Ibid., p
3. Ces métiers étaient anciens. Le règlement des drapiers de 1361 porto que • de tout temps on a élu trois maîtres pour garder le métier ».
affranchis de la jundiction des grands officiers ne dépendaient plus alors que de leurs syndics, sous le contrôle des officiers royaux. Les statuts purement coutumiers jusqu'à cette époque furent rédigés à des dates différentes : (drapiers, 1359-61; tanneurs, 1345 et 1370; tisserands de toile, 1362; orfèvres, 1360)*. Les statuts des drapiers disposent que les maîtres élus par leurs confrères connaîtront de toutes les contestations et les jugeront de l'avis de tous les prud'hommes (art. 17). Ghex les tisserands de toile, un valet, appelé sergent, est adjoint au maître du métier et l'accompagne dans ses visites. Mais ce eorps d'état n'a pas, comme la draperie, une juridiction autonome ; les contraventions sont jugées par le bailli.
Les métiers jouèrent un grand rôle dans Thistoire politique et municipale de Troyes. En 1429, ils forcent la garnison bourguignonne à rendre la ville à l'armée de Jeanne d'Arc * ; en 1431, dans la crainte d'un j^etour offensif des Bourguignons, on confie la garde de la ville aux bouchers, tanneurs et cordonniers, dont l'attachement à la cause royale était connu'. L'âme toute française de la cité semblait vraiment habiter dans ces associations d'artisans.
Les métiers ne prirent tout d'abord aucune part directe dan» l'élection de la municipalité. Jusqu'en 1493, deux voyeurs nommés l'un par la collectivité des habitants, l'autre par le roi gouvernèrent la ville. De 1493 à 1536, un système nouveau fut adopté ; les trois états de la ville : bourgeois, drapiers et merciers élirent chacun six délégués ; les autres métiers chacun deux. Ces électeurs convoqués au son de la cloche nommaient les officiers municipaux. Cette constitution resta en vigueur un siècle et demi et ne disparut qu'avec les franchises municipales de la ville.
Lorraine, — L'histoire des corporations de Lorraine, province qui releva jusqu'au XVIII* siècle de l'Empire, est
1. Ordonnances des rois de FranvCf l. III, p. 410, 510, 589. — V. p. 185 ol 315. 9. Batiot, Histoire de Troj/cs, p. ^98. 9. Op. cit., p. 536.
St&t HISTOIRE DES CORPORATIONS DE METIERS
bien moins connue que celle des métiers de Champagne ; les plus anciennes chartes, celles des confréries de merciers ■de Nancy, et celle des maçons et charpentiers de Saint-Nicolas et Roziéres ne datent que de 1340. Ces confréries sont en réalité des métiers ; leur chef appelé roi est assisté de quatre élus et a charge de corriger ceux qui « auraient meffait en ce qui à leurs métiers appartenait » 11 faut arriver au siècle suivant pour rencontrer des statuts proprement dits qui paraissent bien avoir été les premiers S [taillandiers et couleliers de Nancy, 1442, — bouchers d'Kpinal, 1478, — drapiers de Saint-Mihiel, 1487) ; d'autres métiers, en grand nombre, ne furent réglementés qu'au XVI* siècle.
Les statuts des métiers lorrains sont en général animés <l'un esprit fort large : pas plus qu'en Bretagne, l'institution n'a ici de racines profondes et elle se limite d'elle-même. L'apprentissage est court : de 3 mois à 5 ans au plus. On T retrouve (tisserands de Lunéville), la coutume d'un délai d'épreuve préliminaire à l'engagement de l'apprenti et aussi de nombreuses dispositions charitables. Une clause qui mérite d'être signalée est celle qui limite la quantité d'ouvrage que peut faire en un jour un compagnon.
A la tête de chaque métier sont placés un maître et deux jurés élus, assistés d'un greffier et d'un sergent. Ces officiers jugent les différends, les malfaçons, etc. Leurs jugements défmitifs au début n'eurent plus force exécutoire que sauf appel à partir de 1605.
Les métiers de Metz ont droit à une mention spéciale dans l'histoire de l'industrie lorraine. Différente en cela des autres cités de la province, la ville de Metz, où les vieilles institutions romaines avaient laissé de profonds souvenirs et qui conserva jusqu'en 1553 une constitution républicaine, paraît avoir eu très anciennement, et en tout cas dès le XIII* siècle, des corpo-
1. Pour cortaiiiit métiers, le fait est môiiio hors de doute. Les statuts dat tailleurs d'habit (1594) coostatent ]>ar exemple qu'avant cette date ces artisans n'avaient ni maîtrise, ni confrérie.
stations ou hans dont les chefs élus étaient pris parmi les pO" .T'fiiges ou groupes de riches familles bourgeoises. Les chefis <les principaux métiers élisaient ensuite un chef suprême ou ^prand maître des métiers qui, assisté de dix assesseurs, était investi d'une juridiction sur les artisans de ces métiers. Les «autres hans élisaient séparément leurs chefs.
