LIVRE II
Attentat de Jean Châtel. Henri IV reconnaît aisément d'où part le coup. Interrogatoire de l'assassin. — Les collège» des jésuites sont investis. Arrestation des pères Gueret et Guignard. — Condamnationdé Jean Châtel au dernier supplice. Expulsion des jésuites. — Châtel honoré comme un martyr. Guignard condamné à être pendu. Gueret condamné à un bannissement perpétuel , et le père de Jean Châtel à neuf ans d'exil. — Edit de Henri IV. — La maison de Châtel est abattue , et une pyramide destinée à perpétuer l'opprobre des jésuites est élevée sur son emplacement. Description de ce monument. — Intrigues des jésuites pour se maintenir en France. Arrêt du parlement. — Lettre de M. de Bellièvre , gouverneur de Lyon , au roi, sur les projets des jésuites. — Onze nouvelles conspirations tramées successivement par eux contre Henri IV. Pièces à l'appui. — Discours du roi au parlement à Toccasion de redit de Nantes , que ce corps refusait d'enregistrer.
Le 29 décembre 1 504 , le roi revenant de Picardie , alla descendre tout botte chez Gabrielle d'Estrëes , à l'hôtel de Bouchage , près du Louvre : plusieurs seigneurs s'y rendirent pour le saluer. Dans le moment cil Henri se baissait pour relever un officier agenouillé devant lui , un jeune homme , qui s'était glissé dans la foule 5 lui porta un grand coup de couteau ; mais à cause du mouvement que fit le roi en se baissant , le coup ne put l'atteindre qu'à la mâchoire supérieure^ lui fendit la lèvre et lui rompit une dent. Il crut d'abord
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que le coup partait de Mathurine , sa folle , qui se trouvait près de lui , et il s'ëcria avec colère ; « Au » diable soit la folle , elle m'a blesse » ( i). Mathurine nia le fait , et courut fermer la porte de la salle , afin de prévenir l'évasion de l'assassin. Alors le sieur de Montigny saisit le jeune homme, en lui disant : « C'est par vous ou par moi que le roi a ëtë blessé. » Ce jeune homme fut fouille , et l'on découvrit sur lui le couteau dont il venait de frapper le monarque. Il avoua son crime sans balancer, et déclara se nommer Jean Châtel, fils d'un drapier de Paris. Henri voulait lui pardonner; mais , entendant dire autour de lui que c'e'tait un élève des jésuites, il s'ëcria : <( Fallait-il donc que^s jésuites fussent convaincus par ma bouche? »
Lorsque le tumulte fut apaise , on vit briller par terre le couteau que Jean Châtel avait jetë. Les officiers j furieux de son silence , voulaient le mettre en pièces, quand le roi le fit conduire en prison. Là on l'interrogea de nouveau , et il avoua tout. Il dit, entre autres choses : « Qu'ayant opinion d'être oublie de Dieu, et étant assure d'être damne coimne l'antechrist, il voulait de deux maux ëviter le pire — Enquis oii il avait appris cette thëologic nouvelle , a (ht que c'ëtait par la philosophie. Interroge s'il avait
(i) Henri IV, à Texemple des rois ses, prédécesseurs, avait de plus un fou nommé maître Truillaume , auquel il renvoyait ordinaijement les personnes qui lui faisaient des propositions indiscrètes. Dulaure, Hist. de Paris.
