‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 169 sur 214 · Arthur YouNO, Voyage en France, t. II · texte numérisé non relu

Arthur YouNO, Voyage en France, t. II

traire à 18 sols en Champagne V II est sans doute très délicat et quelque peu téméraire de tenter d*établir une moyenne générale du salaire en France au milieu du XVIII*^ siècle; nous croyons cependant que les moyennes approximatives de ces salaires pourraient être évaluées ainsi qu'il suit : journée de l'ouvrier agricole 10 à 12 sous * ; journées de Tartisan des campagnes (ouvrier de métier] et du manœuvre des villes de 15 à 18 sous ; journée de Tartisan des villes (ouvriers de métier) ; 26 à 30 sous. Le prix moyen de la journée de travail pour toute la France, en 1763, serait donc d'environ 15 sous. Cette évaluation est en concordance presque absolue avec l'opinion d'Arthur Young, qui dans son Voyage en France en 1789 estime la valeur moyenne de la journée de travail à 19 sous et ajoute que le prix s'en est accru de 20 0/0 depuis une vingtaine d'années.

La modicité du salaire de l'artisan du XVII*' siècle, infiniment moins favorisé que l'artisan du XIII^ siècle ou même que celui du XVII®, comme l'on peut s'en convaincre par la comparaison des salaires des deux époques avec leur valeur exprimée en monnaie moderne, devait avoir pour conséquence de rendre sa vie fort malheureuse, à moins que les denrées nécessaires à la vie n'eussent, elles aussi, subi une diminution de valeur. Or, c'est précisément le contraire qui s'était produit et le renchérissement de la vie avait été considérable. 11 est facile de s'en rendre compte.

Dans sa Dimc royale^ Vauban dresse le budget d'un ménage de tisserand et d'un ménage d'ouvrier agricole, qu'il suppose de quatre personnes, et démontre le peu d'aisance dont jouissaient les travailleurs de son temps. Si l'un de ses disciples avait voulu tracer soixante ans plus tard le même tableau,

1' DuTOT, Réflexions sur le commerce et les finances (173ô).

^- Lji livre valait de 1726 à 1758 au pouvoir nominal de l'argent 0,95 et au

P^'ttvoir réel (jusqu'en 1750) le triple. (Cf. M. le vicomte o'Avknel, Histoire

«^^aonUque de la propriété y des salaires , etc.^ t. I, p. 3i et 75). Los dix sous

^**« gagnait alors l'ouvrier agricole ne valent donc que 0,47 centimes et demi au

POttVoir nominal et 1 franc \2 centimes et demi au pouvoir réel.

il eût dû en assombrir encore notablement les couleurs. Prenons pour exemple, en effet, une famille de quatre personnes habitant T Ile-de-France : le père, artisan de campagne (ouvrier de métier), la mère et deux enfants; le budget des recettes et dépenses annuelles d'une telle famille, vers le milieu du XVII" siècle, peut, semble-t-il, être établi d'après les bases suivantes.

Recettes, — Nous avons admis que l'artisan de campagne gagnait de 15 h 18 sols. Si l'on estime le travail effectif de l'année à 240 jours (défalcation faite de 52 dimanches, 38 fêtes chômées^ et 35 jours de maladie ou de chômage forcé), on est amené à évaluer le gain total de l'année de 180 à 216 livres.

Dépenses, — De cette somme il faut déduire :

1° Les dépenses de nourriture, ou plutôt le prix du pain, seul aliment que permettent de si minces ressources ; dix setiers de blé ou 2,400 livres, mesure de Paris étant la quantité nécessaire à l'alimentation annuelle d'une famille de quatre personnes' et le prix du setier de blé étant au milieo du XVUl* siècle de 15 livres en moyenne •, il faut inscrire au passif le chiffre énorme de 150 livres.

2® Huit livres seize sous pour le sel. C'est en effet à ce chiffre que Vauban évalue la taxe d'une famille de quatre personnes.

3° Dix à quinze livres pour la capitation et la taille*.

Ces diverses dépenses irréductibles s'élèvent donc à

1. Sans compter la fôtc patronale de chaque métier, il y avait 37 fêtes chi^nKO Paris ; dans quelques provinces, il n'y en avait que 24. V. VEncyclopèdit,

V» Fêtes.

Page 1