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Une troisième avait été ouverte aux Tuileries en

que la naturalisation et des exemptions d'impôts. La partie purement artistique de la fabrication, dirigée par Lebrun jusqu'en 1690 et après lui par Mignard, est confiée en sousordre aux artistes les plus distingués : les cai*tons et les modèles y sont dessinés par Van der Meulen pour les sujets de batailles et par Monnoyer pour les fleurs. Sous de tels maîtres, la tapisserie des Gobelins parvint bientôt à une rare perfection et devint ui» des ptws beaux fleurons de la couronne artistique de la France ^

En même temps, Golbert réorganisait la manufacture de la Savonnerie créée à Chaillot en 1G04 et où l'on fabriquait des lapis de Perse. L'ébénisterie n'était pas non plus négligée : aux Gobelins mêmes, un atelier spécial de fabrication était dirigé par André-Charles Boule et son iîls, qui attachèrent leur nom aux meubles de style dont la réputation est universelle.

Ces monopoles et ces privilèges accordés à des manufactures privées ou publiques pouvaient se justifier par d'importants services rendus ou par l'intérêt supérieur de l'industrie : ils n'en devaient pas moins porter ombrage aux corporations, au préjudice desquelles ils étaient octroyés. Plusieurs protestations se firent entendre : dès 1658, sur l'initiative des bonnetiers, les Six Corps des marchands s'étaient élevés contre la concession d'un privilège à une fabrique de bas de soie* ; des plaintes de ce genre furent souvent formulées sans que Golbert, dont la politique était guidée par des principes immuables, parût s'en émouvoir. Au surplus, les événements se chargèrent de rendre ces doléances sans objet ; les guerres de la fin du règne portèrent un coup mortel à la plupart des manufactures privilégiées ; le privilège de nombre d'autres expira sans être renouvelé. A l'exception des manufactures d'Etat comme les

1. Les principaleH œuvres de la manufacture do Gobelins à cette époque «ont: les quatre premières teutur<>s de Thistoire d'Alexandre et l'histoire de Louis XIV en 14 pièces parmi lesquelles la prise do Douai et le sacre par Yvart père, l'alliance des Suisses par de Sène.

2. Délibérations des Six Corps de 1620 à 1780. Archives nationales, KK, 1340, p. 17.

Gobelins, dont l'industrie d'art et de haut luxe était trop audessus de rindustrie privée pour lui nuire, il ne resta bientôt plus de ces privilèges et de ces monopoles qu'un souvenir : les améliorations et les découvertes dont ils avaient été la récompense tombèrent dans le domaine public et vinrent enrichir le patrimoine industriel dont les corporations avaient alors le dépôt.

Section II. — Ëdii de 1673. — Accroissement du nombre des corporations. — Tendances à la centralisation. — Suppression des lieux privilégiés et des juridictions seigneuriales. — Restriction des privilèges des marchands suivant la Cour. — Les Six Corps.

La politique suivie par la royauté à rë^^rd des corporations au XVI* et au XVII*' siècle s'inspire toujours des mêmes idées et Louis XIV ne fait que continuer à ce point de vue l'œuvre d'Henri III et d'Henri IV, en s'attachant à réglementer et à discipliner le travail, en le soumettant obligatoirement au régime corporatif et en transformant la corporation elle-même en un corps d'état soumis au contrôle rigoureux des pouvoirs publics. Ces idées centralisatrices et unitaires, l'ordonnance de 1581 les a pour la première fois nettement affirmées ; l'ordonnance de 1597 en a renouvelé l'expression avec une énergie nouvelle ; c'est encore d'elles que s'inspire l'édit bursal de 1673.

Cet édit est fort court. Il constate que les édits précédents enjoignant à tous marchands et gens de métier de se constituer en maîtrises n'ont pas été exécutés' et que cette inexécution est dommageable au public. L'édit soumet au régime des règlements toutes les branches d'industrie et prescrit en

1. Cette constatation de l'cdit est quelque peu exagérée. L'édit de 1597 arait certainement été exécute sur divers points; mais il est avéré que d'une manière générale le but poursuivi n'avait pas été atteint.

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termes assez obscurs l*tHablissement de communaulés dans tout le royaume.