étudie en théologie au collège des je'suites , a dit que oui, et ce , sous le père Gueret , avec lequel J.1 a etë deux ans et demi. Enquis s'il n'avait pas ëtë en la chambre des méditations , où les je'suites introduisent les plus gTands pe'cheurs qui voient en icelle les portraits de plusieurs diables de diverses figures e'pouvantables, sous couleur de les re'duire en une meilleure vie, pour ébranler leurs esprits et les pousser par telles admonitions à faire quelques grands coups , a dit qu'il avait e'të souvent en cette chambre des mëditations. Enquis si les propos de tuer le roi n'ëtaient pas ordinales aux jësuites , a dit leur avoir ouï dire qu'il était loisible de tuer le roi , etc . w
<( Cette déposition, dit Mëzeray, jointe aux libelles injurieux contre Henri III et contre le roi régnant , jointe encore au souvenir de l'ardeur que les jësuites avaient tëmoignëe pour les intérêts de l'Espagne , aux maximes que leurs prëdicateurs avaient dëbitëes contre la sûretë des rois , à l'assassinat prêt à être commis tout rëcemment par Barrière, et suggërë par le jësuite Varade , et à l'opinion qu'on avait que , par le moyen de leurs collëges et des confessions auriculaires , ils tournaient les esprits de la jeunesse et les consciences timorëes de quel côte il leur plaisait, donna sujet au parlement d'envelopper toute la sociëtë dans la punition. »
Ce corps , vraiment français , crut devoir prendre ]es.mesures les plus efficaces contre des professeurs qui excitaient leurs disciples a de pareils forfaits, il donna
l'ordre d'arrêter tous les jésuites , et le soir même, vers dix heures , leurs collèges furent investis , de manière qu'aucun d'eux ne put s'échapper. On se saisit principalement du père Gueret, dont les leçons avaient dirige' le bras de Jean Ghâtel. Les commissah^es charge's de l'arrestation trouvèrent dans les archives un e'crit de la main du jésuite Guignard , que ces pères n'avaient probablement pas eu le temps de. faire disparaître. Cet e'crit, après un ëloge de la Saint-Barthëlemy (i) e^ de Jacques Cle'ment, contenait ce passage affreux : « La couronne de France peut et doit être transfëre'e à une autre famille que celle de Bourbon; le Be'arnais , quoique converti à la foi cathohque , serait traite' plus doucement qu'il ne le mérite , si on lui donnait la couronne monacale en quelque couvent bien re'formë , pour y faire pënitence ; si on ne peut le dëposer sans guerre, qu'on le guerroie; si on ne peut lui faire la guerre, qu'on le fasse mourir. »
Gueret, Guignard et les autres jësuites arrêtes, furent tous conduits au For-1'Evêque, oii Jean Ghâtel avait ëtë ëcrouë ainsi que son père.
Quand cette arrestation fut terminëe , le parlement se trouva dans une position à ne plus reculer; il ne pouvait, en eljet, se dispenser de prononcer sur le sort de ces accuses mis sous la main de la justice :
(1) M. Lauicntie n'a donc rien dit de neuf en qualifiant <h rigueurs salutaires les massacres de cette épouvantable nuit. Il n'a été que le copiste de Guignard.
cependant on rapporte (i) que ce ne fut pas encore sans une certaine hésitation. Il y avait des conseillers qui ne revenaient pas de la hardiesse de la mesure qui avait ëtë prise , tant était grande l'influence de ces pères; mais les sages observations du plus grand nombre prevaliurent , et Henri IV lui-même ayant fait entendre au parlement qu'il n'y avait plus de menagemens à prendre vis-à-vis ces religieux, dont les vices abominables avaient ëte couverts par tant d'hy]oocrisie et d'adresse , le coup d'ëtat fut dëcidë. Le président de Thou et Etienne Fleury , doyen des conseillers , se distinguèrent parmi les magistrats qui eurent assez de courage pour mettre au gTand jour la coiiduite de ces pères ; ils exposèrent avec une telle ënergie la nëcessitë oii l'on ëtait de faire droit aux requêtes de l'universitë et des cures de Paris, que, par le même arrêt du 29 dëcembre 1 694 , qui condamnait Jean Châtel au dernier supplice, le parlement prononça l'expulsion des jësuites du royaume de France , dans les termes qui suivent : i
Vu par la Cour, les grand'chambre et tournelle assemblées , le procès criminel commence à faire par le prëvost de l'hôtel du roy, et depuis parachevé, d'instruire en icelle à la requeste du procureur gënëral du roy, demandeur et accusateur à l'encontre de Jean Chastel, natif de Paris, escolier, ayant fait le cours* de ses estudes au collëge deClermont, prisonnier es
(1) Hist. desjés.
