‹ Histoire des conspirations des JesuitsChapitre 7 sur 26 · A DIEU TRÈS«EON, TRES-GRAND · texte numérisé non relu

A DIEU TRÈS«EON, TRES-GRAND

Lorsque Henri très-chrétien , roi de France et de Navarre , né pour le bonheur de l'état, vainqueur de la tyrannie espagnole et de sa ligue , maître de celte capitale et de presque toutes les autres villes, eut rendu au royaume son antique splendeur, ses triomphes provoquèrent la fureur des ennemis intérieurs du nom français. Jean Cliâtel , fils de Pierre , un de leurs agens , osa , avec plus d'audace que de succès , attenter à la personne sacrée du roi , qu'il frappa d'un coup de couteau. C'est pour venger ce crime de lèse-majesté, que le parlement , assemblé , a ordonné la démolition delà maison de Pierre Châtel, où son fils lui avait communiqué l'ineffaçable crime qu'il projetait, et a voulu qu'en cette place fût élevé un monument durable en mémoire de ce jour, où la prospérité publique fut compromise , où les citoyens furent agités entre la crainte et Tespérance par suite de l'horrible attentat entrepris par ce scélérat audacieux, où l'état fut préservé de la perte de ce qu'il avait de plus cher, où le parlement enfin chassa de toute la France une secte nouvelle d'hommes superstitieux et pervers, perturbateurs du royaume , à l'instigation desquels avait été commis ce crime épouvantable.

Extinctt)ri pestiferae faction isHispanicse , incolumitato ejus o\ vin dicta parricidii lœti , majestati ejus devotiss.

Duplex protestas isla fatorum fuit , Galiis saluti qnod foret Gallls darc , Servare Galiis quod dédissent optimum.

Traduction.

Le parlement cl le peujhlc parisien , très dévouer à sa ma

loo HISTOIRE DES CONSPIRATION S

jesté , à l'exterminateur de la faction espagnole , à l'heureuse

conservation du roi et à la vengeance du parricide.

Le destin a doublement signalé sa puissance ; il a donné à la France ce qui devait assurer son bonheur; il conserve à la France le don précieux qu'il lui a fait.

Sur la face septentrionale , du côte du pont au Change , on lisait :

Pro salute Henrici IV clementiss. ac fortiss. régis quem nefandusparricida perniciosissimae factionis haîresi inibutus , quœ nuper abominandis sceleribus pietalis nomen obtendens, unctos domini Tivasque majestatis ipsius imagines occidere populariter docuit , dùm confodere tentât , cœlesti numine scelestam manum inhibente , cultro in labrum superius delato et dentium occursu féliciter retuso , violare ansus est. Ordo ampliss. utvel conatus tamnefarii paenœ terror simul et prœsentissimi in opt. principem ac regnum , cujus salus in ejus salute posita est, divini favoris apud posteros memoria extaret, monstro illo admissis equis membratim discerpto et flammis ultricibus consumpto , œdes etiam undè prodierat hic sitas fanditiis everti et in eainim locum salutis omnium ac gloriae signum erigi decrevit.

IIII non. jan. ann. sal. MDXCV.

Traduction.

A Dieu très bon , très grand .

En reconnaissance de la conservation des jours du très clément et très vaillant Henri IV, sur lequel osa porter une main sacrilège un parricide abominable , imbu des principes détestables d'une secte qui , couvrant ses forfaits odieux du voile de la piété , enseignait publiquement à tuer les oints du Seigneur, images vivantes de la Majesté divine. Par une protection céleste , le couteau dont il voulait frapper la per-

DES JESUITES. loi

sonne sacrée du roi, fut arrêté par les dents et ne blessa que la lèvre supérieure. La cour du parlement , voulant donner un exemple terrible et une preuve de la protection divine pour un prince dont le salut fait le salut de la France , a ordonné que ce monstre serait tiré à quatre chevaux , que ses membres détachés seraient consumés par les flammes vengeresses , que la maison où il avait reçu le jour serait démolie de fond en comble , et qu'à la place s'élèverait ce monument du salut de tous.

Le 4 janvier, l'an de grâce iSgS.

Au-dessous de la croix , sur le de de Tobëlisque , était cette autre inscription :

EX. s. c.

Haec domus immani quondàm fuit hospita monstro ,

Crux ubi nunc celsum tollit in astra caput : Sanciit in miseros paenam hanc sacer ordo pœnates ,

Regibus ut scires sanctius esse nihil.

Traduction.

Par ARRET DE LA COUR DU PARLEMENT ,

Sur cette place , où la croix s'élève dans les airs ^ fut jadis la demeure d'un monstre exécrable. Le parlement a étendu sa punition sur cette demeure infâme , afin que l'on sache qu'il n'est rien de plus sacré que la personne des rois f i).

Malgré l'arrêt d'expulsion prononce' contre eux par le parlement, malgré l'édit du roi, malgré la masse de preuves qui établissaient leur criminelle

(i) Voyez , en lêle du 57'' cahier du Panorama des Non veautés parisiennes ^ une lithograpliic du mormmcnt , avec le texte de l'arirt et les diverses inscriptions.

conduite et leurs détestables doctrines ;, malgré Tindignation publique , qui n'avait pas peu contribué à les faire chasser de France, les jésuites ne se tinrent pas pour battus. User de tous les moyens pour y rentrer, se travestir, donner a domicile des leçons à la jeunesse , prêcher clandestinement , colporter de maison en maison des libelles, séduire les gens bornés, et les intéresser à leur sort, telles étaient les intrigues qu'ils mettaient en œuvre pour tâcher de se rétablir ; et lorsqu'on leur faisait observer qu'ils enfreignaient leur ban, ils répondaient qu'ils avaient abjuré leur profession, et que ne tenant plus à leur ordre ^ ils étaient de simples ecclésiastiques qui pouvaient demeurer dans le royaume com.me tous les autres.

Aussi le parlement, voulant paralyser toutes ces menées, rendit-il, le 21 mars iSgS, un arrêt dont nous ne donnerons que le dispositif, les motifs étant connus.

<( La cour ordonne que l'arrêt du 29 décembre 1 594 sera exécuté selon la forme et teneur , et en conséquence, a fait et fait inhibitions et défenses à toutes personnes , corps et communautés des villes , officiers et particuliers , de quelque qualité et condition qu'ils soient, recevoir ou souffrir être reçus aucuns prêtres ou écoliers de la société de Jésus , encore que iesdits prêtres ou écoliers de la société de Jésus aient abjuré et renoncé à leurs vœux et professions pour tenir école publique ou privée ,

DES JÉSUITES. lol

prêcher, etc., à peine, contre ceux qui contreviendraient, d'être dëclare's atteints ou convaincus du crime de lèse-majeste'. »

Cet arrêt de règlement fut envoyé dans tous les bailliages , et exécuté dans tout le royaume , excepte' à Toulouse , qui se trouvait encore sous la domination de la ligue. Le roi ordonna alors ia translation à Bëziers du parlement de Languedoc, siégeant dans cette ville. Cette cour, débarrassée ainsi des intrigues des jésuites, et soustraite à l'influence des ligueurs , rendit quelques jours après , contre la compagnie de Jésus, un arrêt encore plus foudroyant que celui du parlement de Paris (i).

