ASSOCIATION
Faite entre les princes , seigneurs , gentilshommes et autres j tant de Vétat ecclésiastique que de la noblesse et tiersétat , subjets et habitans de la Picardie. '( Au nom de la Très-Sainte Trinité et de la communication
du précieux corps de Je'sus-Christ , avons promis et juré sur les saints Evangiles, et sur nos vies, honneurs et biens, d'en suivre et garder inviolablement les choses ici accordées, et par nous soubsignés, sur peines d'être à jamais déclarés parjures , infâmes , et teiius pour gens indignes de toute noblesse et honneur.
» Premièrement. Etant cogneu de chacun les grandes pratiques et conjurations faites contre l'honneur de Dieu , la sainte église catholique , et contre l'état et monarchie de ce royaulme de France, tant par aulcuns des subjets d'icelui , que par étrangers , et que les longues et continuelles guerres et divisions civiles ont tant afFoibli nos rois et iceulx réduits à telle nécessité, qu'il n'est plus possible que d'eulx-mêmes ils soutiennent la dépense concevable et expédiente pour la conservation de notre religion , ne qu'ils puissent par cy , après nous, maintenir sous leur protection en sûreté nos personnes, familles, et biens , auxquels par cj-devant nous avons reçu tant de pertes et dômaiges.
» Avons estimé et être très-nécessaire et à propos de rendre premièrement l'honneur que nous devons à Dieu , à la manutention de notre religion catliolic^ue et même nous montrer plus affectionnés à la conservation d'icelle , que les dévoyés de la bonne religion ne sont à l'avancement d'une nouvelle et fausse opinion.
» Et à cet effet jurons et promettons de nous employer, de toutes nos puissances , à remettre et maintenir l'exercice de notre dite religion, catholique, apostolique et romaine, en laquelle nous et nos prédécesseurs avons été nourris , et voulons vivre et mourir.
» Et jurons et promettons aussi toute obéissance , honneur , et très humble service au roi Henri, à présent régnant, que Dieu nous a donné pour notre souverain roi et seigneur, légitimement appelle pai^ la loi du royaulme à la succession de ses prédécesseurs , et après lui à toute la postérité de la maison
de Valois , qui sera appellée par la loi du royaulme à la couronne.
» Et sur l'obéissance et service que nous sommes tenus par tous droits de rendre à notre dit roi Henri , à présent régnant, promettons encore d'employer vies et moyens pour la conservation de son autorité et exécution des commandemens, qui , par lui et ses lieutenants généraux , ou autres ayant de par lui pouvoir, nous seront faits, tant pour maintenir le seul exercice de la religion catholique, apostolique et romaine €n France , que pour langer à raison et en sa pleine obéissance des subjets rebelles , sans reconnoître autre quiconque soit que lui etceulx-là qui de par lui nous seront commandés.
» Et d'autant que, par la bonté et prudence de notre dit roi et souverain seigneur, il lui a plu tant de faire de bien à tous ses subjets de son royaulme, que de les convoquer à une assemblée générale de tous les ordres et états d'icelui , pour entendre les plaintes et doléances de ses dits subjets et faire une bonne et sainte réformation des abus et désordres qui ont continué dès long temps par ce dit royaulme , espérant que Dieu nous en donnera quelque bonne résolution par une si bonne et grande assemblée ; promettons et jurons d'employer nos moyens et vies pour l'entière exécution de la résolution prise par les dits états , en ce qui dépendra notamment de la manutention de notre religion catholique, apostolique et romaine , conservation de la grandeur et autorité du roi, bien et repos de notre patrie; le tout néanltmoings, sans préjudices de nos libertés et franchises anciennes, auxquelles entendons être toujours pleinemenl et entièrement maintenus et conservés.
)) Et à l'efTet encore que dessus, nous tous soubsignés , promettons de nous tenir prêts, bien armés, montés et accompagnés selon nos qualités, pour, incontinent que nous serons advertis , exécuter ce qui sera commandé par le roi notre dit souverain , par ses lieutenants généraux et autres
3o INTRODUCTION.
ayant de lui pouvoir elauctorité , tant pour la conservation de notre province , que pour aller ailleurs , s'il est besoing , pour la conservation de noire dite religion et le service de sa dite majesté.
)) Sans qu'il soit loisible , ni permis aux gentilshommes de prendre party ni charges sous autres cornettes que celle du chef ou des baillages auxquels ils seront rescéans , si ce n'est avec permission et congé du roi , ou de son lieutenant , ou bien du chef élu à la dite association qui est M. d'Humyères, auquel promettons rendre tout honneur et obéissance.
» Au conseil duquel seront appelles et employés six des principaux gentilshommes de la province et autres des qualités et fidélités requises ^ pour^ avec leurs advis, pourvoira l'exécution des choses susdites, à la dépendance, entretenement et autres frais convenables et nécessaires à tel effet selon que le dit pays en pourra porter et fournir.
