II. Les impositions nouvelles qui seront établies ou
les anciennes qui seront prorogées ne le seront que pour rintervalle qui devra s'écouler jusqu'à Tépoque de la tenue suivante des états généraux.
III. Les emprunts pouvant devenir Toccasion néces* saire d'un accroissement d'impôts, aucun n'aura lieu sans le consentement des états généraux» sous la condition» toutefois, qu'en cas de guerre ou d'autre danger national, le souverain aura la faculté d'emprunter sans délai jusqu'à la concurrence d'une somme de cent millions, car l'intention formelle du roi est de ne jamais mettre le salut de son empire sous la dépendance do personne.
lY. Les états généraux examineront avec soin la situation des finances, et ils demanderont tous les renseignements propres à les éclairer parfaitement.
V. Le tableau des revenus et des dépenses sera rendu public chaque année, dans une forme proposée par les états généraux et approuvée par Sa Majesté.
TI. Les sommes attribuée à chaque département seront déterminées d'une manière fixe et invariable, et le roi soumet à.cette règle générale les fonds mêmes qui sont destinés à l'entretien'de sa maison.
VII. Le roi veut que pour assurer cette fixité des diverses dépenses de l'Etat, il lui soit indiqué par les états généraux les dispositions propres à remplir ce but, et Sa Majesté les adoptera si elles s'accordent avec la dignité royale et la célérité indispensable du service public.
VIIL Les représentants d'une nation fidèle aux lois de rhonneur et de la probité ne donneront aucune atteinte à la foi publique, et le roi attend d'eux que la confiance des créanciers de l'Etat soit assurée et consolidée de la manière la plus authentique.
IX. Lorsque les dispositions formelles annoncées par le clergé et la noblesse, de renoncer à leurs privilèges pécuniaires, auront été réalisées par leurs délibérations, l'intention du roi est de les sanctionner, et qu'il n'existe plus dans le paiement des contributions pécuniaires aucune espèce de privilège et de distinction.
X. Le roi veut que pour consacrer une disposition si importante , le nom de taille soit aboli dans tout le royaume, et qu'on réunisse cet impôt, soit aux vingtièmes, soit à toute autre imposition territoriale, ou qu'il soit enfin remplacé de quelque manière, mais toujours d'après des proportions justes, égales, et sans distinction d'état, de rang et de naissance.
XL Le roi veut que le droit de franc-fief soit aboli du moment où les revenus et les dépenses fixes de l'État auront été mis dans une exacte balance.
Xn. Toutes les propriétés sans exception seront constamment respectées, et Sa Majesté comprend expressément sous le nom de propriétés les dîmes, cens, rentes, droits et devoirs féodaux et seigneuriaux, et généralement tous les droits et prérogatives, utiles ou honorifiques, attachés aux terres et aux fiefs ou appartenant aux personnes.
XIII. Les deux premiers ordres de l'État continueront à jouir de l'exemption des charges personnelles, mais le roi approuvera que les états généraux s'occupent des moyens de convertir ces sortes de charges en contributions pécuniaires, et qu'alors tous les ordres de l'État y soient assujettis également.
XIV. L'intention de Sa Majesté est de déterminer, d'après les états généraux, quels seront les emplois el les charges qui conserveront à l'avenir le privilège de donner et de transmettre la noblesse. Sa Majesté, néanmoins, selon le droit inhérent à sa couronne, accordera des lettres de noblesse à ses sujets qui, par des services rendus au roi et à l'État, se seraient montrés dignes de cette récompense.
XV. Le roi désirant assurer la liberté individuelle de tous les citoyens d'une manière solide et durable, invite les états généraux à chercher et à lui proposer les moyens les plus convenables de concilier l'abolition des ordres connus sous le nom de lettres de cachet avec le maintien de la sûreté publique, et avec les précautions nécessaires, soit pour ménager dans certains cas l'honneur des familles, soit pour réprimer avec célérité les commencements de sédition, soit pour garantir l'État des effets d'une intelligence criminelle avec les puissances étrangères.
XVI. Les états généraux examineront et feront connattre à Sa Majesté le moyen le plus convenable de concilier la liberté de la presse avec le res-
pect dû à la religion, aux mœurs et à Thonneur des citoyens.
XYII. II sera établi dans les diverses provinces ou généralités du royaume des états provinciaux composés de deux dixièmes de membres du clergé, dont une partie sera nécessairement choisie dans Tordre épiscopal; de trois dixièmes de membres de la noblesse et de cinq dixièmes de membres du tiers état.
XVIII. Les membres de ces états provinciaux seront librement élus par les ordres respectifs, et une mesure quelconque de propriété sera nécessaire pour être électeur ou éligible.
XIX. ' Les députés à ces états provinciaux délibéreront en commun sur toutes les affaires, suivant Tusage observé dans les assemblées provinciales que ces états remplaceront.
XX. Une commission intermédiaire, choisie par rps états, administrera les affaires de la province pendant l'intervalle d*une tenue à l'autre, et ces commissions intermédiaires, devenant seules responsables de leur gestion, auront pour délégués des personnes choisies uniquement par elles ou par les états provinciaux.
XXI. Les états généraux proposeront au roi leurs vues pour toutes les autres parties de l'organisation intérieure des états provinciaux et pour le choix des formes applicables à l'élection des membres de cette assemblée.
XXn. Indépendamment des objets d'administration
dont les assembléos provinoiales sont chargées^ le roi confiera aux états provinciaux radministration des hôpitaux, des prisons, des dépôts de mendicité, des enfants trouvés, l'inspection des dépenses, des villes, la surveillance sur l'entretien des forôts, sur la garde et la vente des bois, et sur d'autres objets qui pourraient être administrés plus utilement par les provinces.
XXni. Les contestations survenues dans les provinces où il existe d'anciens étals, et les réclamations élevées contre la constitution de ces assemblées, devront fixer l'attention des états généraux; ils feront connattre à Sa Majesté les dispositions de justice et de sagesse qu'il est convenable d'adopter pour établir un ordre fixe dans l'administration de ces mêmes provinces,
XXIV. Le roi invite les états généraux à s'occuper de la recherche des moyens propres à tirer le parti le plus avantageux des domaines qui sont dans ses mains , et de leur proposer également leurs vues sur ce qu'il peut y avoir de plus convenable à lidre relativement aux domaines engagés.
XXV. Les états généraux s'occuperont du projet conçu depuis longtemps par Sa Majesté de porter les douanes aux frontières du royaume , afin que la plus parfaite liberté règne dans la circulation intérieure des marchandises nationales ou étrangères.
XXVL Sa Majesté désire que les fôcheux effets de
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rimpôt sur le sel et rimportance de ce revenu soient discutés soigneusement, et que dans toutes les suppositions on propose, au moins, des moyens d*en adoucir la perception.
XXVII. Sa Majesté veut aussi qu'on examine attentivement les avantages et les inconvénients des droits d'aides et autres impôts, mais sans perdre de vue la nécessité absolue d'assurer une 'exacte balance entre les revenus et les dépenses de l'État.
