‹ Histoire des conspirations des JesuitsChapitre 16 sur 26 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Les jésuites s'obstinent à ïie point quitter la Fiance» Cordicoles et frères de la Croix. — La révolution éclate. Ils portent dans la Vendée leUrs petites dévotions , et marienf à la bannière des lis les images du sacré cœur. Victimes de l'amoui^ de Dieu. Pères de la foi. Paccanari , fondateur de ces derniers. — Les jésuites ralliés autour d'un ancien confrère , l'abbé Delpuis. Leur participation aux horreurs de la révolution. — Napoléon couronné par le pape. Leurs basses flatteries et leurs éloges intéressés. — Rapport du ministre Portalis au conseil-d'état , sur leurs sociétés occultes. Le cardinal Fescb , l'abbé de la Mennais et M. de Boulogne empêchent l'exécution des sages mesures qu'il réclame. — Les jésuites s'opposent de toutes leurs forces aux concessions qu'un Bourbon veut faire au temps et aux besoins de ses peuples. Ecrits séditieux des organes de la parricide société. — Bulle de Pie VIT , rétablissant les jésuites dans toute la chrétienté., — Ukase de l'empereur de Russie qui les expulse de ses deux capitales. Le prince régent de Portugal refuse de les recevoir dans ses états. Ils se glissent adroitement en France sous la bannière des pères de îa foi , exploitent les provinces les plus riches , et pénètrent dans Paris. Leurs nombreux établissemens. Ils sont partout , et l'on s'obstine à ne les voir nulle part. — Cri d'alarme qu'un écrivain monarchique, M. Alexis Dumesnil , fait retentir le premier dans le sanctuaire de la justice. Ses prédictions confirmées. Les jésuites maîtres de

la France. Lettre de leur ge'nëral Fortis. Conséquences naturelles de leur domination. Dangers qui menacent les petits-fils de Henri IV.

Les membres e'pars de la socie'të de Jésus , condamnes à sortir de France , n'obe'irent jamais à l'arrêt qui les expulsait; plusieurs autres arrêts rendus pour les y contraindre furent e'galement sans effet : toujours adroits et insinuans , ils cherchèrent a reprendre racine en renonçant à leur nom abhorre. C'est ainsi qu'en i 776, ils se cachèrent sous le nom de cordicoles ou adorateurs du sacré cœur de Jésus, et en 1 777, sous celui de frères de la croix. Mais le temps des institutions religieuses était passé ; ces retraites dans lesquelles , au milieu même de leur prospérité , la ferveur ne durait guère qu'un siècle , après quoi elles avaient besoin de réformation, avaient aussi éprouvé l'influence de ces révolutions inévitables dans le cours des choses humaines. Dans les vingt-quatre années qui ont précédé la répubHque , on avait érigé des commissions d'évêques et de magistrats pour rétal)Hr la discipline dans les cloîtres , pour réunir les ordres qui, dans leur origine, avaient eu le même objet, et qui ne pouvaient plus subsister séparément, pour éteindre ceux qui n'étaient qu'incommodes , ou qui s'annonçaient comme in éformables . Tous ces plans étaient demeurés sans exécution, ou n'avaient produit aucun effet utile. L'expérience de tous les temps

38o HISTOIRE DES CONSPIRATIONS

a démontre qu'un établissement peut plus aise'ment se maintenir contre la violence que contré la corruption. D'ailleurs , chaque siècle a sa tendance particulière et ses opinions dominantes ; les changemens qui arrivent dans les mœurs et dans les ide'es ébranlent toujours plus ou moins des institutions qui sont ne'es avec d'autres ide'es et avec d'autres mœurs. On ne peut se dissimuler qu'un autre esprit avait depuis long-temps remplace celui qui avait préside' à l'e'tablissement des difFërens ordres religieux. Les derniers fondateurs avaient même montré des idées plus libe'rales ; ils s'e'taient plus occupe's des vertus utiles à la société que des pratiques et des austérités jusque-là usitées dans le cloître ; ils avaient cherché à substituer des corporations libres, des communautés de séculiers , telles que V Oratoire ^ aux anciens ordres dont le régime et le but n'étaient plus en harmonie avec l'esprit général du siècle (i).

Ainsi, en 1789, l'assemblée constituante déclara que la loi française n'autorisait plus de vœux solennels. Malheureusement la révolution fut bientôt défigurée par la fureur des partis et des systèmes : les passions se mêlèrent à tout ; si on avait gémi sous le poids des abus , on ne tarda pas à gémir sous celui des excès. Alors les principes d'une saine philosophie furent perdus ou obscurcis pour tout le monde au milieu des tempêtes politiques ; les jésuites, qui avaient

(1) Rapport de M. Portahs au conseil-d'état.

résiste aux ordres du souverain pontife , et qui avaient brave Pautoritë du roi , levèrent de nouveau leurs têtes hideuses , renouèrent leurs intrigues , se jetèrent dans tous les partis, et, comme le dit fort energiquement M. Alexis Dumesnil, coururent aux champs de la Vendée porter leurs petites dévotions , et marier à la Lannière des lis les images du sacre cœur. Dans cette secte et dans plusieurs autres , telles que la société' des victimes de l'amour de Dieu et celle des pères de la foi , une foule d'âmes inquiètes et exaltées , et qui tiraient toute leur force du malheur même des circonstances , cherchèrent avidement un asile.

La société du sacre cœur date des premières anne'es de la révolution; elle est nëe dans le diocèse de Saint-Malo ; son fondateur est un prêtre nomme Corivière. Sa règle principale est le secret ; rien n'est communique', si ce n'est aux confrères dont on a e'prouvé la discrétion et la prudence : ce qui ressemble assez 2in jésuitisme^ et ce qui, par conse'quent, est dangereux dans un e'tat.

La société' des victimes de l'amour de Dieu enseigne qu'r/t'ec V amour de Dieu on est pour ainsi dire absorbé en Dieu ^ et qu'alors les actions extérieures sont insuffisantes. Cette doctrine, qui n'est qu'une maladroite reproduction de l'ancien quiétisme , ouvre la porte à tous les de'sordres ; aussi les hommes et les iemmes y sont-ils admis indifféremment (i).

(i) Rapport de M. Portalis au conseil -d'état.

Page 1