‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 16 sur 214 · Vntcrsuchungen liber die crsien Ànfw.nge des Gildwcsens · texte numérisé non relu

Vntcrsuchungen liber die crsien Ànfw.nge des Gildwcsens

t- Dans un article intitule* : « The English gilds of thc Middlc ag« * piihlii- pal* n revue catholique anglaiHo « Thc Month », en dêccnibn? 1893, le Rev. Strappini »<loptc l'opinion de HaKwig;

•V Eway 0/1 the history aitd dei>eloptncni of gilds by Lujo Riib'NTANO. Londres,

du convivium. En Tabsence de toute trace de la guilde dans les anciens monuments de Thistoire scandinavique ou germanique, on doit donc rejeter comme purement arbitraire l'opinion* qui fait dériver la guilde en tant qu'association définie et organisée des anciennes mœurs et traditions septentrionales*.

Est-ce à dire qu'il faille écarter absolument toute influence germanique comme étrangère aux origines de la guilde et ne voir dans cette institution qu'une adaptation du collège romain ou une émanation des collèges monastiques? Ce serait là, à notre avis, commettre une erreur inverse et non moins grave. Certains statuts des guildes s'inspirent évidemment des vieilles coutumes germaniques et reflètent manifeslement le na^nie esprit que les sagas Scandinaves. Telle l'obligation pour les membres de la guilde de venger le meurtre de leur frère et de poursuivre le meurtrier jusqu'à ce qu'il ait composé'; une telle prescription ne se retrouve dans aucun des statuts de collèges romains et est directement contraire aux enseignements cbréliens. Elle est évidemment dictée par l'ancien esprit germanique.

Il est plus difficile de justifier le système de Brentano en ce qui concerne rinfluencte des institutions corporatives de Rome sur la création de la guilde. Et cependant, sans insister sur ce fait que des insci'iptions romaines révèlent l'existence dans la (rrande-lJrelagne de c«//c^'/V* modelés sur ceux d'Italie et de (raule, 1rs analogies que présentent à bien des points de vue les collegia romains et les guildes saxonnes fortiflent l'Iiypotbèse (pii attribue à lapins ancienne de ees associations une

1. (In verra par la siiih> qiii* du lt>iii|)t de (IliarliMiiajfiii' des prniltU's HMcûdon ol r(*lif(ii'iiKcH rlnit'nl déjà ronjtiiliUM'X : iiiaÎH au IX** niéclo, \vn idors rhn'ticnnoft ot romnin**!* nvaiiMil déjà i>r*n<''in> dans la Mocicli* friinquc. AiishI \vh oIïtMTvatîooM <|ui pn'Tédcnt m* H'appliqucnt-flU's qu'aux jpiiildcs dfH Saxon» d'origine* déjà ancionnc au IX** Hiëclc vt qui nr nous parainsml pa» avoir ôti* do» guildofi au Vrai Honn du mol.

i. MiNTKii. Kirvhcngi'svhU'hti- %'tm Dnncnitink hhU .\nrnrg-ett, p. 183. En notre ««•n**, H.vHTWiu, p. VA.

3. C.vHv di.H|M»Hition hv trouve notamment, dan** les guildoH danoine.-. Cf. HnKNTA>o, p. 1«2.

part d'influ^nre sur \e dëvc»Ioppempiit de la seconde. Cette organisation professionnelle inconnue des anciens Germains, re culte niAnie rendu à un médiateur surnaturel (dieu ou génie pour les ro/Zc^'/Vi romains à Rome, saint pour les guildes saxonnes!, ce sont là des irails caractéristiques d'institutions anciennes que le christianisme a régénéi»ées et animées d'un esprit nouveau, mais qu'il n'a pas créées.