XXVIIL Selon le vœu que le roi a manifesté par sa déclaration du 25 septembre dernier, Sa Majesté examinera, avec une sérieuse attention, les projets qui lui seront présentés relativement à l'administration de la justice et au moyen de perfectionner les lois civiles et criminelles.
XXIX. Le roi veut que les lois qu'il aura fait promulguer pendant la tenue et d'après l'avis ou selon le vœu des états généraux n'éprouvent pour leur enregistrement et pour leur exécution aucun retardement ni aucun obstacle dans toute l'étendue de son royaume.
XXX. Sa Majesté veut que l'usage de la corvée, pour la confection et l'entretien des chemins, soit actuellement et pour toujours aboli de son royaume.
XXXI. Le roi désire que l'abolition du droit de mainmorte, dont Sa Majesté a donné l'exemple dans ses domaines, soit étendue à toute la France, et qu'il lui soit proposé les moyens de pourvoir à l'indem-
nité qui pourrait être due aux seigneurs en possession de ce droit.
XXXII. Sa Majesté fera connaître incessamment aux états généraux les règlements dont elle s'occupe pour restreindre les capitaineries, et donner encore dans cette partie, qui tient de plus près à ses jouissances personnelles, un nouveau témoignage de son amour pour ses peuples.
XXXIII. Le roi invite les états généraux à considérer le tirage de la milice sous tous ses rapports, et à s'occuper des moyens de concilier ce qui est dû à la défense de l'État avec les adoucissements que Sa Majesté désire pouvoir procurer à ses sujets.
XXXIV. Le roi veut que toutes les dispositions d'ordre public et de bienfaisance envers ses peuples que Sa Majesté aura sanctionnées par son autorité pendant la présente tenue des états généraux, celles entre autres à la liberté personnelle, à l'égalité des contributions, à l'établissement des états provinciaux, ne puissent jamais être changées sans le consentement des trois ordres pris séparément. Sa Majesté les place à l'avance au rang des propriétés nationales, qu'elle veut mettre, comme toutes les autres propriétés, sous la garde la plus assurée.
XXiV. Sa Majesté, après avoir appelé les états généraux à s'occuper, de concert avec elle, des grands objets d'utilité publique et de tout ce qui peut contribuer au bonheur de son peuple, déclare, de la
manière la plus expresse, qu'elle veut conserver en son entier, et sans la moindre atteinte, l'institution (Je l'armée, ainsi que toute autorité, police et pouvoir sur le militaire, tels que les monarques français en ont constamment joui.
Le roi, avant de se retirer, prononce un troisième discours que nous transcrivons.
(( Vous venez, messieurs, d'entendre le résultat » de mes dispositions et de mes vœux : ils sont » conformes au vif désir que j'ai d'opérer le bien » public, et si, par une fatalité loin de ma pensée, ï> vous m'abandonniez dans une si belle entreprise, » seul je ferais le bien de mes peuples, seul je me conn sidérerais comme leur véritable représentant; et,' » connaissant vos cahiers, connaissant l'accord parfait » qui existe entre le vœu le plus général de la nation » et mes intentions bienfaisantes, j'aurais toute la con- » fiance que doit inspirer une si rare harmonie, et je » marcherais vers le but auquel je veux atteindre avec » tout le courage et la fermeté qu'i^doit m'inspirer.
» Réfléchissez, messieurs, qu'aucun de vos projets, )) aucune de vos dispositions, ne peuvent avoir force » de loi sans mon approbation spéciale. Ainsi je suis )> le garant naturel de vos droits respectifs, et tous » les ordres de l'Étal peuvent se reposer sur mon » équitable impartialité.
» Toute défiance de votre part serait une grande » injustice. C'est moi, jusqu'à présent, qui ai fait le
» boDheur de mes peuples, et il est rare peut-être D que l'unique ambition d'un souverain soit d'obtenir x> de ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter » ses bienfaits.
D Je vous ordonne, messieurs, de vous séparer tout » de suite et de vous rendre demain matin chacun » dans les chambres affectées à votre ordre, pour y » reprendre vos séances. J'ordonne, en conséquence, » au grand mattre des cérémonies de faire préparer les » salles. D
Après le départ du roi , presque tous les évoques, quelques curés et une grande partie de la noblesse se retirèrent par la même porte qui avait été ouverte pour la cour. 4
Les autres députés restèrent à leur place, étonnés, incertains de ce qu'ils devaient Cèdre. Ils se r^ardaient, attendant un avis qui terminât leur irrésolution. ' Mirabeau se leva.
a Messieurs I x> s'écria- 1- il, « j'avoue que ce que » vous venez d'entendre pourrait être le salut de » la patrie, si les présents du despotisme n'étaient » pas toujours dangereux. Quelle est cette insul- » tante dictature? L'appareil des armes, la violation » du temple national pour vous commander d'être >i hçureux! Qui vous fait ce commandement? Votre
x> mandataire! Qui vous donne des lois impérieuses? » Votre mandataire, lui qui doit les recevoir de nous, » messieurs, qui sommes revêtus d'un sacerdoce poli- » tique et inviolable; de nous, enfin, de qui seuls vingt- » cinq millions d'hommes attendent un bonheur cer- » tain, parce qu'il doit être consenti, donné et reçu >> par tous. Mais la liberté de vos délibérations est en- » chaînée. Une force militaire environne les étals I Où 3» sont les ennemis delà nation? Catilina est- il à nos » portes? Je demande qu'en vous couvrant de votre » dignité, de votre puissance législative, vous vous » renfermiez dans la religion de votre serment, et il ne » nous permet de nous séparer qu'après avoir fait la D constitution! »
Alors M. de Brézé s'avança vers l'Assemblée et prononça quelques mots d'une voLx basse et mal assurée. c< Plus haut ! » lui cria-t-on.
« Messieurs , » dit alors le grand maître des cérémonies, « vous avez entendu les ordres du roi. »
Mirabeau alors, « Oui, monsieur, nous avons en- » tendu les intentions qu'on a suggérées au roi; et ^ » vous qui ne sauriez être son organe auprès des » états généraux, vous qui n'avez ni place ni droit » de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappe- » 1er son discours. Cependant, pour éviter toute équi- » voque et tout délai, je déclare que si l'on vous a » chargé de nous faire sortir d'ici , vous devez de- X» mander des ordres pour employer la force, car
» nous ne quitterons nos places que par la puissance D des baïonnettes ! »
Ces paroles contenaient une révolution. Mirabeau, en les prononçant, sentait la France derrière lui. Un long silence laissa réfléchir TAssemblée sur leur signification.
Le président Bailly les adopta en se tournant à son tour vers le grand raatlre des cérémonies.
<c L'Assemblée a arrêté hier, » lui dit-il , « qu'elle » resterait séance tenante après la séance royale. Je » ne puis séparer l'Assemblée avant qu'elle en ait » délibéré elle-même, et qu'elle en ait délibéré li- » brement.
}» — Puis-je, monsieur, » demanda le grand maître, « porter cette réponse au roi?
» — Oui , monsieur, » répondit le président.
