Bibl. Nat., Mss. 8096, f
t. Les Six Coqis avaient proteste vainement. Arch. Nat., KK, 13i2, p. iOl.
nisation du travail. En même temps que dans ses Maximes de gouvernement (1758), ce manifeste de Técole économique, Quesnay réclamait la pleine liberté de la concurrence et Tentière liberté du commerce, un Mémoire sur les corps de métiers publié à Amiens sous le nom de Delisle, pseudonyme de réconomiste Clicquot de Blervache, formulait contre la corporation un réquisitoire dont Téloquence et l'habileté n'ont jamais été dépassées par les adversaires contemporains des institutions corporatives.
L'opuscule de Clicquot débute par une critique acerbe et serrée des dispositions des statuts corporatifs sur Tapprentissage et le compagnonnage dont la durée est, d'après lui, excèssive, sur les privilèges iniques attribués aux fils de maître, sur l'exagération des droits de maîtrise. Il accuse les corps de métiers d'être cause de la cherté des denrées en limitant le nombre des ouvriers et par suite la production. 11 énunère les vexations des règlements, les inconvénients inhérents à l'excessive division du travail, les frais ruineux pour le commerce des procès entre communautés. Les conclusions de l'auteur sont des plus audacieuses. 11 réclame l'abolition des corporations, dont la conséquence sera, d'après lui, une économie pour le marchand et par suite pour le public. Plus d'apprentissage, ni de compagnonnage, plus de chef-d'œuvre. Liberlépour tous, même pour l'étranger, de s'établir et de travailler, de se transporter d'une ville dans une autre. Les artisans ne seront plus unis par les liens d'aucune association. 11 y a plus : Clicquot, devançant la Constituante, va jusqu'à interdire aux artisans de s'associer librement, « La loi, dit-il, doit porter défense générale et expresse à tous les membres d'une même agrégation de s'assembler entre eux ni d'élire des
jurés. »
Quelques années plus tard (17G6), l'auteur de l'article Maîtrises, dans V Encyclopédie , Fiquet de Villeneuve, faisait à nouveau le procès des corporations, sans toutefois aller jusqu'à réclamer, comme Clicquot de Blervache, l'interdiction de
tout groupement corporatif. Villeneuve semble même disposé à admettre le maintien des jurandes, à la condition que l'accès des maîtrises soit rendu plus facile et que les abus soient réformés. Mercier de la Rivière écrivait, vers la même époque (1767), a qu'il était de la plus grande importance de ne gêner en rien le manufacturage, de faire jouir d'une telle franchise la profession de manufacturier qu'aucun de ceux qui pourraient l'exercer n'en soit exclu ^ ».
Les économistes avaient pour alliés naturels, dans la campagne qu'ils avaient entreprise contre les communautés, les philosophes, ennemis nés de ces institutions essentiellement conservatrices. Dans sa Lettre sur le commerce de la librairicy Diderot manifeste clairement son opinion à cet égard : « Que m'importe, écrit-il, qu'il y ait une communauté de plus ou de moins, à moi qui suis un des plus zélés partisans de la liberté prise dans son acception la plus étendue, qui souffre avec chagrin de voir le dernier des talents gêné dans son exercice, des bras donnés par la nature et liés par des conventions, qui ai de tout temps été convaincu que les corporations étaient injustes et funestes, et qui regarderai leur abolissement entier et absolu comme un pas vers un gouvernement plus sage? »
L'influence des économistes et des philosophes ne s'exerçait pas seulement sur l'opinion, mais sur le pouvoir. Pendant la première moitié du siècle, les conseils du Gouvernement demeurent réfractaires aux idées nouvelles. Mais peu à peu cette opposition perdit de sa force. L'économiste Gournay s'y fit l'avocat convaincu de la liberté de la concurrence. Grâce à lui et à l'active propagande à laquelle se livraient à Paris et à Versailles Quesnay et ses disciples, les économistes remportèrent bientôt un premier succès. En vertu de fa législation en vigueur, et sous réserve des privilèges exceptionnels dont jouissaient les artisans de la ville de Paris, pouvaient seuls être reçus maîtres dans les communautés des provinces