En résumé, la race germanique a connu de tout temps les fraternités d'armes et les banquets qui établissaient entre ûen hommes, souvent de familles ou de tribus différentes, des liens d'amitié et de solidarité. Mais strictement limitées aux besoins d'une vie barbare, ne s'élevant pas au-dessus des mobiles purement personnels dont elles étaient issues, ces unions sont éloignées de la guilde, même la plus rudimentaire, de toute la distance qui sépare l' Anglo-Saxon ou le Germain encore incultes des premiers âges de l'Anglo-Saxon ou du Germain devenus chrétiens et déjà presque conquis à la civilisation. La guilde ne fût jamais sortie des traditions confuses et barbares de la Germanie, si le souffle du christianisme n'était venu les féconder. Les institutions corporatives qui se développèrent alors étaient-elles, comme l'ont soutenu W^ilda et Gross, le produit direct des idées nouvelles, une pure adaptation à des intérêts séculiers de cet esprit chrétien d'association qui suscitait partout des communautés et des ronfréries ? Il nous semble plus probable que les premiers «ipôtres originaires d'Italie ou de Gaule ont apporté de leur pays le plan des institutions nouvelles, et que l'idée première de la guilde a été empruntée au collège romain ; cette idée, régénérée et transformée par l'esprit chrétien, s'est combinée avec les traditions et les coutumes qui formaient l'héritage moral irréductible de la race germanique ; elle s'est christianiséc et germanisée ; elle est devenue la guilde.

La coïncidence des premières manifestations de la guilde et des conquêtes du chHstianisrae est surtout frappante en Angleterre* Prêché pour la première fois dans la Grande-lîretagne

en 597, le christianisme triomphe définitivement en 655 par la victoire du Bretwalda Oswin, roi de Northumberland, sur le dernier roi païen de Mercie : tour à tour la Mercie, le Wessex, le Sussex et Wight se convertissent, et au commencement du VIII* siècle la Grande-Bretagne entière est chrétienne. Or, c'est précisément à la même époque que les lois d'Ine, roi duWessex, mentionnent pour la première fois la guilde* dont il nous faut maintenant étudier l'histoire et analvser l'économie.

Les guildes peuvent être ramenées à trois catégories : les guildes religieuse ou sociales, les guildes de marchands, les guildes d'artisans. Bien que les guildes de cette dernière classe rentrent seules à vrai dire dans le sujet de notre étude, il est nécessaire de retracer à grands traits la physionomie des guildes des deux premières classes qui précédèrent et préparèrent l'organisation des guildes d'artisans.

/. Guildes religieuses ou sociales

Les premières guildes qui apparaissent dans l'histoire n'ont & aucun degré le caractère d'associations de commerce ou de travail. Ce sont des associations de défense mutuelle ou des associations religieuses. Au X*^ siècle encore, ces guildes Boni les seules qui existent, et elles se perpétuent même après l'apparition des guildes de marchands et d'artisans.

Dans quel pays rencontre-t-on pour la première fois trace de la guilde ? Celte question a, elle aussi, divisé les interprètes. Longtemps on s'en est tenu à l'opinion de Brenlano, qui voulait voir dans l'Angleterre le berceau de Id guilde *. Brenlano s'appuyait pour soutenir cette théorie sur le texte des lois d'Ine. M. Gross a entrepris sur ce point

1. b'apn's M. Ghosk, il cHt vrai, le mot « gcgylta * tittitô dnnK roB loid, n*Hilriiit |>aN le son» prt'f*is de guilde, niais un sens plus vague.

2. Op. vit,, LVii : « l^vish lo déclare most emphatically Ihal 1 rousider EnglanU thc birthpiacc of guilds, •

comme sur tant d*autres de réfuter Brentano. Il conteste la signification du texte saxon et cite comme la plus ancienne mention faite de cette institution un capitulaire carolingien de Tan 779. Sans prendre parti sur la question de texte, nous pensons avec le savant professeur d'Harvard que Brentano a été beaucoup trop affirmatif en posant en axiome Torigine britannique des premières guildes ^ L'absence de données certaines interdit à cet égard toute conclusion positive, et comme le dit M. Gross, si, au XI* siècle, les guildes sont plus nombreuses et plus fortement constituées chez les Anglo-Saxons que sur le continent, ce fait tient sans doute à l'indulgence des rois saxons et aux incursions danoises, mais ne prouve pas l'origine anglaise de l'institution.

Dès le IX* siècle, des guildes existaient en Angleterre. D'après Brentano, lesjtidicia civitatis Londoniœ rédigés sous le règne d*Athelstane (895-940) se référeraient à cette institution. « Elles renferment, nous dit-il, des prescriptions particulièrement étendues au sujet de la répression du vol. Non seulement les membres étaient obligés de poursuivre et de traquer le voleur, mais la personne volée recevait une indemnité sur le fonds commun. Chaque mois, les membres de la guilde s'assemblaient en un banquet où leurs intérêts communs, l'observation des statuts et d'autres questions semblables étaient discutées. A la mort d'un membre, chaque associé de la guilde devait offrir un morceau de bon pain pour le salut de son âme et chanter cinquante psaumes dans l'espace d'un mois. Tous les participants à cette ligue ne devaient s'affilier à aucune autre, ils étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, de venger toute insulte faite à un de leurs frères comme