La démocratie des métiers de Metz soutint une vive lutte
•^vec Taristocratie des paraiges qui fit supprimer en 1336 la
^rharge de grand maître. On supprima même les métiers en
:S.382. Ils se reconstituèrent peu à peu par la suite, mais ne
Curent officiellement reconnus qu'en 1650 V
Alsace *. — Les origines de la guilde germanique et ses
<liverses manifestations (guilde de protection, guilde mar-
«.*hande, guilde d'artisans) ont déjà fait Tobjet d'une des parties
^e cette étude; on sait que la guilde d'artisans ne remonte
guère en Allemagne au-delà du XII^ siècle. Encore les guildes
d'artisans de cette époque sont-elles alors fort rares et les
statuts en sont-ils inconnus. A Strasbourg, les artisans de
plusieurs corps d'état paraissent avoir été inféodés à divers
personnages; les forgerons, les meuniers, les cordonniers,
dépendaient de Tévêque. Les autres artisans étaient enrégi-^
mentes dans des groupements assez mal définis, d'un caractère
surtout politique et dans lesquels prédominait l'influence
aristocratique; on appelait ces associations des Konstofcln,
11 faut arriver au XIII® siècle pour rencontrer des documents certains sur les corporations alsaciennes. Une ordonnance de 1217, qui édicté diverses prescriptions relatives aux tisse-
1. Consolter sur les métiers lorrains les Archives de Nancy, recueil de documents publiés par M. Lrpaqb en 1878, !•' vol., p. 207 ; — un article du même auteur dans le Congrès scientifique de France^ 17* session, t. II, p. 309 ; — Les vonununes de la Meurthe^ article publié dans les Mémoires de la Société d'archéologU lorraine, 1875 ; — enfin, VHistoire de Metz, par J. Worms, p. 130 et 292.
9. Bien que TAlsace ait été jusqu'au XVII* siècle terre d'empire et que la race et la langue alsaciennes soient d'origine germanique, il ne nous a pas parti possible de passer sous silence dans une Histoire des corporations de France les associations corporatives d'une province qui fut si longtemps française et que rattachent encore à notre pays de chers souvenirs et d'indcstructiblcR liens.
1S4 HISTOIRE DES (X)RPORATrONS DE MÉTIERS
rands peul-éire considérée comme le texte le plus ancien qui ail réglementé cette profession en Allemagne * ; un peu plus tard, en 1263 un accord fait mention de métiers dépendant de Tévêque et leur nomme un maître pour les diriger « der soll sie richten. » Ces progrès de Tidée corporative étaient favorisés par l'agglomération de nombreux ouvriers étrangers accourus à Strasbourg pour la construction de la cathédrale, et dont beaucoup étaient originaires de France où les métiers fonctionnaient déjà et venaient d'être solennellement reconnus par Tautorité royale.
Strasbourg fut le berceau de la puissante association des francs maçons [freimaurer]* qui allait rayonner sur toute l'Allemagne. En 1267, la loge de Strasbourg (^aM/iôrre) était reconnue comme le conseil suprême des autres loges d'Allemagne.
Le XIV* siècle allait voir s'accomplir une révolution qui consacra la victoire des métiers. Les nobles, jusque-là maîtres de la municipalité, durent céder la place aux métiers. Chaque Zunft ou groupe de métiers nomma son délégué au conseil de ville et c( l'anmeister* » bourgeois devint le chef de la municipalité. Vingt-cinq métiers étaient représentés au conseil; quelques-uns, tels que les bateliers et les marchands de h\é, paraissent avoir été érigés en maîtrises à la faveur de cette révolution. En 1363, les orfèvres, les bourreliers, les parclieminiers furent également rendus indépendants des a KonS' tofeln ».
Il ne faut cependant pas chercher avant 1400 une codification régulière des métiers strasbourgeois. « Dans Torage et la mêlée des événements, des luttes politiques et sociales, dit
1. « Es ist oin 8chcn>vicgcndcr Bcwcis ftir die Strassburgcr Wolhveberoi àt» •ic zucrst iind frflhnr al» in irgcnd ctncr anderon doiitschon ntadt stadtrechticb geordnct wurde. * (Schmoller, Geschichte der Jucher und Weberzunft in Strasburg, 1879, p. 370.)