» Pour lequel pays nous offrons à cet effet jusqu'au nombre de 4 cornettes, gens de cheval bien montés et armés, et onze enseignes de gens de pied, tant pour la conservation de la dite province , que pour employer ailleurs où il sera besoing, sans nullement y comprendre ceulx des ordonnances, attendu qu'ils sont obligés de servir ailleurs j et si pour chacune compagnie , soit des gens de cheval ou des gens de pied, seront nommés trois gentilshommes du pays, de valeur et expérience , au lieulenant du roi , ou à celui qui aura le pouvoir de S. M. pour faire choix et élection de l'un d'iceulx.
» Et parce que telles levées ne se peuvent faire sans grands frais et dépenses, et qu'il est très-juste, à tel expédient et nécessité, d'employer tous les moyens que chacun peut avoir, sera levé et prins sur le pays les sommes de deniers à ce convenable et nécessaire , par l'advis du lieutenant du roi et autres ayant pouvoir de S. M., dont elle sera après suppliée de les vouloir auctoriser et valider , attendu que c'est pour
INTRODUCTION. 3i
occasion si sainte et si expresse que le service même de Dieu et de sa dite majesté. En laquelle leve'e de deniers ne'anlmoings ne sera aucunement comprise la noblesse , attendu qu'elle fera le service personnel ou bien fournira gens , chevaulx et armes, selon qu'il leur sera ordonné par le chef de la ligue ou aultres par lui députés.
»Et, pour tant plus facile exécution des dits frais, seront, en chacun baillage ou séneschaulssée du dit pays députés, ung ou deux gentilshommes ou autre de suffisance et fidélité requises , pour informer des moyens et entendre particulièrement sur les lieux ce qui sera sur ce métier , et de besoing, pour après le rapporter et en instruire ceulx qui en seront chargés par le gouverneur ou lieutenant pour le roi au dit pays , ou aultre ayant de lui pouvoir.
» Et si aulcun desdits catholiques de ladite province, après avoir été requis d'entrer en la présente association , faisait difficulté ou usât de longueur, attendu que ce n'est que pour riionneur de Dieu, le service du roi, bien et repos de la patrie , sera estimé en tout le pays ennemi de Dieu et déserteur de sa religion , rebelle à son roi , trahiste et proditeur de sa pati'ie , et du commun accord et , consentement de tous les gens de bien , abandonné de tous et délaissé , et exposé à toutes les injures et oppressions qui lui pourraient survenir, sans qu'il soit jamais reçu en compagnie, amitié et alliance des susdits associés et confédérés qui tous ont promis amitié et intelligence entr'eulx, pour la manutention de leur religion , service du roi et conservation de la patrie , de leurs personnes , biens et familles.
«Promettons en oultre nous conserver les ungs et les aultres sous l'obéissance et auctorité de sa majesté en toute sûreté et repos , et nous préserver et défendre de toute oppression d'aultrui , et s'il survient quelque différend ou querelle entre nous, en sera composé par le lieutenant général du roi et ceulx qui par lui seront appelés , qui fera exécuter, sous le bon
plaisir et auctorité de sa dite majesté , ce qui sera advisë être juste et raisonnable pour notre réconciliation.
» Et s'il est advisé pour le service du roi, bien et repos de la dite province , pour parvenir à l'effet de nos intentions , qu'il soit besoiiig prendre correspondance avec les aultres provinces circonvoisines , nous promettons de les soutenir et aider de toutes nos puissances et moyens, ainsi qu'il sera ordonné par ledit lieutenant du roi ou aultre ayant pouvoir de S. M.
» Et aussi promettons de nous employer de tous nos pouvoirs et moyens pour garder et conserver l'état ecclésiastique de toute oppression et injure, et si , par voie de fait ou aultiement, aulcun entreprend de leur porter dômaige, soit en leur personne ou en leurs biens , nous y opposer et les défendre comme étant unis et associés avec eulx pour la défense et conservation de l'honnem' de Dieu et de notre religion.
«Aussi*, parce que ce n'est notre intention de travailler aulcunement ceulx de la nouvelle opinion qui vouldront se contenir sans entreprendre aucune chose contre l'honneur de Dieu, service du roi, bien et repos de ses subjets, promettons les conserver sans qu'ils soient aulcunement recherchés en leur conscience , ni molestés en leurs personnes , biens , honneur et familles, pourvu qu'ils ne contreviennent aulcunement à ce qui sera par sa majesté ordonné après la conclusion, des états généraux , ni à chose quelconque de ladite religion catholique.