1. a Même fti l'on admet que les guildes soient citt'es dans les lois d'Inc et d'Alfred, on n'est pas en droit d'en conclure que les guildes se sont manifestées pour U première fois sur le sol britannique. » Gnoss, p. 175. Telle est également l'opinion de M. Max Pahpkmikim : « .\utre chose est de constater que l'Anglotcrrp est le pays oii l'on trouve les premières traces de la guilde, ou bien (i'ailirmer que l'Angleterre est le berceau de la guilde et que toutes les guildes de« Rutrr*s pays tir<'nt de là leur origine. • Die Altdanfsçhen Schutzgildcny p, 16.

m elle leur avait été faite à tous. La guilde anglaise des chevaliers était peut-être une de ces guildes unies. A Ganterbury, une guilde formée dans le même but était, vers la même époque, à la tête de la cité et deux autres existaient à cAté d'elle. »

M. Gross^ a entrepris de réfuter ces assertions; d'après cet auteur, les institutions visées par les yW/cia chitatis Londoniœ seraient non des guildes, c'est-à-dire des associations libres, mais des créations de la loi, des somes de corporations purbliques sur lesquelles M. Gross ne s'explique pas. Le fait que les membres de la « gegilda », se réunissaient dans un banquet mensuel ne prouve rien, les Saxons ayant en toute occasion l'habitude de s'assembler pour boire. Quant aux prières pour les morts, c'est bien là une coutume ordinairement pratiquée dans les guildes, mais elle ne leur est pas spéciale : c'est un fait bien connu qu'à cette époque les hommes saisissaient toutes les occasions de s'assurer après leur mort des prières pour le salut de leur âme.

Sans doute Brentano a été trop affîrmatif en présentant comme un fait incontestable l'identité avec la guilde de l'institution décrite par lesjudicia civitatis Londoniœ ; cette identité est purement conjecturale, mais, à tout bien considérer, la conjecture n'a rien d'invraisemblable et paraît tout aussi admissible que celle dont M. Gross est l'auteur et qu'il propose de lui substituer. Reconnaître aux associations dont les judicia nous ont conservé la trace, le caractère de corporations publiques, c'est-à-dire d'institutions qui eussent été uniques en leur genre à cette époque et dans ce pays, c'est là, à notre avis, formuler une hypothèse tout aussi audacieuse que celle qui consiste à voir dans ces associations une des manifestations les plus anciennes de la guilde qui, de l'aveu même de M. Gross, existait en Angleterre dès le IX* ou le X*" siècle. — Au surplus, fûl-il exact, comme le pense M. Gross, que les

i. Op. cit., p. 17», l. I.

rois soient inter>'enus pour réglementer ces associations, s'ensuil-il nécessairement qu'elles aient eu un caractère obligatoire et que l'adhésion de leurs membres n'ait pas été volontaire? Et si l'on admet que cette adhésion a été volontaire, en quoi res associations diffèrent-elles essentiellement des guildes ?

La critique de M. Gross, si sévère contre Brentano, nous sonible donc ici en défaut. Klle ne réussit pas à démontrer la fausseté d'une opinion qui, pour ne pas avoir la valeur d'une certitude, demeure cependant très acceptable et même très vraisemblable.

Quoi qu'il en soit, les guildes religieuses et sociales existaient dès la période saxonne, et M. Gross lui-même les fait remonter au IX' siècle ^ Mais les plus anciens statuts que l'on ait conservés sont ceux des guildes d'Abbotsbury, d'Exeter et de Cambridge, qui datent du commencement du XI** siècle. Ces statuts présentent une certaine analogie avec ceux décrits par lesyW/r/Vr. Tne fois par an à Abbotsburv, trois fois par an à Exeter. les confrères se réunissaient pour adorer Dieu et prier le saint patron ; on prenait un repas en comnmn, les ])auvres en avaient leur ])art. On s'assistait mutuellement en cas de maladie, d'incendie ou en cours de voyage ; on ])unissait les insultes faites par un membre à un autre ; on assistait au service funèbre d'un confrère décédé. La forme la plus réj)andue des guildes dites sociales parait avoir été la cniht's ^ild^ dont l'objet est assez mal délerminé. I^e mot cntht parait avoir désigné une sorte de vassal de condition noble '. Il existait aussi des guildes d'un caractère religieux qui se nmltiplièrent après la conquête normande, et surtout au Xlll'' siècle. Telle était notamment la guilde du Corpus C/tristi fondée à York pour accompagner le saint-sacrement, et celle de Sainte-Marie de Heverley, dont les membres représentaient des mysières religieux.

