Revue d'Anjou, t877, p. SOI
dits jurés seront tenus à "lui administrer sa réfection pour un repas seulement et lui donner 2 sols 6 deniers. »
Dans cette même ville d'Angers, les statuts des cordiers datent de 1445, ceux des tailleurs de 1485, ceux des tanneurs de 1487 \ ceux des apothicaires de 1619.
Dans le Maine, les plus anciens titres des métiers (tanneurs, fripiers, taverniers, poulaillers] sont des ordonnances de Philippe de Valois (1328-1350). Aux termes de ces ordonnances, nul ne peut lever métier au Mans sans la permission du voyer et du procureur du comte du Maine. Le nouveau maître doit avoir les connaissances nécessaires et prêter serment. Dans eliaque métier sont établis deux ou trois prud'hommes chargés de veiller à Texécutîon des statuts. Ceux-ci renferment diverses prescriptions contre la malfaçon. La plus curieuse est celle qui défend aux bouchers de vendre à leur porte de la viande si deux témoins n*affîrment avoir vu l'animal vivant. Comme à Paris, il est défendu aux marchands de s'entendre pour faire hausser le prix des denrées ou d'aller au-devant de ceux qui les apportent. Quelques métiers ne se constituèrent que cent ans plus tard (chaussetiers 1421, foulons 1476) *,
-A Laval, les métiers ne s'organisent qu'au XIV® siècle ; les pï^emiers artisans qui reçurent des statuts furent les sergetier-s; en 1396 les seigneurs de Laval nommèrent des jurés aux ^ïssiers ou fabricants de toile. Les statuts de ces métiers se distinguent, comme du reste ceux de la plupart des corpora-
*ïc>ns de l'Ouest, par une plus grande latitude laissée à l'initia-
t'Ve privée, par une moindre minutie dans les prescriptions.
apprentissage n'y est jamais long : trois ans chez les mar*
^ • Ordonnances des rois de France^ XX, p. 4. Cf. encore sur les communautés ■n^Q^{QQi( Cklk»tin Port, Inventaire analytique des archives delà ville d'Angers^ P' ^^ et sur les corporations dos bouchers d'Angers, Bulletin historique et ""*^**mental de l'Anjou par M. ob Soland. Angers, 1860, p. 45.
^* Consulter l'ouvrage do l'abbé Lochkt, intitulé Docutnents relatifs à l'histoire ^* r-orporatiotu d'arts et métiers du diocèse du MatiSy 1860, et « Les anciennes ^^"trnunautés d'arts et métiers du Mans » dans les Recherches historiques sur le *«•'«*, de Bkllke, 1875, in-8«.
chands quincaillers, épiciers et merciers (statuts de 1480), deux ans chez les lainiers \
A Chartres, les statuts des joueurs d'instruments, de 1407, et ceux des bouchers, de 1418, sont les plus anciens qui se soient conservés, mais les corporations existaient depuis longtemps dans cette ville : le règlement des pelletiers (1485) nous apprend en effet que ce métier a été de tout temps juré'; dans cette même ville les statuts des charrons datent de 1490 et ceux des cordonniers de 1507.
6<3 Section. — Corporations du Nord-Ouest
(Normandie)
Nous avons déjà retracé précédemment (liv. I, chap. III, p. 58) l'histoire des premières manifestations de la guilde rouennaise eh partie imitée, comme Ta dit fort justement M. Chéruel, de la corporation romaine, mais «ranimée par le génie des Scandinaves ». Aux siècles qui suivirent, les métiers tinrent une place importante dans les annales de Rouen: en 1280 le maire Durand Filleul donnait un règlement aux faiseurs de cour roies et aux fondeurs ; en 1299 le maire Le Loquetier promul guait les statuts des chaudronniers et des fondeurs; en 1309 Raoul Filleul réglementait la communauté des lilassiers Mentionnons encore les statuts des bouchers (1322), des cardeurs (1377) et des drapiers (1378). Ces chartes intéres santés à signaler comme autant de preuves de Timportance du mouvement corporatif ne sont d'ailleurs le plus souvent que la confirmation de statuts antérieurs ou la codification de coutumes encore non écrites '.
1. Bulletin de la Société de l'industrie de la Mayenne, 1853, article de M. LA B AU LU En K sur les anciens métier* do Laval.
2. Ordonnances des rois de France^ t. XIX, p. 933. Cf. aussi les Mémoires de U Société archéologique d* Eure-et-Loir, 1868, p. 107.
3. Les statuts dos drapiers {Ordonnances des rois de France, t. VI, p. 364) constatent que ces règlements étaient observés depuis si longtemps qu*il n^ • mémoire du contraire, mais n'avaient pas encore été rédigés. Snr les métiers de
Malgré Tactivité industrielle et la richesse de la ville de Rouen au Moyen Age, les statuts des métiers rouennais n'offrent que peu de dispositions originales. Citons seulement, en ce qui concerne l'apprentissage, Tart. 3 des statuts des chapeliers (1450) fixant au maître et à Tapprenti, lors de l'engagement de ce dernier, un temps d'épreuve de quinze jours, au cours duquel chacune des deux parties pouvait se dédire du contrat ; en ce qui concerne la maîtrise chez les orfèvres, la restriction du nombre des maîtres à cinquante; en ce qui concerne les jurés drapiers, le roulement qui le» appelle à exercer leurs fonctions par tiers et par semaine.
