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La mère de Mirabeau, qui connaissait seule le lieu de sa retraite, le conjurait de racheter sa faute et de reconquérir un état en France en se s^'^parant de Sophie. Il consentait à tout, excepté à cet abandon, u Je suis lié, » répondait^il , « par des nœuds d'autant
» plus sacrés, qu'ils sont repoussés du monde; rien » ne peut les relâcher dans ma conscience et dans mon )» cœur; je serais plutôt portefaix en Hollande que de » manquer à une femme dont j'ai entraîné la perte » et qui a tout perdu généreusement pour moi I r>
a Souvenez-vous, » écrivait Sophie de son côté à ceux qui la suppliaient d'abandonner le compagnon de sa fuite et de se rouvrir ainsi la patrie , la famille et la fortune, <c souvenez-vous de l'histoire de ce Sabinus » qui, sous le règne de Vespasien , s'enferma avec sa » femme dans un souterrain; leur vie, passée loin de » la société qui étourdit le bonheur, ressemble à celle » que nous passions à Amsterdam. Ils vécurent neuf )> ans dans leurs cachots; ils y donnèrent le jour à » des enfants qui vécurent; ils furent arrêtés en- » semble, mais ils moururent ensemble. Ah I ils ont » été plus heureux que nous! »
Cependant M. de Monnier intentait en France un procès pour rapt au séducteur de sa femme et obtenait contre lui un jugement qui le condamnait à avoir la tête tranchée. L'arrêt était exécuté en effigie, et le portrait de Mirabeau était cloué à l'échafaud. Sophie, réputée moins criminelle, était déchue de ses titres de fille et d'épouse et condamnée à une réclusion perpétuelle dans une maison de flUes infiSlmes. Les deux coupables
LES CONSTITUANTS. i^
oublièrent ces vains supplices par contumace dans !e 8ein d'un eiil qu'ils croyaienl sûr.
Mais le marquis de Mirabeau obtenait de la cour de Londres de réclanrier de la Hollande Tcxtradilion de Mimbeau. Il descendait de sa hauteur pour assouvir m vengeancet se concertait avec de vils agents de la police secrète pour découmr par eui la trace de Mirabeau et de Sophie et pour les enlever par trahison* Ce père rruel rougissait hu-môme de ces manœuvres qui humiliaient le ?King de sa race dans st^ veines. « Ces gens- » là, » écrivait-il au bailli son frère, « usent, corrodent >* et brûlent le pavé même où ils marchent, ©l où je » me brûle moi-môme, moi qu'ils traînent aux gémo- » ni^ par les cheveux et par les viscères! «
La famille de Rufiey mettait à prix de son côté rarreslation d'une fille déshonorée.
Ces pièges des deux familles dressfe à Amsterdam par . des agents déguisés du gouvernement surprirent enfin les deux victimes. Ils furent trompés , alléeliés , saisis, conduits ensemble, sous la garde d'agents de la force publique, en France. Le marquis de Mirabeau triompha de leur désespoir et regretta de n'avoir pu sévir plus cnicllement, « J'aurais voulu qu'il fût possible de liïi vrer ce misérable aux Hollantlais, » écrit-il dans ses confidences iné*)ites au bailli de Mirabeau, «f pour l'en-
» voyer aux colonies d'où Ton ne sort plus. J'avais
» même intéressé les puissances au parti d'un exil aux
» grandes Indes : la réponse a été pourtant que cela ne
)> se pouvait pas pour de si jeunes gens non mariés. Je
» l'ai donc fait clore; ma conscience, que je sonde tous