1. Op. cit.. p. 183. « The rnilits gild cxistod in Hoino of Ihc prinri|>al citioH of England in thc nitith, tonth Hnd elovonth rontiirics. »

2. CinoHK, p. 184, l't K'H tcxti.'K ritÔH par lui : « Ho \v.i<; iiot a mort' page or l»<*rv«nt, but t|io ivrinc^l atlendimt or hoiiu* ^nsit lord. »

En Allemagne, on rencontre également des guildes sociales, mais la plupart aft'ectent un caractère municipal ou celui d'une ligue de propriétaires (Hausgenossenschaft). La plus célèbre était la Richerzechheit, ou ligue des riches, fondée à Cologne à la fin du XII® siècle.

En Danemark, les guildes jouèrent un rôle important, comme le prouve un fait historique. Magnus, lils du roi Nicolas de Danemark, avait tué le duc Canut Lavard, alderman ou protecteur de la ligue du Sleswig, nommée Hezlagh (fraternité jurée). En 1130, le roi ayant voulu visiter la ville, malgré la défense à lui faite par les congildi, fut massacré avec toute sa suite.

Les statuts des guildes danoises et surtout ceux des guildes de Saint-Kanut de Flensbourg et d'Odense (1200) renferment des clauses analogues à celles des guildes anglaises. Tout nouveau membre paie un droit d'entrée destiné au fonds commun. Le meurtre d'un congildus est puni d'une amende ; il en est de même des voies de fait. Mue étroite solidarité unit les congildi. L'un d'eux a-t-il tué un étranger, on l'aidr à s'enfuir en lui fournissant, selon les cas, un bateau et des rames ou un cheval (loi 2 d'Odense). L'assistance aux assemblées est obligatoire ; il est défendu d'interrompre son frère ou de lui dire : « Tu mens » (loi 33 de Flensbourg), de répandre à terre sa bière ou de s'enivrer. De nombreux articles visent l'assistance due entre frères : on veille les malades (loi 44 de Flensbourg) ; on les accompagne à leur dernière demeure (loi 45, ibid,) ; tout démêlé entre congildi est soumis à l'arbitrage des autres membres.

//. Guildes de marchands. — Guildes d'artisans

Les guildes des marchands furent-elles organisées comme les guildes sociales et religieuses, dès l'époque saxonne? Brentano l'affirme et attribue ce caractère à diverses guildes dont les statuts sont perdus, comme celle de Douvres; mais

celle assertion est purement gratuite, et sur ce point M. Gross a pleinement raison d'écrire « qu'il n'existe aucune trace de semblables guildes dans la période saxonne et que l'histoire de cette guilde commence avec la conquête normande

II est impossible de dire avec certitude s'il n'y a là qu'une adaptation spontanée de la guilde à des intérêts nouveaux ou si l'institution a été directement importée de Normandie. Cette dernière opinion s'appuie sur ce fait que la guilde marchande existait déjà sans aucun doute dans le nord de la France au temps de la conquête (p. 4) ». La guilde marchande est mentionnée pour la première fois dans une charte accordée aux bourgeois de Burford (1087-1107).

Les guildes de marchands avaient surtout pour but d'assurer à leurs membres la protection de leurs personnes et de leurs biens. Souvent les guildes de plusieurs villes se fédéraient et formaient des ligues commerciales, comme la Hanse de Londres à laquelle, ainsi qu'on le verra par la suite de cet ouvrage, plus de vingt cités continentales étaient affiliées ; chaque cité nommait des délégués dont la réunion formait le conseil de la Hanse. Les statuts assez analogues à ceux des guildes sociales n'avaient aucun caractère professionnel. Du reste, les artisans n'en étaient pas exclus, ce qui s'explique par ce fait qu'il n'existait pas encore de séparation bien nette fntre les marchands et les artisans : sans doute beaucoup de rnarchands cumulaient le trafic des matières premières et la fabrication. Mais le développement du commerce insulaire après la conquête devait amener nécessairement la division des industries et par suite la fondation d'associations spéciales d'artisans dont le type existait déjà sur le continent. Les premières manifestations des guildes d'artisans ou guildes tlps métiers [craftgilds] eurent lieu en Angleterre sous le règne d'Henri 1" (1100-1133) (tisserands d'Oxford, d'Huntingdon, de Londres, foulons de Winchester). En Allemagne, les guildes d'artisans paraissent dater de la même époque (tisserands de Mayence, 1099 ; pêcheurs de Worms, fin du XI' siècle).

