LITRE VI
Doctrine régicide des jésuites Hereau et Bauni. Deux foudroyantesrequétesde l'universitéau parlement. Louis XI V^ étonné de la violence des accusations, mais croyant devoir ménager les accusés , évoque la cause à son conseil , qui se borne à défendre à la société de Jésus de traiter à l'avenir de semblables matières. — Apologies des jésuites. Troisième requête de l'université. Violens. débats. Discours sublime de M. de la Châlotais. Les jésuites vaincus. — Apparition des Lettres provinciales. La voix de Pascal rallie le clergé régulier. Nouvelle apologie des jésuites. Elle esc flétrie par Alexandre VII , leur plus zélé partisan. — Pour s'en venger , ils font brûler à Bordeaux les immortelles Provinciales , tandis qu'ils inondent la France d'écrits respirant le plus honteux libertinage. Un de ces livres, VAmadeus Guimeneus , est condamné par le parlement, malgré la vigoureuse opposition du versatile Alexandre. — Louis XIV protecteur du collège de Clermont. Ingratitude , bassesse et férocité. — Révocation de l'édit de Nantes. Participation des jésuites aux atrocités qui l'accompagnèrent. — Com mencement des persécutions des jansénistes. — Les jésuites La Chaise et Le Tellier. — Conspiration des jésuites contre Louis XIV, leur bienfaiteur. — Continuation des persécutions des jansénistes. — Condamnation de \ Histoire des jésuites , du père Jouvenci. Le roi intervient dans cette affaire, et arrache le coupable à la juste sévérité des lois. Nouvelles publications incendiaires de l'infâme société. —
Louis XIV affilié à 1 ordre des jésuites. — Faux ambassadeur.— Mort du roi.
On remplirait d'innombrables volumes des complots trames dans tout l'univers par la société' de Je'sus. Les membres de cette secte perverse sont incorrigibles , rien ne peut leur faire renoncer à leur mystérieux institut, aux exe'crables maximes qu'il autorise , à la doctrine re'gicide dont il permet et approuve l'enseignement et la pratique. Soixante-dix-huit the'ologiens, écrivains, casuistes , dont le parlement de Paris a recuiili les décisions dans des extraits de'posës a perpétuité dans son greffe, justifieront cette vérité aux races futures. Cinq papes et nombre de cardinaux, archevêques et évêques, morts avec le grave soupçon d'avoir été empoisonnés par des fauteurs de la vindicative société ; quatre souverains de l'Europe poignardés par des scélérats qu'elle avait armés de son fer parricide; plusieurs contre lesquels elle a été violemment suspectée d'avoir ourdi les plus terribles conspirations , l'accuseront éternellement d'avoir enseigné sans relâche, depuis son institution, la doctrine qui autorise le régicide. « Oui, s'écrie l'université, dans une de ses éloquentes réponses aux jésuites, oui, il sortira des cendres de nos rois une voix qui vous condamnera hautement , et i'jndignation de toute la France vous accusera d'avoir enseigné à attenter contre lapersonnede nos rois, l'année même queLouis-
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le-Juste ( Louis XIII ) vous a honore de ses précieuses dépouilles. Que reste-t-il à cette inhumanité, sinon de graver les axiomes du père Hereau sur les mêmes marbres qui serviront de monument à deux de nos princes , et d'apprendre à toute la postérité que vos casuistes ont donné des leçons pour percer le cœur des rois au même temps que les rois vous donnaient leurs cœurs. »
Le père Hereau enseignait en effet qu'il était permis de tuer celui qui a une autorité légitime de régner , lorsqu'il en abuse à la ruine du peuple ; qu'on peut tuer ceux qui veulent médire de nous ou nous ôter l'honneur ; qu'il est permis d'accepter les duels , de procurer les avortemens , et qu'il appartient à ceux à qui le soin du bien public a été confié, de déposer les princes souverains. Ce jésuite s'appujait sur l'autorité des principaux casuistes de la société. L'université fut instruite de l'enseignement de ce professeur; pour le constater juridiquement, le recteur de Saint-Amour se transporta, le 2 5 août i643 , avec un commissaire, chez un de ceux qui avaient écrit cette doctrine , sous la dictée du jésuite, et lui fit reconnaître authentiquementses cahiers. Le 2 janvier suivant (1644)7 ^^ même recteur fit une seconde descente , avec le même commissaire , chez un autre écoher qui avait aussi pris les mêmes cahiers sous la dictée du père Hereau, et remit les procès-verbaux à son successeur Dumoustier, aussi zélé que lui pour le bien public. Après avoir constaté le crime d'une manière si juridique , l'université pré-
senta , le 5 mars^ ses procès-verbaux avec une requête au parlement. Parmi les abominations contenues dans les cabiets du père Hereau sur le cinquième commandement , vous ne tuerez point , l'université en choisit trois qu'elle de'nonça particulièrement ; savoir, sur la violence ckndestine , sur la vie des rois et sur les hommes que Dieu forme dans le sein des mères» A la requête qu'elle présenta pour dénoncer des maximes exe'crables, étaient joints des avertissemens trèsinte'ressans contre cette doctrine funeste a la vie de tous les hommes , et particulièrement à celle des rois et des princes souverains . Dans le premier avertissement, l'universite'apostropheamsi les jésuites : « Que si cette école e'tait assez malheureuse pour persuader à tout le monde ce qu'elle enseigne publiquement, et si la lumière que Dieu a allume'e dans toutes les âmes raisonnables pour leur faire discerner la justice d'avec l'iniquité était tellement éteinte que l'on pût universellement consentir à cette cruelle théologie , les déserts et les forêts seraient preTërables aux villes ; il vaudrait mieux converser avec les bons et les tigres, qui n'ont que leur impe'tuositë et leurs armes naturelles , qu'avec les hommes qui, outre la violence que leur impriment leurs passions , outre tant de différentes sortes d'armes qu'ils ont inventées pour abre'ger la vie que la nature nous a donne'e de si peu de dure'e , seraient encore instruits , par cette doctrine des démons , à dissimuler et à feindre , et a contrefaire les serviteurs et les amis hitimes , afin de tuer plus facilement avec
impunité. Et si on jugeait les actions des jésuites selon ces inhumaines instructions , si on les estimait capables de pratiquer ce qu'on leur enseigne dans leurs colle'ges , et d'employer le fer et le poison pour se défaire de ceux qui pourraient olFenser la gloire ou traverser les grands desseins de la socie'të, pour ôter de ce monde ceux qu'ils pensent leur vouloir rendre de mauvais services et porter préjudice auprès des juges, des magistrats et des rois, n'obligeraient-ils pas les hommes à s'unir tous ensemble pour ëtoufîer une si pernicieuse secte , conmie un embrasement qui serait prêt à consumer tout le monde ? »
'L'université' ne borna pas là son zèle contre le monstrueux enseignement des je'suites ; elle pub!ia un second avertissement , dans lequel elle re'fute , d'une manière noble et énergique, mais avec les me'nagemens que la pudeur peut exiger, tout ce que ces misérables casuistes enseignaient sur les avortemens , c'est-à-dire sur le meurtre des hommes qui ne sont pas encore nës. Cette pièce e'numère plusieurs autres points renfermes dans les cahiers du père Hereau , lesquels sont comme les conséquences de ses principes , qui apprennent à tuer les hommes nës et à naître.