ï) Et d'aultant que cette cause doit être commune indifféremment à toutes personnes qui font profession de vivre en la religion catliolique, nous soubsignés, admettons et recepvons en la présente union toutes personnes appelées en auctorité et état de judicature et justice , corps de ville et communautés d'icelles , et généralement tous autres du tiers-état vivants catholiquement , comme dit est, promettant par semblables les maintenir, conserver et garder de toute violence et
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oppression soit en leurs personnes ou en leurs biens, cliacun en son état et vocation.
Nous avons promis et juré de tenir les articles susdits et les observer de point en point, sans jamais y contrevenir et sans avoir égard à auculne amitié , parentaige et alliance que nous pourrions avoir , à quelque personne, de quelque qualité et religion qu'elle soit, qui vouldrait contrevenir aux commandements et ordonnances du roi, bien et repos de ceroyaulme, et semblablement de tenir secrette la présente association sans aucunement la communiquer ni faire entendre à quelque personne que ce soit , sinon à ceulx qui seront de la présente association, ce que nous jurons et affirmons encore sur nos consciences et honneur, et soubz les peines cy-dessus mentionnées j le tout soubz l'autorité du roi ; renonçant à toutes autres associations , si auculnes en avaient été cy-devant faites.
Signés : J. Humyères, L. Chaulnes, F. de Poix, A. De Moucby, S. De Mouchy , de Payllart, Mailîy, Antoine De Gouy, Loys de Guerecques, Louis D'Estourmel , Adrian De Boufïlers, F. de S. Blimond, De Pvouveroy, Jehan de Baynast, L. De Warluzer, C. De Trequerfimen , Philippe de Marie j Loys, de Belloy, A. Ducaurel, Pierre de Trouville, A. Ravie, J. de Baynast, de Galonné , De Lancry, F. Daumalle , A. de la Rivière, A. de Humyères , Du Biez, Lametlî, François Ramereile , Boncoart, De Glisy, A. Du Hamel, De Prouville , L. de Valpergue, Raoult de Ponquet, L. de Margival , de Lauzcrai, M. R^elly, François Hanicque, J. deBelloy, Claude Daily, Loys de Fessart, Du Chaslelet, P. De Maillefeu, Charles de Croï, N. Leroy, Jclian duBos, N. de La Warde , V. de Brioys, Claude de Bury, J. Lamire , Desfosses, N. Damerval, Philippe de Toigny , Guy Damietle , Jean de Flavigny, N. De Hangest, De Forceville , P. de Caurry , Charlesd'Offray , P. Louvel, Antoine d'Offray, Antoine Le Caron, François d'Offray, J. de Belleval , A. De La Chapelle , Loys D'Anebout,
P. Truffier, S. De Senicourt, De Mons , Du Plessier, Nicolas de Lontines , N. de St. Blimoii , J. Damiens , de Forceville, de Montiiomer, P. S. De Briet, De Montli orner , P. de Bernetz , De Rambures, F. D'xlclieii, Flour de Baynast, Ogier de Maintenaut, F. de Bacouel , De Pende, D'Aumalle, Montoyviy , De Sailly, Asevillers, Franc, de Conty , O. Fouquesolle , Sainte-Maure, De Rambures , Claude de Créqui , Jacques D'Aîly , Adrien de Grin , Hiérôme de Ferlin , Le Garon, de Montebuyot, P. Delaroche , R. De Mailîy, J. de Forceville, La Gaulterge , N. de la Viefville, A. de la Vierviile , A. De Mercatel, De Perrin, De Miîly, Josse de Saveuses, Jehan De Bernesz, P. De Boves , Jelian Destourmel , E. de St. Orner, Belleforière , Antoine D'Ardre , de la Viefville , A. De Moucliy , J. De Maulde, J. De la Pasture , L. Du Moulin, A. Duquesnoy, J. DeMilîz,FrançoisDeSaveuses,DeLauzeray,LoysdeMoy, J. de Hallancourt, De St. Anne, de Villers, J. de Happlaincourt,A. Debroye, Claude De Varlusel, Jehan de Caron, Charles deCaroij, A. De Lameth, A.DeCamousson, M. Destourmel , Antoine de Hamel, Gilles de Boffles, P. De Si. Deliz , Heilly, J. De Belloy, A. DeBiencourt, Jehan De Biencourt, Claude de Fontaine , De Nointel , Pierre de Blotiery , Adrien Picquet , Le Grand , De Bassincourt , Augustin' D'Auxy , J. D'Auxy, G. De Verdelet, E.Tassart, J. de Moutain, Genevois, Dumesnil, N. D. J. Tassart, Assevillers, Charles de Fontaine, DuBreulle, deHauteville, Antoine de Mousquet, J.Du Mas, Sebastien de Hangre, Jean de Lamotte,DeHacqueville, A. Noyelle-, C. De Pas ,. . . Charles Duplessier , St. Leu , Simon, Du Caslel , François du Castel , A. De Brolly, A. D'Estourmel, A. De Lorme, Jehan du Bosc, . . . Jehan de Bernetz, De Loncart , De Varmade, A. De Guiery, Ducaurel. De Sericourt, Du Mesnil, de Cambray -, A. De Lancry, Du Puids, Domons, A. De Bethisy, De Marmicourt, Berton, Pierre Le Cat.
