‹ Histoire des conquêtes et de l'administration de la Compagnie anglaise au BengaleChapitre 2 sur 21 · XXV11I · texte numérisé non relu

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reconnaître que les marchands anglais en interdisant, pendant un demisiècle, la fréquentation des marchés des trois présidences de l'Inde aux Perses , aux Arméniens et aux autres peuples de l'Asie centrale, qui y avaient versé tant de richesses , sont parvenus a tarir la source la plus féconde des trésors de l'Hindoustan , k mesure que le commerce de la métropole, les malheurs de la guerre , les pillages el les dépouilles opimes de la victoire achevaient de les mettre a sec.

Chose digne de remarque : au milieu de ces opulentes contrées, réduites

aujourd'hui k un état de misère relative incontestable, auquel viennent encore se joindre l'avarice et la manie d'enfouir les matières précieuses, habitudes familières aux Asiatiques, nous voyons l'Angleterre forcée de faire la guerre avec ses propres ressources pécuniaires, sans espoir de rentrer par la victoire dans ses avances ruineuses, et condamnée à reconnaître enfin que la Compagnie des Indes et les.

différents ministères qui l'ont soutenue dans ses erreurs économiques ont tué la poule aux œufs d'or.

Nous ne prolongerons pas davan-

avec soin les événements que la presse de chaque jour livre k la publicité, on peut se convaincre que Ton a beaucoup trop vanté jusqu'à ces derniers temps l'habileté des Anglais comme peuple colonisateur ; la soif insatiable des profits commerciaux a toujours été l'unique but de leurs efforts , malgré les missionnaires qu'ils souffraient à côté de leurs comptoirs. Il y avait dailleurs dérision k faire enseigner la doctrine du libre arbitre k des peuples qui auraient peut-être pu y croire, s'ils n'avaient pas été témoins de

la manière dont leurs maîtres en faisaient usage pour leur propre conduite. C'était Ta du charlatanisme religieux , comme ce grand jeûne expiatoire pendant lequel les journalistes de Londres rédigeaient les tirades sanguinaires et les provocations au carnage qui remplissaient leurs feuilles du lendemain.

Si les Hindous qui ont su résister à tant de dominations étrangères qu'ils ont usées à'ia longue , plutôt qu'ouvertement combattues , par la puissance d'une force d'inertie et d'un stoïcisme particuliers à ces natures soumises , mais indomptables ,

si, disons- nous, les Hindous se convertissaient soudainement au christianisme et savaient puiser dans leur nouvelle croyance et dans l'Évangile la force morale et l'amour de la liberté qu'il enseigne à chaque page, pas un Anglais ne pourrait se vanter de fouler encore, pendant vingt -quatre heures, le sol trop hospitalier de l'Hindoustan.

Quelques journaux français que Ton dirait subventionnés par nos voisins, et qui devraient savoir mieux que personne quelles sont les dures lois de l'esclavage, s'ils ont courbé la tête sous le plus lourd de tous

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les jougs, le joug de l'argent, affectent de traiter de barbares , les malheureux révoltés du Bengale , et voudraient, dans leur anglomanie obstinée , faire croire qu'au milieu de tous ces événements , la Grande- Bretagne n'a çien à craindre pour sa prospérité présente et future : immense bourde qui ne trompera personne. Au point de vue politique, comme au point de vue commercial, la Grande-Bretagne, objet de la haine ou de la crainte des autres peuples , est aujourd'hui en pleine décadence, et cette prévision formulée par Victor Jac-

quemont, en 1831, sur les bords du Gange, quelques mois seulement avant de mourir : a Je ne troquerais pas l'avenir de la France contre celui de l'Angleterre, d'ici à trente années (1) , D est aujourd'hui en pleine voie d'accomplissement.

Il en est toutefois de la décadence des peuples comme des grandes lois qui régissent les révolutions géologiques: l'action en est lente et soumise à des fluctuations variées. Malheur a l'homme d'État qui

(1) Correspondance de Victor Jacquemont, pendant son voyage dans l'Inde. T. h, p. 200. Lettre du 5 décembre i83i.

ne puiserait pas dans cette dernière considération des motifs de modération et de modestie I Malheur surtout à ces ministres a humeur noire qui , après avoir consommé leur

longue vie dans les luttes politiques, n'ayant su ni s affranchir des sottes préventions d'un intérêt national mal entendu , ni acquérir , dans les hautes sphères de la société, l'amour du bon et du vrai , la mansuétude et le calme du véritable homme politique, deviennent rageurs et atrabilaires et se font insulteurs après boire, jusqu'à ce qu'on apprenne un jour qu'ils se

sont fait justice à eux-mêmes par la corde ou le rasoir : lisez plutôt la Vie de lord Castlereagh.

lavons dit au commencement de cette introduction, parut en 1772. La Compagnie anglaise, comprenant toute la portée d'une attaque aussi vigoureuse, fit publier par un de ses commis une réfutation qui est devenue aussi rare que le livre original même (1). Celte apologie de

(1 ) A view qf the rise, progress and présent state of the english governement in Bengal, including a repltj to misrepresentations ofBolts and other writers, by Harry Verelst. London, Nourse, 1773. In-4o.

L'ouvrage de Bolts , comme nous

l'administration du Bengale contient plus d'aveux involontaires que de solides réfutations des reproches formulés par Bolts contre la Compagnie anglaise.

En 1775, Demeunier, qui joua depuis un rôle politique assez important sous le gouvernement républicain et pendant la durée du premier empire , publia une traduction de l'ouvrage anglais , en deux volumes in-8*, sous le litre de:

État civil, politique et commerçant du Bengale (1). C'est cette tra-

( 1 ) État civil , poliUque et commerçant du Bengale, ou Histoire des conquêtes et de

duclion, corrigée et améliorée dans quelques-unes de ses parties , que l'on trouvera reproduite dans ce volume.

Nous sommes persuadé que , au moment où des débats importants vont s'élever dans le parlement anglais sur la grave question de la suppression du privilège de la Compagnie anglaise et sur la création d'une administration directe pour le gouvernement de l'Inde, les lecteurs français , et même les

l'administration de la Compagnie anglaise dans ce pays. Maestricht. J.-S. Dufour, ' 1775. 2 vol. in-8°.

lecteurs anglais pourront trouver un grand avantage et puiser une solide instruction dans la lecture de l'ouvrage que nous publions.

i" janvier 4858.

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