Un calme majestueux, signe plus menaçant de la force et de l'unanimité de l'Assemblée que de tumultueux murmures, avait accueilli les paroles et les déclarations du roi. On semblait éprouver plus de pitié que d'irritation contre cette démonstration suprême d'une autorité déjà évanouie. Aucune acclamation ne salua le prince à son départ. On attendit même, avec la bienséance de la dignité du peuple et de la dignité du roi, que le prince fût remonté dans ses voitures,
pour qu'il M fût pas témoin de la dérision de son autorité. En vain quelques membres du clergé et de la noblesse s'efforcèrent-ils de donner le signal et l'exemple de l'obéissance aux ordres du monarque en quittant avec bruit leurs places et en se retirant sur les pas de la cour. L'Assemblée en masse, immobile et muette, feignit de n'avoir pas même entendu la sommation des ministres. Le serment insurrectionnel du jeu de paume encore sur les lèvres défendait à ceux qui l'avaient prêté de se séparer tant que la constitution ne serait pas établie.
La déclaration royale, bien qu'elle renfermât la plus grande partie des réformes consenties par l'opinion publique, n'était pas une constitution. C'était une volonté personnelle du roi, volonté aussi arbitraire que son pouvoir, aussi précaire que sa vie, aussi révocable que sa pensée. Ce n'était pas pour assister muette et obéissante à une vaine déclaration des intentions du monarque et de ses ministres, que la nation, remuée depuis un demi-siècle dans toutes ses profondeurs et évoquée de toutes ses professions et de tous ses intérêts, avait envoyé l'élite de ses représentants à Versailles. C'était pour discuter avec elle-même et avec son roi les dogmes de sa régénération, pour entrer en possession inamissible des droits
qui parlaient si haut dans son cœur, et pour rapporter aux générations à venir une constitution nationale, pacte immuable du peuple et du roi.
La séparation des états généraux en trois ordres, mentionnée par le roi dans le premier article de sa déclaration, était le déni de cette unité et de cette éga* lité de la nation, première aspiration du patriotisme ot première passion de la France. Ce seul article devait foire rejetQr tous les autres, car il était la sanction de la division de Tordre religieux et féodal que le xviii® siècle avait pour mandat de détruire. Une pareille injonction rangeait le roi, révolutionnaire jusque-là, dans le parti de la contre -révolution. La convocation des étals généraux, commençant ainsi par la défense de se modifier eux-mêmes et réduits au rôle d'enregistrement des volontés de la cour, était une dérision de la couronne qui ne pouvait être répondue que par la re* traite ou par la révolte de la nation. M. Necker, en préparant un tel choc de prérogatives entre le roi et les états généraux , avait montré ou une impéritie bien profonde ou une bien criminelle insouciance de Tautorité du roi. Les ministres qui, en s'emparant de son projet de déclaration, l'avaient encore dénaturé en posant le roi non plus seulement comme arbitre, mais comme parti dans la lutte entre les privilégiés et la nation» avaient aggravé sa faute et compromis la couronne. Mais le plan môme non modifié de M. Necker ne pouvait pas avoir un meilleur résultat.
Les états généraux ne se seraient pas plus laissé déposséder par des caresses que par des menaces. Les rois abdiquent, les corps jamais I
Ces pensées bouillonnaient, depuis le départ du roi, dans les rangs de l'Assemblée nationale. Il fallait donc revenir sur le serment du jeu de paume et se retirer humiliés, frustrés et vaincus, ou avancer d'un pas de plus dans la révolte nationale. On se regardait comme pour s'assurer que la pensée de chacun était dans les yeux de tous. L'immobilité seule et même muette des députés sur leurs sièges, après l'ordre qu'ils avaient reçu de se dissoudre, était un premier défi à la royauté. Le marquis de Brézé , grand maître des cérémonies, chargé par le roi de faire évacuer la salle, vint provoquer timidement le dernier affront. Apprenant l'imperturbable attitude des communes, les ministres le chargèrent de réitérer formellement à l'Assemblée l'injonction du roi. Le marquis de Brézé rentra seul dans la salle, et, s'avançant avec embarras vers les députés, a Messieurs, » dit-il en balbutiant quelques paroles mal articulées, « vous avez entendu les intentions du » roi?... »
Bailly ne le laissa pas achever. « Oui, monsieur, d lui répondit-il, « et je vais consulter l'Assemblée D pour savoir ce qu'elle a à faire. » Le marquis de
Brézé parut vouloir insister sur son message. Mirabeau alors se levant» s*avançant de quelques pas, comme s'il eût été le champion du peuple, et couvant d'un geste prolecteur et impératif l'assemblée impas^ble derrière lui, « Oui, monsieur,» repritil d'une voix où le respect et le défi se confondaient dans le môme accent, «nous avons entendu » les intentions qu'on a suggérées au roi. »
Il appuya d'un ton et d'une physionomie ironique sur le mot suggérées ; puis relevant furieusement la tète , et foudroyant d'un regard le courtisan intimidé , « Et » vous, monsieur, » ajoula-l-il en renforçant sa voix jusqu'à la colère, « vous qui ne sauriez être son » organe auprès des étals généraux, vous qui n'a- » vez ici ni place, ni voix, ni titre pour nous rap- » peler son discours, allez dire à votre maître que » nous sommes ici par la volonté de la nation, et » que nous n'en sortirons que par la puissance des » baïonnettes I »
À ces mots, par lesquels Mirabeau amplifiait et fortifiait sa première apostrophe, l'Assemblée, se levant tout entière comme pour avouer son organe et pour affirmer sa résolution, confirma par des applaudissements, des acclamations et des gestes l'injonction de Mirabeau. Puis les députés s'assirent d'un mou-
vement rapide et uDanime, alleslant par cette attitude la conquête de leur salle et la ferme volonté de siéger malgré le roi.
Le grand maître des cérémonies se retira en saluant humblement l'Assemblée.
N'osant rien ordonner aux soldats qui remplissaient les abords de la salle, les ministres firent ordonner aux ouvriers du garde-meuble qui avaient dressé l'estrade d'entrer dans l'enceinte, de démeubler et de démolir à grand bruit l'amphithéâtre sur lequel ils avaient élevé le trône, afin de contraindre, par ce misérable subterfuge, les députés à évacuer leurs places. Mais dédaigneux de ce puéril outrage et inattentifs à ce tumulte aflecté, les députés restèrent à leur place et poursuivirent leur délibération. Les ouvriers, sensibles aux reproches qui leur étaient adressés par les spectateurs, s'arrêtèrent bientôt comme devant un sacrilège, et, se confondant avec le public, obéirent d'instinct au prestige de la majesté nationale , jetèrent leurs outils et écoutèrent avec respect les orateurs.
Le marquis de Brézé ne tarda pas à rejoindre le roi au château pour lui rendre compte du mépris que l'Assemblée nationale faisait de ses ordres. Le roi se promenait alors dans la galerie de Versailles avec ses
ministres et ses courtisans. L'heure sonnait enfin pour lui de venger ou d'abdiquer son autorité. II se fit répéter plusieurs fois le récit de la désobéissance des députés, sans répondre, comme si une distraction volontaire l'eût empêché d'entendre une chose légère et importune. A la fin, pressé de donner ses ordres sur ce mépris de son autorité ,
c( Ils veulent donc absolument rester dans la salle » et continuer leur délibération? » dit-il. « Eh bien! » qu'on les y laisse! » Puis, levant les épaules, geste trivial qui lui était familier, il affecta dé mépriser ce qu'il n'osait vaincre, parla d'autre chose, et poursuivit sa promenade à travers les groupes de ses conseillers.