prison de la conciergerie du Palais , pour raison du très exécrable parricide attente sur la personne du roy, interrogatoires et confessions du dict Jean Chastel; ouï et interroge' en la dicte Cour le dict Chastel sur le faict dudict parricide , ouïs aussi en icelle Jean Gueret , prestre soi-disant de la congrégation et socie'te' du nom de Je'sus , demeurant au dict collège , et cy devant précepteur du dict Jean Chastel , Pierre Chastel et Denise Hazard, père et mère du dict Jean, conclusion du procureur du roy, et tout considère ,
Il sera dict que la dicte Cour a déclaré et déclare le dict Jean Chastel atteint et convaincu du crime de lèze majesté divine et humaine au premier chef, par le très mes chant et très détestable parricide attenté en la personne du roy ; en réparation duquel crime a condamné et condamne le dict Jean Chastel à faire amende honorable devant la principale porte de l'église de Paiis, nud, en chemise j tenant une torche de cire ardente du poids de deux livres , et estre à genoux, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a attenté le dict très inhumain et très abominable parricide , et blessé le roy d'un cousteau en la face , et par faulses et damnables instructions , il a dict au dict procès estre permis de tuer les roys , et que le roy Henri IV, à présent régnant , n'est en l'église jusques à ce qu'il ait l'approbation du pape, dont il se repent et demande pardon à Dieu, au roy et a justice ; ce faict estre mené et conduit en un tombereau en la place de Grève , illec tenaillé aux bras et cuisses^ et sa main
dextre tenant en iceile le cousteau duquel il s'est efforce' commettre le dict parricide, coupée, et après, son corps tire et démembre avec quatre chevaux, et ses membres et corps jetés au feu et consumes en cendres, et ses cendres jete'es au vent, ses biens acquis et confisquez au roy . Avant laquelle exécution sera le dict Jean Chastel applique à la question ordinaire et extraordinaire pour sçavoir la vérité' de ses complices, et d'aucuns cas re'sultans du dict procès. A faict et faict inhibition et de'fense à toutes personnes , de quelque qualité et condition qu'elles soient, sur peine de crime de lèze-majestë, de dire ne proférer en aucun lieu public ni autre les dicts propos , lesquels la dicte Cour a de'clare' et de'clare scandaleux, se'ditieux, contraires à la parole de Dieu, et condamnés comme he're'tiques par les saints de'crets.
Ordonne que les prostrés et escoliers du collège de Clermont, et tous autres soy-disant de la dicte société, comme corrupteurs de la jeunesse^ perturbateurs du repos public, ennemis du roy et de l'estat, vuideront dedans trois jours après la signification du pre'sent arrest , hors Paris et autres villes et lieux oii sont leurs collèges, et, quinzaine après, hors du royaume, sur peine oii ils seront trouve's, le dict temps passe, d'être punis comme criminels et coupables du dict crime de lèze-majeste'. Seront les biens tant meubles qu'immeubles à eux appart^ians, employe's en œuvres pitoyables et distribution d'iceux
faicte ainsi que par la Cour sera ordonne'. Outre faict de'lenses à tous subjects du roy d'envoyer des escoliers aux collèges de la dicte sociélë, qui sont hors du royaume, pour y être instruits, sur la même peine de crime de lèze-majeste'. Ordonne la Cour que les extraits du présent arrest seront envoyés aux bailliages et sëne'chaussëes de ce ressort poui • eslre exécute selon sa forme et teneur. Enjoint aux bailiifs et sënëchaux, leurs lieutenans généraux et particuliers, procéder à i'exe'cution dedans le délai contenu en iceluy, et au substitut du procureur gênerai tenir la main à la dicte exe'cution, faire informer des contraventions et certifier la dicte Cour de leurs diligences , au mois , sur peine de privation de leur ëtat.
Signé DU TiLLET.
Jean Ghâtel subit cet affreux supplice avec le courage du fanatisme ; les ligueurs l'honorèrent comme un martyr, et Jean Boucher, cure de Saint-Benoît , composa un livre en cinq parties, où il soutint que l'assassinat commis par cet illumine était un acte hé# roïque. Le parlement condamna Guignard à être pendu, et son corps rëduit en cendres. Ce jësuite, interroge sur l'ëcrit qu'on lui attribuait , rëpondit qu'il en ëtait l'auteur, et qu'il l'avait trace de sa propre main. Le père Gueret , si gravement compromis , fut condamne à un bannissement perpétuel, et le père de Jean Ghâtel à neuf ans d'exil. Il fut ordonpë en outre que sa maison serait rasëe, et qu'à sa place serait e'ievëe une pyramide.
Le 7 janvier iSgS, Henri IV rendit l'e'dit suivant, qui n'est pas la preuve la moins convaincante de la haine que ce grand prince portait aux jésuites ( i ) : « Henri , par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, salut ; De tous les moyens et instrumens desquels se sont servis ceux qui, de longue main, ont aspire à l'usurpation de cet ëtat, et qui maintenant ne cherchent que la ruine et dissipation d'icelui, ne pouvant parvenir plus avant, il s'est apertement reconnu, auparavant l'émotion et pendant le cours des prësens troubles, le ministère de ceux qui se disent de la société et congrégation de Jésus, avoir été le mouvement , fomentation et appui de beaucoup de sinistres pratiques, desseins, menées, entreprises et exé-
(i) Jusqu'à présent les jésuites s'étaient élevés contre ce qui avait été fait contre eux en ï594 et iSgS ; leurs historiens n'avaient pas même rougi de diffamer la mémoire des magistrats qui les avaient jugés et proscrits comme des ennemis de l'état , comme des pestes publiques j mais ils n'avaient pas encore imaginé de nier l'existence de ce foudroyant édit. Plus hardis ou plus téméraires de nos jours, ils prétendent qu'il n'a jamais été publié ; il se trouve cependant inscrit en entier à la date du 16 février dans les registres du parlement de Rouen. On le trouve encore dans ceux des parlemens de Rennes , Dijon , Toulouse , transféré alors à Béziers , et dans les articles de la capitulation du Languedoc , enregistrés dans ceux du parlement de Paris , Regist. des ordonnances , cott, TT.f° 369, et imprimés dans l'Histoire du Languedoc ^aux preuves.