Ce ti-eczième jour de febvrier l'an mil cinq cent soixante et dix eept, nous soubzsignés étant congre's et assemblés en riiotel de la ville de Péronne , suivant l'ordonnance du haut et puissant seigneur, Messire Jacques de Humyères, chevalier de l'ordre du roi , notre sire , conseiller en son conseil privé, son chambellan ordinaire, capitaine de cinquante hommes d'armes, de ses ordonnances , gouverneur el; lieutenant général pour Sa Majesté de Péronne , Montdidier et Roye , et chef de la sainte ligue et association catholique en Picardie, avons au dit seigneur prêté le serment et juré sur les saints évangiles de garder inviolablement, et de point en point les articles ci devant escrits , la dite association et sainte Ligue, et ce pour le corps et habitants d'icelle ville, représentant iceulx. Fait en la chambre de la dite ville le jour et an dessus dits; et ci avons tous signés. Claude De Le Fèvre greffier d'icelle ville, L. Desmerliers, F. Dehen,L. Le Fèvre, F. Morel, De Flamicourt, Le Fèvre, Lesaige, Dudel, F. de Lamotte , Le Fèvre greffier.
Henri III s'était jeté dans les bras des jésuites. Deux de ces pères étaient même déjà si avancés dans ses faveurs , qu'ils nTontciient souvent avec lui daps son carrosse : c'étaient Edmond Auger , confesseur du roi , et Claude Mathieu , provincial de Paris , dignes représentans de cette compagnie , qui , dit Pasquier , est composée de tant d'espèces de gens, qu'il y en a pour la plume , pour l'épée , etc. , etc. , mais tous destinés à envaliir le pouvoir. « Un d'entre eux, ajoute le même écrivain , nommé Henri Samnier , homme disposé et résolu à toutes sortes de hasards, fut envoyé, en i58i, vers plusieurs princes catholiques pour sonder le gué, et à la vérité on ne pouvait en choisir un plus propre, car il se transfigurait en autant de formes que d'objets, tantôt habillé en soldatesque, tantôt en prêtre , tantôt en simple manant. Les jeux de dés et de cartes lui étaient aussi familiers que ses heures canoniales- 11 disait qu'en agissant ainsi il ne pouvait pécher, puisque
c'était pour parvenii' à une bonne oeuvre. « Cet homme part:ourut l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, pour exciter les puissances étrangères conti^e le roi de France , qu'il accusait de favoriser les huguenots. Sur ces entrefaites, « son confrère Claude Mathieu , qu'on nommait le courrier de la ligue , faisait, dit Mézerai, trois ou quatre voyages coup sur coup a Rome , pour obt(*îir une bulle. Au défaut d'une bulle , il demanda un bref, et au défaut d'un bref, une lettre seulement, ■que le duc de Nevers put avoir j mais le père Mathieu ne put obtenir ni bref ni bulle. » Cependant, si l'on en croit une lettre que ce jésuite rendit publique , le pape trouvait bon qu'on s'assurât de la personne de Henri III et qu'on s'emparât de ses places de guerre; et, selon Pasquier, au lieu de bulle il donna de l'argent.
Fanatisé par ces intrigans , le malheureux monarque alliait les débauches les plus ordmières aux superstitions les plus scandaleuses. Un jour il se montrait masqué dans les rues de Paris, au miheu d'une foule de courtisans, les compagnons ordinaires de ses débauches , rôdant de maison en maison , « faisant , dit l'Estoile , lascivetés et vilenies avec ses mignons , frisés, bardaclîés et fraisés ,vjusqu'à six heures du matin. » Quelques jours après, il instituait une confrérie de pénitens, et , sans gardes , vêtu d'un sac , le chapelet et la discipline pendus à la ceinture , il figurait dans une procession de gens pareillement vêtus que lui. Crédule par peur, il leur distribuait des rosaires bénits qu'il avait fait venir de Pvome^ et qu'il regardait comme des préservatifs infaillibles contre toute maladie honteuse. Plus d'une fois ces objets sacrés servirent, dans son cabinet, aux profanations les plus révoltantes et aux actes de la luxure la plus effrénée.