La ligue expirante cherchait à se ranimer à Toulouse. Joyeuse, qui commandait la place, y avait formé un noyau de parlement de quelques conseillers qui y étaient restés. Les jésuites, chassés de partout, trouvèrent là un appui et s'y réfugièrent pour comploter de nouveau au moyen de ces débris de la hgiie. Ils entretenaient des intelligences avec les mécontens des diverses provinces 5 notamment avec ceux de Bordeaux, dont le parlement avait long-temps hésité à enregistrer l'arrêt d'expulsion. M. de Bellièvre, gouverneur de Lyon pour le roi, était aussi prévenu de complots qu'on tramait dans cette ville. Nous allons rapporter une lettre qu'il écrivait à Henri IV pour

(i) Voyez Mercure je'siiitique , tome ÏI, édU. de i63i , pag. 536.

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l'avertir des dangers qu'il courait chaque jour. Il lui parle d'abord de l'assassinat commis par Jean Ghâtel, (( Sire, lui dit-il, la méchanceté de cet exe'crable assassin , qui a entrepris contre la vie de votre majesté, a rempli cette ville d'ëtonnement et de crainte que le malin esprit ne mette pareille audace dans le cœur d'autres dont il possède les âmes ; ce que je ne dis pas sans cause à votre majesté ; et cette appréhension, depuis quelque temps, m'a fort travaillé l'esprit. Nous voyons les longueurs recherchées et importunes dont usent ceux qui disent ne vouloir reconnaître votre majesté , selon que leur commande leur devoir de sujétion. Il m'a été rapporté par gens d'honneur que , en quelques monastères qui sont partiaux pour ceux de la Hgue , ils disent entre eux que votre majesté ne peut éviter l'entreprise qui est faite contre sa vie. Un gentilhomme de M. de Chevrières, qui revient présentement de Velav, m'a dit, qu'étant l'un de ceux que ledit sieur de Chevrières a député pour traiter la trêve avec ceux de la ville du Puy , le député du Piiy lui dit , par plusieurs fois , qu'il savait assurément, et gagerait tout son bien contre lui, que votre majesté ne serait pas en vie dans huit jours. Je me résous de l'ouïr demain en témoignage, et vous en enverrai l'attestation. Ces choses, sire, nous font juger que ce qui a été entrepris contre votre majesté provient d'une grande conspiration , à laquelle, plusieurs participent. Étant très-requis pour le bien de votre service et conservation de ce royaume , que ,

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toutes autres choses cessantes , il soit enquis diligemment et procède vivement contre les auteurs, fauteurs et adhérons à un si détestable assassinat , j'estimerai les juges criminels de lèse-majestë qui ne reveilleront toutes les rigueurs des lois pour purger le monde de ces ennemis de Dieu, du roi et de leur patrie. En ce fait, sire, il me reste encore une autre plainte , dont l'affection que j'ai au service de votre majesté m'a fait prendre la hardiesse de lui e'crire ci-devant ; c'est que vos afFaii'es à Rome vont plus lentement que la sûreté de votre personne et le bien de votre royaume ne requiert. Sire , étant vos affaii'es accommodées à Rome , le pre'texte que prennent ces malheureux assassins cesserait, et d'autant que plusieurs eccl'c'siastiques se rendent ministres des damnables volontés du roi d'Espagne et d'autres qui présument de pouvoir butiner cet e'tat, j'estimerais que lesdits ecclésiastiques pourraient être retenus de' la crainte de l'excommunication contenue au concile de Latran , contre ceux qui attentent contre la vie des princes chre'tiens. Je ne puis sur ce point que je ne me plaigne aussi de la longueur du pape, qui semble jusqu'à pre'sent s'être plus guide par raisons et passions humaines, que par le conseil que la charité chrétienne et la charge qu'il soutient de père commun lui a dû conseiller. Sire, j'ai entendu de bon lieu, qu'e'tant certain que les heureux succès dont il a plu à Dieu de favoriser votre majesté , l'ont mû se déclarer de se vouloir modérer, et non pas aucune bonne volonté qu'il vous

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porte , qu'il tient lés affaires en longueur tant qu'il lui est possible , et sur ce mêmement qu'il est rempli d'espérance qu'il ne sera pas difficile de vous faire perdre cette ville , la Provence et autres provinces. Cela avenant , il trouvera tout autant de texte de l'écriture qu'il voudra pour soutenir que c'est avec raison et justice qu'il refuse de vous recevoir ; et suis de plus averti qu'il ne faut rien espérer de lui avant qu'il entende à Rome la terreur de vos armes ç, e'tant votre majesté' établie et assurée dans sa ville de Lyon. Cet avis m'a e'të donne par personnage de valeur, que je nommerai à votre majesté quand j'aurai ce bonheur et ce contentement de la revoir. Sire , je n'ai pu vous taire, comme à mon bon maître, les justes causes de ma douleur; aussi;, ne lui puis-je celer la joie et consolation infinie que je reçois et sens en mon âme de la grâce qu'il a plu à Dieu de nous faire , qui a détourne le bras de l'assassin, et vous a remis entre les mains, afin de savoir les auteurs d'un si exécrable conseil ; vous donnant par-là un paternel avertissement et moyen de penser et pourvoir plus soigneusement à l'avenir à votre conservation, qu'il n'a ete' fait par le passe, ce dont, sire, je vous supplie très-humblement, etc. Lyon, ^ 5g5 (i). »

Les craintes que manifestait M. de Bellièvre n'étaient pas sans fondement; car, dans le court intervalle qui s'ëcoula entre l'arrêt d'expulsion et l'en-

(i) Manuscrits de Dupuy^ n. 64.

registrement de l'ëditde Nantes, c'est-à-dire depuis la fin de i5g^ jusqu'au commencement de iSgg, il éclata contre la vie du roi, onze nouveaux attentats , qui tous, lors des diverses procédures, furent reconnus avoir ëtë tramés ou exëcute's par les jësuites (i). Ces onze conspirations se succèdent si rapidement, que nous nous voyons forces d'en resserrer les dëtails dans les bornes d'une effrayante chronologie.

Le 2 janvier iSgS, le rai eut avis qu'un sieur RqfiSy jésuite, qui avait fait sept ou huit voyages en Espagne, ëtait de retour en France, avec le projet d'attenter à sa vie. On lui annonçait ëgalement qu'd se trouvait à Madrid deux jésuites nommes Guillaume et Quayan, qui, pousses par la même tentation, devaient bientôt partir pour aller seconder le projet de

(i) Les troubles qui avaient duré depuis l'entrée du roi , s'étaient cependant apaisés successivement , et Toulouse elle-même, vers le milieu de logS, avait hautement demandé la paix. Le duc de Joyeuse, qui commandait les ligueurs , s'était vu contraint de capituler. La ligue était éteinte^ les jésuites seuls conspiraient. Ils avaient habilement profité de Famnistie accordée aux fauteurs de la révolte prolongée de Toulouse 5 bien plus , leurs intrigues leur avaient fourni les moyens de rester dans la province , où ils continuaient de circonvenir la jeunesse , qu'ils savaient être disposée à recevoir encore leurs leçons. Il en fut de même à Bordeaux, et les parlemens de ces deux provinces ayant manqué d'énergie ou de fidélité, ils eurent assez de crédit pour s'y maintenir jusqu'à leur rappel dans tout le royaume.

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Rafis. C'était le sieur de la Hjlbert qui donnait cet

avis au roi par une lettre écrite de Bayonne (i).

Huit jours après, le lo janvier, on pendit à Paris le vicaire de Saint-Nicolas-des-Champs, pour avoir dit^ tenant un couteau , qu'il voulait faire encore u» coup de Saint-Glëment. Il résulte des actes du parlement, que ce prêtre avait été endoctrine par un je'suite nomme' Gaillard, lequel disparut dès le commencement du procès.