» les jours devant Dieu sur ces gens-là, médisait qu'in-
» dépendammeut des c;*imes qu'il va semant comme la
» pailleau vent,sonsortseraitfmalementdesefaire rouer
» sous notre nom : et ce n'est pas pour subir cela que
» nos pères nous l'ont transmis avec ses avantages ; que
» bientôt il retomberait sur moi et sur les miens de tout
» le poids de son intrigue, de son fatal talent, de son
» âge, de ses mœurs, de sa scélératesse , de l'argent de
» ses dupes 1... Ainsi donc , pour celui-là mon plan est
» fortement arrêté : c'est que l'autorité seule et moi
» nous sachions où. il sera, et qu'à ma mort un billet
» cacheté l'apprenne à mon successeur. Crois-moi, mon
» frère, dans Babylone, Antioche et Paris, il n'y eut ja-
» mais que des pères méprisables qui pardonnèrent le
» mépris de la paternité. Et puisque le tribunal de fa-
» mille n'existe plus, il faut avoir recours, pour châtier
» les enfants criminels, au despotisme barbare des
» lettres de cachet. »
Puis, comme rougissant du contraste entre ses doctrines de philanthropie et ses pratiques de tyran-
nie^ « Quand on m'exaltait tant, n ajûule-l-il, <t on )j me fiûsait hausser les épaules; maLs quand on vou- >i droit nVhumilier, inon senliment intime résiste et )* contient en lui seul le poids de toute la colonne d'air » extérieur!... Je sais que je suis» h les en croire, le » Néron du siècle , que les femmes veulent me traiter 5J comme Orphée et les avocats comme Romulus; mais ïï que m'importe? Si j'étais sensible au loucher, il y a yy longtemps que je serais mort! Qu'importe qu'ils es- » sayent de me d(k;hirer dans ma cuirasse d'honneur » désormais trop dure et trop cicatrisée pour que de » pareils coups puissent m'atteindre ! Le public n'est « point mon juge , et tant que santé et volonté me du- )> reront, jeseraiRhadamante, puisque Dieu m'y a con- » damné. Au fait, je voulais gagner mon procès (contre » sa femme) : il est gagné. Je voulais faire enfermer ces n folles (sa femme et sa fille) : elles le sontl Je voulais )^ faire enfermer ce forcené : il l'^t f » Homme, ainsi que le lui disait plus tard son malheureux ûls, qui avait entrepris de gouverner tous ses enfants par la terreur, comme si c'était du sang d'esclave qui coulât dans leurs veines I
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Au moment où il exerçait ces sévices implacables sur tout ce qui l'entourait, TAmi des Hommes décrivait en style pastoral des fêles champêtres qu il donnait au peu-
pie de ses campagnes. - <c El ces gens-là paient Timpôl I » s'écriait-ii avec une pilié déclamatoire. Et l'on veut » encore leur ôler le sel 1 Et Ton appelle gouverner dé- » pouiller ce peuple ! Et Ton croit pouvoir affamer tou- » jours impunément ! Ahl ces pensées sont consolan- » tes pour celui qui a passé sa vie à prêcher la néces- )} site du soulagement des misérables! de lever la bar- » rière entre l'oppression et la révolte, de faire le » traité de paix entre la force et la faiblesse ! »
Sophie, arrachée à Amsterdam à Mirabeau, tenta de s'empoisonner pour échapper à une séparation qui lui semblait pire que la mort. On lui permit de revoir Mirabeau pour prévenir son suicide. On les ramena ensemble jusqu'aux portes de Paris.