Profitant de la faiblesse du roi et des intrigues des jésuites, la ligue prenait chaque jour des accroissemens. Philippe II, roi d'Espagne , conclut, le 3i décembre i584, un -traité secret avec les Guises. Mézerai en rapporte la principale
clause. « Une confédération et ligue offensive et défensive est faite entre ce roi et les princes catholiques, pour eux et pour leurs descendans, afin de conserver la religion catholique , tant en France qu'aux Pays-Bas ; qu'advenant la mort de Henri III , le cardinal de Bourbon serait installé sur le trône, et que tous les princes hérétiques relaps en seraient exclus à jamais. » Le duc de Guise, qui faisait la guerre en Flandre , contre le consentement du roi, envoya à Paris un nommé François de Roucherolle , avec ordre de former un comité secret composé des plus zélés ligueurs. Cet émissaire s'adjoignit d'abord les jésuites , sept curés de diverses paroisses, un gi'and nombre de magistrats, et plus tard, les mariniers et gens de rivière , au nombre de plus de cinq cents , quinze cents bouchers et six cents maquignons ou marchands de chevaux. Le comité, d'abord de cinq membres, ensuite de dix, futchargé de surveiller les opérations d^s conjurés, qui avaient des ramifications dans tout le royaume. Pour échapper à la vigilance du gouvernement, il siégeait lour-à-tour dans la nouvelle maison des jésuites , rue Saint-Antoine, au collège de Fortet et dans les maisons des principaux ligueurs. La partie la plus active de la population parisienne fut séduite. On saisit à Lngny des armes que les Guises faisaient passer. Les villes de Dijon, de Soissons, de Toul et de Verdun, ouvrirent leurs portes aux conspirateurs. Intinndé par le danger qui le menaçait , le ftiible Henri leur fournit abondamment de quoi payer leurs troupes, et cent mille éeus pour bâtir une citadelle à Verdun. Enfin il révoqua, pour leur plaire, les édits de pacification octroy^'s auxprotestans. Dans le même temps. Sixte V publiait une bulle par laquelle il excommuniait Henii de Béarn et son cousin le prince de Condé , comme hérétiques , relaps et ennemis de Dieu et de l'Eglise, les appelant génération bâtarde et détestable de l'illustre maison de Bourbon.
C'est au milieu de tous ces bouleversemens que les jésuites
excitaient en France, qu'ils parvinrent à former des établissemens dans les différentes provinces où la ligue régnait. Ils s'y multiplièrent tellement, que leur masse fournit bientôt à tous les postes de la faction régicide. Le provincial, Claude Mathieu, étant mort, sa place était échue à OdonPigenot, appelé par de Thon, jésuite ligueur Jurieux, aussi fanatique quun cojybante ; et par Arnaud, le plus cruel tigre qui fut dans Paris. « Ce ne fut pas tant une guerre , dit Pasc^uier, qu'un coupe-gorge général par toute la France. . . . Les collèges des jésuites furent, par une notoriété de fait, le ressort général du parti contraire au roi. Là se forgeaient leurs évangiles en chiffres, qu'ils envoyaient dans les pays étrangers ; là se distribuaient leurs apôtres dans diverses provinces, les unspour maintenir les troubles par leurs prêches , comme leur père Commolet dans Paris, et leur père Rouillet dans Bourges ; les autres, pour exciter aux meurtres et aux assassinats, comme le faisaient Varade et le même père Commolet. »
« Les ligueurs, dit un historien de l'époque, commencèrent à pratiquer le plus de peuple qu'ils purent, sous le prétexte de la religion , et les prédicateurs se chargèrent, dans leurs sermons, de parler fort et ferme contre le roi, le dénigrer envers le peuple plus cpi'ils n'avaient jamais fait , et ce, pour provoquer le roi à en prendre quelques-uns , afin cju'ils eussent sujet de s'élever contre lui, ce qui advint enfin par la séditieuse prédication d'un des leurs à Saint-Severin, auquel ils firent vomir tant de vilaines injures contre le roi , que Sa Majesté fut contrainte de l'envoyer cjuérir (i) ». La populace s'ameuta, la force publique fut repoussée, et l'on cria dans les rues : Aux armes ! nies amis ^ qui est bon catholique , il est heure qu'il se montre j les huguenots veulent tuer les prédicateurs ! La Sorbonne décida : « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes qu'on ne trouvait
(i) Journal de Hem i lll, t. ii, p. aSo,
