CHAPITRE V
Du Nabab, autrement appelé Nazim, ou Soubabdu
Bengale.
Afin de traiter ce chapitre au gré de tous les lecteurs, nous examinerons ce que devait être le nabab suivant les anciennes lois de Fempire , ce qu'il était avant que la Compagnie acquît la charge de dewan, et enfin ce qu'il est depuis cette époque. Ici, comme ailleurs, nous ne dirons rien sans l'appuyer sur des autorités incontestables.
« Suivant l'ancienne constitution de l'empire « mogol, le nabab ou soubab des provinces du « Bengale, Behar et Orissa, n'était que le vicece roi du Mogol. Mais les troubles du pays ayant, « pendant les années dernières, altéré et presque « anéanti cette constitution , les soubabs de « toutes les provinces de l'Inde sont devenus peu « à peu indépendants de la cour de Delhi. Lors «de l'invasion des Perses, sous Nadir Schah, « l'empire fut ébranlé jusque dans ses fondements, « ou plutôt fut entièrement renversé. Cette ré- « volution confirma si bien les nababs dans l'indé- « pendance, qu'il n'y a plus entre eux et le Moa gol qu'une relation purement nominale (1).
(i) Pages 21 et 22 d'un Mémorial to the King's most
M. Vansittart nous dit (1) : « que l'officier « appelé le nabab , ou plus proprement le nazim a d une province, a la surintendance des affaires « du département qui lui est confié , tant qu'il a plaît à l'empereur de ne pas le révoquer, a Il est rare que cet officier possède toute sa «vie cette dignité (2). On le changeait sou- «r vent dans les premiers temps de l'empire, afin « de prévenir les effets dangereux de l'autoritéqu'il « pouvait acquérir. Les nababs , suivant les lois , « n'ont pas droit de se mêler de ce qui regarde l'ad- « ministration des revenus. 11 est vrai que, depuis « l'anarchie de l'empire, ils sont devenus siindé- « pendants de la cour de Delhi , qu'ils ne lui sont a plus soumis que de nom. On garde toujours « les anciennes (ormes, mais elles servent seule- « ment à montrer ce qu'était originairement ce <r gouvernement dans sa constitution primitive. « Lors de la mort d'un nabab , son successeur, « qu'il soit étranger, ou descendant de sa fa- « mille, n'est pas réputé légitime avant d'avoir « été confirmé par une patente impériale qu'il « est très-facile d'obtenir (3). »
excellent Majesty, daté du 3 février 1762. par la cour des directeurs et signé par Laurent Sullivan, président; Thomas Itous, député, et dix-huit directeurs. Imprimé à Londres, chez Jean Brotherton Cornhill.
(1) Vansittart's Narrative, vol. I, p. 4.
(2) M. Orme fait remarquer que ces changements étaient si fréquents autrefois, qu'un nabab nouvellement créé, sortant de Delhi pour aller dans son gouvernement, s'était placé sur son éléphant, de manière que son dos était tourné du côté de la tête de ranimai . et que lorsqu'on lui en demanda la raison , il répondit qu'il regardait son successeur qui allait le suivre. Orme^s Hindostan; Dissertation, p. 8.
(3) LesMogols n'ayant depuis longtemps ni autorité,
Tel est 1 etit des nababs du Bengale depuis la décadence , ou plutôt , comme les directeurs de la Compagnie en conviennent eux-mêmes, depuis la subversion de l'empire < 1). Si les auteurs aont on vient de parler avaient osé publier entièrement la vérité , ils auraient dit avec plus de jus-
dbui, le nizamut ou la nababie du Bemrale n'a
Le dernier nabab légitime. Sujah Kbawn (2) , mourut en 4739. Son fils, Serfraz Kbawn, lui succéda dans son gouvernement ; il le conserva environ trois ans, jusqu'à la révolte d'Àllawerdy Kbawn, qui était alors gouverneur de la province de Behar. Ce rebelle avait été autrefois Houkahburdar (3) de Sujah Kbawn. Après avoir tramé,
ni pouvoir, accordent tout ce qu'on leur demandé, moyennant une certaine somme qu'ils sont bien aises de se procurer. Ils font un profit clair, en donnant contre de rargent des titres qui ne sont pas en leur possession et qui ne leur font rien perdre de ce qui leur reste. M. Vansittart (Xarrative, tom. Ul, p. 418) rapporte un exemple remarquable de ces négociations. Un certain dewan, nomme Nundeomar, homme fort intrigant, obUnt pour lui-même la nabab îe de Mir Jaffier, dont il était ministre, avant que son maître eût rien appris de sa perfidie. Depuis le gouvernement de M. Vansittart, les concessions du Grand-Mogol sont devenues encore à meilleur marché. Des natifs, valets de quelques employés au service de la CompcOgnie , ont été créés par eux rajahs ou princes, et plusieurs Anglais sont revenus en Europe avec le titre d'omrahs.
(1) Voyez la lettre des directeurs citée p. 52.
(2) Vansittarrs Nairative; vol. I, p. 5.
(3) Officier chargé de porter la pipe du nabab. Scraftoiïs Reflections, p. 34.j
tesse que, depuis cette époque
aujour-
parmi les domestiques de son nouveau maître, un complot de perfidie sans exemple, il vainquit, le 20 janvier 1741, dans une bataille, Serfraz Khawn et lui fit perdre la vie.
Allawerdy Khawn s'empara alors de la nababie du Bengale. Les invasions répétées des Marattes pendant huit ans, ne purent pas l'en chasser. Il mourut dans son lit le 10 avril 1756 (1 ).
Il fut remplacé par Sujah- al- Do wlah, petitfils de son frère. Ce nouveau tyran , ayant eu avec les employés de la Compagnie quelques disputes rapportées par M. Holwell et les autres écrivains, il attaqua, le 20 juin 1756, toutes les factoreries des Anglais , saisit et saccagea leur ville et le fort de Calcutta. Les habitants et les soldats qui échappèrent à la colère du vainqueur, furent omigés de se retirer à bord des vaisseaux marchands qui étaient à l'ancre dans la rivière d'Hougly. Ils traînèrent une vie misérable jusqu'à l'arrivée de l'escadre commandée par l'amiral Watson et lord Clive, le 3 janvier 1757. Les troupes qu'elle amena venaient de la côte de Coromandel, et étaient peu considérables. Cependant elles agirent avec tant de valeur, cpie le 3 janvier 1757 la ville de Calcutta fut reprise par les Anglais. Lorsque les vaisseaux furent à la portée du fort (2) , l'ennemi l'abandonna aux premiers coups de canon.
Le nabab Sujah -al -Do wlah revint quelque temps après pour combattre les Anglais. Il fut repoussé avec tant de bravoure et d'intrépidité par les soldats de la Compagnie , que sa nombreuse armée se retira dans la capitale de
(1) Scrafton's Reflec lions, p. 5.
(2) lbid, p. 62.