‹ Histoire des constituants (volume 3)Chapitre 15 sur 20 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

La consternation sortit avec les députés des communes de la salle du jeu de paume et i^^pandit le trouble, rhésilalion, la terreur jusque dans Marljr. L^

SM RÉVOLUTiON FRANÇAISE.

ministres, tremblant de frapper, honteux de fléchir, demandèrent au roi vingt-quatre heures de plus pour délibérer. Le roi fit connaître au président de l'Assemblée que la séance royale annoncée pour le lendemain n'aurait lieu que le mardi 23 juin. L'Assemblée, sans s'arrêter à cette communication du roi , résolut de se réunir, comme la veille, dans la salle du jeu de paume.

Arrivée aux portes, elle les trouva fermées. Le comte d'Artois , • par un subterfuge dédaigneux et puéril, avait loué la salle sous prétexte d'une partie de paume, opposant insolemment ainsi les plaisirs d'un prince à la réunion des représentants de la nation. L'Assemblée, sans s'émouvoir d'une puérilité trop au-dessous d'elle et du prince , erra quelque temps dans les rues de Versailles, cherchant un asile d'édifice en édifice, et finit par entrer dans l'église Saint- Louis, où elle reçut l'ordre du clergé, qui passait enfin aux communes.

Bailly, après le long applaudissement qui accueillit le clergé dans le sein du peuple, félicita les évèques. a Vous voyez , » leur dit-il , « la joie , vous x) entendez les acclamations que votre présence fait )» éclater. C'est l'amour de l'union et du bien pu- » blic qui les inspire. Vous sortez du sanctuaire, mes-

LES CONSTITDÂNTS.

» sieuis, pour vous réunir à celle Assemblée ûalîonale jï qui vous attendait avec tant d*impalience. La France >» bénira ce jour mémorable; elle inscrira vos noms » dans les fastes de la pairie, n

Le clergé s'associail ainsi à rinsurreclion morale des commoûes Ulégalemenl réunies contre les ordres du roi dans l'enceinte accidentelle où le tiers état avait élevé son droit contre les prétentions du trône.

Celle complicité des deux ordres les plus nombreux et les plus populaiœs de TÉtal el Tad jonction des quarante-sepl députés les plus illustres et les plus aimés de la noblesse, donnaient pour le lendemain une force d*irapunilé et une autorité invincible à cette majorité des étals généraux.

Le découragement et le désespoir étaient dans le cœur de la reine, des princes, des courtisans, des miniblres, et rincerlitude dans le cœur du roi. Mais la séance royale si solennellement annoncfe, les plans rédigés, les discours préparés ^ Tnltente universelle, la révolte des esprits montant d*heurc en lieure, le serment du jeu de paume, la réunion du clergé aux communes, la scission dans la noblessc% la désunion même dans les ministères, ne permettaient plus au roi de reculer sans avouer Fimpuissance nprfe avoir afliché l'audace. On passa la nuit au palais à reloucher, à modifier^ à tempérer les actes et les pa^ rôles de la séance royale.

M. Nccker, sous prétexte que ces plans n'étalent plus les siens et que ces paroles dénaturaient le coup d'État populaire dont il avait inspiré la première idée, se i*eniermait inaccessible dans ses appartements. Le roi espéra jusqu'au dernier moment que ce ministre se joindrait à son cortège et le couvrirait de sa présence devant son peuple. Il déploya pour se rendre à l'Assemblée toute la pompe civile et militaire de la royauté, comme pour intimider les députés et le peuple par un simulacre de force matérielle en proportion avec la force morale qu'il allait affronter. La cour entière était convoquée au ch&teau. Une armée nombreuse campée dans les jardins de Versailles appuyait la maison militaire rangée en bataille, précédait et suivait le cortège sur toute la route qu'il avait à parcourir.

Un silence morne accueillit partout son passage. La physionomie du peuple était une première protestation contre la violence que cette séance semblait augurer dans la pensée du roi. Les députés des communes au contraire étaient encouragés à la résistance par la complicité , par les regards et par les gestes des innombrables spectateurs accourus de Paris. Ils s'avançaient en silence, à pied, sous une pluie diluvienne qui attristait le ciel lui-même des sombres auspices de la journée.