Le 21 février suivant, le roi, parlant aux membres du parlement^ dit entre autres choses : « J'ai reçu avis qu'il e'tait parti de Dijon sept jeunes hommes du collège des jésuites , dont le plus âge n'avait pas dixneuf ans, et qui tous venaient dans l'intention de me tuer (2). » Le 2 mars, un ligueur, nommé le capitaine Marleau, qui avait d'abord été prêtre, fut pendu en place de Grève pour avoir conspiré contre Henri IV (5).

Au commencement de juillet, on découvrit une conjuration qui avait pour but de tuer le roi et de livrer Bajonne aux Espagnols. Le jésuite Durdach , les sieurs Frontin , Tonins et Ravignan , furent arrêtés , ainsi qu'un nommé Château-Martin , qui fit la déclaration suivante :

(( En advenant, le 1 1 juillet 1596, nous, commissaires députés par la cour du parlement de Bordeaux ,

(i) Ann. des jés. , t. I , pag. 6o3.

(2) Registres du parlement.

(3) L'Estôile , journal.

assistes du nombre déjuges mentionnes en la sentence de condamnation de mort ce même jour prononcée contre Pierre de Château-Martin , et après la prononciation d'icelle en sa présence , lui avoir remontre, par l'organe du sieur De Gentils, président en ladite cour, qu'il a ëtë trouve' convaincu de la conspiration et participation de la trahison, ces jours passe's, entreprise contre la ville de Bajonne, et partant qu'il devait penser à sa conscience et dire la ve'ritë sur ses complices ; autrement et faute de ce faire, qu'il serait mis à la question et torture, pour, par sa bouche , entendre la vérité' suivant ladite sentence ; et après que ledit Château-Martin a dit qu'il n'a aucuns complices en ladite conspiration , attendu qu'il n'y a rien du sien en icelle, comme le voulait faire appliquer à la question, nous a dit qu'il dirait ce qu'il en savait , et ce faisant, a dit : qu'e'tant à Bidart, le sieur Combes lui avait dit qu'il savait bien que l'homme de M. D'Epernon, qui e'tait à Madrid, négociait avec le roi d'Espagne et son conseil , et traitait de ses affaires , parce que , demandant des forces au roi d'Espagne et de l'argent pour le secourir en Provence, le roi lui demandait en re'compense Bologne, ou qu'il trouvât moyen de recouvrer cette ville de Bayonne. Et le moyen e'tait que ledit sieur D'Epernon trouvât un homme fidèle qui achetât le gouvernement de Bayonne du sieur de la Hylbert, et que le roi d'Espagne bâillerait l'argent; et qu'étant ce gouverneur, paisible et confident, on pourrait dëli-

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vrer ladite ville au roi d'Espagne. Outre, ledit de Combes lui nomma l'homme qui devait négocier l'achat du gouvernement, qu'il nomma Mederano^ qui est de Navarre, marie en Gascogne ; et on lui dit que ledit sieur D'Épernon se faisait fort d'avoir le gouvernement de Bayonne , ainsi que le roi d'Espagne de'sirait , et qu'il j empio jerait des personnes qui ne lui oseraient de'dire. A dit aussi que le nomme Tonins lui a dit que les hommes d'entendement se devaient loger de bonne heure , parce qu'indubitablement le roi serait tue et le reste de la France cantonné, et qu'il n'y aurait de bienheureux que ceux qui auraient quelque chose. Nous a dit aussi qu'il est ne'cessaire d'avertir le roi promptement , que Frontin , qui est à pre'sent aile trouver sa majesté, est là pour le tuer • lequel Frontin est Arragonais , et demeure en Franee sous prétexte d'être réfugié, et dit que les mots d'une lettre de Tonins , qui est produite an procès, parlant de l'homme qui doit effectuer quelque chose dans deux mois, se rapportent audit Frontin. Nous a dit aussi que l'ex -jésuite Durdach conduisait l'entreprise qui était sur Bajonne et tout ce qui en dépendait , et que Tonins allait presque toutes les semaines chez lui , et que les paquets qui se faisaient tenir en Espagne, l'étaient parle moyen dudit ex-jésuite et du sieur de Ravignan, et de plus n'en dit; et a été signé ainsi, 6'/g7?6'' Chateau-Martin » (i).

Quelques jours après, une autre conspiration fut

(i) MM. de Dupiiy.

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découverte à Lyon. Le je'suite Gasparin , qui en e'tait l'auteur, parvint à s'eVader. Il avait ëte' dénoncé au sieur de Cadaigne , qui , en même temps qu'il en avait prévenu le gouverneur de Lyon , avait cru prudent d'écrire au roi lui-même la lettre suivante :

« Sire , votre majesté me pardonnera , s'il lui plaît^ si je me rends son importun par les avis que je donne des pernicieux desseins de ses ennemis contre sa personne; c'est le devoir qui m'y contraint pour ne faillir. Je l'avertis donc comme tout présentement le père Margat, gardien des cordeliers de cette ville, a eu avertissement par un religieux venant de Bourgogne , que frère Innocent Gasparin , jésuite , qui fut pris dernièrement par la garnison de Verdun , d'où il se sauva j était venu pour exécuter un malheureux dessein sur votre personne, et depuis^ s'étant sauvé dudit Verdun, s'était retiré à Châlons , où il est avec les Espagnols. Ledit père Margat a reçu deux lettres de Rome de son général pour se saisir dudit Gasparin, et il y a déjà long-temps qu'il lui a mandé de se retirer de France, ce que depuis il a négligé; cequi fait de plus fort juger qu'il est rempli de mauvaise volonté et attend de faire chose avant que se retirer; telle dont je prie Dieu vouloir préserver votre majesté, sire, et lui donner une très-parfaite santé, trèslongue et heureuse vie. Votre très-humble, trèsobéissant sujet et très-fidèle serviteur, Guillaume Cadaigne. De Lyon, ce 28 juillet iSgS (i). »

(i) MM. de Dupuy, n. 62.

Dans le courant du mois suivant , quatre conjures virent encore échouer leurs projets par les soins du sieur de Thumerjj, qui en e'crivit au roi. On lira, à la fin de la lettre que nous allons citer, qu'un y}'ère de la Ghapelle-Biron, nomme Gaspard de la Gausse, s'y trouvait compromis, et nous voyons par d'autres pièces touchant cette affaire , qui n'eut point de suite , que ce même Gaspard de la Gausse était un exjésuite.

« Sire^ je suis averti que quatre conjures doivent bientôt partir de ce pays pour se pre'senter à votre majesté, sous prétexte de lui faire service, etproditoirement attenter à sa personne. Dieu, vous gardant tous les jours de mille dangers, montre assez qu'il se veut bien servir de vous , non-seulement pour le bien de la France , mais de toute la chrétienté. Toutefois, je supplie très-humblement votre majesté de considérer qu'il n'œuvre ordinairement que par les causes secondes, qui sont votre prudence et le soin que vous devez avoir de votre vie^ en laquelle seule un million de millions d'hommes veulent vivre et respirer. Je travaille d'éclaircir ce monstrueux dessein; cependant je vous en ai dépêché cet avis, que votre majesté ne doit, s'il lui plaît ^ mépriser. Dieu la veuille toujours avoir en sa garde et spéciale protection , lui donner victoire sur ses ennemis et régner long-temps en justice, paix et honneur. Je suis, sire, votre très-humble, très-obéissant et fidèle sujet et serviteur, de Thumery. A Limoges, 26 août i SqS. »

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Nota, Sur un petit morceau de papier séparé est écrit: Le cadet de Rastignac, appelé commuuement Pejrot Le Treysse, frère de la Chapelle Biron, Gaspard de la Gausse ; je n^ai pu savoir le nom du quatrième (i).