ciition d'icelles , qui se sont brassées pour l'ëversion de l'autorité' du deTunt roi, dernier dëcëdë, notre très-honorë seigneur et frère , et empêcher l'ëtablissement de la nôtre; lesquelles menëes, desseins et entreprises se sont trouvées d'autant plus pernicieuses , que le principal but d'icelles a ëtë d'induire et persuadera nos sujets, secrètement et publiquement, sous prëtexte de piëtë^ la libertë de pouvoir attenter à la vie de leurs rois; ce qui manifestement s'est dëcouvert en la très-inhumaine et dëloyale résolution de nous tuer, prise en l'annëe dernière par Barrière^ confirmëe et autorisée par la seule induction des principaux du collège de Clermont de cette ville, faisant profession de ladite sociëtë et congrëgation^ et rëcemment par l'attentat qu'un jeune homme de dixhuit à dix-neuf ans, nomme Jehan Ghâtel, enfant de cette ville, a fait sur notre propre personne; lequel Ghâtel, nourri et ëlevë depuis quelques ans, et fait le cours de ses ëtudes au coUëge de Clermont, a donne aisëment à connaître que de cette seule ëcole ëtaient provenus les instructions^ avertissemens et moyens de cette damnable volonté, comme il s'est depuis vërifië, par l'instruction du procès criminel fait à la requête et poursuite de notre procureur- gënëral en notre cour du parlement , et par les interrogatoires et confessions dudit Ghâtel , et confrontation d'icelui avec Jehan Gueret, prêtre soi-disant de la sociëtë, comme aussi de Pi^rre Ghâtel et Denise Huzard, père et mère dudit Jehan Ghâtel, par lesquels ceux de ladite con-
grëgation se sont -trouves ès-mains de Jehan Guignard , l'un des rëgens dudit collège et de la même société. L'on a reconnu qu'avec autant d'impiété que d'inhumanité, ils maintiennent être permis aux sujets de tuer leur roi , avec l'approbation de la mort du défunt roi ; pour raison de quoi ledit Guignard a été exécuté publiquement : et reconnaissant combien pernicieuse et dangereuse est la demeure et séjour en notre royaume de ceux qui, par si exécrables et abominables moyens , en poursuivent et procurent la ruine avec la nôtre , après avoir mûrement, et avec l'avis des princes de notre sang, officiers de notre couronne, et plusieurs seigneurs et notables personnes de notre conseil, délil3éré sur le fait dudit assassinat et des causes, circonstances et dépendances d'icelui, suivant l'arrêt de notre cour, nous avons dit, déclaré et ordonné, et par ces présentes disons , déclarons et ordonnons , voulons et nous plaît que les prêtres et écoliers dudit collège de Clermont et tous autres soi-disant de la société et congrégation, en quelque lieu et ville de notre royaume qu'ils soient, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, et nos ennemis , et de l'État et couronne de France , en videront, dans trois jours, après que le commandement leur en aura été fait, et quinze jours après de notre royaume, et que ledit temps passé , où ils seront trouvés , qu'ils soient punis comme criminels et coupables du crime de lèse-majesté. Les déclarant, dès à présent, indignes possesseurs des biens, tant meubles qu'immeubles
qu'ils tiennent en notre royaume, lesquels nous voulons être employe's à œuvres pitoyables , selon que par les donateurs d'iceux ils ont e'të destines.
» Faisons en outre très-expresses inhibitions et défense à tous nos sujets , de quelques états et conditions , d'envoyer des e'coliers aux collèges de ladite société, qui sont hors de notre royaume, pour y être instrmts , sous la même peine des crimes de lèzemajestë.
» Si donnerons en mandement à nos ame's et féaux conseillers, etc., etc., etc.