Le roi et les niinisires, par une aiTeclailon de détlain traditionnelle dans le cérémonial des étals généraux, semblaient avoir voulu, dès le premier pas, suballerniser les représentants des commun^j devant los deui premiers ordres » et leur rappeler d*autant plus leur infériorité plébéienne qu'ils avaient aiTcclé plus d'omnipotence jusque-là* La porte d'honneur de la salle par laquelle le roi» la noblesse et ie clergé rlevoient entrer dans Tenceinte fut interdite par les ordras du grand matlredes cérémonies am députés du tiers élat. Les pieds dans la bine, la lôte sous lâ pluie, Bailly cl les députés des communes furent contraints de s'abriler, pour attendre le roi, sous un chantier en planches élevé par des ouvriers mercenaires ù cûLé de la salle de& états généraux. Un soulèvement d'indignation éclata à cet aspect dans la mullilude, et mille voix s'élevèrent pour signaler TaflTront fait au peuple dans ses représentants^ « Monsieur le président,») s'écria Mirabeau, a conduisez la nation au devant du » roi : elle y sera du moins à sa place. »

Bailly fit menacer le grand maître des cérémonies de se retirer avec les communes s'il persistait à les dégrader par une distinction humiliante et par une attente subalterne devant le peuple. Les port^ s'ouvrirent enfm. Les députés, encore frémissants de l'ouiragei se rangèrent pour attendre révénemcnt.

Le roi parut entouré des princes, des ministres , des grands officiers de la couronne. Tous les yeux cherchèrent M. Necker dans le cortège. Son absence, interprétée comme une protestation muette contre les desseins de la cour , imprima dès le premier coup d'œil dans les esprits un pressentiment de coup d*État. Toutes les physionomies s'assombrirent, tous les cœurs se prémunirent contre les explosions du sentiment que le respect et la tendresse encore subsistant pour le roi pouvaient surprendre à l'Assemblée. Le roi luimême, à qui la reine, ses frères et ses conseillers avaient recommandé d'afTermir son attitude , avait pris le visage d'un mattre qui veut être obéi. Il promena un regard assuré sur les députés, et d'un accent où le reproche se mêlait à la volonté, il lut le préambule de la déclaration royale *qu'il venait apporter à son peuple.

X\lX.

« Messieurs , je croyais avoir fait tout ce qui était » en mon pouvoir pour le bien de mes peuples, lors- » que j'avais pris la résolution de vous rassembler, » lorsque j'avais surmonté toutes les difficultés dont » votre convocation était entourée, lorsque j'étais allé.

LES CONSTITUANTS, m

» pour ainsi dire, au delà des vœux de la nalion, n en manifestant à l'avance ce que je voulais faire ïi pour son bonheur.

n II semblait que vous n'aviez qu'à finir mon oii- » vrage» et la nation attendait avec impatience le » moment où, par le conœurs des vues bienfaisanti^ » de son souverain et du zèle éclairé de ses reprén sentants t elle allait jouir des prospérités que celle » union devait lui procurer.

» L^ étals généraux sont ouverts depuis près de lï deux mois, et ils n*ont point pu encore s'entendre » sur les préliminaires de leurs opérations. Une par* )ï faite intelligence aurait dû naître du seul amour » de la patrie» et une funeste division jette Talarme h dans tous les esprits. Je veux le croire et j'aime

à le penser, les Français ne sont pas changés.

Mais pour éviter de faire à aucun de vous des re- » proches, je considère que le renouvellement des » étals généraux , après un si long terme, ragilalion H qui Ta précédé, le but de celte convocation si difn fièrent de celui qui rassemblait vos ancêtres , les w r^triclions dans les pouvoirs, et plusieurs autres cirn constances, ont dû nécessairement amener des oppo- I» sitions, des débats, des prétentions exagérées.

» Je dois au bien commun de mon royaume, je » dois u moi-même de faire cesser ces funestes dis> visions. C'est dans celte résolution, messieurs, que i> je vous rassemble de aouveau aulour de moi ; c*esl

)) comme le père commun de tous mes sujets, c'est » comme le défenseur des lois de mon royaume, que » je viens en retracer le véritable esprit et réprimer » les atteintes qui ont pu y être portées.

D Mais f messieurs » après avoir établi clairement y> les droits respectif des différents ordres « j'attends » du zèle pour la patrie des deux premiers ordres » » j'attends de leur attachement pour ma personne » i> j'attends de la connaissance qu'ils ont des maux x> urgents de l'Etat» que dans les affaires qui regar- » dent le bien général, ils seront les premiers à » proposer une réunion d'avis et de sentiments , n que je regarde comme nécessaires dans la crise » actuelle qui doit opérer le salut de l'Etat. )i

Un des secrétaires lit ensuite la déclaration suivante:

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