Le i6 février iSgô, un avocat d'Angers, nommé Jean Guedon, fut pendu en la place de Grève, à Paris , et son corps réduit en cendres 5 il était accusé d'être exprès parti d'Angers pour tuer le roi 5 il avait été pris, il j avait à peu près un an, comme il passait parChartres ('2). « Le 8 mars suivant, dit l'Estoile, fut pendu en la place de Grève, à Paris, un nommé La Ramée, jeune homme âgé de 25 ou ^4 ans, qui se disait fils naturel du roi Charles IX, et, en cette qualité, avait été à Rheims demander Ponction pour être sacré roi, laquelle la justice du lieu avait trouvé bon de changer en la corde, de laquelle il s'était rendu appelant. Je le vis à La Chapelle , ajoute cet écrivain ; il se disait natif de Paris , mais avait été nourri secrètement en la maison d'un gentilhomme , en Bretagne, à trois lieues de Nantes , et à voir sa façon , ni avait celui qui ne le jugeât comme moi , issu de bon lieu , car il avait même quelque chose de majesté écrit au visage 5 mais à ses propos paraissait un transport d'es-

(1) Manuscrits de Dupiiy, n. 64-

(2) On arrêta avec lui deux ex-jcsuites qui, à force d intrigues, parvinrent à ne pas figurer au procès. L'Estoile, tor\. Il , pag. 270.

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prit tiui l'envoya à la mort; lequel, en un autre temps^ eût été châtie' d'un confinement en quelque monastère, qui semblait être assez de peine à ce pauvre fol, n'eût ete' que les royaute's de la ligue étaient encore toutes fraîches ; ce qui fut cause qu'on vit ce jour à Paris un fils de France à la Grève.

» Quand il fut pris, on lui trouva une ëcharpe rouge dans sa pochette , sur laquelle le président Riant l'ayant interroge, dit que c'était pour montrer qu'il était bon et franc catholique, et ennemi jure des huguenots, desquels il en tuerait autant qu'il pourrait, et les poursuivrait à feu et a sang. Sur quoi M. le président lui ayant demande' en quelk autorite' et de quelle puissance il pre'tendait faire cette exe'cution, il lui re'pondit qu'il la ferait comme fils du roi Charles , son père, qui avait commence la Saint-Barthe'lemy , laquelle il achèverait si jamais Dieu lui faisait la grâce de rentrer en possession de son royaume, qu'on lui avait vole' , avec plusieurs autres sots propos qu'il tint, et entre autres de certaines révélations qu'il avait eues par un ange, dont il produisit quelques te'moins, qui s'en de'dirent et en firent amende honorable. Il e'tait charge, outre cela, d'avoir voulu attenter à la personne du roi, qui e'tait la pire folie de toutes, et digne du dernier supplice. Quand sa majesté' eut entendu cette histoire , elle se prit à rire , et dit qu'il y venait trop tard, et qu'il sJpillait hâter pendant qu'il e'tait à Dieppe » (i ). Les pièces de la proce'dure que nous

(i) L'Estoiie, tom. II, pag. 278 etsuiv.

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avons consultées prouvent pe'reraptoirement que ce malheureux avait été endoctrine, non-seulement par les écrits des jésuites, mais encore par les pères euxmêmes; et c'est ce que ne dit pas l'Estoile, quoique, quelques pages plus loin, il le fasse entendre d'une manière indirecte.

Un sieur de Ledesma, agent du gouvernement d'Espagne, fut le principal agent de la conspiration suivante^ qui avait pour but de tuer le roi. Le frère Pierre Oujn, chartreux, qui pratiquait la doctrine des jésuites, devait faire le coup; il fut arrêté et avoua son crime, mais le roi lui fit grâce. Laissons parler M. de Thou.

«Le roi d'Espagne, dit-il, avait envoyé en Bretagne N. de Ledesma, pour tâcher de faire cesser la mésinteUigence qui était depuis quelque temps entre le duc de Mercœur et Jean d'Aquila, commandant des troupes espagnoles qui se trouvaient dans cette province. Ledesma étant à Nantes allait souvent, sous prétexte de piété, à la Chartreuse, qui est dans le faubourg. Là il voyait un certain chartreux nommé Pierre Ouyn, de la ville de Laval, homme sans jugement, et qui, ayant été puni par ses supérieurs pour sa mauvaise conduite, s'était enfui en Espagne, et y avait été quelque temps caché. Gomme il entendait bien la langue espagnole , Ledesma lia avec lui un commerce trèsétroit ; ayant reconnu en lui un esprit téméraire et impétueux, il le jugea propre à l'exécution d'un projet hardi et violent. Il lui persuada donc de jeter

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les yeux sur quelqu'un de sa connaissance qui fût capable d'un coup de main , afin de l'engager à tuer le roi, dont la mort délivrerait la France d'un tyran et de l'hëre'sie qu'il prote'geait. Le moine fanatique goûta ce projet exe'crable, et le communiqua à un de ses parens qui servait dans l'arme'e du roi , en lui promettant^ sïl l'exécutait, des richesses immenses et un grand établissement; mais celui-ci mourut quelque temps après , et l'on n'a jamais su s'il avait donné son consentement a ce noir complot, ou s'il l'avait rejeté. Peut-être méprisa-t-il la proposition d'un moine extravagant, et jugea-t-il à propos de n'en point parler pour ne pas perdre un homme qui était son parent. Il est certain qu'il ne révéla pas au roi l'horrible dessein qu'on lui avait proposé, ce qu'il devait néanmoins faire , son silence le rendant coupable du crime de lèse-majesté.

)) Cependant le chartreux , qui était un homme fort indiscret, ayant déclaré en confession son dessein à un vertueux franciscain demeurant à Nantes, et en ayant aussi parlé à d'autres , la chose fut sue d'un grand nombre de personnes , et rapportée au roi l'année suivante. Pierre Ouyn fut arrêté à Laval, oii il était allé demeurer après la réconciliation du duc de Mercœur avec le roi. Jacques-Auguste de Thou et Charles Turcant l'interrogèrent ; les témoins furent ouïs , et il îivoua lui-même son crime ,• mais le roi, par considération pour l'ordre des chartreux , voulut bien lui pardonner , et se contenta de

lui avoir fait faire son procès dans la forme juridique, afin que ce fait, demeurant constant par la proce'dure, il pût quelque jour en demander raison aux Espagnols.»

Nous allons emprunter pour le onzième complot la narration d'un e'crivain du temps, narration dont l'exactitude ne peut être re'voque'e en doute, et que d'ailleurs nous avons scrupuleusement vérifiée ; il est plus important que ceux dont nous venons de parler, en ce qu'il donna lieu à un arrêt de mort prononce' par le parlement.

«N. Malvaisie, qui était nonce du pape en Flandre, et qui avait ëte' un des plus factieux de la ligue dans Paris ^ se fâchant que les affaires du roi étant toutefois catholique, mais non reconnu du pape, prospéraient de jour en joui% fit ce qu'il put pour les traverser, en recherchant quelques désespérés qui attentassent à sa personne. Afin d'exécuter son mauvais dessein^ il s'adressa à un jacobin, se persuadant qu'à l'exemple d'un de cet ordre, son entreprise réussirait. Ce jacobin se nommait Charles Ridicanne , qui se lit appeler d'Avesnes , âgé d'environ 28 ans , et qui avait , six ans auparavant , fait profession de vie monastique à Gand. Le nonce du pape sut que Ridicanne déplorait avec ses plus intimes le misérable état de h chrétienté, qu^elle était partout travaillée et infectée de l'hérésie , et particulièrement la France, et qu'il disait avoir souvent désiré, au péril de sa vie, si cet acte eût été agréable à Dieu , faire mourir celui qui usurpait, contre le

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drok et contre les lois , le iiodî de roi en ce royaume ^ et qui dévorait comme un loup ravissant les ouailles de ce très-cbrëtien royaume français. Il écrivit incontinent au provincial des jacobins qu'il lui envoyât Ridicanne , ce qu'il fit.