L'université les discute avec tant de force et de lumière, qu'après la lecture de cet avertissement, on ne peut qu'être pënëtrë d'indignation contre cette secte , qui semble être dévouée à détruire toutes les
lois naturelles et divines, a rompre tous les liens de la socie'te humaine , à suggérer aux hommes tous les moyens de satisfaire leurs passions les plus monstrueuses, et de s'extei'miner les uns les autres. Ce document servait d'appui à une seconde requête , que l'université présenta au parlement, pour joindre aux pièces denonce'es dans la première la somme des pêches du jésuite Bauni, des extraits des constitutions de la société et de V Imago priml sœcuU , et pour prouver l'union et la conformité des sentimens des pères dans leurs pernicieuses maximes et pratiques. Le but de la requête était de montrer avec étendue que , suivant les constitutions des jésuites et l'obligation qui leur y est imposée d'être uniformes en leur doctrine, comme ils sont instruits dans les mêmes écoles , élevés sous la mêmie institution et animés du même esprit , ils ont coutume de soutenir ce que les individus de leur société proposent en public , et se portent plutôt à défendre des opinions pleines d'absurdités , €|ue de condamner véritablement un de leurs compagnons qui les aura avancées. La somme du père Bauni montrait d'autant mieux l'uniformité des jésuites dans d'aussi monstrueuses maximes , que ce jésuite avait professé la théologie morale au collège de Clermont avant le père Héreau. Il avait fait imprimer , avec l'approbation du provincial , son infâme théologie. La faculté en avait fait une censure, que nous avons rapportée^ et dont les jésuites eurent le crédit d'arrêter la publication par des ordres du chanceUer.
L'université montre , dans sa seconde requête , que Bauni attaquait aussi l'autorité' des rois et des magistrats , et « que cette correspondance et communion d'esprit et de pensées, que les je'suites disent être si ge'nerale entre eux, ne paraît point ailleurs si manifestement qu'en la pernicieuse doctrine qui touche la sûi'ete' de tous les états et le repos de toutes les nations intéressées dans la conservation de l'autorité' et juste puissance, et de la vie de leurs rois et princes souverains , en laquej|e doctrine leurs auteurs ont écrit qu'ils étaient tous un. Afm de prouver au parlement cette uniformité de doctrine entre les jésuites , l'université nomme une trentaine de pères ^ d'oii elle conclut qu'ils ne se tiennent engagés par aucune promesse, aveu, désaveu, ni déclaration qu'ils aient faits; ils surprennent les hommes et avancent leurs aiTaires par belles et spécieuses protestations qu'ils ne font point de difficulté de mépriser et de violer pour l'accroissement et commodité de leur compagnie, dont ils sont obligés , par leur constitution , d'avoir toujours le bien universel devant les jeux. »
Le recteur du Moustier alla présenter des exemplaires de la requête et des écrits de l'université à la reine-mère régente , aux princes et aux grands du royaume. Les excès reprochés aux jésuites étaient tels , qu'ils parurent incroyables ; mais , dans un temps de minorité , on redoutait si fort ces hommes capables de tout , que la reine emj)êcha le parlement de faire droit aux rec^uêles , et évoqua cette affaire. Lorsque
i6o HISTOIRE DES CONSPIRATIONS
la requête fut remise par l'université au procureur^ gênerai , il fut saisi d'horreur, et dit tout haut <( qu'il fallait quitter toute autre aflidre pour celle-ci , puisqu'il s'agissait de la siu'etë des rois. Il frémit à cette lecture inopinée, son cœur se glace dans cette surprise ; le bruit et l'ëtonnement se i^e'pandent dans tout le Palais ; toutes les bouches des juges se ferment, et la justice est dans le silence pendant deux mois. Les provinces les plus éloignées en apprennent la nouvelle avec frayeur, et toute la France^est dans Pepouvante. » Cependant l'indignation et le soulèvement universel forcèrent enfui la cour à faire quelque de'marche pour apaiser les esprits et pour empêcher le parlement de traiter avec une juste s évente' des gens qu'on croyait avoir intérêt à ménager. Le roi rendit donc, le 3 mai 1644 7 ^^^^ arrêt qui fait <( très -expresses exhibitions aux pères de la société' de Je'sus , et à tous autres , de plus , à l'avenir, traiter , dans des leçons publiques ou autrement , pareilles propositions 5 ordonne , de plus, que le père Hereau demeurera en arrêt à la maison du collège de Glermont , jusqu'à ce qu'autrement sa majesté en ait ordonne. » Quelle modération à l'égard des meurtriers qui donnaient des leçons pour tuer en cachette ceux qu'on n'osait tuer pubhquement^ et pour tuer les hommes nés et à naître ! Et comment put - on se contenter, au conseil du roi , des déclarations que ces prêtres y firent avec toute la supercherie dont ils étaient capables pour écarter le châtiment dont ils étaient menacés? Car s'ils témoignent du dé-
plaisir, ce n'est pas d'être attache's à une doctrine si abominable , mais c'est de ce qu'elle a ëtë enseigne'e publiquement par les leurs , avec une indiscre'tion qui leur a attire' des orages. A l'égard des promesses qu'ils font au roi , l'université' a montre' , en difterens temps , quel cas il en fallait faire.