Deux fois déjà la volonté royale s'était heurtée aux résistances des artisans des campagnes; allait-elie cette fois triompher et Louis XIV devait-il enfin grouper en un seul faisceau toutes les forces vives du travail et de l'industrie? L'événement prouva que Louis XIV lui-même n'avait pas ce pouvoir. S'il réussit à rendre plus étroite encore dans les villes de province la dépendance des corporations déjà existantes vis-à-vis du pouvoir et à leur faire perdre leur caractère original en modelant leur organisation sur un type général presque uniforme, l'opposition passive des artisans des campagnes ne permit jamais de les grouper en communautés. Les intendants adressèrent en vain à leurs administrés les injonctions les plus énergiques \ ils rencontrèrent un mauvais vouloir universel ; les maires et les échevins refusaient de dresser les rôles des taxes ; les artisans omettaient de faire les déclarations requises. Comme en 1581 et eu 1597, l'édit ne put être exécuté que dans un petit nombre de localités et les artisans des campagnes demeurèrent rebelles à toute organisation corporative*.

Les mêmes considérations qui avaient inspiré la rédaction de redit de 1673 déterminèrent le pouvoir royal à supprimer les juridictions seigneuriales et les franchises des lieux privilégiés', où les artisans pouvaient exercer leur

1. L'intérêt fiscal plus encore que l'intérôt politique avait inspiré le nouvel édit. Colbcrt le reconnaît dans sa lettre du 3 mars 1674 à l'intendant de Limoges, « Jo sais bien que l'affaire des arts et métiers peut être difficile dans son exécution, mais comme tous les ordres et compagnies du royaume donnent dans l'occasion présente de la guerre, des preuves do leur zèle et de leur fidélité pour le service du Roi, il me parait juste que ces sortes de gens donnent parciUemcnt assistance à Sa Majesté. ■ Cf. Lettres de Colbertf 353 et S81.

a. Archives nationales. Collection Rondonnrau, AD. XI, 10, année 1675. — ■ En sorte que les édits sur ce donnés demeurèrent inutiles. *

3. A Paris, les lieux privilégiés étaient alors le faubourg Saint-Antoine, le cloître et le parvis Notre-Dame, la cour Saint-Benoît, les enclos do Saint-Denisde-la-Chartre, de Saint-Germain-des-Prés, do Saint-Jcan-de-Latran, du Temple, Saint-Martin-dcs-Chiimps, la rue de l'Oursine et le cloître de la Trinité.

induslrie en dehors des corporations officielles. Ces franchises, pour employer un terme juridique, avaient un caractère réel en ce qu'elles étaient attachées à la résidence sur une terre privilégiée.

Tout autre était le caractère des privilèges appartenant aux marchands suivant la Cour, qui avaient le droit d'exercer leur métier dans tous les lieux où la Cour résidait, sans se faire agréger à une communauté. La prérogative était ici purement personnelle.

Enfin une troisième classe de privilèges de création récente comprenait les maîtres de THôpital de la Trinité (1545), des galeries du Louvre (1608), de l'Hôpital de la Miséricorde et de l'Hôpital Général (1656 et 1658) et des Gobelins (1667).

Ces derniers privilèges ne pouvaient être menacés par la royauté qui venait de les établir dans un but de charité ou d'encouragement aux arts. Il n'en fut pas de môme pour les privilèges des deux premières classes incessamment battus en brèche par les doléances des métiers. Colbert entreprit de les détruire et de faire ainsi un pas de plus vers l'adoption d'un régime corporatif unique : il devait éprouver une fois de plus que le pouvoir le plus absolu n'est pas toujours assez fort pour supprimer en un jour des institutions séculaires.

Juridictions seigneuriales et maîtrises des lieux privilégiés. — Un édit de février 1674 ^ supprima tout d'abord non seulement la justice du bailli du Palais dans les faubourgs Saint-Jacques et Saint-^fichel, mais encore toutes les justices seigneuriales de la bonne ville de Paris et mit ainsi fin aux conflits de juridiction que la diversité de ces justices faisait naître tous les jours.

Cette suppression entraînait la nécessité de régler le sort des artisans des faubourgs dépouillés ainsi de l'une de leurs franchises les plus importantes. Un arrêt du Conseil du 31 mai 1675 vint y pourvoir. Toutes les maîtrises et jurandes des

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