Le silence du peuple pendant qu'il allait à la séance royale, les murmures de l'Assemblée pendant qu'il parlait, les visages plus séditieux encore que les vociférations au retour, la froideur des troupes, l'abâence surtout de M. Necker, qui semblait avoir emporté avec lui toute la faveur publique dont il couvrait autrefois son mattre, avaient déjà retourné l'esprit du roi. Il commençait à se repentir de l'acte de force que ses conseillers lui avaient fait entreprendre, avant de l'avoir achevé. Pressentant qu'il allait fléchir, il simulait l'indifiérence avec lui-même et avec sa cour afin de cacher sa faiblesse.
La reine, le comte d'Artois, le baron de Breteuil, les Polignac consternés se retirèrent dans leurs ap-
parlements intérieurs pour déplorer la sédition des communes, la complicité du peuple, la défection de Necker, la mollesse du roi. Tout leur espoir était maintenant dans les troupes. Us entourèrent le roi, ils relevèrent son courage, ils le décidèrent k changer son ministère et à faire appel à son armée contre son peuple.
Pendant ce^ agitations et ces conciliabules de la cour, l'Assemblée, abandonnée à elle-même, s'affermissait dans son attitude et consommait sa résistance aux ordres du roi. Après un de ces longs silences qui suivent toujours les grandes explosions, un député théoricien et dissertateur , Camus, prit la parole et démontra que les mandats de la nation à ses représentants leur donnaient non-seulement le droit, mais le devoir de persister dans leur œuvre. Il soutint que les ordres du roi en séance royale n imposaient pas l'obéissance aux sujets, mais que ces ordres n'étaient autre chose qu'un arrêt du conseil des ministres notifié aux états généraux, comme jadis aux parlements, et qu'on pouvait délibérer, protester ou décliner ces arrêts.
Bamave parla sur ce texte en avocat rompu aux arguties du barreau. Un député de Rennes, exercé aux révoltes parlementaires dans les agitations de sa province, Glezen, parla en factieux. « Que les aristocrates
)î triomphent un jour» » s'écria-t-il, « le roi sera y> bien lût éclairé. La grandeur du courroux égalera la jft grandeur des circonslances. Un coup d'aulorilé ne » peut flous effrayer. Nous saurons mouriri »
Des noms prononcés pour la première fois dans la bouche du peuple > Pétion, Buzol, Garât, Grégoire, se signalèrent par des motions énergiques.
Sieyès . demanda à ses collègues s'ils étaient des mandataires du roi ou des mandataires de la nation» et s*il y en avait un seul p^rmi eux qui consenttt k retourner vers ses commettants et à leur dire : u J'ai » eu peur!,.. »
« Nous avons juré, » ajoulu-t-it, « de rétablir le >» peuple français dans ses droits. Notre œuvre est-elle >ï acwmplie? Est-elle même ébauchée? La nation nous » a-i-elle crié : C'est assez! Nous a-t-elle révoqué nos n mandats? — Non, non! » lui répondil-on de toutes parts. « Eh bien! marchons! » reprit-iK « NoiiÂsmnmes y> aujùurd*hm ce que nous élîom hier! w
Cet axiome courut de bouche en bouche et devint le proverbe de la résistance* Mirabeau , qui voulait caractériser la souveraineté du peuple dans la personne des députés dehors de la salle comme il l'avait proclamée dedans, demanda que les députés fussent déclarés inviolables. Un décret énergique, portant des peines capitales et infamantes contre tout individu ou tout pouvoir qui attenterait à la personne d*un député» fut voté à sa voir par cinq cents voii
contre une imperceptible minorité. Ce même décret investissait TAssemblée du droit de rechercher et de frapper les traîtres ou les infâmes qui prêteraient leurs armes ou leur ministère à* ces attentats.
Une rérolution toute entière s'était accompUe en une séance. Dépouillé de la puissance législative au commencement, désobéi et défié au milieu, désarmé du pouvoir exécutif à la fin, le roi n'existait plus comme roi à la clôture de la séance. Le peuple, innombrable et tumultueux autour des murs de la salle des états généraux, répondait par ses acclamations à l'écho des motions, des discours et des votes qui transpiraient de l'enceinte dans la foule. Les députés» en se séparant avec la promesse de se réunir le lendemain, tombèrent dans les bras de la nation qui les avouait et dont la voix se feisait entendre jusque dans l'intârieur du palais.
Ces mêmes voix appelaient à grands cris l'idole populaire, M. Necker. Son absence, remarquée par la foule et interprétée par les agitateurs, faisait craindre au peuple qu'on n'eût écarté du ministère le promoteur des réformes et le précurseur de la révolution^ On voulait le voir, on voulait l'entendre, on voulait le reconquérir ou le venger. On voulait surtout punir par des acclamations triomphales le roi et la reine de leur
lenlalive avortée, en exallant jusqu'aux nues le nom de rhomme que l'opinion leur imposait comme le tuteur de la couronne.
Le respect habituel pour la demeure royale s'évanouit devant le délire de la multitude. Elle s'engouffra, malgré les consignes des gardes suisses et des gardes-françaises, par les grilles ouvertes dans les vastes cours du palais, invoquant à grands cris son sauveur, son père, son idole, M. Necker, et faisant trembler et pftlir de ses vociférations frénétiques les cœurs du roi et de la reine, et le visage des courtisans. Cette foule et ces cris , sédition de l'amour et de l'enthousiasme pour un ministre imposé au roi dont on réclamait seulement la présenc^^e , n'étaient ni assez menaçants ni assez criminels pour être réprimés : ils étaient trop unanimes et trop fanatiques pour être méprisés. Le roi et la reine les comprirent comme une sommation du peuple qui fit rentrer pour un momfent dans leur cœur les résolutions de force adoptées le matin contre le ministre tout-puissant. Ils firent appeler M. Necker, s'humilièrent devant lui et le conjurèrent de reprendre sa démission, qu'il avait envoyée le matin au roi. Frappés d'impuissance sans lui devant l'Assemblée, assaillis aux portes de leur palais par un peuple qui élevait le nom de Necker jusqu'au ciel, ils sentirent que ce nom était leur refuge et qu'il (allait subir encore quelques jours son odieux ascendant.