Mirabeau fut jeté au donjon de Vincennes. Sophie, destinée à la prison infâme de Sainte-Pélagie, fut enfermée, par pilié pour l'enfant qu'elle portait dans son sein, dans une maison de force d'un faubourg de Paris. On changea les noms des deux prisonniers, on s'efforça de leur faire perdre l'un à l'autre toute trace de leur existence et de leur séjour. Mais la passion, plus ingénieuse que la police, avait trompé d'avance toutes ces précautions contre les correspondances. Les ministres mêmes de la rigueur des deux familles I attendris et corrompus par la pitié,
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furent les inslrumenls do ces relations entre les caplifs, « On m'a 6tè mon nom, n écrivait Sophie h son complice ; « je porte œlui de Sop!iie, nom que tu m'as tait ï> tant aimer. Nous sommes près de MénîImonlanL Mes » fenêtres ouvrent sur ce faubourg, mais personne n'a î> vue sur le dehors, La maison est affreuse ; nous som- V mes sept femmes dans la même chambre ; je ne pin's î? écrire que dans mon lit, derrière mm rideaux; encore » ai-jeà craindre que le plus léger froissement de pa- » pier ne l'L^vèle mon ocrnipalion; je trempe des clous n dans du vinaigre pour faire de la rouille et une encre » jaune; je ne vis que de Tispoir de les lettres. Je vois >ï des facilités pour m'échapper: les mur^ du jardin ne m sont pas si élevés que le mur que j'ai franchi pour te n rejoindre tn Suisse; mais, quand tout serait ouvert, » je ne partirais pas, car je ne pourrais voler jusqu'à » ton cachot ; et où irais-je sans loi? One je reçoive des » lettres et qu'on me mette aui fers 1 je baiserai mes >ï chaînes à ce prix. Ah! que nous aurions été heureux » d'expirer en nous disant adieu! Quel service nous }> rendrait celui qui retrancherait de nos vies le temps n que nous ne devons plus passer ensemble! Oui, il faut » que je songe souvent à la promesse que je t'ai faite et lï à Tenfant qui va natire de moi pour supporter mes » peinï^. Je les supporte, j*y résiste; je ne suis pas mant lade, je désirerais Être malade jusqu'il la mort si je >> vivais seulement pour moi. Peut-être saurai-je bien ï) me rendre ma Hberté, car, cnfln, il faut un terme à
y> tout. Tiens ! je te le dis, je le dis à nos bourreaux, » patience! je ne serai pas toujours condamnée à vî- » vrel... »
Sophie faisait allusion dans ces paroles au moment où elle aurait mis au monde le fruit du crime conçu dans Texil.
Ce moment approchait. On sépara Tenfant de sa mère, et madame de Monnier fut enfermée dans un couvent à Gien» pour y languir dans une plus décente captivité. Mirabeau, dont tout le monde, excepté le gouvernement et son père, ignorait la prison, attendrit de ses plaintes le cœur des administrateurs de la police, a Le régime du donjon est si atroce- » ment sévère, » écrivait-il à M. Lenoir et à M. Boucher, à la fois ses geôliers et ses consolateurs, <x qu'il » est impossible que je n'y périsse pas si j'y reste » plus longtemps. Aucune société , défense au portex> clefs qui nous sert de rester dans nos cachots au » delà du temps nécessaire pour nous apporter notre » nourriture, et de nous adresser la parole; une heure » de promenade sur vingt-quatre, le tête-à-tête de la » douleur; point de livres, point d'instrumrats de » travail manuel; toute distraction, toute consolation » arrachée avec la plus ingénieuse barbarie. Com- » prenez-vous qu'un homme jeune, qui a de rAme>
» puisse durer à un genre de vie où ses passions» ses » talents, ses pensée» ses lumières, ses sentiments w mêmes les plus louables tournent à sa perdition ? »
On lui apprend enfin la naissance de sa fille dans le cachot de madame de Monnier, mais on lui refuse la vue de cet enfant. « Je voudrais tout abîmer, i> feritil par une voie mystérieuse à la mère ; a je me révolte n contre Tunivers, Je voudrais, dans ces moments, » te faire un holocauste de tout ce qui n'est pas toi » et moi; mais bien différent de Jephté, j'en excep- >* terais ma fille, n
Ce fruit du désespoir ne vécut pas. Les première rigueurs du cachot de Mirabeau s'adoucirent, non par l'indulgence paternelle» mais par l'intérêt que ses lettres pleines de l'éloquence désespérée
tdu suppliant inspirèrent à M, Lenoir, l'administrateur de la police, et à M, Boucher, intenuédiaire entre le prisonnier et le gouvernement. On toléra les livres, le papier, l'étude, ta correspondance même avec Sophie, à Tinsu des deux familles.