))Ridicanne, arrive à Bruxelles, demanda au nonce trois choses avant que d'exécuter son dessein ; savoir^ qu'on lui fît un acte d'approbation de ce fait du pape et de tout le collège des cardinaux; qu'on lui baillât répondant pour le remboursement des frais qu'il lui fallait faire , et qu'on lui facilitât le moyen de pouvoir venir en France et à la cour sans péril. Le nonce, à la première demande, l'assura du pape et des cardinaux; à l'autre , il promit fournir tout l'argent nécessaire, et en répondit, à la charge qu'au cas qu'il changerait de rësoludon , il le lui rendrait. Pour la troisième, ensemble de la façon d'exécuter cette entreprise , le nonce fit venir Nicolas Baste , qui était en garnison à Anvers, pour lai demander son avis, et fut arrêté qu'il pouvait aller sûrement^ et que l'exécution serait facile, ayant un poignard ou un pistolet chargé d'une balle ramée ; enfin ils passèrent un accord par écrit en présence de la mère de Ridicanne et de son frère , nommé Justin , par lequel acte le nonce , au nom du pape Clément VIII et des cardinaux, prenait Ridicanne en sa protection, et promettait le garantir de tous dangers qu'il pouvait encourir en cette entreprise. Ce contrat ainsi passé, Goruélie d'Avesnes, mère de Ridicanne;, se confes-

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saut à un jésuite nomme Hoduiii, lui communiqua ce qui s'ëtait passe' entre ie nonce et son fils. Hockim^ jésuite, la pria de lui faire voir cet homme qui avait en tête une si belle entreprise , ce qu'elle fit ; et le je'suite l'ayant conside'rë, ne dit autre chose, sinon qu'il était besoin d'un plus fort homme.

» Incontinent après , Ridicanne prenant congé du nonce reçut sa bénédiction , avec dispense, suivant le pouvoir qu'il avait de sa sainteté', d'aller sans charge de conscience par le monde , en habit de soldat, de monter à cheval, de sauter et danser, bref de faire comme bon lui semblerait. Dès-lors il partit et vint à La Fère , où était gouverneur le vicomte d'Ochy ; là, oii il sut l'état des affaires de la France , la re'concihation du roi avec ie pape , et comme ce royaume lui appartenait le'gitimement. Il ne laissa pas de passer outre , vint à Saint-Denis , où, soit qu'il se repentît, ou que la chose lui semblât impossible, il reprit le chemin de son pays , passa par Marie , Cambrai, Yalenciennes, Mons, puis alla à Gand et de là à Bruxelles , où il alla voir le même nonce ^ qui lui demanda pourquoi il n'avait point exe'cute' son entreprise. Il lui fit re'ponse que le roi avait e'të reçu en l'e'glise, et, de mort qu'il e'tait auparavant, vivait à pre'sent. A ces paroles, le nonce hocha la tête^ et lui dit : Ne sais-tu pas que le Béarnais a été excommunié par le pape ^ et tous les autres qui suivent son parti? Et demanda lois à Ridicanne s'il ne

persistait pas dans son dessein, lequel répondit que, s'il voyait la bulle du pape , il se résoudrait.

» Alors un nomme Jules , soldat, et domestique du nonce, tire à part Ridicanne, le persuade, et lui commande, sans plus retarder, d'aller en France en habit de goujat, feignant d'être envoyé' par Nicolas Baste vers le roi, pour lui ouvrir les moyens de surprendre Bapaume, et de cette manière il pourrait aborder le roi et s'acquitter de sa promesse. En ce même temps, Pierre Arger, religieux du même couvent des jacobins de Gand , ayant eu quelque communication auparavant avec le nonce à Bruxelles , s'en alla à Rome, et, à son retour, se re'solut aussi d'attenter à la personne du roi. Cependant Ridicanne est promu aux ordres , va à Rome, ou il trouve le nonce au retour de sa nonciature , qui le confirma en première re'solulion, et le fit partir de Rome et passer par Milan, où il communiqua son entreprise aux ministres du roi d'Espagne , et principalement au cardinal Aldobrandin, et de là vint à Amiens, oii il demeura quelque temps , faisant paraître avoir envie de se rendre capucin.

»En ce même temps, le cardinal de Florence, légat, vint en France après la réconciliation du roi avec le pape ; Ridicanne ne laissa pas de persister dans son dessein, vint à Paris, pour s'instruire des compagnons de Jacques Clément comme il pourrait venir à chef de son entreprise. Depuis, il alla en hâte à

Amiens, où, afin qu'il imposât plus librement, se faisait appeler d'Avesnes , et parla de Ridicanne avec M. Vincent Leroi, lieutenant-ge'ne'ral d'Amiens, et qu'il avait ëte' induit et persuade par le nonce Malvaisie de tuer le roi , mais qu'il ne l'avait jamais voulu faire ; lui parla aussi de Pierre Arger, qui avait la même volonté, lui de'signant les marques par lesquelles il le pourrait reconnaître. Le lieutenant d'Amiens en donna incontinent avis au roi , et advint le roi, étant à Montceaux, qu'un, qui se disait Italien, fut pris, qui dit qu'il avait e'të envoyé par Nicolas Baste, non point pour donner au roi les moyens de se saisir de Bapaume, mais de la ville d'Ardres. Aussitôt on manda au lieutenant d'Amiens qu'il amenât en cour Ridicanne , qui se faisait nommer d'Avesnes. Etant en la présence du roi^ il fit à sa majesté tous les discours que Ridicanne avait eus avec le nonce , tant à Bruxelles qu'à Rome , et qu'il le savait de Ridicanne lui-même, qui était son intime ami. Le roi, ne voulant troubler la paix et bonne intelligence qu'il avait avec les princes voisins , dissimula cette conjuration, et se contenta de faire enfermer Ridicanne dans le monastère de Saint-Martin de Paris , où il fut jusqu'au mois de février.

» Cependant vinrent nouvelles charges contre ce prisonnier, ce qui fut cause qu'il fut tiré de ce monastère et mis au For-l'Evêque, où il fut vingt mois entiers. Enfin le roi, sans en prendre plus grande connaissance , et sans autre jugement , le fit élargir,

et, pai' un brevet signe de M. de Villeroy, le condamna de vider le royaume et de n'y rentrer jamais, à peine du crime de ièse-majeste' ; mais Ridicanne ayant su le commandement du roi par M. Duval, grand-pre'vôt, qui en eut la charge, il ne fit compte de cette grâce; car ayant séduit le geôlier, nommé Charles Viardot, il trouva moyen de briser les prisons, sortirent ensemble le 24 août iSgS, et ayant, par le moyen de certaines femmes dévotes , amassé quelque argent, il sortit de Paris, passa par Troyes , Langres, puis alla à Dijon, et de là à la Franche- Comté, qui est sous le roi d'Espagne, cherchant, comme il disait^ un lieu pour se retirer en hermitage. De ce pays il alla à Saint-Nicolas en Lorraine, oii il parla fort particulièrement plusieurs fois avec le père et la mère de Jean Châtel , bannis de ce royaume pour le malheureux attentat de leur fils. De Lorraine il passa à Liège, et vint à Gand, en habit déguisé, où il reprit son premier dessein d'attenter à la vie du roi , et retourna pour la seconde fois en Franche-Comté, oii il avait eu plusieurs conférences secrètes dans le monastère de Saint- Vincent, près de Besançon; vint à Dijon, et parla souvent à un jacobin nommé Clément Oudin, qui lui bailla de l'argent, et de là vint à Langres, puis à Grancey, oii il s'arrêta, et prirent là Viardot et lui l'habit d'hermite.