Au lieu de rougir de leurs forfaits , les jésuites eurent l'eflrontie de publier coup sur coup différentes apologies montées sur le ton le plus insolent, et ils étaient si puissans à la cour, qu'on laissa imprimer à Paris ces apologies avec noms d'auteurs. Les impudens qui osèrent ainsi se montrer furent le père Lemojne , si fameux par sa Dé\>otion aisée et ses Peintares sacrées ^ et le père Caussin. Celui-ci, ajirès l-i mort du cardinal de Richelieu et de Louis XIII, avait été rappelé de son exil, et chargé par ses supérieurs de lutter contre l'université. Ce corps, par une troisième requête au parlement, demanda la suppression de ces écrits, comme étant remplis de faussetés et de calomnies, et autorisant la pernicieuse doctrine contre laquelle, par ces deux premières requêtes, il av^Jt déjà porté des plaintes ; il demanda ,• en outre , que les supérieurs des deux coupables fussent appelés à la cour, pour avouer ou désavouer lesdits livres. Le n décembre 1644? le parlement j répondit par une assignation aux supérieurs des trois maisons de jésuites. L'université accompagna sa requête d'un extrait assez étendu du manifeste apologétique pour la doctrine des religieux de la compagnie de Jésus , par le père Le-
moyne. On j voit^ outre le style si singulier qu^on retrouve dans la Dévotion aisée ^ du même auteur, une insolence jésuitique plus forte, et des invectives et des injures plus violentes contre l'université. Ni dans la réponse que l'université fit paraître contre l'apologie du P. Caussin, ni dans la troisième requête, il n'est fait mention de l'arrêt du conseil contre le P. Hereau, rendu dès le 3 mai pre'cëdent, quoiqu'il y soit question quelquefois des erreurs de ce jésuite. D'oii vient cette réticence? Est-ce que les jésuites auraient eu le ere'dit d'empêcher que l'arrêt du conseil ne devînt public? ou bien l'université, qui avait porté cette affaire au parlement, son juge naturel, s'abstenait-elle d'en faire mention devant cette cour-, où les arrêts du conseil n'étaient pas reconnus , à moins qu'ils ne fussent accompagnés de lettres-patentes ? Quoiqu'il en soit, ces faits montrent évidemment que c'était de la part des jésuites la plus grande imprudence d'avoir osé provoquer l'université au combat : cette guerre se fit en effet à leurs dépens. Les écrits énergiques et lumineux qu'elle publia, et ses démarches qui furent si vigoureuses , firent connaître ces pères à toute la France; le conseil même qu'ils comptaient leur être favorable les humilia, en flétrissant le P. Hereau. Loin donc d'obtenir ce qu'ils avaient osé demander par la requête du mois de mars î643, ceux qui avaient étudié et qui continuèrent d'étudier cl^ez eux en philosophie ne purent, à ce titre, parvenir aux degrés.,
DES JESUITES. ^ otfiS
« Si vous prétendez avoir ëte accuse's faussement, conclut l'université dans sa seconde apologie , si nous vous imputons injustement ou une pernicieuse doctrine que vous ne suivez pas , ou des menées dont vous êtes innocens, vous pouvez présenter vos plaintes à MM. les prélats du clergé de France; vous pouvez les adresser au parlement de Paris, et si vous êtes assez heureux pour rendre vos juges les témoins de votre innocence , nous voulons bien qu'ils se rendent les justes vengeurs de nos crimes , et qu'ils prononcent contre nous les plus sévères arrêts dont on puisse punir les imposteurs. Nous souscrivons dès à présent aux peines que méritent ceux qui sont convaincus de calomnie.
» Mais si, en vous reprochant une doctrine détestable, des maximes pernicieuses, des conspirations contre les puissances les plus sacrées , des attentats contre la liberté publique, des horreurs dans la morale , des rebellions dans l'Eglise , des erreurs dans la rehgion, des entreprises dans les états; si, en vous reprochant tous ces désordres , nous ne disons pas un seul mot qui ne soit appuyé d'une preuve péremptoire, et que nous ne puissions justifier par vos livres ou par des procès-verbaux , .ou des historiens sans reproches , croiriez- vous les magistrats si peu équitables que de vouloir vous autoriser dans vos injustices, et de nous défendi-e la liberté d'une juste résistance ? Croiriez-vous que les lois n'aient des rigueurs que pour les innocens, et qu'elles ne soient établies
264 HISTOIRE DES CONSPmATIONS
que pour favoriser Pimpunitë des coupables? Voudriez-vous que nos docteurs , qui ont jure sur les autels de défendre l'Evangile et ses maximes jusqu'à l'effusion du sang , vous laissassent publier tëme'rairement , et dans vos livres et dans vos leçons , qu'on n'est pas oblige d'aimer Dieu , et qu'on s'acquitte du précepte de la charité pourvu qu'on ne le haïsse pas ; qu'il est permis de tuer les tyrans et les détracteurs; qu'une fiile qui a e'te' violée peut faire avorter son fruit; qu'un valet peut servir son maître dans les infâmes ministères de son amour impudique? En un mot, prétendez-vous fermer toutes les bouches des gens de bien , pendant que vous persistez et scandalisez les consciences des fidèles? Certainement les magistrats auraient sxijet de nous prendre pour des prévaricateurs et des nëgligens si nous laissions ces excès sans re'sistance , et tant s'en faut qu'ils puissent flatter ou vos erreurs ou votre délicatesse; ils jugeront nos efforts dignes d'applaudissemens et de récompense. Il ne tiendra donc qu'à vous de faire voir au public si vous avez du cœur et de l'innocence, ou si vous abusez du préjugé de sainteté et de doctrine pour débiter des erreurs ou des abominations. N'espérez donc point de part dans l'estime .des gens d'honneur, si vous n'acceptez ce manifeste et reconnaissez la générosité évidente de ceux qui le font à une compagnie vindicative , chez qui le meurtre des médisans passe pour une action légitime. »
Le mauvais accueil qui fut fait à la théologie du
P. Hereau et aux apologies que les jésuites publièrent pour sa défense, obligea ces pères de suspendre dans le royaume les leçons publiques de leur doctrine se'dideuse; mais elle fut toujours enseigne'e et soutenue par les casuistes de Tordre. C'est un plan de conduite dont les écrivains de la société ne se sont jamais départis , et qui est fondé sur le fameux Traité du choix des opinions^ compose' à Rome, sous Aquaviva, par six des plus fameux théologiens de la socie'te'. Dans ce traite', il est dit, page lo, « que, quand il y aura des opinions, de quelque auteur que ce soit, qui seront mal reçues dans quelques provinces ou universite's , et qui choqueront les esprits catholiques, qu'ils se gardent bien de les soutenir en ces lieux-là , quoiqu'ils puissent les soutenir dans d'autres ; » ils auraient du. ajouter : « et les pratiquer partout. » « Montrez-moi, dit M. de la Chalotais, un homme raisonnable qui, connaissant les constitutions des je'suites, ne soit pas effraye des facilites qu'un ge'neral de cet ordre aurait pour intriguer, pour cabaler, disons-le franchement, pour conspirer? Un homme qui a 20,000 hommes sujets à ses ordres par e'tat et par principe de religion, lesquels, suivant les constitutions et leur serment, doivent être prêts à répandre leur sang pour la société; dont la conscience , le génie , le caractère , le tempérament lui sont intimement connus dès l'enfance , qui sont accoutumés à porter le joug de l'obéissance la plus absolue , à regarder leur général comme Dieu, comme Jésus-Christ 5 des gens, du secret desquels il est sûr, qui connaissent
eux - mêmes par la direction la conscience des autres hommes, leurs inte'rêls et leurs passions; un despote dont lé moindre signe est une loi, -dont une lettre missive est un décret, une ordonnance; qui a entre les mains tous les trésors du commerce de la société, et est instruit cent soixante et dix-sept fois par an de l'état de tous les royaumes : que ne. peut-il pas entreprendre ? Qu'on lise l'histoire des conjurations qui se sont formées dans l'univers ; qu'on examine les qualités que demandent de si périlleuses entreprises clans les chefs qui osent les former, les dangers qu'ils ont courus , les trésors qu'ils ont été obligés d'amasser, les peines , les soins , les travaux dont ils ont eu besoin pour se concilier l'esprit des peuples et pour l'émouvoir, les ressorts publics et cachés qu'il a fallu mettre en œuvre; qu'on examine comment ont échoué ces dangereuses conspirations , on n'en trouvera aucune dont le chef, après plusieurs années , ait pu se ménager avec moins de péril d'aussi grands avantages qu'un général des jésuites peut en avoir en vingt- quatre heures ; et ce qui est inouï , le plus maladroit, le plus incapable, le plus timide des hommes peut exécuter cet ouvrage. Comment ont échoué les conspirations qui n'ont pas été conduites à leur fin ? C'est ou par le remords de quelque conjuré , ou faute du secret, ou par le mauvais choix des complices, les uns manquant de hardiesse, les autres de résolution ou de célérité; c'est par la nécessité d'employer certaines personnes que l'on sentait n'être pas tout-à-fait propres à de telles entreprises ,
mais dont on ne pouvait se passer; c'est enfin par le trop grand nombre de complices . Aucun de ces inconveniens ne peut renverser un projet forme' par un gênerai des je'suite s, si, sur 2O5OOO hommes, il sait choisir seulement dix fanaticjues de bonne foi , dont la tête lui soit connue , et dont la main lui soit assurée , s'il a des affilies , des associés , des jésuites inconnus dans les familles (et on n'en saurait guère douter, quoiqu'il soit difficile de le constater); de quelle conséquence ne seraient point de pareilles associations ? J'éloigne, continue M. de la Ghalotais, les applications; mais que n'eût pas donne Cromwel pour avoir de si grands avantages, je ne dis pas immédiatement après avoir conçu son odieux projet, mais Cromwel victorieux après les batailles de Dumbar et de Worcester? On me dira que je fais tort au gênerai des jésuites, qu'il ne s'en trouvera pas de tels dans la société'; cela peut être, et je le de'sire; mais c'est précisément sur quoi j'insiste, et je demande quelle garantie on peut en donner? D'un fanatisme à l'autre il n'y a qu'un pas , je le répète ; qui peut garantir que dans un ou deux siècles il n'y aura pas un méchant homme dans une place? Supposez qu'il ne voudra pas faire le mal , n'est-ce pas avouer qu'il le peut faire? Il est donc contraire à la sagesse et à la prudence des états de laisser un pouvoir si dangereux et si exorbitant entre les mains d'un seul homme » (i).