Ces guildes furent d'abord pour les artisans des niéliers (boulangers, charpentiers, tailleurs, tisserands) des associations de protection et de mutuelle assistance qui peu à peu élargirent le cercle de leurs attributions, réglementèrent le tra vail et sVlevèrent au rang de véritables corporations professionnelles.

L'histoire des crafï^Uds pendant les premiers siècles qui suivirent leur apparition en Angleterre, nous est encore imparfaitement connue, bien que de nombreux statuts de corporations aient été mis au jour depuis un demi-siècle. D'après Brentano, dont l'opinion a fait longtemps loi en Angleterre sur toutes les questions rehitives à l'origine et à l'histoire des corporations, les craftgilds, humbles associations d'ainisans pauvres et dont un pénible travail manuel était l'unique gagnepain, auraient été tenu;^s pendant les XI®, Xll* et même XI 11* siècles dans une sorte de servage politique et économique par les riches guildes de marchands dont Tégoïsme soupçonneux avait pris ombrage de ces associations d'hommes du peuple ; après avoir lutté pendant longtemps pour leur indépendance, les craftgilds seraient enfin parvenues à la conquérir au XIV* siècle. Cette thèse de Brentano a été énergiquement combattue [lar M. (iross, d'après lequel la lutte prétendue entre guildes de marchands et guildes d'artisans, lutte qui aurait pris lin par la victoire de ces dernières associations, ne serait qu'un mythe dont Brentano aurait été l'éditeur responsable^ Il ne saurait entrer dans notre esprit d'entreprendre la discussion de cette question qui ap[>artient au domaine de l'histoire de l'Angleterre et des institutions anglaises. Nous nous bornons donc à signaler cette conlniverse et revenons à l'étude des guildes d'artisans dont il importe d'étudier l'organisation, alin de permettre au lecteur d'apprécier par la suite la part d'iniluence qui peut être attribuée aux iulluences

1. • AU tliiH il* a iiiylh for tli<* \vid«' arr<>ptan(*<' of whirli DriMilfino îh inainlv |v»|MinHihli>, V rhç fiittt fnçrchçnt, |>. 109,

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saxonnes ou germaniques clans l'histoire des origines de la rorporation française.

Le irait caractéristique des guildes d'artisans, comme des guiides marchandes, c'est avant tout la fusion des intérêts, la mise en commun des efforts, l'étroite alliance du travail avec le travail. « Si, dit Gierke, la classe ouvrière en .\llemagne, ne fut que très tard accessible à l'idée de l'union, c'est cependant par elle que se révéla pour la première fois d'une manière merveilleuse la force de ce nouveau principe. L'aisance et le crédit, l'éducation et le perfectionnement professionnel, les vertus civiques et enfin la prédominance dans les. cités, tout cela fut le fait de l'union (leR corporations libres et de l'organisation deszônfieKn Cet éloge peut être adressé tout aussi justement aux cra/liplds anglaises et paraît de tout point justifié lorsque Ton a étudié les statuts de ces associations et que l'on voit apparaître l'admirable esprit de fraternité et d'équité qui les anime.

A la tête de la guilde ouvrière se placent des chefs (en Angleterre aldermen, wardens, senators) auxquels sont adjoints (les officiers d'un rang inférieur. Ils ont la haute main sur toutes les affaires corporatives, surveillent la bonne qualité des produits, gèrent le fonds commun ; ils interviennent au besoin auprès des pouvoirs publics. Ces magistrats sont gé> néralement élus. Ils exercent aussi la justice ; aucun membre de la guilde ne peut être cité devant une autre autorité pour faits se rattachant à l'exercice de son métier.