%. On a voulu voir dans cotte association lo germe de la franc-niaçonneri<^ contem|M>raino. Mais rien no démontre qu'il existe entre la corporation ouvrière du XllI" siècle et la secte politique du XVIII" et du XIX* d'autre lien que b communauté du nom.
S. OfHcior municipal.
n des historiens de Strasbourg, M. Srhinoller \ on ne trouait pas le temps de faire de longs règlements. » Ce sont surnii des jugements rendus entre membres de guildes, entre eux guildes opposées ou des règlements municipaux qui riairent la physionomie des associations.
L'économie des métiers et des bourgeois du XIII* siècle eut se résumer ainsi ; il faut distinguer la tribu [Zunflt) et le létier (Anii^'erk). La tribu [Ziiaft) comprend d'ordinaire pluieurs métiers : elle est gouvernée par cinq ou six officiers : n maître Zunftmeister, et quatre ou cinq jurés [gcsclnvorcnc], *e Zttnftmcistcr a la bannière et le sceau du métier. Assisté es jurés il représente la Zunft, gère ses finances, veille à observation des statuts. Les jurés commandent le guet Nac/it/mtj, punissent d'une amende les malfaçons. Il existe m lieu de réunion de la Zunft appelé Stube. — Au dessous le la Zunft se trouve le métier [Antwerk] qui exceptionnellenent se confond avec elle. L'Antwerk a son chef, ses statuts, ion tribunal particulier.
Tant que les métiers avaient eu à lutter contre l'évêque m l'aristocratie, leur constitution était demeurée très démoratique : c'était l'assemblée générale qui arrêtait les règleaents et fixait la législation corporative; l'accès du métier tait facile ; aucun droit d'entrée n'était exigé des récipiendaires. La révolution opérée au XIV® siècle, en donnant aux lûnfte leur autonomie modifia cette organisation. Les Ziinfte ffranchis ne tardèrent pas à former une oligarchie marchande ussi jalouse que l'aristocratie dont elle avait triomphé. La harte des tisserands de 1407 est caractéristique à cet égard : accès du métier autrefois gratuit est subordonné au paielent de taxes élevées. Le pouvoir législatif passe en fait de
1. M. Schmoller, auteur du savant ouvrage déjà cité Rur les ti»serands d« tnisbourg, n'est pas soulcmcnt un historien êrudit, nuis un économiste dtstinlé. La revue, dont il est le directeur et qui se publie à Berlin, le « Jahrbuch \r Gtsetzgebuttg^ Verwaltung und Volkswirsehaft im deutschen Reich •, soutient ins SCS grandes lignes la politique sociale du gouvernement nllcmand.
rassemblée générale [Gemeinde) aux chefs de la Zunft. Lei* délibérations de l'assemblée sont de plus en plus rares et les règlements émanent pour la plupart de la commission [Gericht) composée du maître et des jurés. Ce mouvement de réaction s'accentua encore par la suite et aboutit au remplacement de rassemblée générale par un conseil de quinze échevins <|ui dans chaque Ziinft nomma le « Gericht » et devint le véritable conseil dirigeant de la coi*poration. Les riches bourgeois, les médecins, les professeurs, désireux de détourner au profit de leur classe Finfluence des métiers, réussirent à entrer dans ces conseils et à y dominer. La corporation perdit ainsi son véritable caractère, et insensiblement elle abdiqua. Au xviii* siècle la Zunft n'est plus, selon la pittoresque expression de M. Schmoller « qu'un vieux moulin qui continue à tourner et à faires on tic tac accoutumé mais qui ne fait plus sa besogne * ».
Les règlements des métiers alsaciens renferment sur l'apprentissage, le compagnon, le chef-d'œuvre, la malfaçon des clauses analogues à celles des métiers de France*. On y retrouve les mêmes dispositions contre la concurrence, les mêmes privilèges accordés aux veuves et aux lils de maîtres. Chez les maçons, le compagnon doit rouler trois ans pour apprendre le métier : le nombre des compagnons est parfois indéterminé, parfois limité à un, comme chez les charpentiers. En général les étrangers sont admis à certaines conditions '; toutefois les statuts des tailleurs de Saverne les proscrivent absolument*.
L'Alsace est la terre classique des confréries et du compagnonnage. Les statuts de ces associations sont des modèles