(1) Compte rendu pay M. de Caradeuc de la Chalotais^ procureur-général ail parleiuciil de Bretagne, pag. 219.
a68 HISTOIRE DES CONSPIRATIONS
Quelque nombreuses que lussent les plaintes portées chaque jour contre les jésuites , on s'apercevait que la France suivait , sans y prendre garde , la route facile que lui traçaient les pères de la ruse. Il fallait un grand homme pour l'arrêter sur cette pente insensible : Pascal parut. Ce sublime génie, qui, selon la belle pense'e dç M. Alexis Dumesnil , fut éloquent et sublime avant Bossuet, et prépara la ruine de cette société puissante qui, s'ëtajant également de la sainteté' de la religion et de l'immoralité' des passions humaines, avait jeté', pour ainsi dire, une ancre dans le ciel et une autre dans les enfers. Ce génie frappa des traits les plus piquans, les plus ace're's , les plus inattendus ces prophètes impies , qui, pervertissant les dogmes de la foi, employaient toute la force de leur raison et toute la finesse de leur esprit à abuser leurs semblables. L'apparition des premières Provinciales fut un grand e've'nement ; elles firent une impression si forte , que les cure's de Paris s'assemblèrent, et demandèrent la condamnation des pernicieuses maximes des je'suites , s^i Pascal avait fidèlement cite' leurs écrits , ou sa mise en accusation , s'il avait dénature' le texte des casuistes. Les cures de Rouen se joignirent à ceux de Paris , et dès-iors commença dans le cierge' re'gulier une attaque presque ge'ne'rale contre les enfans d'Ignace,
Un avis fut adresse' a tous les pasteurs du royaume pour les engager à se re'unir contre eux ; c'e'tait le ^4 octobre i656. Les je'suites employèrent toutes sortes d'intrigues pour empêcher la censure 5 ils y re'ussirerit :
les ëvêques étaient alors tout occupe's de l'afTaire du cardinal de Retz , et cherchaient d'ailleurs à susciter des embarras à la cour. On se sépara sans avoir rien décide ; les pères cependant s'occupaient activement à justifier leurs casuistes. Ils firent paraître l'année suivante un livre compose par l'un d'eux, appelé Pirot, et intitule : Apologie des casuistes contre les productions des ennemis des jésuites-^ production dans laquelle ils persistaient à prendre ouvertement la défense des maximes les plus condamnables. Les cures de Paris résolurent de la dénoncer au parlement. A ce mot, les jésuites elïrajës ont recours aux protecteurs qu'ils se sont faits près du monarque; les cures sont mandes devant le roi , le cardinal Mazarin et le chanceher ; défense leur est faite de s'adresser au parlement. Il ne leur resta donc qu'à présenter une requête aux gra'nds vicaires de Paris , pour demander la condamnation de l'apologie des casuistes. Ils distribuèrent en même temps unfactum qui fut suivi de neuf autres, et ils eurent la satisfaction de voir leur exemple imite par un grand nombre d'êvêques. Depuis long-temps on n'avait fait briller autant d'e'loquence et de logique ; il suffit de dire, pour en donner une idée, qu'Arnauld, Nicole et Pascal y mirent la main. Aussi fut-ce une espèce de torrent dans le clergé de France ; la condamnation fut inévitable, et le pape Alexandre VII, malgi-é tout son dévouement aux jésuites , se vit forcé de flétrir les infâmes maximes contenues dans l'apologie des casuistes.
3yo HISTOIRE DES CONSPIRATIONS
Cette nouvelle leçon ne les corrigea pas plus quetou- , tes les précédentes. Leur puissance demeura toujours la même , et ils eurent le crédit de faire interdire aux cures les reunions qu'ils tenaient depuis long -temps. Ils allèrent plus loin ; ils mirent en jeu tant de ressorts , ils employèrent tant cl'intrigues , qu'ils réussirent à faire brûler publiquement à Bordeaux les Lettres provinciales. Elles n'en furent cjue recherchées avec plus d'aviditë, et ne contribuèrent pas peu dans la suite à la destruction de l'ordre. Elles sont demeure'es comme un premier modèle du mélange de la plaisanterie la plus caustique et de l'ëMvation la plus noble ; c'est aussi un monument de la perversité et des doctrines dangereuses des jésuites ; il y a tout à gagner à les lire , il y a tout à craindre à les oubher (i).