I^'entrée dans la guilde est subordonnée à certaines conditions. Il faut: l**étre citoyen de la ville; c'est par exception que certains statuts permettent à l'étranger l'accès de la ^(>T)oration ; 2® avoir une bonne conduite et des mœurs régulièrps ; quelques statuts ajoutent la condition d'être issu

*• Olto GiP.RKK, Rechtsçeschichtc dcf dc^ttsihen (ieitosscnschaftis. Peplin, 1868 t ï*'. p. 34»,

d'une union légitime (of lawful blood) ; 3° acquitter certains droits d'entrée (deux pences chez les foulons de Lincoln, 2 shellings chez les tailleurs de Londres) ; 4^ faire un apprentissage ordinairement fixé à sept années et constaté par un contrat écrit.

Les statuts des premières guildes germaniques, saxonnes ou scandinaviques ne renferment que peu de renseignements sur la hiérarchie professionnelle. Si à Bergen, en Norwège, on trouve la classique division tripartite en discipuli (apprentis), famuli (compagnons), magistri (maîtres), les anciennes chartes anglaises ne font mention de l'ouvrier que très accessoirement, par exemple, pour interdire au maître d'embaucher un ouvrier avant l'expiration de son engagement chez un autre maître. La classe des ouvriers salariés était en effet peu nombreuse ; la plupart des craftsnicn travaillaient seuls ou avec un apprenti. Ce fut seulement au XIV* siècle que le développement de l'industrie décida les craftsnicn à prendre des auxiliaires et que l'on vit se constituer une véritable classe de prolétaires.

L'organisation des guildes était, comme leur composition, très démocratique. Tous les membres de la guilde sans exception avaient accès aux assemblées qui se tenaient de une à deux ou trois fois l'an. On y récitait des prières, on y élisait des wardens, parfois aussi un conseil d'assistants ; on entendait les comptes des wardens sortant de <-harge et on délibérait sur les affaires communes. On infligeait des amendes aux absents ainsi qu'à ceux qui refusaient de remplir les fonctions auxquelles ils avaient été élus *.

La bonne exécution du travail donne lieu à de nombreuses prescriptions ou prohibitions. Il est interdit de mêler des matières premières de bonne qualité avec des matières de

1. H notiH vnl im|>OHi(iblo il<> ronvovrr aux NOtirrcfl |Knir rlinciinu doH dinpo- Hitionn rt'lati'OH. On trouvera lo tc*xt<* (Ii'h principaux titattitH i\v» giiildo» «axonnoa !• danH le rtH'iioil do Toulmin Smith, More than hundrvd early engiijsh gild* (Cl* r4*rii(«il fHt précédé do IVtudo du Bukxtano, Essay on îht dtx'elopment of gildi\, ft 2» dan» l<* second volume de l'ouvrage déjà cilé de M. Gno!«».

qualité inférieure, de -vendre comme neufs des objets ayant déjà servi, de continuer à travailler après le couvre-feu ou avant le lever du soleil.

Mais l'esprit chrétien de la guilde se révèle surtout dans les clauses relatives à l'assistance réciproque que se doivent les congildi. Tous les risques, tous les accidents qui peuvent survenir dans une existence humaine sont prévus par les statuts; la guilde secourt les membres malades, les assiste en toute occasion, honore la mémoire des confrères défunts e! se charge d'élever les enfants, parfois m^me de les doter. 0 Si aucun de la guilde, dit la charte des tailleurs de Londres, tombe dans la misère et se trouve sans moyens d'existence, il recevra, chaque semaine sept pences, sa vie durant. » Des secours étaient également alloués aux pèlerins.

La guilde, si soucieuse des intérêts matériels et moraux de ses membres, devait tout faire pour maintenir entre eux la concorde. Aussi de nombreuses clauses sont-elles conçues dans cet esprit. On prohibe les querelles ; on inflige des amendes à quiconque nuit à la réputation ou à la fortune de son frère ; on prescrit aux membres de soumettre tous leurs différends aux aldermen qui jugent tous ceux dont l'origine <*st un fait professionnel et s'efforcent de concilier les autres. Toutes ces prescriptions sont sanctionnées par diverses dispositions pénales qui vont parfois même jusqu'à l'exclusion ^u coupable.

Les femmes pouvaient faire partie de la guilde ^

'• • Whcn any of Iho brctheren or sistercn die!», llu» rost shiUI givc* a pmiiy ^^h, to biiy brcad to bc given to tho poor, fur tho ttoul's tunkv of tho deiid. m ^Gildof ihe ftiUcrsof Lincoln, Toulmix Smith, op, vit, p. 180.) V.ontore lo stalut «*«♦ UiUfiir» de Lincoln, H. T. Smith, p. 182.

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