llSTOTRE DES COîsSPmATIONS
)) Nous déclarons , en conséquence ^ que toute Pauioritë du gênerai , des provinciaux , des visiteurs et autres supérieurs de ladite société', demeure abolie à perpétuité' et totalement éteinte , tant pour les
choses spirituelles que pour les temporelles
)) Les ëvêques ou ordinaires des lieux , ajoute sa sainteté' , ne permettront jamais d'exercer envers les externes les fonctions (de prêcher publiquement et d'entendre les confessions) à ceux qui continueront à vivre dans les colle'ges ou maisons appartenant ci -devant à la société. » (Et quant à l'approbation pour prêcher et confesser qui pourra être donnée à ses anciens membres , le pape de'clare ) « qu'il en charge spécialement la conscience des e'vêques , et il souhaite qu'ils se souviennent du compte rigoureux qu'ils auront à rendre à Dieu de leurs ouailles , et du jugement très-sëvère dont le juge des vivans et des morts menace ceux qui sont constitues en autorité.
» Si les ci- devant jésuites font la fonction d'enseigner les belks-lettres à la jeunesse, ou occupent des chaires supérieures dans quelque coUe'ge ou école ^ nous voulons qu'on les e'carté tous absolument du régime de l'administration et du maniement des alFaii^es, et qu'on ne laisse la faculté de continuer a instruire qu'à ceux qui donnent lieu d'espe'rer quelque fruit de leurs travaux , et montrent un sincère ëloignement des disputes , et de ces opinions qui , par leur relâchement ou leur inutilitë , causent ordinairement des contestations ou des inconvëniens très-fâcheux. Pour ceux
«jui ne seraient pas disposes à conserver de tout leur pouvoir la paix des écoles et la tranquillité publique ^ ils ne pourront en aucun temps^ être admis à enseigner^ ou continuer cette fonction s'ils l'exercent^ actuellement. .'
» Par rapport aux saintes missions auxquelles nous, étendons tout ce qui concerne la suppression de la socie'të, nous nous re'servons de prendre ultérieurement les mesures propres à procurer et obtenir la conversion des infidèles , et à faire cesser les dissensions de la manière la plus facile et la plus solide qu'il, se pourra
(Sa sainteté finit par exhorter tous les princes chrétiens à appuyer son bref de tout le pouvoir, de toute l'autorité, de toute la puissance qu'ils ont reçus de Dieu pour la défense et la protection de l'Eglise , et elle les invite spécialement à prévenir toutes les disputes ou divisions qui pourraient s'élever à ce sujet.)
(Enfm Clément XIV étend ses» exhortations à tous les chrétiens, et il les conjure, par les entrailles de Jésus-Christ, de conserver la paix et l'union dans les liens de la charité , comme ils n'ont qu'un même maître et un même Rédempteur )
M Donné à Rome, à Sainte-Marie-^Majeure, sous l'anneau du pécheur, le 21 juillet 1773, et de notre pontificat le cinquième. »
Dans ce bref, le sage Clément XIV examine tout à la fois les causes et les motifs de condamnation, produits sans cesse contre ces pères, leur régùric
intolérable, les abus dangereux de leur institut, leurs pnvile'ges exhorbitans , leur indépendance des ordinaires, leur commerce honteux, leur soif des richesses, leurs doctrines pernicieuses, leurs erreurs contre la foi orthodoxe , leurs pratiques idolâtres leur rébellion contre l'autoïite' spirituelle et temporelle, enfin les tumult€S elles séditions qu'ils ont suscités. Quant aux assassinats des rois dont ils ont ëtë les auteurs ou les complices , et tous les périls où ils ont tant de fois entraîne les souverains et les peuples, le saint père était entouré de trop de preuves pour n'en pas gémir, et c'est sans doute pourquoi il gardait dans le profond secret de son cœur le chagrin qu'il en éprouvait (i).
C'est au pied des autels et en présence de Dieu, qu'un de ses plus dignes vicaires se décida à la suppression d'un ordre religieux , l'opprobre de la chrétienté. Sa conviction sur la nécessité de cette mesure était tellement pleine et entière , ses raisons étaient si puissantes, il avait mis tant de maturité dans son examen, que, quelques mois après son premier bref, il en rendit un autre adressé à M. le cardinal de Bernis, par lequel il le chargea de faire connaître à Louis XV et à tous les évêques de France combien le jugement qu'il avait porté de la société était fixe et permanent, et combien il était important que ce qu'il avait décrété et exécuté pour l'utilité de l'Église et des peuples
(1) Hist. des jésuites.
chrétiens fût observe avec exactitude. Le 16 août 1778, il fit arrêter le fameux Ricci, général de la compagnie. Un pareil coup d'e'tat était le complément du jugement prononcé contre les jésuites. « Cette suppression me donnera la mort, disait le grand homme dont elle était émanée ; cependant je ne m'en repens point , fai dû le faire. » Il connaissait bien les assassins de Henri IV. Huit mois après , le pontife mourut empoisonné (i).
(1) Mém. historiques par l'abbé Roman, pag. i85.