Ces lettre, aussi multipliées que les heures et aussi infatigables que l'espérance, aussi brûlantes que les souvenirs , aussi déchirantes que le cri du supplicié sur i'échafaud , nourrirent de délire, pendant deux années de solitude, Vàme affamée du prisonnier.
Celte correspondance est le plus long cri de douleur, de passion, et quelquefois de génie, qui soit jamfl(is sorti du cœur d'un homme. La pudeur y manque souvent, parce que ces lettres sont destinées à être effacées aussitôt qu^écrites par les larmes brûlantes d'une autre captive comme lui, et à mourir ignorées entre le cœur qui les dicte et le cœur qui les inspire; mais le feu immatériel de la passion y transforme plus souvent l'impure ardeur des sens en foyer de l'âme. Depuis les lettres impérissable&d'Héloïse à Abeilard, l'amour n'avail pas fait une telle explosion dans la langue humaine. La contention obstinée d'une passion solitaire et contrariée qui s'efforce de percer les murs d'une prison et de se communiquer vivante • et brûlante par la parole à l'objet d'un amour qu'il ne pouvait plus atteindre que par l'imagination , devait faire inventer à un prisonnier doué de l'âme de Mirabeau des miracles de langage par des miracles de passion, et faire de lui le plus éloquent des hommes.
La solitude et la persécution sont presque toujours et tout à la fois le martyre et le berceau des grandes facultés intellectuelles. Elles centuplent les forces en les concentrant. L'homme, en se repliant sur lui-même par la nécessité de la réflexion dans les longues captivités, y puise une énergie de volonté capable de soulever ensuite un monde. La Révolution, qui avait besoin d'un athlète d'intelligence dans Mirabeau , le fortifiait dans les car
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chots de Viocennes. Sa pensée se vengeait de son isolement el de son inaction, en se répandant sur toute cliose religieuse, politique, morale, pour tout sonder et tout renouveler à son heure. Celait le Galilée de Vincennc^, méJiLanlp dans les inlerv^iUes de sa passion et de son supplice, la tninslortuatioo du sptéme politique des gouvernements.
Nais si la persécution lui donna des forces, il est im* possible de méconnaître qu'elle lui donna aui^i des vices, Lassé et vaincu par la solitude, il descendit à d*ignobles néchissements de caractère pour obtenir m liberté. 11 écrivit des livrt^ obscènes pour acheter de ce commerce infâme quelques soulagements à la misèrt de Sûpliie et à son dénuement. Il pr^La son éloquence anonyme à sa mère dans 1^ écrits judiciaires qu'elle publiait pour sa défense contre son père, sorte de parricide d'esprit qu'aucun ressen liment ne pouvaîl excuser et qu'il ne tenia pas d'eïcuser lui-même quand sa conscience reprit sa clarté,
11 s'abaissa vis-à-vis de ce père à des supplications el à des adulations ironiques qui menUient à ses senlimenlâ et à son honneur. Il négocia sans la par* lifdpalion de sa victime rabandon el la relégalion de Sophie, qui se sacrillail à lui au priî de sa lil>erté. Il ihUi les haines et le^ amours de S4>n père pour racheter
â08 RÉVOLUTION FRANÇAISE.
à de mauvais prix sa faveur. II sortit enfin, grâce à ces ignobles concessions de caractère et de cœur.
Trois ans de cachot l'avaient dompté, mais plus perverti qu^amélioré.
A peine hors des cachots, il eut à répondre de Taccusation capitale de rapt intentée contre lui par la famille de Monnier et à se faire réhabiliter de la peine de mort à laquelle le parlement de Besançon Tavait condamné.
