COLBERT
Section I. — Règlements généraux sur la fabrication (1666-1669). — Compagnies de commerce. — Blanufactures et Monopoles.
L'œuvre économique de Golbert est trop considérable, elle a exercé sur toutes les branches de l'industrie nationale une influence trop puissante pour qu'il soit possible de poursuivre cette étude sans arrêter un instant notre attention sur le grand ministre qui conçut et réalisa de si vastes desseins. 11 était en effet réservé à Golbert d'introduire en France un système industriel nouveau et d'inaugurer une politique économique dont pendant près de deux siècles et jusqu'à une époque relativement récente s'inspirèrent les divers gouvernements qui se succédèrent en France.
On ne croyait pas au XVll* siècle qu'il fût aisé d'improviser un ministre ni que le partage des portefeuilles se réduisît à une simple question de convenances personnelles et d'opportunité politique : aussi exigeait-on de ceux qui aspiraient à l'honneur d'entrer dans les conseils du roi une longue préparation et la pratique des grandes affaires. La vie de Colberl plus qu'aucune autre offre un exemple de ce que peuvent un travail soutenu et une infatigable persévérance. Il débute en 1640 en qualité de commis au Ministère de la guerre d'où il est bientôt détaché aux armées pour remplir diverses fonctions administratives. Pendant la Fronde, Mazarin fait de
DE 1610 A 1715 31t
lui son agent secret à Paris. Enfin, de 1652 à 1601 il est le conseiller intime du cardinal et se trouve niôlé à toutes le» grandes affaires; tour à tour il est auprès des intendants l'interprète des ordres de Mazarin et traite avec eux les queslions les plus importantes ; il négocie avec Tambassadeur d* Angleterre à propos d*une réclamation diplomatique de Cromwell ; enfin il joue le rôle le plus actif dans la haute intrigue politique qui eut pour résultat la chute et le procès de Fouquet. Dans toutes ces occasions il déploie les mémes> qualités exceptionnelles. Une clairvoyance toujours en éveil, un merveilleux esprit d'ordre, une intelligence hors ligne des hommes et des choses le désignent à l'avance pour le» premières fonctions de TEtat.
Tel était le passé du ministre que, sur la prière de Mazarin mourant, Louis XIV appela aux affaires en 1661. La tâche qu'il lui confiait ainsi n'était rien moins que facile. Les guerres, avaient épuisé le T^i^^sor et appauvri la nation. Le peuple payait environ 90 millions d'impôts sur lesquels le roi touchait à peine 35 millions et deux Fannées de revenus étaient consommées d'avanceV L'industrie et le commerce étaient dans, une situation désastreuse', la ville de Marseille ne faisait plus le dixième de son ancien trafic avec le Levant ; les manufactures périclitaient ; les Anglais et les Hollandais avaient supplanté la France sur presque tous les marchés étrangers.
Colbert entreprit de remédier à tout. Il s'occupa d'abord de relever les finances. Les rentiers, qui avaient reçu en remboursement des sommes supérieures à leurs créances véritables, durent restituer l'excédent indûment perçu. Les aliénations d'octrois et d'aides consenties à vil prix furent révoquées, et malgré une diminution des tailles exorbitantes que
1. For SONNAIS, Recherches et Considérations sur Us finances ^ p. 115.
S. m Nous avons laisse perdre Tiisago et le bion du commerce, soit par la nonchalance avec laquelle nos peuples s'appliquent à cet exercice, soit aussi par rintorruption que les étrangers y causent.» {Mémoires de Colbert^lSôl — inséré» dans les Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert de P. Clkmknt^ II» partie^ p. i05.)
payait le peuple, la politique financière de Colbert fut si sage et si avisée que, de 1661 à 1667, le revenu net de la France fut doublé ^ .
Après avoir rétabli Tordre dans les finances, Colbert voulut relever Tindustrie, et ce grand dessein s'afBrme presque à chaque ligne de sa correspondance, au début de son ministère'. Pour atteindre ce but, il avait d'abord à résoudre une question capitale, alors en suspens : il devait faire choix d'une politique douanière. On a vu, au temps de la Fronde, la bourgeoisie des métiers demander la prohibition de toutes les marchandises étrangères. Il faudrait cependant se garder de regarder ce vœu, émis dans un moment de crise, comme Texpression du sentiment unanime de la bourgeoisie. L'opinion contraire est soutenue avec beaucoup d'art et d'habileté dans un factum intitulé : Remontrances des Sia: Corps contre la Déclaration de i654. Cette déclaration avait établi un nouveau droit de 2 sols par livre sur les marchandises fabriquées hors du royaume, un autre droit de 1/4 de leur valeur sur les dentelles, et augmenté les droits sur les métaux précieux. Les Six Corps protestent contre ces taxes et font valoir deux cents ans avant Cobden quelques-uns des arguments classiques du libreéchange. Les droits sur l'or et l'argent sont mauvais, « d'autant que l'or filé sert à fabriquer en PVance des dentelles, passements et rubans, dont plus des deux tiers se portent en Espagne, aux Indes, à Milan. La fabrique se transportera en d'autres lieux ». Les mêmes motifs existent pour les industries textiles. « Nous envoyons aux étrangers les toiles, les serges, les étamines de Reims, celles de Chàlons, les futaines de Lyon, qui se débitent en Espagne, en Italie. Si nos ouvriers tirent profit de leur industrie, ce n'est pas sans l'aide des étrangers qui nous fournissent les laines de vigogne qui viennent du Pérou, les laines de Pologne, d'Autriche; ils ne