Les métiers^ ne paraissent pas avoir joué un grand rôle dans l'organisation municipale de Rouen où la constitution était très aristocratique : cent pairs choisis parmi les plus riches bourgeois et marchands formaient à la fois un corps électoral qui nommait le maire, les douze échevîns, les douze conseillers, et un conseil général qui contrôlait les actes du pouvoir exécutif ^ En mai 1278, des lettres patentes de Philippe III (Ordonn, des R, de Fr., I, 306), confirmaient les franchises municipales de la ville de Rouen.
A Caen et à Coutances, les métiers étaient également très anciens. Dans la première de ces deux villes, un abbé d'Ardennes donnait, dès 1253, des règlements aux couteliers*. A Coutances, dès 1318, les maçons recevaient de Tévêque des statuts qui, sans doute, n'étaient pas les premiers. Les ordonnances de 1581 et 1597 eurent pour conséquence la refonte de tous les règlements et l'octroi de statuts nouveaux (maçons 1581, menuisiers 1587, savetiers 1601, tisserands 1612). Les corporations de Coutances étaient au nombre de 21 ; chacune
Rouen, cf. encore dans le« Ordonnances des rois de France (II, 396; V, 73; VI, S73; VU, 632; VI II, 141, 303, 366, 597).
1. Consulter V Histoire de Rouen pendant l'époque communale (1150-1382), par M. Chkrukl. Roaen, 1843 ; Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, par M. Frkvillk, Parts, 18i7, et V Histoire des anciennes corporations d'arts et métiers de Rouen, par M. Ouin Lacroix, 1850, co dernier ouvrage, dépourvu do critiqua, mais renfermant divers documents intéressants.
2. Sur les métiers do Caen, cf. Ordonn. des rois de Fr., V, 105. *
d^elles envoyait des délégués au conseil local : la première par son importance, celle des maçons, députait trente membres à ce conseil \
Bien que la perte des titres crée le plus souvent un obstacle insurmontable aux recherches de l'érudition locale, les exemples qui précèdent permettent d*afiirmer Tantiquité des métiers dans la plupart des villes de Normandie. L'industrie de la fabrication des étoffes de laine, elle aussi, fut dès ses débuts, soumise à des règlements. Les drapiers de Lisieux reçurent dès 1435 des statuts dont le texte s*est perdu mais qui furent renouvelés et complétés en 1456, en 1482, en 1579, en 1597 ; les teinturiers de la même ville possédaient des statuts de 1482 *. Colbert devait encourager cette fabrication qui fut longtemps pour le pays une source abondante de richesses. Les drapiers de Montivilliers étaient organisés en communauté dès 1380 ; ceux d'Évreux dès 1404 et 1406, ceux des Andelys dès 1412. Dans cette dernière communauté, deux des quatre gardes étaient pris parmi les valets gagnant à la journée ^
6^ Section. — Corporations de TEst
(CHA-MPAGNE, LORRAINE, ALSACE j
C'est dans les provinces de l'Est de la France que prit naissance le grand mouvement d'aiTranchissement des communes qui demeure le fait capital de l'histoire du XIP siècle. La liberté municipale reconquise devait favoriser à son tour le mouvement corporatif qui en effet se manifeste de bonne heure dans ces contrées.
Champagne. — La ville de Châlons offre entré toutes le tableau d'une complète organisation corporative. Les métiers
1. Consulter les Mémoires de la Société académique du Cotentin, tome II, art. de M. Lamark et un article de M. Tardif, dans VAunuaire de la Manche, 1853.
3. notice historique sur la manufacture des étoffes de laine de Lisieux^ par M. DE FoRMKViLLK, 1848, in-8*.
3. Ordonnances des rois de France, IX, 170 ; X. 43. Sur les communautés h*vraîses consulter l'ouvrage de M. Alphonse Martin : Les anciennes communautés du Havre, 1880.
<le cette ville étaient divisés en six bannières dites : de la selle (selliers, peintres, verriers, etc.), des drapiers et tisserands, des féburiers (orfèvres, serruriers, maréchaux etc.), des cinq métiers (passementiers, couturiers, fripiers, courtepointiers, pelletiers boursiers, gantiers), des cordonniers, enfin des boulangers pâtissiers \ Ces corporations étaient fort anciennes : les statuts des drapiers rédigés en 1243 portent le titre de Nouvelles Ordonnances *.
Les artisans les plus riches les drapiers, étaient en lutte continuelle avec Tévèque et la municipalité. Ils obtinrent en 1259 du comte de Champagne la réduction en leur faveur du péage de la Marne, a La haute administration des métiers de » Châlons, dit M. de Barthélémy' était confiée à deux maîtres A esgardeurs et à des conseillers qui avaient sous leurs ordres » deux sergents, tous à la nomination de Tévéque. Aux esgar- » deurs appartenait le jugement de toutes pièces mal faites et » le droit de saisir toutes pièces soupçonnées pour les soumettre » à une expertise. Ce fut seulement au XV* siècle, quand le B pouvoir municipal eut remplacé celui de Tévéque pour Tadmi- » nistration locale que les maîtres esgardeurs furent élus par j> les membres du Conseil de ville. » Les boulangers avaient à leur tête un juré nommé par Tévéque pour faire les visites et connaître des délits. Ils élisaient en outre un maître particulier.
A Provins également, les drapiers occupent la première place ; dès 1230, une charte mentionne une de leurs acquisitions ; un peu plus tard, ils se font banquiers et prêtent de Fargent au prieur de Saint-Pierre de Bar-sur-Aube*.
1. Le* apothicairus épiciers no reçurent den statuts qu'en 1615. Cf. Revue d€ Champagne et de Brie, 1883, p. IM.