LIVRE V
Un grand nombre d'ouvrages présentés à Louis XIII pour lui dénoncer les assassins de son père.- — Condamnation de la doctrine régicide du jésuite Mariana. — Marie de Médicis autorise l'ijifâme société à professer publiquement à Paris. Arrêt du parlement portant que les jésuites s'engageront à ne rien entreprendre contre la yie des rois et les libertés de l'église gallicane. — Cette soumission ne les fait point changer de doctrine. Condamnation d'un écrit régicide du jésuite Bellarmin. L'arrêt n'est pas exécuté. Guet-à-pens dressé par les jésuites au savant E-icher,, syndic de la faculté de théologie. — Condamnation de nouveaux écrits régicides des jésuites Becan et Suarés. Juste sévérité du parlement. Les jésuites , par leurs intrigues , obtiennent du roi leur incorporation à l'université ; mais ce monarque ne peut s'empêcher de les faire expulser de la ville de Troyes , où ils fomentent la plus affreuse discorde. — Ils s'en vengent en conspirant contre Louis XIII. Complot des jésuites Gnyot et Chappuis, aidés du curé François Martel. Le curé et son domestique sont pendus. Les deux jésuites sont soustraits à la rigueur des lois. — Cette coupable condescendance ne corrige pas la parricide société. Condamnation de deux écrits régicides qu'elle publie sous les titres de Mysteria politica et de A^moniiio à Ludovicum XIII, Censure de la faculté de théologie. Rage du père Cotton. Vains efforts du parlement. Quelques lettres de cachet achèvent de refroidir son zèle. — Les jésuites signalent leur victoire par un infâme écrit de leur confrère Sanctarel. Il est condamné. Les
pères sont sommés de faire connaître leur croyance relativement à rautoritë des rois. Ils demandent huit jours. Profession de foi vague el insuffisante. Elle est rejetée par le parlement. Le roi évoque la cause à son conseil. L'université persécutée. Louis XIII lui rend enfin justice.
Après la mort de Henri IV , il parut un grand nombre d'ouvrages qui furent présentes à Louis XIII, son fils et son successeur. Tous, d'une voix unanime, accusaient les jésuites d'avoir arme le bras du parricide. Ils soutenaient que l'assassin Ravaillac avait nourri son imagination des principes infâmes professe's par ces pères et des conseils atroces qu'ils lui avaient donnes. Ils s'élevaient surtout contre leur confrère Mariana , qui venait de publier son livre de Rege et régis institudojie , où , entre autres maximes détestables , il donnait le régicide pour une action digne de louange , glorieuse et héroïque , exhortait à le commettre ouvertement, et gémissait de ce qu'il y en avait si peu qui se portassent à une démarche si généreuse.
Ils signalaient, en outre, un grand nombre d'autres théologiens jésuites qui enseignaient , vers le même temps , de semblables principes j d'oii il suivait que partout on reprochait à ces pères d'avoir préparé l'assassinat du roi ; mais que des intrigues sourdes, delà part de ces hommes si dangereux , avaient empêché qu'on ne remontât à la source de la conspiration pour mettre leur société à découvert.
Le tableau eiFrajant des conspirations trame'es par les jësuiles contre la vie de Henri III et celle de Henri IV ; la mort tragique de ces deux princes , et surtout l's cris d'indignation cpii s'e'levaient de toutes parts contre les pères, réveillèrent toute l'attention du parlement. Il se détermina a condamner et à détruire successivement tous ces livres infâmes, où les abominables doctrines de la compagnie de Je'sus étaient si audacieusement professées. Le premier contre lequel ils sévirent fut celui du jésuite Mariana. Nous allons en extraire les principales propositions.
I. Si on peut assembler les états avec le consentement du roi, pour le déposer que faut-il faire ? Il faut délibérer. Pag. ôg.
II. Il faut avertir le prince et le faire rentrer dans son devoir ; s'il obe'it et fait satisfaction au public , et repare les fautes de sa vie passe'e, il ne faut pas prendre de remèdes plus forts,
III. S'il ne veut pas se corriger, et qu'il n'y ait point d'espe'rance de changement, lorsque la sentence sera prononcée il sera permis au peuple de ne point lui obéir d'abord.
IV. Comme il y aura nécessairement une guerre, ir sera permis d'avertir des projets qu'il fera pour se défendre, de prendre les armes et de lever sur le peuple de l'argent pour les frais de la guerre.
V. Ensuite , s'il est nécessaire et si la république ne peut pas autrement se conserver , il sera loisible , pour sa défense , de tuer le prince qui aura été dé-
DES JESUITES. iiZ
clare ennemi du public , mais par une autorité au-dessus de la sienne, et qui appartienne à ia re'publique. Pag. 60.
VI, La même chose est permise a tout particulier qui , sans aucune espérance d'impunité' et au me'pris de la vie , veut tâcher d'aider la republique.
VU. On doit porter le même jugement si la re'publique opprimée par la tyrannie d'un prince , et les citoyens n'ayant pas la liberté' de se plaindre , on a la volonté' d'exterminer la tyrannie et de punir les crimes publics du prince, comme intole'rables ; en sorte que je ne croirai pas que celui qui, pour faire plaisir au public , aura tente de le tuer ait mal fait.
VIIL Nous ne donnons pas cette permission a tout particulier, ni même à plusieurs , à moins que ce ne soit par la voix publique du peuple : qu'on prenne sur cela le conseil des personnes savantes et expe'rimentëes (telles que les je'suites sans doute).
IX. Ce serait un grand avantage pour le public , si on trouvait plusieurs personnes pleines de couiage qui voulussent me'priser leur vie et leur fortune pour la liberté de leur patrie.
X. En Espagne , à peine trouve-t-onune ou deux personnes royales qui aient ete' tue'es par les leurs ; quoique cela doive être attribue à la fide'iite' des sujets, on le doit aussi à la clémence des princes qui, e'tant le'gitimement monte's sur le trône , ont gouverne' avec modestie et avec douceur.