Tandis que les fils de Loyola faisaient brûler à Bordeaux le livre immortel de Pascal , ils publiaient dans toute la France des milliers d'écrits respirant le libertinage le plus ordurier. Dans un ouvrage imprime à Rouen, en 1660, parle révérend père Paul de Barry, et intitule : Le paradis ou\>ert à Philagie par cent dés^otions à la Mère de Dieu , on remarque parmi une foule d'obscënite's révoltantes, celle qui suit : « O adorable Marie ! porter le rosaire au cou , ou le chapelet la nuit en dormant , faire vœu de deTendre l'immacule'e conception^ donner des œillades amoureuses,
(1) R.ésumé de l'Hist. de la littérature française, chez Louis Janet, pag. 202.
en passant , aux im^es de la Mère de Dieu , prendre au sort quelque billet qui porte ses vertus , voilà les vraies voies du salut. Une dame mariée, dans le diocèse de Langres , se confessait et communiait souvent; elle avait cependant un péché secret qu'elle n'osait jamais confesser , qu'elle ne confessa pas^même à Theure dernière ; elle meurt dans ce piteux état. Comme elle est sur le point d'être enlevée par les démons, la Mère de bonté s'y oppose et obtient de son fiis qu'elle ressuscitera. De sa bière , la pécheresse demande confession, raconte la dévotion qu'elle a toujours eue aux images de la Sainte-Vierge , les saluant à toute rencontre, sauve son âme et meurt paisiblement. » (Pag. 33 , 94 î 328 , 4^2 ). Dans^un autre livre du même temps , Catéchisme ou ample déclaration de la doctrine chrétienne et du symbole des apôtres^ composé par le cardinal Bellarmin , traduit de l'italien par le père Pacot, et imprimé à Rouen, chez Lallemand, on lit <( que saint Dunstan quitta la cour des rois pour se retirer dans la solitude. Là , le diable, pour le tenter , se changea en fiUe Joëlle , ayant la gorge découverte (notre plume se refuse à tracer les pages suivantes) ; mais il fut bien trompé , car saint Dunstan , retirant du feu ses tenailles toutes brûlantes, lui attrape le nez et le lui serre si bien , que le pauvre diable ne peut s'enfuir.» Le père Gazée , parlant de Borgia, jésuite , rapporte <( qu'ayant accepté un cochon qu'on aumônait, il le charge sur son dos, prend les deux jambes de devant , accroche le pourceau sur ses épaules , le
gToin de la tête s'ëlevant sur sa tête comme une mitre d'ëvêque. » Le père Tauner , dans son livre Societas apostolorum imitatrix , page iSa , raconte le même fait avec bien plus de bouffonnerie et d'indécence; le même auteur , page 1 55 , dit que François Borgia «portait l'humilité jusqu'à n'oser sortir de la cuisine , à laquelle il s'employait sans la permission du cuisinier, delerence qu'il portait si loin", qu'il quittait brusquement la compagnie de la reine de Portugal pour aller mettre les herbes au feu. »
Nous ne finirions pas si nous voulions relever toutes les erreurs , les blasphèmes , les impiétés qui se trouvent dans la plupart des hvres de dévotion que les bénits pères répandaient parmi leurs dévotes ;, à la place des bons livres qu'ils tâchaient de décrier et qu'ils auraient voulu anéantir. Aucun ouvrage n'est aussi plein de ces excès que le Petit lii^re de vie du père Amable Bonnefous , de la compagnie de Jésus , à Paris, rue St. -Jacques, chez Jean-Baptiste de l'Epine, au Palmier, et chez Jean-Thomas Hérissant, à saint Paul , avec approbation et privilège du roi. Ils sont si nombreux , si étonnans , qu'on a de la peine à en croire ses propres yeux. « Souvenez-vous, dit-il, des divertissemens honnêtes et agréables que prit J.~C. ressuscité avec les pèlerins d'Emmaûs. Cher et aimable saint, dit- il à son patron, nétoyez mon âme , rendez-la innocente comme la vôtre. Le désir de recevoir J. -G. dans la communion y est exprimé ainsi : Tôt , tôt , mon doux Jésus , venez-j tôt. Dans une
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oraison dévote, pour demander la chasteté, il emploie ces expressions : L'époux des belles âmes , Jésus , qui avez un singulier plaisir de vous repaître parmi les lis , je vous recommande la blancheur de mon âme. Dans une prière à la suite de la communion : Je, pauvre pêcheur misérable rempU d'iniquités , ai bien osé prendre la hardiesse de me ghsser parmi les bonnes âmes qui se sont présentées à ce festin délicieux et tout divin. Dirons-nous que, pour exprimer la naissance de J.-G. , il le fait sortir de la glorieuse et royale cour du ventre wginal de la Ste .-Vierge ? Non, arrêtons là, on écrirait des volumes si l'on entreprenait de relever tout ce qu'il j a de répréhensible dans ce petit livre de vie , imprimé en différens formats , de cinq à six cents pages. « C'est ainsi, mes pères ^ s'écrie Pascal dans sa onzième Provinciale, que vous traitez indignement les vérités de la religion , contre la règle inviolable qui oblige à n'en parler qu'avec révérence. Votre père Garasse ne joint-il pas le blasphème à l'hérésie, en disant dans sa somme des vérités capitales , page 649 , en parlant du mystère sacré de l'incarnation : La personnalité humaiîie a été comme entée et mise à cheval sur la personnalité du verbe? »
En 1664 parut un livre beaucoup plus infâme encore que les autres; il portait le nom â^^madeus Guimeneus^ et, comme les précédens , il avait été publié avec approbation des supérieurs. L'auteur était le père Mathieu Moya, jcsuite espagnol et conf<*sseur de la reine-mère d'Espagne. La faculté de théologie
2n4 HISTOIRE DES CONSPIRATIONS
de Paris , en appelant cette œuvre un cloaque de foutes sortes cV ordures ^ déclara que, par respect pour la pudeur, elle s'abstenait de relever les infamies qui y étaient renfermées , infamies dont l'auteur eut l'effronterie de prendre la défense. Le versatile Alexandre VU , poussé par les jésuites, envoya à Louis XIV un bref pour l'engager avec instance à faire révoquer cette censure. Le monarque le remit dans les mains des gens du roi, qui applaudirent à la décision de la faculté contre un livre où l'homicide , le larcin, l'adultère et l'usure étaient préconisés comme des vertus. Les pères de la ruse ne se tinrent pas pour battus; ils obtinrent du pape une bulle qui, après avoir condamné la censure conmie téméraire et scandaleuse, en défendait l'impression , la lecture, et même la citation avec éloge. Le procureur-général s'empressa de dénoncer cette bulle au parlement , qui le reçut appelant comme d'abus; fit défense d'enseigner les propositions censurées par la faculté ; ordonna aux supérieurs des jésuites de Paris de se rendre à la cour pour en recevoir la notification ; déclara que les deux censures seraient enregistrées au greffe , et députa des conseillers pour féliciter la faculté sur son zèle.. - Le règne de Louis XTV offre malheureusement trop peu d'exemples de pareilles rigueurs contre un corps qui en était si digne. Ce monarque, qui obtint le surnom glorieux de Grand , refusé à Louis XII , était, il faut l'avouer , partisan zélé des jésuites. Croyant plus qu'il ne savait , ayant toujours un de ces pères
pour confesseur, il déploya h leur égard la plus brillante munificence. Leur collège de la rue St. -Jacques s'enrichit de ses dons. Alors , habiles courtisans, ils firent éclater leur reconnaissance pour leur bienfaiteur présent, et leur ingratitude pour leur bienfaiteur passé et leurfondateur, le célèbre Guillaume Duprat, évêquede Clermont. On lisait sur le portail de ce collège cette inscription : Collegium Claromontanum Societads Jesu, Louis XI V^ ayant été invité à venir y voir une tragédie représentée par les élèves , fut satisfait de la pièce, qui , suivant l'usage, contenait plusieurs traits à sa louange , et dit en souriant : Faut-il s'en étonner^ cest mon collège. Le recteur, attentif, saisit cette parole. Après le départ du roi , il fit enlever Tancienne inscription, et, pendant toute la nuit, des ouvriers furent employés à graver , sur une table de marbre noir, ces mots en grandes lettres d'or : Collegium Ludovici Magni. Le lendemain matin l'inscription nouvelle remplaça l'ancienne, et le collège prit le nom de Louis-le-Grand. Cet acte d'ingratitude et d'adulation fut vivement relevé par le distique suivant :
Sustulit hinc Jesuni posuitque insignia régis Impia gens ; aliuni nescit habere Deum.