pas tels qu'il fallait , comme radministration au tuteur qu'on avait pour suspect ». L'Estoile dit que ce de'ci et fut rendu (( par trente ou quarante pédans^ maistres-ez-arts crottés, qui, après grâces , traitent des sceptres et couronnes. » Suivant le même écrivain, « le roi manda venir au Louvre sa cour de parlement et la faculté de théologie^ et fit aux docteurs une âpre réprimande en la présence de sa cour sur leur licence effrénée et insolente de prescher contre lui , contre toutes ses actions et même touchant les affaires de l'état. Je ne veux pas, dit-il , me venger de ces outrages comme j'en ai la puissance, et comme a fait le pape Sixte V^ qui a envoyé aux galères certains prédicateurs qui avaient osé médire de lui en chaire. Il n'y en a pas un de vous qui n'en mérite autant et même davantage j mais je veux bien tout oublier et vous pardonner à la charge de n'y retourner plus; que s'il vous advenait, je prie ma cour de parlement d'en faire une justice exemplaire » . N'osant plus outrager le roi dans la chaire évangélique , les ligueurs trouvèrent un autre moyen plus secret et moins dangereux d'arriver à l'accomplissement de leurs exécrables projets, et en cela surtout, les jésuites furent d'une grande utilité. « Des confesseurs, dit le grave de Thou, abusant du secret de leur ministère , n'épargnaient ni le roi ni les ministres , et au lieu de consoler par des discours de piété ceux qui s'adressaient k eux, ils leur remplissaient l'esprit de faux bruits. Par ce moyen ils fouillaient dans les secrets des familles, et soutenant que les sujets pouvaient faire des associations sans la permission du prince , ils les entraînaient dans cette ligue funeste , et à ceux qui ne voulaient pas y entrer , ils refusaient l'absolution. On porta des plaintes contre ces confesseurs séditieux. Ils ne changèrent pas , furent seulement plus circonspects et posèrent ce dogme nouveau : que le pénitent qui découvre ce que le confesseur lui a dit, est aussi coupable que le confesseur qui révèle la confession de son pénitent ».
4o INTRODUCTION.
Le comité des ligueurs, nommé depuis le conseil des Seize, parce qu'il dirigeait les seize quartiers de Paris, mit moins de mystère dans ses délibérations séditieuses. Ce conseil se tenait dans la maison des jésuites de la rue Saint-Antoine. Un des pères persuada qu'on députât le prévôt Valus , pour faire mie entreprise sur la ville de Boulogne, afin d'y faciliter la descente d'une armée qu'ils avaient demandée au roi d'Espagne. Leur collège de la rue Saint- Jacques « servait, dit un écrivain , aux conjurations horribles des ennemis de l'état qui appelaient de leurs vœux la domination étrangère. Cette demeure était un repaire de tigres et de tyranneaux. Les assassins v venaient aiguiser leurs épées contre la, tête auguste de nos rois. Barrière y venait animer sa frénésie par la doctrine furieuse et les conférences du P. Varade j Guignard j composait ses horribles écrits; Le P. Mathieu, second du nom, y faisait signer par les Seize une cession entière du royaume au roi d'Espagne, et Jean Châtel y prenait des leçons de parricide ».
Tout-à-coup /malgré les défenses du roi , le duc de Guise arrive à Paris. Henri appelle des troupes à son secours ; des Suisses bivouaquent sur la place de Grève j les gardes-françaises campent sur les ponts. Les cris : alarme l alarme l retentissent dans la ville. Les liabitans se soulèvent, tendent des chaînes dans les rues, et les barricadent avec des tonneaux remplis déterre, jusqu'à cinquante pas du Louvre. Le combat s'engage; les troupes royales sont mises en déroute. Le monarque conjure le duc de Guise de sauver les Suisses des fureurs de la multitude. Le révollé, surpris de celte demande, fait partout cesser la mousqueterie , et ordonne au comte de Brissac de conduire les vamcus au Louvre, les armes baissées et la tête découverte. Telle fut cette journée des barricades, si fameuse dans les annales parisiennes, et qu'im député aux états dé Blois qualifiait à^ heureuse et sainte journeç 4e s tabernacles.
INTRODUCTION. 4i
Le lendemain, on annonce au roi que les pre'dicateurs exaltent la fureur du peuple , en lui disant : Allons arrêter Henri de Valois dans son Louvre^ qu'ils arment sept à liuil cents écoliers, trois à quatre cents moines, et que buit mille hommes vont sortir de Paris pour l'empêcher de s'en e'ioigner. Le prince épouvanté feint daller se promener aux Tuileries et prend la fuite. Déjà les barricades étaient enlevées, le grand et le petit Châtelet, le Temple, l'Arsenal, la Bastille, mis au pouvoir des ligueurs , les échevins et le prévôt des marchands destitués^ enfin plusieurs personnages recoramandables chassés de la capitale. Les massacres de la Saint- Barthélemi recommencèrent leur cours. Des coups de poignards furent donnés et deux filles brûlées comme hérésiarques. Guise lui-même fut épouvanté des progrès de la conspiration; il recula devant les périls cpi'il entrevoyait encore. A force de sollicitations et de ruses, il obtint du roi un édit de pacification portant : «qu'on s'obligerait par serment à exterminer tous les hérétiques du royaume ; que tous les Français jmeraient de ne reconnaître pour roi , après la mort de Henri III, aucun prince atteint d'hérésie (article fait exprès pour exclure du trône Henri de Béarn);" cj[u'il y aurait amnistie générale pour le passé, et notamment pour la journée des barricades, attendu cpie tout s'était fait par zèle pour la religion ».