))I1 contracta en ce lieu une telle amitié avec le curé, nommé Pierre Morel, qu'il lui découvrit tous ses desseins , comme il avait été induit par le nonce du

pape , qui était à Bruxelles , de tuer le roi , et que de ce il avait contracte' avec lui^ et qu'il e'tait venu pour cet effet jusqu'à Saint-Denis, et n'ayant rien exécute^ alla en Italie, d'oii il retourna plus confirme'. Morel maintenant en avertit le sieur Parisot, seigneur du lieu , qui vint en poste à la cour en donner avis au roi, ayant donne' ordre que ces hermites ne s'e'vadassent; si bien que derechef, par le commandement du roi, Ridicanne fut pris, et avec lui Viardot ; et sur ce qu'il fut interroge' pourquoi il s'en e'tait fui, n'avait pas use' de la grâce que lui avait fait le roi , il n'en rendit pas d'autres raisons , sinon qu'il craignait, e'tant retourne' à Gand , de tomber entre les mains de ceux de son ordre et des je'suites, qu'il savait avoir conspire' contre lui^ pour avoir de'couvert les confe'rences qu'il avait eues avec le nonce du pape. Ceci n' e'tait que pour excuser son crime , car il confessa qu'il avait toujours persiste' depuis dans son dessein. )) Enfin le roi le renvoya au parlement pour lui faire son procès , oii il fut de nouveau interroge' pourquoi il s'e'tait mis dans l'esprit d'attenter à la personne du roi, re'pondit qu'il y avait e'të induit par les fréquentes pre'dications et les continuelles disputes aux e'coles , et que partout^ aux églises, aux lieux publics, aux festins et tables des particuliers , l'on exaltait de louanges Jacques Clément comme un glorieux martyr, et qu'il croyait faire chose agréable à Dieu d'exterminer un usurpateur qui, sans aucun droit légitime , troublait un royaume très-chrétien avec la perte de

tant d'âmes. C'est pourquoi, à la poursuite du nonce du pape , qui lui mettait la gloire de Dieu devant les yeux , et l'autorité du pape, il se délibéra d'exécuter l'entreprise; mais, lorsqu'il vit que son premier dessein n'était réussi, il se fit promouvoir aux ordres et se repentit du tout , et qu'il n'avait été à Rome à autre intention que pour retirer du nonce Malvaisie l'argent qu'il avait employé inutilement, et le lui demander en vertu de sa promesse. Il ajouta que le nonce ne laissa de le persuader de nouveau, et^ sur ses persuasions, qu'il fut trouver Charles Servins , qui faisait la charge à Rome de grand-pénitencier pour les Flamands, afin de lui consulter ce fait , lequel non-seulement le détesta, mais même blâma de témérité Malvaisie d'avoir interposé l'autorité de l'Eglise en une chose à quoi le pape était fort contraire ; que , depuis , il fit paraître au pénitencier qu'il n'avait , du tout, ôté de son esprit ce mauvais dessein, ce qui fut cause qu'il changea ses premières remontrances; mais après que ce pénitencier eut reconnu qu'il s'en repentait du tout, il changea de visage et détesta ce mauvais dessein , et lui défendit fort étroitement qu'il ne découvrît à personne du nonce ce qu'il avait ouï dudit Malvaisie.

» Ridicanne disait tout ce que dessus pour sa décharge; mais ne s'était pu purger de tant d'entreprises et d'avoir persisté si long-temps en ce damnable dessein, même après la grâce qui lui avait été faite par le roi ; enfin arrêt intervint , tel qu'il se verra ci-après , et avant fut ordonné qu'il serait mis et ap-

pliqué à la question extraordinaire , où il ne confessa rien que ce qu'il avait dit auparavant. Pour Viardot, pour s'en être fui avec lui, il fut banni à perpétuité' et ses biens confisque's. En même temps fut pris pour le même sujet, Nicolas Langlois, frère servant des capucins, qui avait fait profession à Saint-Michel, diocèse de Tulle ^ lequel, ayant déposé son habit et vêtu celui d'un goujat, vint à la cour, où il fut pris et interroge' pourquoi il avait quitte' son monastère ; il n'en voulut dire la raison pour être , disait-il , horrible à penser, et c'était son seul pre'texte ; enfin, il fut convaincu par plusieurs pre'somptions et te'moins d'avoir voulu attenter à la personne du roi, et pour ce, fut condamne' de souffrir le même supplice que Ridicanne pour le même jour, savoir, le 3 avril iSgg, et ils furent tous exe'cute's » (i).*

Arrêt du parlement de Paris contre Ridicanne,

Extrait des registres de parlement.

Veu par la cour, les grand chambre et tournelle assemble'es^le procès criminel fait, de l'ordonnance, et par l'un des conseillers d'icelle, à la requête du procureur-ge'ne'rk! 2uroi, demandeur en crime de lèse-majeste'^ à l'encontre de frère Charles Ridicanne, dit d'Avesnes , se disant prêtre religieux de Tordre Saint-Dominique au couvent des jacobins de Gand,

(i) MM. de Dupuy, n. 74 5 ceux de Talon, n. 352 j Hist. de de Thou , tom. XIII , liv. cxxiii.

natif cUidit lieu, prisonnier es prisons de la conciergerie du Palais, pour être parti de Flandres et venu en ce royaume en habit de'guisë pour attenter à la vie du roi; informations, interrogatoires et confessions dudit Ridicanne, confrontation de témoins, conclusions du procureur-gëne'ral du roi ; ouï et interroge' par ladite cour, ledit Ridicanne sur les cas contenus audit procès, et tout conside'rë , dit a ëtë que ladite cour a dëclarë et déclare ledit Ridicanne atteint et convaincu des cas à lui imposes, pour rëparation desquels Ta condamne et condamne a avoir les bras et les cuisse?, tant haut que bas^ et les reins rompus sur un ëcliafaiid qui sera pour cet effet dresse en place de Grève ; ce fait, son corps rais et attache sur une roue proche ledit ëchafaud, le visage tourne vers le ciel, pour y demeurer tant qu'il plaira à Dieu, Vj laisser vivre, et le corps mort porte hors la porte Saint-Denis, et mis sur une roue à cet effet dressëej tous*et chacun ses biens, si aucun il possède en ce royaume, dès-lors acquis et confisques au roi. Signé Du Harlay et Gourtin. Prononce audit Ridicanne €t exëcutë le 3 avril 1 699. Il est retenu que ledit Ridicanne sera ëtranglë avant que de sentir les coups. La meilleure preuve que nous puissions donner de la persuasion où ëtait le roi, que les jësuites seuls étaient les auteurs de tous les horribles complots qui éclataient chaque jour contre sa personne, c'est la réponse que ce prince adressa au parlement au commencement de 1699. C'était à propos du fameux

DES JESUITES. i<i^

édit de Nantes que la cour refusait d'enregistrer. Henri IV , entoure de ses secrétaires d'ëtat, du connétable et du chancelier, de MM. de Bellièvre , de Villero}% de Gesvres et de Ghâteauvieux , répondit ainsi aux remontrances de la cour :

« Messieurs^ j'ai reçu les supplications et remontrances de ma cour du parlement , tant de bouche que par e'crit, qui m'ont e'të apportées par M. le premier président Se'guier. Je recevrai toujours toutes remontrances que me ferez de bonne part, comme de gens afFectionne's à mon service ou qui le doivent être. J'ai fait voir vos dernières à mon conseil et ai fait refaire mon ëdit, ou plutôt l'ëdit du feu roi, en plusieurs articles , tant sur ce que vous m'avez remontre sur l'avis de mon conseil. Je veux croire qu'aucuns de vous ont eu des considérations de la religion ; mais la religion catholique ne peut être maintenue que par la paix, et la paix de l'Etat est la paix de l'Église. Si donc vous aimez la paix et si vous m'aimez , il me le faut montrer, ce que vous n'avez pas fait en doutant de moi, car vous faites ce que les étrangers et mes ennemis mêmes n'ont voulu faire ; et n'est-ce pas un grand cas tous les princes de la chrétienté me tiennent pour le fils aînë de l'Eglise , pour le roi très-chrëtien; le pape me tient pour catholique , et vous qui êtes mon parlement, me voulez faire entrer en dëfiance avec mes sujets , et voulez qu'ils doutent de ma créance.