La croix fait place au lis et Jésus-Christ au roi; Louis , ô race impie ! est le seul dieu chez toi.
Un élève du collège , âgé d'environ seize ans , auteur des deux vers latins, fut mis à la Bastille, puis
à la citadelle de l'île S te. -Marguerite. Il languit trenteun ans dans les fers , vengeance bien peu digne d'un
roi surnomme le Grand î
Les jésuites , favorise's par Louvois , avaient obtenu de Louis XIV l'autorisation de soustraire les fils des protestans à Pobe'issance paternelle pour les convertir au catholicisme. Ce fut le prélude de la révocation de l'ëdit de Nantes. On attirait ces enfans par des caresses et de l'argent ; on les retenait par la violence. Les jésuites montrèrent beaucoup d'habileté dans l'emploi de ces moyens séducteurs. Successivement, les convertis qui retournaient à la reUgion de leurs pères furent passibles des galères à perpétuité; les pères, furent obUgésde garder dans leurs maisons leurs enfans convertis , ou de leur fournir une pension alimentaire ; les nouveaux convertis furent déchargés de toute dette envers leurs anciens co-reHgionnaires ; les ministres furent tenus d'interrompre le chant des psaumes lorsqu'une procession cathoHque passait devant les temples ; on leur défendit d'avoir, dans ces temples , des bancs à fleurs de lis et aux armes de sa majesté , et de recevoir des catholiques a faire profession de la foi protestante , sous peine de bannissement perpétuel. Enfin la révocation de l'édit de Nantes fut prononcée le 22 octobre i685 , et les ministres reçurent ordre de sortir de France dans la quinzaine , sous peine des travaux forcés. Une déclaration du 12 juiil(3t suivant leur défendit l'entrée du royaume , éous peine de mort, et condamna aux galères perpé-
tuelles ceux qui leur donneraient asile. La capture d'un ministre valut 5,5oo livres de re'compense. La persécution ne s'arrêta pas là : toute lettre de maîtrise donnée aux protestans fut annulée. Défenses furent faites à tout avocat , médecin , chirurgien et pharmacien protestans d'exercer leurs professions j défense à toute sage-femme de cette religion d'accoucher personne de la sienne , ou de toute autre , sous peine de 3,000 livres d'amende. Même amende contre tout imprimeur protestant qui ne renoncerait pas à son ëtat. Ordre aux officiers des maisons du roi , de la reine , de madame la dauphine , du duc d'Orléans, etc.,. aux conseillers et secrétaires d'état , aux membres du parlement, aux gi'cffiers, notaires, procureurs, sergens, qui pratiquent la religion prétendue réformée , de se démettre sur-le-champ de leurs charges , et défense à tout seigneur haut justicier , receveur-général de finances , adjudicataire des fermes et gabelles , de donner aucun emploi à un hérétique. Les hôpitaux protestans furent supprimés, leur mobiHer confisqué au profit de l'Iiôtel- Dieu, et sévères inhibitions faites à tout citoyen de recevoir dans sa maison de pauvres malades huguenots. Les enfans fm^ent ravis a leurs pères et mères , de l'âge de cinq ans à celui de seize , pour être remis à des pareils catholiques , s'ils en avaient , ou s'ils n'en avaient pas , à de fervens dévots auxquels la famille payait une pension. Les temples ayant été détruits, on voulut s'assembler dans des maisons particulières j mais la peine de mort fut prononcée contre ces réu-
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nions religieuses. La même peine atteignit aussi les emigrans ; mais leur nombre ne cessant de s'accroître j on la commua en celle des galères perpétuelles. Cette CQinmutation ne devait produire aucun effet. Les proies tans qui restèrent dans le royaume, gémirent dans les bagnes ou furent convertis par le sabre des dragons.
Si l'on remonte à la source de tant d'iniquités et de malheurs , on y trouve les jésuites , et surtout le jeWte La Chaise^ confesseur de Louis XIY. Le pieux Fënelon s'opposa de tous ses efforts à tant de cruautés ; il en fut récompense par sa radiation de la feuille sur laquelle il était inscrit pour l'evêché de Poitiers. Le grand roi perdit ainsi plus de cinquante mille familles de Français laborieux , et augmenta le nombre de ses ennemis. Egare' par les enfans de Loyola et par Louvois , qui , comme tous les courtisans , affectionnait ces pères à cause de leur christianisme commode et de leur morale relâchée , il jie se borna pas à exercer ces persécutions contre les protestans ; il les étendit avec une rigueur presque aussi re'voltante contre ceux qu'on nommait les jansénistes : ceux-ci montrèrent une résignation et un courage dignes des premiers martyrs du christianisme. Leur modestie, leur moralité et leur savoir ont laisse' de beaux souvenirs. Les sciences leur sont redevables d'une grande partie de leurs progrès.
Le père La Chaise venait de mourir (1709). Les Français , surtout les jansénistes , concevaient l'espoir
d'un meilleur avenir. On pensait que Louis XIV aurait assez de force et de raison pour ne plus s'abandonner entièrement à un autre je'suite. Le père La Chaise, sans doute peu tranquille sur le sort qui l'attendait dans l'autre vie , et reconnaissant l'indignité de sa conduite passée , lui en avait donne' lui-même le conseil salutaire : Ne prenez jamais de confesseur jésuite ^ lui avait-il dit ; ne me faites pas de questions là-dessus^ je n'y répondrais point (i). Non-seulement le roi Ée tint pas compte de cet avis , mais , ce qu'on n'aurait pas cru possible, il choisit un autre confesseur jésuite d'une intolérance religieuse encore plus efîréne'e. Ce fut ce père Le Tellier, d'exécrable mémoire , qui s'est peint lui-même dans ces paroles à Louis XIV, lorsque ce prince sentait sa conscience se révolter contre les nouveaux impôts dont il venait d'accabler son peuple : « Tous les biens de vos sujets sont a vous en propre , et quand vous les prenez , vous ne faites que prendre ce qui vous appartient. »
Que pouvaient ambitionner les jésuites avec un pareil prince, courant sans cesse au-devant de leurs désirs? Aussi nos lecteurs ne doivent-ils pas s'étonner de voir IcLM-s conspirations diminuer sensiblement sous son règne. Ils se gardèrent néanmoins d'y renoncer entièrement ; l'habitude était devenue pour eux une seconde jiature; l'emploi du fer et du poison formait depuis long-
''i) Duclos, Mémoires secrets. Cette réponse a e'té fuussement nUribucc à cf autres confesseurs je'suites.