M. Necker aimait le roi comme on aime l'empire qu'on exerce sur une âme faible. Il régnait à deux titres sous son nom , sur la cour par l'autorité dans le peuple, sur le peuple par son autorité à la cour. Combinée et perpétuée dans sa personne , cette double puissance était toute sa politique et tout son orgueil. Aussi enivré d'illusions que la multitude qui vociférait encore son nom, Necker se flattait de se maintenir ainsi souverain et immuable arbitre entre une royauté et une nation qu'il avait placées face à face , prêtes à se combattre , et qu'aucune puissance humaine n'était plus capable de séparer. Plein de vanité, mais non de crimes, Necker n'était point factieux, ou plutôt il était sa propre faction à luimême. Son immense personnalité lui semblait suffisante pour parer à tous les dangers et pour combler tous les abîmes. A peine commençait-il à s'apercevoir des périls où son imprévoyance et sa témérité avaient engagé son mattre. Mais sa confiance dans ses forces ne lui laissait voir dans la situation que la gloire certaine d'en triompher. Habitué depuis douze ans à faire croire à son génie par l'habile man^e de ses adulateurs, il avait fini par y croire plus qu'eux. Dupe de sa propre importance, à force de fasciner l'opinion, il s'était fasciné lui-même. Rien ne
lui paraissait au-dessus de sa mesure et de sa destinée.
Il venait d'échapper cependant à une première et rude déception de son omnipotence en échappant à cette séance royale qu'il avait follement imaginée comme un subterfuge tardif indigne à la fois du trône et de la nation. Les altérations que les conseillers occultes de la reine et du roi avaient fait subir à son plan lui avaient fourni un prétexte légitime d'absence. La responsabilité de cette fausse et faible mesure ne tombait pas sur lui aux yeux de l'opinion. Son bonheur était plus grand que son mérite.* Ses ennemis dans les conseils du roi étaient confondus; le roi lui-même paraissait puni d'avoir écouté une fois d'autres avis; la reine était humiliée, les princes consternés; le peuple, qui croyait Necker entièrement étranger à la pensée d'une séance royale, exaltait son nom comme un palladium de la royauté et de la nation. Satisfait , enorgueilli , vengé, attendri, supplié par le roi et par la reine , il céda en vainqueur généreux aux instances de son maître, et reprit sa démission, qui n'était point encore publique.
Le bruit s'en répandit dans la foule. Soit orgueil de jouir de plus près de son triomphe, soit
empressement de dissiper la multitude attroupée sous les fenêtres du roi en l'entraînant à sa suite hors des cours, M. Necker, qui pouvait se rendre des appartements royaux au ministère des finances par des galeries' intérieures, descendit dans la cour de Marbre, tomba dans les bras de la foule, y savoura une longue émeute d'amour, et fut porté ou reconduit en triomphe sous les yeux du roi jusqu*à sa demeure, aux cris de Vive Tami et le père du peuple!
Ainsi, le même jour qui venait de voir l'abaissement du prince vit l'élévation du ministre, phénomène constamment renouvelé pendant l'administration équivoque de ce favori de la multitude, et qui démontrait une fois de plus à Louis XYI que M. I^ecker, dans son conseil, était moins le mimstre du roi que le ministre de la popularité.
Le mot de Mirabeau, le cri de la multitude, l'ovation de Necker, la consternation de la reine, la rétractation du foi, le mépris de l'Assemblée pour les ordres de la cour, avaient aboli le soir même l'autorité et jusqu'au souvenir de cette ombre de coup d'État. La séance et les déclarations restèrent comme des ruines de la royauté» que nul ne tenta de relever. L'Assemblée entra de plain pied dans sa carrière.
Le clergé avait participé, comme nous ravons tu, h la révolte des communes. La noblesse, qui hésitait encore, vit le lendemain une imposante minorité se détacher d*elle et passer aux communes à la suite du duc d'Orléans. Soit excès de bonheur dans Tûme dé ce prince à la première humiliation qui le vengeait de la cour, soit émotion de trouble au premier pas décisif qu'il faisait ainsi dans la voie des factions, soit déiaillance d'un corps qui n'avait pas l'audace de son âme, ce prince s'évanouit en entrant dans la salle des états généraux. En le dépouillant de ses vêtements pour lui faire reprendre l'usage de ses sens» on le trouva cuirassé, sous ses habits, contre les poignards, qu'il redoutait sans doute, du parti qu'il abandonnait pour passer dans celui du peuple.
Les nobles qui persistaient encore dans leur isolement conjuraient le roi de s'en fier à leur épée et de ne pas ratifier par un consentement tacite la*confusion des ordres et l'omnipotence des communes. Mais M. Necker, emporté par le mouvement qu'il avait tenté de contenir, ne voyait déjà plus de salut qu'à le suivre! Il persuada au roi de conseiller ce qu'il ne pouvait empêcher, et de résister aux vaines instigations de la noblesse. En vain le duc de Luxembourg, président de cet ordre, supplia le prince de ne pas
ordonner la réunion et de se réserver dans sa noblesse un contre-poids et une résistance aux empiétements des deux autres ordres réunis.
« Non ,ï) lui répondit le roi, « je ne veux pas laisser » ma fidèle noblesse aflronter seule ime lutte trop » inhale. J'abandonne avec joie ma propte préro- )) gative pour épargner une goutte de sang. Imitez )) votre roi. Je ne veux pas qu'un seul homme pé- )j risse pour ma querelle. Comme gentilhomme, je ï> prie la noblesse de se confondre avec les autres dé- » pûtes; comme roi, je le veux! »
L'ordre du roi et l'évidence d'une cause perdue accomplirent la fusion des trois ordres dans la même salle. Les émotions du peuple de Versailles, qui poursuivait de ses clameurs et de ses menaces ceux des nobles et des ecclésiastiques qui étaient signalés comme fauteurs de la résistance à ses volontés, commandaient plus impérieusement que le roi. L'archevêque de Paris échappa deux fois à peine aux derniers outrages en se réfugiant dans l'élise Saint-Louis. On n'osait montrer une épée*à la multitude, de peur d'exalter encore sa passion. L'indiscipline des tix)upes chargées de la tranquillité de Paris allait bientôt enlever au roi sa dernière force.
Une commotion électrique semblait associer la ca«
pitale à toutes les agitations de Versailles depuis la journée du 23 juin. Les électeurs de Paris, qui s'étaient constitués de leur propre mouvement en souveraineté délibérante permanente et active, sous prétexte de leurs fonctions, nommèrent des commissaires pour aller porter à Versailles, le 26 juin, des vœux, des encouragements aux communes.
Le même jour, le club du café de Foy au Palais* Royal fit signer à trois mille mains une adresse à TAssemblée pour la féliciter de son triomphe et pour la rassurer, au nom de Paris, contre les tentatives du despotisme.
Les gardes françaises, corps privilégié de trois mille six cents hommes, qui composaient exclusivement la garnison de la capitale, s'agitaient, dans leur oisiveté, des contagions populaires qu'elles étaient chargées de contenir. Aucune consigne ne peut arrêter la passion dominante d'un peuple aux portes des casernes au commencement d'une révolution. Les soldats s'imprègnent des séditions qu'on leur fait réprimer. Le seul moyen de conserver une armée fidèle pendant la fermentation civile, c'est de la consigner dans les camps.