» Je suis catholique , roi catholique , catholique

romain et non catholique jésuite. Je connais les catholiques jésuites; Je ne suis pas de Vhumeur de ces gens-là ni de leurs semblables ^ qui sont des faiseurs de tueurs de rois. Je ressemble au berger qui veux ramener les brebis à la bergeiie avec douceur et non avec cruauté, et ne vous fiez-vous pas aux paroles qu'avez eues de moi ? Le pape et le roi d'Espagne se sont fies en ma parole , et vous n'y voulez avoir confiance. Mon intention est de conserver l'ëtat que j'ai acquis; je ne le puis faire que par la paix; il faut sauver l'Etat^ mais il le faut faire par la paix. Je sais bien que mon royaume ne se peut sauver que par la conservation de la religion catholique ; mais la religion ni l'Etat ne se peuvent sauver que par ma personne , et néanmoins il y a des esprits faibles induits par superstition , par pauvres gens d'église sur infinies choses que l'on dit qui ne sont pas ; jusquelà qu'il est venu un homme me demander si on ferait deux églises dans Paris , l'une de catholiques, l'autre de huguenots , et qu'il serait bien étrange de voir que les huguenots «eussent des églises dans Paris pour prêcher.

» Je prends bien les avis , et si on m'en donne qui soient bons, je les crois, et si je trouve leur opinion meilleure que la mienne , je la change ; mais il faut faire cesser tous faux bruits ; il ne faut plus faire de distinction de catholiques et huguenots ; il faut que tous soient bons Français, et que les catholiques convertissent les huguenots par exemples de bonne vie;

mais il ne faut pas donner occasion aux mauvais bruits qui courent partout le royaume. Vous en êtes cause; car , à faute d'avoir projnptement vérifie l'ëdit , on dit en divers lieux que c'e'tait l'ëdit de janvier. Je ne craindrai point de vous dire ce que je désire vous faire savoir, car je suis sans peur, Dieu merci. Ce malheureux qui est prisonnier , qui a voulu attenter à ma vie (i), s'il m'eût blesse ou tué^ ne vous pouvait -on pas aucunement accuser et dire coupables ou de ma mort ou de ma blessure , par vos longueurs qu'apportez sur mon e'dit , qui mettent des scrupules dans les consciences et des superstitions, <?^ c'^i"^ la couleuM de piété des Jésuites qui a corrompu cet assassin qui , par le conseil du jésuite de Lorraine , est venu naguères pour me tuer. Vous serez la cause de ma mort , si vous ne m^ obéissez ; car les catholiques jésuites feront CT'oire que mon édit contient ce qui n'y est pas. Je n'' ai point de peur y Dieu merci y V occasion pour laquelle je nai point de peur^ c'^est mon innocence. Dieu iiHa toujours préservé. Je me suis fie' en lui , il m'a garanti de tous ceux qui ont entrepris sur ma vie , combien que je n'ai jamais fait tort à personne et n'ai offense' aucun.

» Je sais que les catholiques sont le plus grand nombre de cet ëtat ; mais ils ne seront rien et ne le peuvent être sans mon assistance. J'ai un dessein dès

(1) Le roi veut parler du jésuite Ridicanne et consorts, dont le procès s'instruisait.

i3o HISTOIRE DES CONSPIRATIONS

long-temps , et désire de l'exécuter ; c'est de réformer l'Eglise. Je ne le puis faire sans la paix. Il n'est pas possible de convertir les huguenots par violence. Je vous le dirai encore une fois ; Je suis roi berger , qui ne veux répandre le sang de mes brebis , mais les veux rassembler avec la douceur d'un roi et non par force j je vous dis encore :je suis roi catholique et non catholique jésuite. Je veux donner ordre que les catholiques soient de bonne vie ^ j'ai donné à cette fiu^ des bénéfices à quelques-uns de mes serviteurs ^ à ce qu'ils nourrissent leurs enfans pour être capables un jour des charges de l'Eglise. Vous empêchez mes desseins par les troubles que vous entretenez dans l'Etat, par vos longueurs ; j'avais seul emporté le secret de remuer parmi ceux de la religion, lorsque je me remis à Tours avec le feu roi. Nul ne savait plus quel chemin il fallait prendre pour remuer. Vous avez, par vos refus, donné occasion aux buguenots de me demander permission de s'assembler; cela leur a fait reconnaître ce qu'ils pouvaient. Si vous donniez de l'argent aux huguenots , vous ne feriez pas tant pour eux que vous avez fait. Je crois que les huguenots gagnent ceux d'entre vous qui résistent à ma volonté.

)) Quand on faisait des édits contre ceux de la religion, lorsque j'étais avec eux, je faisais des cabrioles; je disais loué soit Dieu , car tantôt nous aurons quatre mille hommes, tantôt six mille, et nous les trouvions enfin ; car ceux qui étaient dispersés auparavant étaient

DES JÉSUITES. i3i

contraints de se réunir. Ilyavingt-cinqansque je commandais au parti de ceux de la religion; cela m'a fait connaître tout le monde. Je sais qui voulait la guerre et la paix ; je connais ceux qui faisaient la guerre pour la religion catholique , ceux qui pour l'ambition , ceux qui pour la faction , et ceux qui n'avaient envie que de voler parmi ceux de la religion. Il j en a eu de toutes sortes , aussi bien que parmi les catholiques. J'ai bien eu de la peine à faire obéir les huguenots , le feu roi ayant beaucoup à souffrir en son état; j'ai toujours aimé la paix, j'ai toujours ëte' bon patrice , dont M. de Beilièvre est bon témoin, ayant traite avec moi par plusieurs fois pour la paix, cela étant cause que moi, et M. de Bouillon et de Guitry (i).... Voilà M. le connétable, ici présent, le sçaitbien, de La Noue et autres, que Blacon et ses semblables, qui voulaient la guerre, nous appelaient les chiens muets.