28o HISTOIRE DES CONSPIRATIONS
temps un de leurs passe-temps accoutumes, et pour ne pas en perdre l'usage , il leur coûtait fort peu de conspirer contre le plus zélé de leurs bienfaiteurs. Un ecclésiastique , nomme' Blache , curé de Ruel , près de Paris , avait été informé , par des confidences particulières , d'un complot ayant pour but d'empoisonner Louis XI Y et le dauphin. Bien résolu à le faire avorter^ il s'était empressé de consulter, sur la conduite qu'il devA tenir, le père Soigne , procureur du noviciat des jésuites , à Paris , le père Guilloré , un des confesseurs de cette maison , et le père recteur. Ces trois jésuites, l'un après l'autre , tout en faisant certaines observations sur le complot , lui conseillèrent très-formellement de ne point le traverser par une révélation qui tendrait à s'opposer aux volontés de Dieu ; <( car , disait le père Guilloré, Dieu ne permet jamais ces coups qui étonnent toute la terre que pour quelque grand dessein de sa providence. » L'abbé Blache , mieux conseillé par sa conscience et .par des amis intimes , trouva le moyen de faire avertir le roi qu'on devait l'empoisonner avec des odeurs : la chambre des parfums qui existait à la cour fut dès-lors supprimée , et le complot échoua.
Louis , ayant su , par le duc de St.-Aignan, à qui il était redevable d'un si grand service , appela l'abbé Blache , le remercia de son zèle , et lui fit le plus gracieux accueil. Il n'en avait pas fallu davantage pour le mettre en butte aux fureurs jésuitiques. Le père La Chaise l'avait fait enfermer arbitrairement à wSaint-Lazare , et l'honnête curé avait profité de cette réclusion
pour écrire, contre ia conipagiiie de Jésus, un mémoire qui avait excite Pindignation ge'ne'rale. A la mort de ce confesseur de Louis XIV, il revint à la charge , et adressa à madame de Maintenon une lettre qu'il Ht imprimer ; elle avait pour titre : « Lettre de l'abbë Bb che à madame de Maintenon , en lui envoyant un placet au roi , lequel doit faire bannir les je'suites hors du royaume pour la seconde et dernière fois , pour le même fait qui les en a fait expulser la première » .
Le placet au roi et la lettre rendent également compte des doctrines des je'suites sur le régicide ; le cure Blache engage fortement le monarque à ne point choisir un rehgieux de cet ordre pour remplacer le père La Chaise. B dit que son dévouement aux Bourbons lui a donne' le courage de pre'ser ver sa majesté' de deux attentats prëme'dite's contre sa personne , service qui a pense' lui coûter cinq fois la vie , et dont la re'compense a e'te' miUe persécutions éprouvées sous le nom , mais très -certainement contre les intentions de Louis-le- Grand. Enfm , il fait observer judicieusement que le crédit des je'suites a été' jusqu'alors employé' à empêcher qu'on ne rendît au roi un compte fidèle des faits honteux qu'il de'nonce et de leur cause secrète , et que , comme il est urgent que sa majesté' en soit instruite , il suppHe qu'on renvoie son me'moire a M. de laBochefoucault ou à M. de La \ienne , tous deux inviolablement attache's à la personne du souverain , et dont la probité' est universellement reconnue. Madame de Maintenon lut la lettre et le placet , répondit que les
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temps étaient trop tristes pour parler de cette affaire , et garda soigneusement les deux pièces dans son secrétaire. Ainsi , par une e'trange fatalité , Louis XIV n'apprit rien de ce qu'il avait intérêt à connaître. Le jésuite LeTellier, successeur du père La Chaise, employa, dit l'abbé Blache , l'unique défense des jésuites quand on leur fait quelques justes reproches de leurs excès fondés sur leur morale épouvantable ; il le fit renfermer h la Bastille, oii il resta jusqu'à sa mort.
L'abbé Blache a fait de son histoire le récit le plus détaillé ; il déclare dans son testament <( qu'il ne l'a écrite que par ordre de son confesseur le sieur Toulon, curé de Saint-Benoît ; qu'il l'a dressée de l'avis de quatorze docteurs de Sorbonne , de saints religieux et de magistrats éclairés ; que des personnes distinguées par leur solide piété , après avoir lu cette histoire , l'ont assuré unanimement qu'il devait prendre toutes les précautions raisonnables pour la laisser en bonnes mains, afin qu'elle parût après sa mort , ne devant la hasarder pendant sa vie, à cause du crédit despotique desjésuites, qui ont un très-grand intérêt qu'elle soit supprimée à jamais. » Cette pièce importante fut découverte^ quaranteneuf ans après la mort de son auteur , chez les jésuites du collège Louis-le-Grand, parles libraires commis, en vertu de l'arrêt du parlement, pour dresser le catalogue des livres que renfermait la bibliothèque de cette maison . Le président Rolland, chargé d'en faire un rapport, rend un témoignage fort hoîioral^le de l'abbé Blache ; il ne lui paraît pas que cet honnête ecclésiastique ait voulu im-
poser dans une matière aussi grave. Parmi le grand nombre de personnes recomraanda]3les dont il invoque la véracité , figiu^e M. le cardinal de Noailles , prélat généralement estime'. « Toute cette histoire , dit le président , depuis le commencement jusqu'à la fin , est marque'e au sceau de la bonne foi ; un air de simplicité et de candeur annonce partout que les faits se sont passés tels que l'auteur les rapporte. » Au surplus , s'ils n'étaient pas vrais, pourquoi les jésuites, qui avaient un si grand intérêt à confondre l'imposteur , ne lui ontils pas fait son procès , ne l'ont-ils pas obligé à une répai^ation ? Pourquoi ont-ils employé la voie mystérieuse et injuste d'une lettre de cachet , pour le faire jeter dans un cachot ? Gomment son manuscrit , coté et paraphé de la main d'Argenson , lieutenant , de police , a-t-il passé des archives du gouvernement dans celles des jésuites ? Prend- on jamais tant de précautions quand on n'est pas coupable ? (i)
Tandis que les jésuites poursuivaient secrètement cet honnête ecclésiastique , leurs attaques ouvertes contre les jansénistes prenaient chaque jour un ton d'aigreur et de persécution qui annonçait un violent coup d'état. Le Port-Royal avait été formé d'abord près de Ghevreuse, ensuite à Paris, pour recevoir quelques religieux dévoués à l'adoration du très-saint sacrement. Le premier local avait été abandonné à cause de
(i) Annales delà soclolëde Jésus , llist. des je», j rcgislrcs du parlement , etc.