La seule concession que le roi refusa obstinément fut son retour à Paris, tant était forte Timpression que cette fatale journée avait faite sur son esprit. Le duc de Guise fut nommé généralissime de ses armées. Les états-généraux s'assemblèrent à Blois. Le duc et le roi y jurèrent d'observer l'édit de pacification comme une loi fondamentale du royaume. Tous les deux ne tardèrent pas d'oublier leurs sermens. Plenri, menacé par Guise, le fait poignarder ainsi que son frère le cardinal. Leurs corps sqnt brûlés et les cendres jetées au veut
de peur que les fanatiques ne rendissent à ces prétendues reliques le même cuite qu^à celles des martyrs.
A la nouvelle de ces exécutions, tout Paris est en feu. Les prisons se remplissent. Versoris, avocat des jésuites, meurt de chagrin en embrassant le portrait de Guise, et qualifiant Henri III de tyran. Wincestre, curé de Saint - Gervais , nomme ce roi vilain Hérode • et le peuple, ému parles accens du prédicateur , déchire les portraits du monarque , arrache ses armoiries , renverse ses statues et les traîne dans la boue. Les corps religieux qu'il avait comblés de bienfaits se distinguent par leur ingratitude. Les Augustins mettent en pièces un tableau dont jadis il orna le maître-autel de leur église. Plusieurs couvents brisent les vitraux où sa figure est représentée. Les jacobins noircissent son buste placé dans leur cloître j les coïdeliers, dont il avait reconstruit l'église , coupent la tête à sa statue. Les processions avec et sans chemises se multiplient à l'infini. « La Sorbonne, dit l'Estoile, c'est-à-dire, huit ou dix soupiers et marmitons, comme porteenseignes et trompettes de sédition, déclarèrent tous les sujets du royaume, absous du serment de fidélité et d'obéissance qu'ils avaient prêté à Henri de Valois , naguère leur roi , rayèrent son nom des prières de l'église, en composèrent d'autres pour les princes catholiques, et firent entendre cju'on pouvait en conscience prendre les armes contre ce tyran exécrable. »
Le parlement ayant refusé de déclai'er, conformément au décret de la Sorbonne, que les Français étaient déliés du serment de fidélité, fut expulsé du lieu de ses séances par vingt-cinq à trente satellites armés de pistolets, et ensuite enfermé à la Bastille. On en forma un nouveau qui entérina la requête, et prit avec serment la résolution de venger la mort des Guises. Le duc de Mayenne, de retour à Paris, y fut déclaré chef de la sainte union. Catherine de Médicis
n'était plus. Henri III , abandonné de presque tous ses chefs , voyait à peine quelques provinces retenues sous sa domination par le zèle des gouverneurs. Dans ces fatales circonstances, il se résout à implorer le secours de ses ennemis, et traite avec son beau-frère , le prince de Béarn. L'entrevue des deuxTois eut lieu le 3o avril iSSg, au Plessis-les-Tours , et leurs embrassemens fment mêlés de larmes. Sixte V lança l'anatîième contre cette alliance scandaleuse d'un catholique et d'un huguenot, et somma Henri III de comparaître devant lui dans 60 jours. Le roi de France était consterné du monitoire de la cour de Rome. «Vainquons , lui dit Henri de Béarn, et nous aurons l'absolution ; mais si nous sommes battus, nous serons excommuniés , aggravés et réaggravés. » On marche vers Paris , on s'empare de Saint-Cloud , et le roi de France s'y loge dans la maison de Gondi.
De leurs remparts , les ligueurs parisiens voyaient avec effroi les troupes royales qui investissaient la place. Le P. Bourgoing , prieur des jacobins de Paris , se présente , sur ces entrefaites , dans le cabinet du duc de Mayenne , et lui dit qu'un de ses frères , nommé Jacques Clément, jeune fanatique, persuadé que les anges viendront le secourir et qu'il obtiendi'a la palme du martyre, a conçu le projet d'arracher la vie au tyran Henri III , si l'on peut lui fournir un moyen d'approcher sa personne. Le hgueur Bussi-Leclerc entrait en même temps avec un paquet de lettres qu'un Augustin, qui disait la messe aux membres du parlement détenus à la Bastille , l'avait chargé de faire parvenir au roi. Il fut résolu que Jacques Clément en serait porteur. «Au pis -aller, dit le sieur de la Chastres, qui était présent, ce sera un moine pendu. » On recommanda à Bourgoing de dire au jeune homme, dans le cas où il serait arrêté , de ne nommer personne hors son prieur, à qui on donnerait une escorte pour passer en Flandre.