» Il faut que je vous fasse un conte de deux de la religion , qui me vinrent trouver à Rouen ; je ne les nommerai point en cette compagnie. L'un d'eux me fit un grand discours sur le fait de la religion et sur ce qu'il disait avoir tout abandonné pour avoir sa conscience libre , et qu'il valait mieux quitter le monde que de blesser son âme. Après qu'il eut dit tout ce qu'il voulut, je commençai à dire : Messieurs,

(i) Cette phrase est telle dans le manuscrit d'après lequel nous rapportons ce discours.

i32 HISTOIRE DES CONSPIRATIONS

n'en croyez rien. Il se retourna vers moi, el dit: Sire, pourquoi? Je lui fis la réponse que c'était de lui de qui je parlais , et qu'il ne fallait pas croire ce qu'il disait, parce que toutefois qu'il y avait eu des ëdits contre ceux de la religion, il était aile à la messe, et s'il n'y en avait assez^ il en entendait deux. Quant à l'autre, qui me vint faire un pareil discours sur la religion^ en cas de conscience, je lui dis : Vous savez bien qu'êtes un voleur, un larron, un traître, bien que vous fussiez de mon conseil, et je vous en chassai. (Disant cela, sa majesté' mit la main dessus le bras de M. le chancelier. )

»Vous ne connaissiez pas les maux de mon e'tatpa's plus que les biens si bien que je le sçais. Je connais toutes les maladies qui y sont, et puis dire sans vanteiie que je les connais mieux que tous les rois qui ont ëtë devant moi ne les ont scues , et en scais aussi

les remèdes, car les maux où j'ai ëtë me les ont appris , ce que je n'eusse pu si bien savoir sans l'expérience que j'en ai eue. J'ai reçu plus de biens de Dieu et de grâces que pas un de vous; je ne dësire en demeurer ingrat, et mon naturel n'est dispose à l'ingratitude , combien qu'envers Dieu je ne puisse être autre; mais pour le moins j'espère qu'il me fera la grâce de n'avoir toujours- que de bons desseins. J'ai dësirë faire deux mariages, l'un de ma sœur, je l'ai fait; l'autre de la France avec la paix. Ce dernier ne peut être que parla paix, et la paix ne sera faite que mon édit ne soit vérifie. On dit que je veux favoriser

DES JESUITES. i3'>

ceux de la religion (i) ; eh ! veut-on entrer en quelque de'fiance avec moi? Si j'avais envie de ruiner la religion catholique, je ne me conduirais de la façon, et si j'en avais envie , vous ne m'en sauriez empêcher. Teiwerrais quérir trois mille hommes^ je chasserais dici ceux qui me plaît ^ et quand f aurais commandé que quelqu'un sortît , il faudrait ohéir, et je dirais : Messieurs les juges, il faut vérifier l'édit ou je vous ferai pendre; mais alors je ferais le tjran^ ce serait vraiment faire le tyran,

))Le refus que mes autres parlemens ont fait de ve'rifier la de'claratioi^ de l'an nouante quatre, comme vous l'avez vérifiée, a ëte' cause que les huguenots ont demande à Chastellerault plus qu'ils n'auraient fait auparavant. Le^ principaux qui s'j sont trouves, et qui voulaient le bien , me demandaient qu'il j eût des conseillers au parlement; mais la pluralité des voix l'a emporte, des mutins, des brouillons, comme en votre compagnie, quand le plus de voix l'emporte sur la meilleure opinion. Je sçais que ceux de telles assemblées sont autant de roisj je m'y suis trouve' sous le règne du feu roi ; j'avais bien de la peine à les faire obéir; enfin j'en venais à bout pourtant. Ma justice est mon bras droit; je sauverai toujours bien l'Etat étant gaucher ; il est vrai que j'aurai plus de peine , mais je le sauverai pourtant et mieux que vous. Il importe plus qu'on ne pense de n'entrer point en

(i) La rehgion protestante. '

i34 HISTOIRE DES CONSPIR ACTIONS

dëfiance de moi. Vous êtes ici ou prësidens ou conseillers , et n'êtes pas assurç's que vos enfans soient conseillers ou pre'sidens après vous. Je suis bien assure', pour moi j que si j'ai des eufans ils seront rois. » Quand je fis la déclaration pour le regard des officiers en l'an 94, je vous avais promis que je ne mettrais pas de conseillers ni autres officiers en ma cour de parlement autres que catholiques ; le refus de vérifier cette déclaration, à Bourdeaux et ailleurs , a fait demander par les huguenots qu'il y ait des conseillers de la religion es parlement. Je l'ai accorde pour la nécessite de mes affaires ; je pensais que , par le moyen des suppressions , je reme'dierais au mal qui vient en mon royaume par le nombre efFrënë des officiers. La nécessite, qui est la loi du temps, me fait écouter une chose j écouter l'autre. Je ne veux mettre que le nombre porte dans mon ëdit au parlement, mes affaires me portant là. Je ne veux mettre aussi, aux villes où il y a plus de catholiques , de mes lieutenans gënëraux ni de mes procureurs autres que catholiques. Je sçais bien ce qu'importe telles charges, et à quoi elles s'ëtendent. J'ai ëtë à La Rochelle, j'ai vu la puissance- des lieutenans gënëraux, combien qu'ils fassent tout ce cju'ils peuvent pour rabattre l'autorité des officiers du roi, et autres lieux, que M. le lieutenant et M. le gouverneur seulement, tout

est (i) , et en matière de justice et de

finance , il n'en faut faire auctm ëtat.

(1) Manque le reste de la phrase.

DES JÉSUITES. i35

))Ge que j^pjus dis est d'autant que le bien de mes affaires le requiert ainsi ; comme aussi je veux mettre des officiers catholiques aux villes que tiennent ceux de la religion, et par exemple, j'ai commence' à Nismes, où j'ai mis un viguier catholique, nonobstant que ceux de la religion re'formée en eussent offert quinze cents e'cus plus que les catholiques, et de cela M. le conne'table en est te'moin. Dites à ceux de mon parlement, et non à mon parlement, mais à chacun séparément, ce que je vous dis de mon intention touchant le nombre des conseillers. J'aime mon parlement de Paris par dessus tous les autres; il faut que je reconnaisse la vëritë, c'est le seul lieu où la justice se rend , C£?r il n'est pas corrompu par argent; et en la plupart des autres la justice se vend, et qui donne deux cents e'cus l'emporte sur celui qui en donne moins. Je le sçais, car j'ai autrefois aide' à boursiller, parce que cela servait à desseins particuliers ; il me souvient encore d'une particularité' où il faut que je vous dise que vos longueurs ont donne sujet de remuemens e'tranges. Tai fait faire aujourdliui une dépêche aux évesques ^ afin quHls advisent à mettre de bons prédicateurs et non séditieux. Se sçais que ce moyen a été suivi par le feu roi , pmcr établir la ligue ; mais je Vempescherai bien, et chastierai ceux qui parleront mal à p7vpos^ et qui porteront tous instrumens de sédition et de division; car l'on a ëte' faire des processions contre l'e'dit, à Tours, où elles se doivent moins faire qu'en autres lieux , d'autant que j'ai fait celui qui est l'ar-

i36 HISTOIRE DES CONSPIRATIONS

chevêque. On en a aussi fait au Mans et ailleurs, pour inspirer les juges à rejeter l'ëdit; cela ne s'est fait que par mauvaise conspiration. Empêchez que telles choses n'arrivent plus 5 je l'ai dit à mes gens , afin qu'ils y apportent ce qu'ils doivent à leurs charges. Il ne faut souffrir que l'on me crée de l'envie pour ce que j'ai accorde à ceux de la rehgion; car c'est bien mon e'dit ^ mais ce n'est en effet que l'ëdit du feu roi , qu'avez vu et qu'avez ve'rifié par quatre fois ; faites-en une fin ^ selon ma volonté, que je vous prie.» La force et la dignité de cet éloquent discours , que Henri IV improvisa tout entier, produisit une si vive impression sur le parlement , que les ordres du monarque furent sur-le-champ exécutés. Les intrigues de la compagnie de Jésus échouèrent cette fois encore devant les paroles du grand roi. Il connaissait mieux qu'un autre l'hypocrisie et la dépravation de ces pères , que cette harangue ne découragea pas , et que de nouvelles conspirations devaient , quatre ans plus tard, rétabhr en France^ pour la perte.du prince et le malheur du royaume.

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