‹ Histoire des constituants (volume 3)Chapitre 12 sur 20 · CUL · texte numérisé non relu

CUL

Le peuple, à cette éloquence lyrique et virile à la fois, senlit qu'il avait une voii digne de sa cause; la noblesse et le clergé rrémirenl et crurent imposer silence à cette voit en excluant par un arrêt Mirabeau des états, sous prélcxlc qu'il ne possédait que des lerres privilégiées mais non point de fief réel en Provence. Cet outrage le refoula plus avant dans le coeur du peuple. Il ne pouvait sutTire aux enthousiasmes qui Tassiégeaient, «t C*ejàtau point, » écrit-il i c^tte époque, tt que je ne puis travailler aux affaire publiques que la

» nuit. Vous savez le mol du cardinal de Retz : £e$plu$ » grands embarras d'tin chef de parti se trouvent dans son )) parti / » Les diatribes des partis opposés Tobsédaienl en proportion de sa popularité dans les communes. « On me compare dans des pamphlets à un chien » enragé. C'est une grande raison de m*élire, ai-je » répondu en riant au peuple, si je suis un chien en- » ragé, car le despotisme et les préjugés mourront de » mes morsures I Et bien des têtes se lèvent en mon » absence,» ajoute-t-il, «qui bientôt, si je suis élu, s'a- » baisseront devant moi. Étrange et triste destinée que » la mienne I » s'écriait-il encore ea se sentant écrasé sous ses gènes domestiques pendant qu'il soulevait un peuple, «étrange destinée que la mienne, d'être le mo- » teur d'une révolution, et toujours entre un fumier et » un palais I Mes affaires privées exigent que je fasse )) huit cents lieues en un mois. »

Il partit, il calma ses créanciers par des promesses, revint à temps pour suivre sa candidature. Les triomphes qu'il reçut à son retour à Marseille et sur toute la route de Provence furent des séditions , délires de l'espérance que le peuple enivré de son talent plaçait en lui. Le peuple sentait qu'il avait arraché une force aux nobles et qu'avec Mirabeau il avait conquis la victoire. Les officiers municipaux des villes qu'U traversait

LES CONSTITUANTS. SiS

accouraient au devant de lui comme au devant d*une puissance. Les populations entières jetaient des couronnes civiques sur ses pas et lui donnaient par anticipation les noms de libérateur du peuple et de père de la patrie,

aie vois, » disaîi41^ a comment les hommes sont ji devenus esclaves : la reconnaissance enthousiaste les » a prosternés sous la tyrannie. )î

On voulait dételer les chevaux et traîner sa voiture à bras d'hommes. Les canons retentissaient de colline en colline à son approche. Les musiques et les danses populaire se formaient au seuU de sa maison* Les nobles » indignés, se cachaient pour ne pas être témoins des ovations de celui qu*ils avaient proscrit de leur ordre et que la patrie adoptait. Les illuminations prolongeaient ces jours de fêles civiques.

« Haïssez Toppression autant que vous m'aimez , mes » amis, » disait-il en tombant dans les bras des multitudes, tt et vous ne serez plus opprimés. »

Les paysans se portaient en masse sous les fenêtres de sa femme, qui refusait de le voir, pour la supplier de se réunir à lui. Cest une trop belle race^ s'écriaientils, potir la laisser iéteindre dans notre Provence! Cent mille citoyens sortaient de Mantille et se portaient sur la roule d'Aix pour lui faire cortège dVine ville entière le jour où il venait y briguer les suffrage.

L'éclat de son entrée dans la capitale du Midi efTaçait les souvenirs des entrées royales. Une révolte ayant éclaté quelques jours après à Toccasion des subsistances, le commandant de Marseille, impuissant à la réprimer par la force , conjurait Mirabeau , absent, d'imposer sa souveraineté d'enthousiasme à la province. Son retour, sa voix, ses mesures à la fois conciliantes et fermes devenaient des lois vivantes et relevaient l'autorité vaincue. « Vous voyez que j*ai réussi *> avec un rare bonheur, » -écrivait-il à Paris. « L'aris- » tocratie, que j'ai sauvée, ne m'en hait que davani> tage. »

Vengé par le peuple de l'ostracisme de la noblesse, il fut élu député des communes aux états généraux. Malgré la haine de sa caste, qui voyait en lui un Coriolan de l'aristocratie, malgré le dédain des ministres, qui se souvenaient d'avoir eu en lui un stipendié de leurs intrigues, malgré la déconsidération que les égarements et les scandales de sa vie répandaient sur son nom, U eut dès le premier jour le pressentiment de sa puissance. Sa nature, disproportionnée par sa grandeur à tout ce qui le méprisait dans la cour, dans l'opinion, daas l'assemblée, lui prophétisait l'empire que tout le monde était disposé à lui refuser, mais qu'il élail plus décidé encore à conquérir.

Tel était rhomme nouveau qui venait de parler pour la première fois devant l'assemblée avec tant de prudence et tant de mesure. Mirabeau était trop supérieur de génie aux circonstances pour se contenter du rôle facile et banal de tribun d'une assemblée : il y prenait du premier mot le rôle de politique, d'inspirateur et d'homme d'Etat.

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