Les gardes françaises, troupe d'élite, plus accoutumée que les autres corps au contact de la population, mais aussi plus incorporée avec elle, venaient
de perdre le maréchal de Biron, aimé et vénéré du soldat. Leur nouveau chef, le duc de Duchàtelet, n'avait pas le même empire sur son armée. Les officiers, presque tous hommes de cour, ne voyaient leurs soldats que les jours de parade. Les sous-ofBciers commandaient en leur absence. Rien n'était épargné par les factions populaires et par les agitateurs du parti du duc d'Orléans pour embaucher ce corps. L'or, le vin, les prostituées, les pamphlets incendiaires pénétraient dans leur caserne, où le duc Duchàtelet les tenait consignés depuis le 20 juin. Dans la soirée du 25, ils violèrent tumultueusement leur consigne, franchirent leurs grilles en groupes nombreux, et associant leurs sous-officiers à leur indiscipline, ils se répandirent dans les jardins du Palais-Royal, comme pour fraterniser avec le peuple dans ce foyer des agitations de Paris.
Accueillis par la foule, à laquelle leur défection as* surait d'avance l'impunité, ils répétèrent avec l'accenl de la révolte : Vive la nation! vivent les communes! vive t Assemblée nationale! et retournèrent dans leur caserne ivres de caresses et de sédition. Des clubs militaires se formèrent dans leurs compagnies. Les affiliés, presque aussi nombreux que les soldats, y prêtèrent le serment dexdésobéir à tout ordre de leur chei
qui commandepait de tourner leurs armes contre la nation. Ces insubordinations soldatesques, ces promenades militaires au Palais-Royal et ces orgies publiques qui embauchaient d*heure en heure les soldats, découragèrent le roi, la reine et les princes de la confiance qu'ils fondaient encore sur ce corps jadis redouté du peuple.
On conseilla au roi d'abandonner Paris à lui-même et de faire avancer sans bruit sur Versailles une armée intacte , composée surtout de troupes étrangères, Suisses et Allemands, plus inaccessibles, par la différence de langue et de mœurs, aux opinions et aux embauchages de la- capitale, et d'en donner le commandement au maréchal de Broglie.
Le maréchal de Broglie, vieux débris de la guerre de sept aiis, était, après la longue paix des deux derniers règnes, le seul nom qui rappelât la gloire et qui imposât du respect aux troupes. Mais plus propre aux manœuvres et aux combats d'une invasion en pays ennemi qu'aux mesures et aux ménagements d'une campagne civile, il donna à son état- major, à Versailles, l'apparence, l'activité et l'attitude irritante d'une armée en face de l'ennemi.
Lès généraux qu'il avait sous ses ordres lui représentèrent en vain qu'une capitale de huit cent mille âmes, où fermentait la pensée d'une nation ombrageuse , ne pouvait pas être abordée comme une armée de Prussiens, et qu'un roi qui voulait pacifier plutôt que
vaincre son peuple devait déployer une force imposante et défensive au lieu d*une force menaçante et provocante entre lui et sa capitale. Le vieux maréchal, habitué à combattre plus qu'à négocier, fit approcher par toutes les roules les r^imens d'artillerie, d'infenterie et de cavalerie dont les chefs lui répondaient avec le plus d'assurance. Il manœuvra bientôt avec une armée de vingt-six mille hommes sur Versailles et sur Paris. La confiance qu'il avait dans ses troupes se communiqua au roi et à ses conseillers intimes. Le blocus de Paris , le renvoi de Necker , la dissolution de l'Assemblée nationale et le rétablissement de la constitution - menacée furent franchement délibérés dans les conseils du château. Le baron de Bezenval, officier général étranger qui commandait à la fois les Suisses et la ville de Paris, conserva le commandement de l'avant-garde. Le maréchal de Broglie, dont le quartier général était au château de Versailles, avait fait un camp des jardins et des villages d'alentour. Un régiment occupait l'Orangerie. Les mouvements rapides des troupes , les conseils de guerre , les aides de camp galppant dans toutes les directions pour porter des ordres, les convois , les canons, les munitions, les ordres du jour, les plans de bataille, tout semblait calculé par le maréchal pour imprimer le soupçon à l'Assemblée, la terreur à la capitale. La cour et la nation se regardaient face à face, une armée suspecte entre deux.
• Une lettre insultante du maréchal de Broglie au prince de Condé, colportée dans Versailles et dans Paris et commentée par Tindignation populaire, accroissait rirritation des esprits.
« Avec cinquante mille hommes, » faisait-on dire au maréchal, « je dissiperais tous ces discoureurs et » cette foule d'imbéciles qui les écoulent, les applau- I» dissent «et les encouragent; une salve de mes canons » aurait bientôt dissipé tous ces disserlateurs et re- » mis la puissance absolue qui s*éteint à la place de » cet esprit républicain qui se forme > »
Les protestations amères de la minorité de la noblesse contre la réunion des ordres , répandues dans Versailles, augmentaient encore la fermentation. On y voyait le manifeste de la cour préludant aux violences de Tarmée.
Tel était Tétat des esprits le 30 juin au soir, quand un jeune homme, montant sur un banc au milieu des groupes passionnés d'alarmes et de ressentiments qui encombraient le Palais-Royal, lut à haute voix une lettre des soldats des gardes françaises prisonniers à l'Abbaye, prison militaire de Paris. Ces soldats indisciplinés dénonçaient au peuple leur emprisonnement pour le crime de dévoûment à la nation.
« A l'Abbaye! » à l'Abbaye! s'écrie à l'instant la I. 20
306 RÉYOLUTiÔN FRANÇAISE.
foule. (K Courons délivrer ces victimes du despotisme» » coupables seulement d'avoir voulu épargner le sang » des citoyens I » |
La multitude» toute composée de la jeunesse lettrée, et élégante des cafés et des jardins» s'élance par toutes les issues» se grossit dans les rues des ouvriers robustes qui rentrent des ateliers de travail» les arme de fusils» d*outils et de barres de fer enlevées aux chantiers sur la route» entraîne tout ce qu'elle rencontre dans son courant» et se répandant au nombre de huit à dix mille hommes autour des murs de l'Abbaye» enfonce les portes» force les grilles» délivre les prisonniers» et veut les conduire en triomphe au Palais-Royal.
En vain un escadron de dragons et un escadron de hussards accourent au galop» le sabre nu» sur la colonne» pour lui enlever sa conquête. Le peuble s'ouvre» accueille les dragons et les hussards par des acclamations et des caresses» s'élance à la bride des chevaux» désarme les cavaliers par ses démonstrations inoffensives» leur montre leurs camarades délivrés des cachots par la fraternité du peuple, et les animant eux-mêmes contre les rigueurs de la discipline» fait des complices de ses ennemis.
Un vieux soldat renfermé pour quelquecrime militaire à l'Abbaye» depuis longues années» les jambes enflées par le poids de ses chaînes» et les yeux éblouis par la lumière, après la nuit de sa prison» était porté sur un brancard par la multitude au milieu des gardes-fran-
çaises délivrés. Ce prisonnier excitait par ses gestes et par ses exclamations de joie la compassion etTenthousiasme de la foule.
Arrivé au Palais-Royal, le peuple dressa des tables en plein air pour ses protégés et leur servit un repas triomphal. On disposa ensuite des lits dans la salle d*un théâtre populaire annexé au jardin, et on en fit uae caserne somptueuse pour les séditieux. Une illumination imposée aux rues voisines de l'Abbaye, et des promenades tumultueuses de soldats embauchés, du peuple embaucheur et des filles publiques, aux cris de Vive la nation I célébrèrent, une partie de la nuit, ce premier triomphe des factions sur la discipline.
