux; et, capable qu'il est d'abstraire, il raisonne el réunit ensuite ce qu'il a abstrait, séparé ; mais si ces deux facultés sont la cause des connaissances qu'il acquiert des choses du monde où il vit, s'il leur est redevable de la conscience de son individualité, de son moi, rappelons que la faculté d'abstraire, d'après laquelle il analyse un objet pour le connaître, et la faculté de réunir par la synthèse ce qu'il a séparé prouvent la faiblesse de son intellig^ence relativement à la science que nous reconnaissons à un être supérieur qui, saisissant à l'instant toutes les parties d'un tout, n'est jamais exposé aux erreurs si fréquemment commises par Thomme, trop disposé à prendre la partie pour le tout.
C'est par Fintellig^ence que l'homme diffère de la brute, puisque, comme lui, beaucoup d'animaux sont doués de cinq sens, et que plusieurs espèces vivent en société ; mais par elles-mêmes les sociétés
INDÊP£Na\.NTES D UNE HISTOIRE DE LA CHLMIE. 323
d'animaux ne sont pas plus perfectibles que Tindividu, tandis que l'homme est perfectible et comme individu et comme association d'individus.
§ II. — Diver^sité des indiviam.
355. Les trois tendances de l'intellig^ence coexislenidans l'individu, mais avec de g-randes variations dans leurs rapports mutuels causées par Tàg^e, par le sexe, la race, l'âge de l'association, la race des individus associés, enfin par les lieux et leurs climats.
La crédibilité, généralement, prédomine dans Tenfant, l'imagination dans l'adulte, et le raisonnement dans l'âge mùr. La tendance à croire et l'imagination prédominent dans la femme.
556. Enfin les raced diverses, les sous-espèces, à l'instar des individus, peuvent présenter des différences plus ou moins grandes, quand on cherche à établir des comparaisons aussi exactes que possible.
§ III. — Divemtè des associations d individus,
fe7. Tous les individus d'une association peuvent différer les uns des autres par l'âge et le sexe^ de
plu» par la race ou la sous-espèce à laquelle ils appartiennent; mais, toutes choses égales d'ailleurs, chacun d'eux se distingue par quelque trait d'un autre individu. De là naît la difficulté de trouver un ou deux individus représentants de la race ou de la sous-espèce à laquelle ils appartiennent.
Une société formée d'individus d'une même race, vivant sur un même sol pendant plusieurs g'énérations, éprouve d'incessants changements dans les individus qui la composent.
A son origine, la crédibilité est plus grande qu'aiLX époques postérieures ; à mesure du progrès de la société, l'imagination prend de l'essor jusqu'à une époque où le raisonnement tend à prévalojr absolument, comme cela arrive dans la vie d'un individu.
Enfin, supposez deux sociétés se ressemblant autant que possible; des différences apparaîtront si l'une se développe dans un pays isolé, tandis que des relations plus ou moins fréquentes de la seconde avec des voisins amèneront nécessairement des conditions d'existence fort différentes de celles où se trouve la première.
§ IV. — Diversité des actes intellectuels dam t association.
358. En prenant comme fait de notre organisahion et de la nature de notre intellig*ence ce que j'ai
dit de nos dispositions à croire, à imaginer et à raison^ ner, en les considérant comme coexistant toujours, mais avec des variations dans leurs rapports mutuels de développement, on se rend compte de la diversité des individus et de celle de leurs œuvres intellectuelles.
La diversité de la résultante des trois dispositions de l'intelligence considérée dans les individus d'une association, peut être augmentée encore par la diversité des organes de chacun d'eux, la diversité des lieux, selon qu'il y est sédentaire ou passager, et enfin la diversité des circonstances sociales où il se trouve.
La diversité de ces causes produit la diversité des individus en général et de ceux en particulier qui exercent une influence quelconque sur la société dont ils sont partis. La faculté que l'un n'a pas, un autre la possède ; les efforts contemporains se coordonnent dans l'ilitérêt de l'association, non d'une manière fatale comme cela existe dans une association d'animaux, par exemple celle des abeilles, des fourmis, etc., mais d'une manière raisonnée, grâce à tintelligence de l'homme. De plus, les descendants profitant des efforts de leurs pères, les efforts du présent s'ajoutent aux efforts du passé, et par l'éducation et l'instruction que les pères donnent à leurs enfants, se préparent le progrès de l'avenir.
559. La diversité de facultés dans les individus tourne donc à l'avantagée de l'association dans le présent pa^ la simultanéité des efforts, et dans le temps par leur succession ; et les sociétés humaines sont ainsi capables de progprès. Une science, une branche de savoir de l'homme se développe par la même cause. Voilà le progrès en qui réside le caractère de perfectibilité si propre à distinguer l'homme des animaux proprement dits.
360. Le progrès sera assuré, il sera le plus rapide, lorsque chaque individu d'une association pourra développer tous les efforts dont il est capable pour l'intérêt des individus associés, et que luimême, sans peine, recueillera les avantages de ces mêmes efforts.