Il menace alors la famille de RufTey et la famille de Monnier du bruit de son nom, de la puissance de son talent et du scandale de ses révélations; il finit par obtenir, à force de menaces, une transaction qui sauve sa tête, mais qui entache sa loyauté. Il y stipule cependant avant tout la liberté et Texistence indépendante de Sophie. Mais, tout cicatrisé encore des tortures de sa passion adultère, il veut contraindre, par un autre procès, sa propre femme outragée, tant il convoitait la fortune, à rentrer sous le toit^x)njugal et à reprendre son nom*
Il va plaider lui-même ce procès en Provence. Tantôt caressant, tantôt agressif, il consterne la famille de Marignan par ses poursuites juridique^, il s'emporte jusqu'à divulguer au monde les mystères de l'union domestique et à jeter sur sa femme l'ombre du déshonneur. Les tribunaux le condamnent et lui arrachent une épouse qu'il flétrit lui-même en la réclamant. Son père le rappelle et lui rend une paternité avare et condition-
Mlle, à !a charge de négocier le silence de sa mère el de se faire le publlcisto de ses théories éronomiques. Ses délies récrasenU les conséquences de ses faules le poursuivenlt la déconsidération s'attache à son nom; ses infidélités son oubli, les désordres de sa vie, lui enlèvent à la fin jusqu'à Testime el bientôt jusqu'à l'amour de Sophie.
M. de Moimier était mort. Sa mort avait rendu à Sophie !a liberté. Mais, poursuivie par l'éclat des scandales que Mirabeau avait déversés sur elle, el découragée de Texistence, Sophie éiait restée volontairement au couvent de Gien. Une petite maison atlenanle au monastère, qui avait élé sa prison ^ lui permettait de mre à la fois dans la société des religieuses qui l'avaient consolée, et dans la société restreinte du monde. Deux prêtres, habitués du couvent, avaient cherché à abuser de son infortune, et leur obsession brujanle avait laissé transpirer jusqu'à Mirabeau d'odieuses calomnies sur sa victime,
Depuiâ que Mirabeau était libre, sous la surveillance de son père, une entrevue mystérieuse, favorisée par une religieuse du couvent de Gien, l'avait réuni un moment à madame de Monnier pour une explication mu tuelle. Cette explication, en présence de la religieuse,
complice et témoin, avait été déchirante, pleine de re- I. 14
aïO RÉVOLUTION FRANÇAISE.
proches, d^accusations, de colères, de larmei , presque tragique.
Après cette entrevue» Mirabeau et Sophie ne s'étaient jamais revus. Toute correspondance avait cessé entre ces amants dont les soupirs avaient traversé autrefois les murs de Yincennes. Sophie, trompée et flétrie, n'aspirait qu'à la tombe. Son cœur cependant, mal éteint, se ralluma, au feu d'un amour plus constant et plus pur, pouî* un jeune gentilhomme des environs de Gien, M. de Poterat. Elle avait trouvé en lui le dévouement absolu qu'elle avait en vain attendu de Mirabeau. Un prochain mariage allait les unir quand la mort lui enleva son dernier ami. M. de Poterat expira dans ses bras. Tout ce qu'elle avait aimé dans le monde lui était ravi par ingratitude ou par la tombe. Sa vie, sans passé et sans avenir, n'était plus pour elle qu'un supplice. Son âme ardente, qui avait toutes les forces de la passion, n'avait pas celle de la résignation. Après avoir rendu les devoirs funèbres à son fiancé, elle congédia, sous de var gués prétextes, ses amies et ses serviteurs, brûla ses lettres, écrivit ses dernières volontés d'un esprit froid et d'une main ferme, et, s'enfermant dans une alcôve dont elle ferma hermétiquement les portes, elle alluma le charbon du suicide et expira en serrant dans ses mains le portrait de l'époux qu'elle avait perdu.
On la trouva morte et les deux pieds enchatnés aux piliers de son lit, comme si elle avait voulu se prému-> nir ainsi elle-même contre les irrésolutions ou les re^
LES CONSTITUANTS, fill
penlirs de l*agonie. Ainsi mouml celte femme inli'épide qui avait ressenti et inspiré la plus tragique passion du siècle, victime de son propre délire, victime surtout du délire, du génie et de ringralitude de Mirabeau.