Cependant les séditieux mêmes, encore timides, sentaient le besoin de se faire absoudre par un pardon forcé du roi et par une absolution imposée de l'Assemblée nationale. Une députation de la jeunesse du Palais- Royal se rendit le lendemain à Versailles pour prier les députés d'mtercéder auprès du roi en faveur des gardesfrançaises, L'Assemblée accepta sans hésiter ce rôle de médiation entre la révolte militaire et la clémence du roi. L'archevêque de Paris, M. de Juigné, pressé de racheter, par une intervention agréable à la multitude, l'impopularité dont il avait failli être la victime quelques jours avant, alla porter au roi les vœux d'in-
dulgence de l'Assemblée, le suppliant de n^employer, pour le rétablissement de la paix dans Paris, que les moyens infaillibles de douceur et de bonté naturels à son cœur, et de ne faire'appel qu*à la confiance méritée de son bon peuple.
Le roi, qui n'osait sévir, se contenta d'un simulacre d'obéissance. Il promit que le pardon suivrait immédiatement la réint^ation des soldats mutins à l'Abbaye. Us y rentrèrent un instant pour en ressortir, non pardonnes, mais triomphants le même jour. Le duc Duch&telet, leur commandant, donna sa démission; les troupes, encouragées par cette Impunité et sûres de l'appui de la bourgeoisie, s'ébranlèrent partout dans leurs garnisons, raisonnèrent l'obéissance, refusèrent de marcher contre les séditions, imposèrent des lois à leurs ofGciers, formèrent des clubs et des factions dans les casernes, et écrivirent à l'Assemblée nationale des adresses contre les oppressions de la discipline et contre l'iniquité des lois qui donnaient les grades par droit de naissance à l'aristocratie. Les r^ima[its suisses et allemands, et quelques régiments de cavalerie, se préservèrent seuls de la contagion générale. Le maréchal de Broglie s'étonna de ne plus reconnaître dans l'armée révolutionnée les soldats passifs de ses vieilles guerres. Il décida le roi avec d'autant plus d'instance à ne pas donner de temos à l'hésitation et à la défection de l'armée.
Mais déjà Paris devançait, par son allilude et ses runGieurs, les mesures que le rassemblement des troupes lui faisait entrevoir dans les desseins trop longtemps suspendus de la cour. Le club breton, qui avait pris ce. nom de la réunion des députés de Rennes envoyés à Paris pour protester contre la dissolution des parlements, se changeait en club national , d*où parlDiient la direction et l'exemple des mouvements d'opinion pour Paris, Versailles et les villes capitales de toutes les provinces. Les réunions nocturnes, les discussions, les motions, les correspondances, les affiliations y organisaient la propagande qui fit bientôt après la toutepuissance du club des Amis de la Constitution ou des Jacobins. C'étaient les états généraux des factions sans mandat et sans responsabilité se constituant à côté et à l'ombre de l'Assemblée nationale, pour l'inspirer et la dominer au nom de toutes les factions dominantes.
Ce club breton comptait déjà parmi ses membres Sieyès, Bamave, les Lameth, Chapelier, le duc d'Aiguillon, Lanjuinais, les uns brûlant d'un pur patriotisme, les autres altérés de popularité à tout prix, ceuxci transfuges de la cour, dévorés du besoin de vengeance, ceux-là fanatiques de liberté et d'égalité pures, mais tous décidés à ne rien respecter de l'ancien édifice monarchique, religieux et aristocratique, pour trouver
SOUS ses ruines les bases primitives d*une société régénérée.
Au-dessous de ces clubs politiques dont les délibé- . rations traçaient les grandes ligues de la révolution encore indécise, des clubs inférieurs, des réunions occultes, des pamphlétaires anonymes ou dont le nom éclatait pour la première fois dans le tumulte, soufflaient la panique, le soupçon, la vigilance, la colère, la fureur, la vengeance à la multitude. La séance liberticide du 23 juin, le renvoi prémédité des états généraux, l'emprisonnement ou le meurtre des députés, Texpulsion prochaine de M. Necker, la nomination encore cachée d'un ministère conspirateur, le rassemblement des troupes, le blocus de Paris, Taflamement de la capitale pour contraindre le peuple à vendre sa liberté pour du pain, les jactances du comte d'Artois , les vengeances supposées de la reine, les complaisances sanguinaires du roi se laissant asservir jusqu'au meurtre de son peuple par son assujettissement à sa cour, enfin l'imminence de l'envahissement de Baris par des soldats étrangers, instruments impassibles du carnage de la capitale, tels étaient les textes quotidiens de ces orateurs et de ces pan^phlets dans les théâtres , dans les cafés, dans les groupes du Palais-Royal.
Marat» dans des brochures qui se succédaient coup sur coup comme le tocsin de l'incendie, disait au peuple le 1®' juillet, avec cet accent de confidence efforcée qui lui donna depuis tant de crédit sur l'imagination populaire :
€ mes concitoyens ! observez la conduite des mi- » nistres pour régler la vôtre. Leur objet est la dis- » solution de notre Assemblée nationale, leur moyen » unique la guerre civile I Les ministres , les aristo- » crates soufflent la sédition ; ils vous environnent de D l'appareil formidable des soldats et des baïonnettes! n Pénétrez leurs projets incendiaires! Les misérables! )9 ils se rendent coupables d'un crime de plus en » faisant approcher de Paris, dans un moment où la » disette du pain devient* chaque jour plus alarmante, D soiiante mille bouches ennemies, qui, bravant la » détresse et l'inquiétude publiques, vont mettre à )» contribution votre subsistance, votre vie même!... » Laissez combler la mesure; le jour de la justice et » de la vengeance arrivera... Vous frémissez? Ce n'est » pas tout!... Ce bouleversement général provoque à n rinstant l'arrêt de mort de l'Assemblée nationale!... » Laissez donc, laissez s'entasser autour Be vos murs » indignés ces soldats, ces armes, ces munitions!...»
Ces feuilles toutes palpitantes de la panique et déjà
teintes du sang futur couraient de mains en mains et de bouche en bouche dans tous les lieux publics. Ceux mêmes qui n*y croyaient pas affectaient d'y croire, les classes riches et éclairées par opinion » le peuple ignorant par peur de la famine. L'insurrection morale était unanime alors dans Paris. L'Assemblée nationale élait depuis cinq ans l'espérance, le salut, le fanatisme de toute la nation. La défendre ou la venger des embûches de la cour, c'était se défendre et se venger soi-même. On n'entendait qu'une voix, on ne voyait qu'un geste, écarter les soldats, protéger l'Assemblée, désarmer la cour. On mêlait le sarcasme à la fureur pour exciter dans le peuple le rire du mépris contre les objets de l'indignation publique. On criait dans les rues les Lettres du comte d^ Artois et la Confession de madame de Polignac , calomnies immondes contre le parti des favoris de la reine. On simulait des jugements burlesques, préludes de jugements mortels contre les chefs de l'aristocratie , cités par leur nom au tribunal de la place publique. On y condamnait ii des supplices dérisoires le comte d'Artois, le prince de Condé, madame de Polignac, M. de Vaudreuil, le prince de la Trémouille, les Foulon, les Berthier, les d'Espréménil, les Maury, champions présumés de l'aristocratie et du clergé et complices des projets de la cour. On attachait leur effigie à des carcans sur le pont Neuf. On insultait , on menaçait , on huait dans les promenades publi-
ques les ieunes officiers de l*armée de Versailles qui osaient se montrer dans Paris. M. de Sombreuil et M. de Polignac n'échappèrent à la mort dans le Palais-Royal qu'en se couvrant de leur sabre.
