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TABLEAU DE LA CORPORATION A LA VEILLE DE L'ÉDIT DK

Section I. — L'Individu.

L'apprenti, — L^apprentissage demeure soumis aux règles traditionnelles qui sont de la part des économistes Tobjet des attaques les plus vives. Dans son Mémoire sur les corps de métiers, Clicquot de Blerv'ache critique à la fois la limitation du nombre des apprentis et la longueur exagérée de l'apprentissage. « Le nombre des ouvriers, écrit-il, peut être quelquefois trop petit, mais il ne peut jamais être trop grand puisque la consommation le réduit toujours dans la juste proportion des besoins (p. 15). » Quant à la longueur de Tapprentissage, elle a été exigée par les maîtres non seulement pour diminuer le nombre des apprentis, mais pour jouir plus longtemps de leur travail. « On aurait bien peu présumé de Tintelligence humaine, poursuit Clicquot, en supposant qu'il faut sept ans pour apprendre à construire un tonneau et dix ans pour apprendre à faire un bonnet ! »

A ces critiques, les partisans des corporations répondaient que, sans doute, les statuts de certaines communautés avaient limité trop rigoureusement le nombre des apprentis, mais que le principe de cette limitation se justifiait par l'intérêt de l'apprenti lui-même. L'instruction professionnelle exige de la part du maître une surveillance et un enseignement de tous les instants, et le maître qui se charge d'un trop grand

nombre d'apprentis se trouve dans Timpossibilité de s'acquitter de ses devoirs avec tout le soin désirable. Quant à la durée de l'apprentissage , elle n'excédait guère quatre ou cinq ans S temps nécessaire pour acquérir la pratique du métier. D'ailleurs, Tenfant entrant généralement en apprentissage vers Tâge de 12 ou 13 ans, il est utile, disait-on, de prolonger le temps d'épreuve de l'apprentissage et du compagnonnage jusqu'à la vingtième année, car avant cet âge il est rare qu'un jeune homme ait acquis l'expérience et la prudence nécessaires pour devenir chef de métier.

Les frais d'entrée en apprentissage se calculaient d'après l'importance de la communauté. Tandis que le brevet d'apprentissage coûtait 300 livres chez les drapiers et 88 livres chez les épiciers, il ne coûtait que 60 livres chez les charrons, 50 livres chez les balanciers, les chandeliers, les chaudronniers, 40 livres chez les plumassiers, les ciseleurs et les boulangers, 30 livres chez les tisserands, les cartiers, les tanneurs, les corroyeurs, les cordonniers, 20 livres chez les couturières et 15 livres chez les cordiers.

Le compagnon. — La durée du compagnonnage au XVIII" siècle était tantôt supérieure, tantôt égale ou inférieure à celle de l'apprentissage. Si, chez les orfèvres et les balanciers, où la durée de l'apprentissage était de 8 et 5 ans, le compagnonnage était seulement de deux années, chez les charrons la durée des deux stages était égale (4 ans), tandis que les statuts des charcutiers imposaient cinq ans de compagnonnage contre quatre d'apprentissage.

On peut évaluer en moyenne la durée du compagnonnage à trois ans ', qui s'ajoutant aux quatre ou cinq années (durée

1. L'approntisMigo n'est plus, au XVHIo siècle, que de trois ans chez les épiciers, boulangers, cardeurs, couturières, fripiers, maréchaux, oiseleurs, savetiers. Par contre, il s'élevait à six ans chez les boissoliers, chaudronniers, couvreurs, filassières, grainiors, maçons et à huit ans chez les horlogers et orfèvres.

2. Si cette durée était seulement de 2 ans chez les couturières, les chandeliers, les grainiers, les jardiniers, etc., elle s'élevait à 4 ans chez les chapeliers,, les peintres-sculpteurs, les rubanniers, les savetiers, et à 5 chez les doreurs.

moyenne de Tapprentissage) complétaient un temps d'épreuve de sept ou huit ans après lesquels le compagnon pouvait prétendre à la maîtrise. L'apprentissage commençant de 12 à 14 ans, Tartisan pouvait donc parvenir à la maîtrise vers sa vingtième année dans la plupart des communautés et vers sa vingttroisième ou vingt-quatrième année dans les communautés où Tapprentissage était exceptionnellement long.

Les compagnons continuaient au XVIU^ siècle comme par le passé à faire partie de la confrérie, lui payaient des cotisations et participaient à ses secours.

Salaires, — La hausse des salaires paraît avoir été assez lente pendant la période qui s'étend de Tavènement de Louis XV (1715) à la fin de la guerre de Sept Ans (1763).

L'intéressante étude de M. Lefort sur les Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au XVllP siècle établit en effet : 1° qu'en Normandie et pendant toute la durée du règne de Louis XV, le salaire moyen des simples manœuvres pouvait s'élever dans les campagnes à 5, 6 ou 8 sols, et à Rouen à 15 sols pour les hommes et 10 pour les femmes ; 2^ que le salaire des ouvriers formant corporation s'élevait à la même époque à 25, 30 et rarement à 40 sols \ Or, ces chiffres sont sensiblement égaux au taux des salaires des artisans à la fin du règne de Louis XIV, tel qu'il résulte des évaluations de Vauban, et plus spécialement pour la Normandie de celles de Bois-Guillebert. En Anjou également, le taux des salaires demeura presque uniforme pendant la première moitié du XVIP siècle».

Les salaires variaient davantage de province à province. Ainsi lajoumée du manœuvre, qui était, ainsi qu'on l'a vu, de 5 à 15 sols en Normandie vers le milieu du XVlll* siècle, valait 12 sols en Auvergne, tandis qu'elle s'élevait au con-

1. M. Lbport cite divers salaires à titre d'exemple : un batteur en grange est payé 5 sols; un terrassier à Rouen, en 1728, gagne 10 sols; un maître nuifos (1711) 30 sols; un paveur (1746) 28 sols.

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