‹ Histoire des constituants (volume 3)Chapitre 2 sur 20 · VU · texte numérisé non relu

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Mais pour que Topiniôn» cette (bfce eiécutive de là philosophie du xvwfi siècle, devint tolonté et acquit réoergie nécessaire à Tébranlement du rieil édifice et à la construction des nouveaux plans, il ftdlait deuï autres conditions:

D'abord que Topinion devint passion;

Ensuite que le gouvernement offrit des occasions de renversement.

La jeunesse, Tinexpérience, les tâtonnements, les hésitations, les vertus mêmes d'un jeune roi inspiré tour k tour par une cour étourdie, par une épouse adorée mais futile, par des vieillards surannés ou par des aventuriers d'idées, ne tardèrent pas à faire naître les circonstances et les agitations.

Et quant aux pâmons, elles naissaient tout naturelle-* ment de l'antagonisme des intérêts et des vanités que là situation réciproque des classes de la société française allait placer face à face dans la première crise des institutions. Intérêt du roi, de s'affranchir du contrôle des parlements pour reconquérir un pouvoir paternel mais absolu sur ses peuples; intérêt de la noblesse des provinces, de déposséder la noblesse de cour, qui accaparait par la domesticité les faveurs royales et qui humiliait la noUesêe des camps; intérêt des parlements, de conserver la souveraineté de la justice héréditaire, de contrôler

i2 RÉVOLUTION FRANÇAISE.

la couronne dans Padministration des finances et de capter une popularité souvent factieuse en se présentant comme les vengeurs du peuple et les tuteurs des rois; intérêt du haut clergé, d'inspirer le roi, de posséder le sol, de gouverner les croyances, de garder le monopole des cultes et l'unité de foi; intérêt du clergé inférieur, de monter à son tour aux grandes dignités et aux grands émoluments de l'Église réservés aux déshérités de la noblesse, que ces richesses et ces dignités dépravaient quelquefois jusqu'aux scandales; intérêt de la noblesse en masse, de rester le premier corps de l'État, la caste exclusivement militaire du royaume, une nation dans la nation; intérêt des plébéiens riches, de saper ces privilèges de la noblesse, du clergé, des parlements, d'affranchir ses professions, ses terres, son commerce, ses rotures, et de s'élever par l'égalité au rang de citoyens; enfin, intérêt du peuple propriétaire ou prolétaire, de briser les servitudes et les exactions de la cour, de la noblesse, des parlements, des riches possesseurs de privilèges ou de tyrannies locales, et de n'avoir plus audessus d'eux qu'un chef, une loi, un roi.

Tels étaient les intérêts opposés et envenimés qui allaient par leur conflit direct et rapproché dans une assemblée nationale allumer l'opinion publique. Le droit, le privUége, la justice, l'injustice, la possession, la con-

LES CONSTITUANTS. i3

Yoitise, le besoin de conserver, la soif d'acquérir, Tenvie dans le peuple, l'orgueil dans Tarislocralie, la prédominance dans rÉglise, l'ambition dans le tiers état, Favidité dans la cour, le gémissement dans le peuple, la popularité dans les tribuns de tous ces intérêts en présence, donnaient à la philosophie révolutionnaire une armée de passions suffisantes pour niveler le vieux monde et pour faire place à une nouvelle génération d'idées.

Mais sur toutes ces passions intéressées ou perverses, il faut le dire à la gloire de la nation et de l'humanité, une grande et unanime passion prévalait dans les âmes comme dans toutes les conditions: c'était la passion du bien public. L'enthousiasme de l'avenir avait saisi la France et la précipitait, avec la joie et avec le désintéressement d'une vertu publique , dans le creuset en ébullition où elle allait se consumer en se régénérant, victime volontaire, calculant pour rien ses sacrifices, ses agitations, ses dangers, ses supplices mômes, pourvu que ces agitations, ces dangers, ces sacrifices profitassent après elle au triomphe de la raison , de la justice et de l'humanité I

Telle était l'opinion en France le jour de la convocation des états généraux. Nous dirons bientôt comment Louis XYI avait été amené à les convoquer.

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