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son insalubrité. On l'assainit. Bientôt ce désert fut le rendez-YOus d'hommes savans et vertueux qui cherchaient à se soustraire à la tyrannie des jésuites ; ils n'y parvinrent pas. Le Port-Rojal de Paris et celui de Chevreuse furent l'objet de vexations inouïes et continuelles. Le prétexte en était toujours le même ; c'éiait un gros livre fort ennuyeux , intitulé : Jugustinus Cornelii Janseniiepiscopî, seu^ doctrina sanctiAugustini de humanœ naturœ sanctitate, œgretudine, medicinâ , adversus Pelamanos et Massilienses, Cet ouvrage, dès son apparition , avait excité de grands troubles^ bien que personne ne put le comprendre en entier. Il avait donné naissance à la secte des jansénistes opposée aux molinistes , qui les persécutèrent sans relâche. Les papes condamnèrent cinq propositions de ce livre, et les jansénistes soutinrent qu'elles n'y existaient pas. En effet , on n'a jamais pu les y trouver que par induction. Jansénius , qui occupait le siège épiscopald'Ypres , mourut avant que la querelle fût arrivée à son plus haut point d'acharnement. Il s'était soumis d'avance à la décision du pape. Il fut probe , pieux , charitable , et ne se doutait guère qu'il deviendrait chef de parti après sa mort. On a prétendu qu'un des motifs véritables delà haine de Richelieu contre les jansénistes , fut un petit ouvrage de l'évêque Flamand , contre l'alliance de la France avec les puissances protes tantes ( i ) .
(i) Dictionnaire biographique pour la Bibliotl)èfpie du 19'^ siècle, par M. Boquillon, t. 11.
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L'archevêque de Paris, pousse pai' les jésuites , se mit en campagne avec le lieutenant de police, plusieurs exempts et trois cents gardes , forma le blocus de Port-Royal de Paris , enleva et constitua prisonnières les religieuses de cette maison. Quanta Port-Royal de Chevreuse, où plusieurs de ces innocentes filles furent cruellement renfermées , on j plaça une garnison qui ne respecta rien. Ce fut vraiment l'arche profanée , l'abomination du saint des saints. L'autorité, diiigëe toujours par la société de Jésus, ne fut pas contente qu'elle les eut encore chasse'es de cet asile. Une nouvelle expédition fut entreprise par le lieutenant de poUce , escorte' d'une troupe nombreuse. On s'empara de la place, et l'on ne laissa même aux religieuses vieilles et infirmes qu'un quart d'heure pour partir et se disperser dans diffërens monastères de la France, qui devaient leur servir de prison. Par un reste de vengeance , leur maison fut détruite de fond en comble , et l'on en saccagea des tombeaux : sacrilège profanation qui fit pâlir jusqu'aux satellites des enfans de Loyola. « Ces vierges, dit un écrivain recommandable , ces vierges qui, pendant leur vie, avaient fui le monde, furent livre'es après leur mort aux regards lubriques d'hommes sans pudeur, qui tenaient des propos infâmes, hachaient par morceaux les corps a demi consumes , tandis que, dans l'ëglisemême, des chiens dévoraient des chairs et s'en disputaient les lambeaux. » La terreur fut bientôt générale dans tous les monastères suspecte's de jansénisme. L'hypocrite Malntenon, le cardinal de Bissy, Le Tellier et tous ses
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adlierens, ne respiraient que vengeance; le fiel jésuitique remplissait le cœur de tout ce qu'il j avait de puissant; une larme, un soupir , un tendre epanchement, conduisaient à la Bastille. Cinquante mille lettres de cachet furent lancées dans les quatre-vingts premières années du dix-huitième siècle. O bons jésuites ! !
Le je'suite Jouvenci venait de publier une histoire de la société, et se flattait de voir, grâce à la protection du père Le Tellier , le poison qu'elle contenait se répandre bientôt dans toute la France. Le parlement de Paris se saisit du livre , et les premières conclusions du procureur-ge'nëral portèrent qu'il serait brûle, que l'auteur serait décrète de prise de corps , et que les jésuites seraient obliges de faire signer a tous les novices une de'claration par laquelle ils condamneraient tout ce qu'il y avait de faux et de dangereux dans cet ouvrage. Il leur fut assigne' un jour pour comparaître. Les bons pères n'étaient pas si presse's ; il leur fallait du temps pour intriguer et faire changer, par Fautoritë absolue, les mesures prises par le ministère public. Le roi manda plusieurs fois le premier pre'sident de MesmeSj le procureur-gene'ral d'Aguesseau , et l'avocat-ge'néral Joly de Fleur j. Il leur déclara qu'il voulait absolument qu'on ménageât une société' qu'il protégeait. Il fit plus ; il régla lui-même les conclusions de l'avocat-genëral, dicta l'arrêt, et ordonna que tout se passerait de grand matin à la petite audience et à huis clos. Les jésuites comparurent donc, et lurent
la déclaration arrangée par Louis XIV. Suivant leur usage, elle e'tait loin d'être sincère. Ils n'eurent pas plutôt de'clarë devant la justice qu'ils désavouaient le livre de leur père Jouvenci, flétri par l'arrêt du parlement, qu'ils continuèrent d'enseigner à Rennes leur doctrine contraire à l'autorité des rois. Ils ne se conduisirent pas différemment au sujet de l'infâme livre de leur père Busembaum , condamne' successivement par les parlemens de Toulouse et de Paris , et au sujet des œuvres des pères Pichon et Berrujer. On pourrait citer une foule d'exemples semblables.
L'ignorance de Louis XIV fut un trésor pour les jésuites. Ces religieux en profitèrent pour accroître leur puissance et leurs richesses, pour le disposera servir leurs vengeances, pour lui donner de fausses idées de la Divinité. Ils parvinrent tellement à pétrir son esprit à la superstition, qu'il était sans cesse tourmenté de craintes .puériles. Sous les marques distinctives de sa dignité, il cachait une quantité innombrable de reliques , et s'occupait plus de pèlerinages a Notre-Dame de Chartres cjue d'affaires du royaume. Saint-Simon prouve clairement qitil était ^ par des vœux laïques^ affilié à Vordre des jésuites. Ces pères lui persuadèrent aussi que les persécutions qu'il avait exercées contre les protestans et les jansénistes étaient agréables à Dieu, qui ne manquerait pas de l'en récompenser. Toutefois , au Heu de récompense , il n'éprouva que pertes douloureuses dans sa famille, revers déplorables dans ses armées, disette extrême dans ses finances. Les
courtisans , qui le craignaient , le trompèrent , et lé peuple ne iui pardonna pas d'avoir , pour satisfaire à sa vaine gloire, à ses folles dépenses de guerre , de constructions , à l'entretien magnifique de ses maîtresses, de ses bâtards, de ses joueurs, de'voré avidement sa sulDstance et versé le plus précieux de son sang.
En actions de grâces des bienfaits dont il les comblait, les jësuites^, quand ils ne conspiraient pas contre lui , flattaient sans cesse son frivole orgueil , et inventaient mille moyens pour lui faire accroire qu'il était encore le plus grand roi du monde. Au mois de février 1 7 1 5 , pour rompre la monotonie de ses vieux jours , ils lui jouèrent une petite pièce de leur façon. Ils travestirent un marchand étranger en ambassadeur du soplii , et le lui envoyèrent. Le roi , qui prit la chose au sérieux, étala pour recevoir ce faux Persan un appareil de costumes et d'ornemens égal à celui qu'il avait fait briller en recevant le légat du pape. Mais ce temps était passé, où de vrais ambassadeurs venaient en foule se prosterner devant le vainqueur de l'Europe. Accablé d'un ennui dont rien ne pouvait le soulager, il mourut le i'''^ septembre suivant, à l'âge de 77 ans.