» Donne' à Paris, le 7 janvier, l'an de grâce iSqd. Signé Hein RI, et plus bas, Poitiers,
» Registre à, etc., le jeudi 16 lévrier iSgo. Signé Petit , premier greffier, »
La maison de Ghâtel était située entre le Palais de Justice et l'église des Barnabites ; elle occupait une partie de la place demi-circulaire qui est au-devant de la façade de ce palais. Le monument qui fut construit sur son emplacement ,' et qu'on a nommé pjramide ^ présentait un grand piédestal quadrangulaire élevé au dessus de trois gradins; chacune de ses laces était ornée de deux pilastres ioniques cannelés ; entre ces pilastres, on voyait une table de marbre chargée d'inscriptions que nous citerons bientôt. Ce piédestal était couronné par quatre frontons triangulaires et par un attique décoré de guirlandes, et surmonté de quatre autres frontons cintrés et coupés, pour faire place aux écussons de France et de Navarre ; au-dessus de
Pattique de ce piédestal et aux angles, s'élevaient quatre statues alle'goriques, repre'sentant les quatre vertus cardinales: le tout e'tait surmonte' par un obélisque chargé de bossages et terminé par une croix fleuronnée. Ce monument n'était point un modèle de goût ; sa forme n'avait point la simplicité convenable. Les nombreuses et longues inscriptions dont il était chargé, n'avaient ni le caractère ni la précision du style lapidaire ; m.ais elles sont historiques et attestent le sentiment profond dont l'attentat commis sur la personne de Henri IV avait pénétré la saine partie de la population de Paris (i).
Sur sa face occidentale, du côté du Palais, on lisait l'arrêt du parlement en entier et tel que nous l'avons rapporté.
Sur la seconde façade du piédestal de la pyramide, du côté du midi, on lisait:
Quod sacrum votumque sit memoriae perennitati , longae- Yitati , salutique maximi , fortissimi et clementissimi principis Henrici IV, Galliae et Navairae régis christianissimi.
Audi , viator , sive sis extraneus , Sive incola urbis cui Paris nomen dédit : Bic alta quse sto pyramis , do m us fui Castelli , sed quam diruendam funditiis Frequens senatus , crimen ultus , censuit. Hùc me redegit tandem herilis filius , • Malis magistris usus et scholâ impiâ , Sotericum , eheu ! nomen usurpantibus,-
(i) DulaurCjHist. de Paris.
Incestus et mox parricida in principem , Qui nuper urbem perditam servaverat , Et qui, favente sœpè victor numine, Deflexit ictura audaculi sicarii , Punctus taiiliim est dentiuin septo tenus. Abi, viator : plura me vetat loqui Nostrœ stupendum civitatis dedecus.
Traduction, A la mémoire impérissable , à l'éternelle conservation du très-grand, très-brave et très-clément prince Henri IV, roi très-chrétien de France et de Navarre.
Passant , étranger ou habitant de Paris , écoute : « Sur cette place, où tu me vois élevée en forme de pyramide, fut la maison de Châtel , maison que le parlement, vengeur du crime , fit démoHr de fond en comble. Je dois mon existence au fils de celui à qui elle appartenait , fils élevé k l'école impie de maîtres pervers qui osent usuiperle nom du Sauveur. D'abord incestueux , il osa bientôt porter une main parricide sur un roi qui, naguère , avait préservé la capitale d'une ruine complète, et qui , souvent vainqueur dans les combats, par la protection divine , échappa au coup de cet infâme assassin, dont le fer ne l'atteignit qu'à la bouche. Suis ta route , passant; l'honneur de notre ville me défend de t'en apprendre davantage. »
Sur le même côte';,
Ïn Pyramidem Eamdem.
Quœ trahit à puro sua nomina pyramis igné , Ardua barbaricas olim decoraverat urbes.
Nunc decori non est , sed criminis ara piatrix : Omnla nàm flammis pariter purgantur et undis. Hic tamen esse pius monimentum insigne senatus Principis incolumis statuit , quo sospite , casum Nec metuet pictas, nec res grave publica damnum.
Traduction.
La pyramide , dont le nom signifie yèï/ pur, faisait Tornement des cités antiques. Aujourd'hui elle n'est plus un ornement , mais un autel expiatoire j tout se purifie par l'eau et par le feu. Cependant le parlement a élevé ce monument insigne de sa piété, en mémoire de la conservation du roi et du péril auquel il a heureusement échappé, afin que l'état et l'amour de ses sujets n'aient plus à redouter un semblable malheur.
Sur la face qui regardait l'orient :