La panique sur les subsistances associait le peuple indigent des ateliers et des faubourgs à la passion publique qui ameutait la bourgeoisie. L'approvisionnement de Paris pour le lendemain était tous les JDurs l'anxiété de la veille. On se levait avant le jour pour prendre place dans la rue à la porte des boulangers; chaque four était un foyer de perpétuelle et lamentable émeute de femmes implorant le pain du jour pour leurs enfants. Les ouvriers perdaient la moitié du travail et de leur salaire pour attendre l'aliment de leur vie. Le pain était aussi répugnant qu'il était rare et cher pour l'artisan; pétri de farines viciées et mélangées de substances malsaines, il soulevait de dégoût même la faim. Le contraste entre le pain de la capitale et le pain des troupes qu'on vendait hors de Paris excitait les murmures des foules. On accusait à haute voix le roi de la détresse et de l'empoisonnement du peuple. L'inaction de l'Assemblée, attribuée aux obstacles que la cour opposait à ses délibérations et à la terreur qu'on faisait peser sur les députés, tenait Paris dans cette fermentation tantôt
tumultueuse et tantôt muette qui précède toujours les grandes commotions.
Le roi semblait hésiter Ijii-même devant l'accomplissement des résolutions extrêmes mais tardives qu'on lui avait enfin inspirées. Cette immobilité menaçante était propre à porter l'Assemblée à d'autres extrémités. Elle avait derrière elle une capitale frémissante , devant elle une cour indécise et une armée incertaine; tout l'encourageait à l'audace. Une plus longue réserve allait la décréditer elle-même dans la nation.
Mirabeau , qui aspirait de plus haut l'électricité de l'opinion publique et dont l'âme et la voix étaient le plus propres à les concentrer en nuées et à les faire éclater en foudre, demanda la parole à la séance du 8 juillet. Son front consacré, aux yeux des tribuns, par l'apostrophe mémorable à M. de Brézé, couvait les ressentiments de tout un peuple. La révolution future portait déjà le nom du grand orateur; on s'attendait à un second signal de lui et on se disposait à le suivre.
« Messieurs, » dit-il après s'être excusé d'interrompre l'ordre des discussions secondaires, « le peu » de moments que j'ai eus pour rassembler mes idées » ne me permettra pas de leur donner tout le déve-
» loppement nécessaire; mais j*en dirai assez pour » éveiller votre attention. »
Puis rappelant les démarches de l'Assemblée près du roi, et les réponses bienveillantes du monarque, et la temporisation apportée par TAssemblée dans ses actes, et l'aggravation des anxiétés publiques, <k Cependant, » dit-il, « quelle a été la suite de nos déclarations et de nos » ménagements respectueux? Déjà un grand nombre de » troupes nous environnent, et il en arrive davantage, » il en arrive chaque jour ; elles accourent de toutes n parts ; trente-cinq mille hommes sont déjà répartis » entre Paris et Versailles; on en attend vingt mille; » des trains d'artillerie les suivent; des points sont » désignés pour les batteries; on s'assure de toutes » les communications, de tous les passages; nos che- » mins, nos ponts, nos promenades sont changés en » postes militaires; les préparatifs de la guerre, en » un mot, frappent tous les yeux et remplissent d'in- » digiiation tous les cœurs I... Ainsi ce n'était pas » assez que le sanctuaire de la liberté eût été souillé » ici par les soldats; ce n'était pas assez qu'on eât n donné en nous le spectacle inouï d'une assemblée » nationale astreinte à des consignes militaires et déy> libérant en face des armes : il a fallu déployer tout » l'appareil du despotisme, et montrer plus de soldats » menaçants à la nation, le jour où le roi lui-même » Ta convoquée pour lui demander des conseils et des » secours, qu'une invasion de l'ennemi n'en rencon-
» treraii peut-être et mille fois plus du moins qu*on » n'a pu en réunir pour secourir, dans les Hollandais, )) des alliés martyrs de leur fidélité à notre alliance!... » Puisque cependant c'est à des hommes libres que » le roi veut commander, il est temps de faire dis- » paraître ces formes odieuses, ces procédés insul- » tants, qui persuadent trop aisément à ceux dont » le prince est entouré que la maiesté royale coni> siste dans les procédés avilissants du mattre h Tcs- » clave!...
» Et pourquoi ces troupes? Jamais le peuple D n'a dû être plus calme, plus tranquille, plus con- )» fiant; tout lui annonce la fin de ses malheurs et la » régénération du royaume. Notre présence est la )> caution de la paix publique... De quel œil ce peuple, Y> assailli de tant de calamités, verra-t*il tant de sol- )> dats oisifs venir lui disputer les restes de sa sub- » sistance? Le contraste de l'abondance des uns (car y> le pain est l'abondance pour celui qui a faim) avec D l'indigence des autres, de la sécurité du soldat, à qui » la manne tombe sans qu'il ait jamais besoin de pen- D ser au lendemain , et des angoisses du peuple, qui » n'arrache rien qu'au prix de ses sueurs, ce con- » traste est fait pour porter le désespoir dans les » cœurs! Ajoutez, messieurs, que la présence des » troupes, frappant l'imagination de la multitude, » excite une effervescence universelle. Le peuple ému, » alarmé, attroupé, se livre à des mouvements tumul-
» tueux, et se précipite aveuglément dans le péril p par peur du péril...
» Quelle est Tépoque de la fermentation ? L'arrivée » des troupes I l'appareil de la séance royale!... Que » les conseillers de ces mesures désastreuses en ré- » pondent I... Qu'ils nous disent s'ils sont sûrs de con- » server la discipline et la concorde entre les troupes ji nationales et les troupes étrangères; s'ils sont sârs )» de réduire les soldats français à n'être que des au- » tomates séparés d'intérêts» de pensée, de sentiments » d'avec leurs concitoyens... Enfin, ont-ils prévu, les y^ cmseillers de ces mesures, les suites qu'elles peuvent » entraîner pour la sécurité même du trône? Ont-ils » étudié dans l'histoire de tous les peuples comment » les révolutions ont commencé, comment elles s'ac- )» complissent? Savent-ils avec quelle horreur ceux qui » auront allumé les flammes d'une sédition, d'une » révolte peut-être, je le dis en frémissant, mais je » dois le dire, seront maudits par la nation?... Mais, » messieurs, le temps presse, je me reproche chaque » moment que mes paroles pourraient enlever à vos » urgentes délibérations, et j'espère que ces consi- » dérations, plutôt indiquées que pressenties, mais » dont l'évidence est irrésistible, suffiront pour mo- » tiver la motion que j'ai à vous proposer. »