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LES GUILDES GERMANIQUES ET ANGLO-SAXONNES

L'étymologie du mot guilde n'a jamais été fixée avec certitilude. Suivant une première opinion soutenue par Weigand [Worterbuch der deutschen Synonymen, I, 245), ce mot serait dérivé du mot allemand ^e/^en, valoir (en gothique gildan). Suivant d'autres auteurs, il tirerait son origine de l'anglosaxon ^Ita (en haut allemand gelt ou keli\ dette, sacrifice), ternie fréquent dans les formulaires de confession ; ce vocable devenu en anglo-saxon plus moderne gcgylta signifiait société religieuse.

Quoi qu'il en soit, le mot guilde a servi à désigner chez les peuples germaniques une institution corporative dont il est nécessaire de retracer les origines et d'indiquer les principaux caractères.

Origines de la Ouilde

La guilde se rattache, sans aucun doute, à l'une des plus anciennes coutumes germaniques, celle du convivium. Tacite signale déjà la coutume particulière aux Germains de traiter à table, en se livrant à des libations répétées, les affaires les plus sérieuses: a c'est là, dit-il, que les vieilles inimitiés s'oublient, que se concluent les alliances, que l'on élit les chefs, que l'on traite de la paix ou de la guerre*. » Une véri-

1- Oflcar ScRADK, Worterbuch der altdeuUchen Sprache. HaUe, 1872.

'^- De recoDciliandis inyicem inimicis, et jungcndis affinitatibiis et adsctseendin pnncipibus, de paco deniquo ac bello plerumque in convivii^ consiiltaot. XXII. "* ^oribus Cermanorum.

table fraternité naissait ainsi au choc des coupes et au bruit des chansons entre les guerriers qui avaient bu à la coupe de Tamitié [minne]. Chacun des convives devait, sur le champ de bataille comme à l'assemblée [mal], défendre de son épée ou protéger de son crédit celui avec qui il avait partagé les joies du festin. Un des convives était-il tué, les autres se constituaient ses vengeurs, honoraient sa mémoire en vidant, en son honneur, dans des banquets funéraires, des cornes pleines de cervoise. Cette coutume remonte à la plus haute antiquité. Un auteur allemand contemporain, M. Max Pappenheim\ signale déjà dans les vieux chants de TEdda une association ou fraternité (bruderschaft) de ce genre ; les confrères s'unissent en mêlant leur sang et en buvant ensemble. Dans le chant de Lokasenna, Loki parle ainsi :

Denkst du daran, Odin, Wie wir beim Ambeginn Blut zusammen mischten

l'n passage de la gisla-saga, cité par le même auteur, fournit sur ces associations une indication encore plus précieuse : c'est celui qui fait un devoir de venger son convive à l'égal d'un frère. M. Pappenheim s'appuie sur ce texte pour faire ressortir l'analogie entre les convivia et les guildes qui en furent, d'après lui, l'émanation'.

Les idées de fraternité d'armes, de défense et d'assistance mutuelles se retrouvent donc dans les plus anciens monuments de la race germanique, mais il reste à examiner comment et à quelle époque ces idées se précisent et comment elles finissent par aboutir à la constitution de sociétés régulièrement orga-

nisées.

Diverses thèses ont été mises en avant au sujet des origines de la guilde. Suivant Wilda', à l'opinion duquel s'est rallié

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