Le moine arrive à Saint-Cloud k l'entrée de la nuit, y couche , et le lendemain se présente à la porte du roi. Les gardes
lui refusent le passage ; il insiste 3 ses paroles parviennent aux oreilles de Henri III. « Laissez-le venir, s'écrie le prince, on dirait que je chasse les moines et ne veux pas les voir. » Jacques Clément remet le paquet de lettres , et tandis que le roi en prend lecture, il lui plonge un grand couteau dans le basventre. Le monarque arrache le fer et en frappe l'assassin au visage , en s'écriant : « Ah ! le mécliant moine ! il m'a tué ; qu'on le tue. » Les gardes accourent et percent le prêtre régicide de mille coups. Son corps est ensuite traîné sur la claie , tiré à quatre chevaux et brûlé. Henri III mourut le lendemain entre les bras du prince de Béarn , qu'il appelait son frère et son successeur.
A la nouvelle de la mort de Henri III , les ligueurs de Paris font éclater une joie féroce. La duchesse de Montpensier embrasse avec transport le messager qui la lui apporte. «Bon Dieu ! s'écrie-t-elle y que vous me faites aise ! Je ne suis marrie que d'une chose, c'est qu'il n'ait su avant de mourir que c'est moi qui l'ai fait faire. « Cet aveu confirmerait ce que les écrivains du temps ont publié des manœuvres qu'elle employa pour monter la tête du jeune moine. Elle fit, dit-on, pour l'y déterminer , ce qu'une femme honnête ne doit point faire. L'assassinat commis , elle parcourut les rues de Paris avec la duchesse de Nemours, en criant : « Bonne nouvelle, mes amis, bonne nouvelle, le tyran est mort; il n'y a plus de Henri de Valois ! » Elle voulut que le deuil de cette mort fût porté en vert , et distribua dans la ville un grand nombre d'écharpes de cette couleur. La duchesse de Nemours se rendit à l'église des Cordeliers, monta sur les marches de l'autel, et vomit un torrent d'injures contre le roi assassiné. On alluma dans les rues des feux de joie; on publia plusieurs écrits apologétiques de l'action de Jacques Clément; on fit graver son portrait en plusieurs formats ; on le plaça sur les autels. Sa mère s' étant montrée à Paris , les jésuites engagèrent le peuple à aller « vénérer cette bienheureuse
mère d'un saint martyr , » et proposèrent d'e'riger au moine parricide une statue dans l'e'glise de Notre-Dame. - La branche de Valois finissant avec Henri III , la couronne revenait au prince de Bëarn , comme premier prince du sang. Il prit le titre de roi de France et le nom de Henri IV. Ses soldats , accoutume's à vaincre sous lui , le saluèrent de leurs acclamations unanimes. Sixte V n'en fut pas plutôt instruit , qu'il envoya le cardinal Cajetan en France en qualité de légat , et lui donna pour conseils les jésuites Bellarmin et Tyrius, avec commandement de pourvoir à ce qu'on élût un roi digne du nom de très chrétien , bien disposé en faveur du saint-siége , et d'empêcher que le sceptre ne tombât entre les mains d'un hérétique. Le duc de Mayenne, que les ligueurs avaient nommé lieutenant -général du royaume, et qui était un des prétendans au trône , craignant que le pape , d'intelhgence avec l'Espagne et les jésuites , n'eût jeté les yeux sur un autre que lui , et voulant, conserver toute son autorité , se hâta de faire déclarer roi le cardinal de Bourbon , qui fut en effet proclamé tel dans toutes les villes au pouvoir des ligueurs. C'était un homme incapable, et grand partisan de la sainte alliance sans savoir pourquoi. La justice fut rendue en son nom. Plus tard , lorsque les troubles furent apaisés , on trouva dans la maison des jésuites , rue Saint- Antoine, des coins qui avaient servi à frapper médaille ou monnaie au nom de ce fantôme de monarque. Ils rej^résentaient d'un côté ce souverain des ligueurs sous un costume moitié royal , moitié ecclésiastique , avec cette exergue : Caroliis X. D. G. Francorum rex. Sur le revers des plus grands , on voyait une couronne avec cette exergue : Vita et jus in armis. Sur celui des plus petits, la crosse, la mitre, le calice , l'hostie sainte , la couronne , le sceptre et la main de justice, avec cette exergue : Regale sacerdotiim. Ces deux coins furent déposés au greffe du parlement.
Avec Henri IV commence-la domination des Boui'bons sur le peuple français. Ce sont les conspirations des jésuites contre cette dynastie dont nous allons désormais nouft occuper.