Les Communes belges, p
t. Cf. sur cette question des origines des guildes flamandes, Wautkrs, Les Ubtrtès communales en Belgique et dans le nord de la France. Bruxelles, 1878, P 181.
Une charte d^Henri I*' d'Angleterre (1100-1135), par laquelle il confirme la guilde des cordonniers de Rouen, atteste l'ancienneté de cette corporation. « Scîatis nos concessisse cordewanariîs Rotomagi gildarn suani) sicut eanri habuerunt. » — S'agit-il ici d'une guilde d'origine purement germanique qui se serait formée seulement dans le cours du XI* siècle ? ou faut-il admettre que cette guilde était dérivée d'un ancien collège romain déguisé sous un terme germanique ? M. Chéruel [Histoire de l'administration communale à Rouen, p. 3) penche pour cette dernière opinion qui nous paraît très vraisemblable. Rouen avait été sous la domination romaine une cité importante Ja méti*opole de la seconde Lugdunaise, et plus tard Da^obert avait confirmé les privilèges spéciaux du commerce de cette ville au nombre desquels figuraient sans doute les institutions corporatives ^ .
La charte accordée aux cordonniers par Henri I^*^ devait être suivie de bien d'autres privilèges : le même roi confirma également les statuts des savetiers. Après sa mort, deux corn* pétiteurs se disputent sa succession. Rouen prend parti pour Mathilde, mariée au duc Geoffroy Plantagenet, et est récompensé après la victoire, par l'octroi de franchises importantes : non seulement la ville est exemptée de tous impôts, mais les marchands de la guilde rouennaise sont dispensés de toute taxe pour leur trafic avec l'Angleterre ; ils obtiennent la concession d'un port anglais, Dungencss, et le monopole du commerce avec l'Irlande. Peu après Henri II (1154-1189) confirme les statuts des tanneurs* et ceux des pelletiers. Le
1. Qiio Ton admette Tiine ou l'autn; de coh opinions, il eHt certAÎn que le» corponitionH étaient constituées à Rouen au plus tard dès le XI* sittcle. Toulen les chartes du XII" siècle ne sont en effet que la confirmation do statuts antérieurs. D'apri'S un jeton conservé à la Banque de Rouen, la communauté def« tisserands remonterait à cette époque.
3. N Sachez que j'ai accordé et confirmé par cette charte à mes tanneurs de Rouen leur guilde, leur état, leur tan et leur huile, ainsi que les droits et privi> It'ges inhérents à leur guilde, afin qu'ils en jouissent honorablement, librement ; que p<>rsonne ne puisse exercer le métier de tanneur à moins d'appartenir à luur (piilde. »• (^rchiv^i municipales t(f Honcn, reg. V, f- 1^95, recto.)
ORIGINE DKS CORPORATIONS 59
réjçime corporatif qui probablement ne s'était jamais dissous entièrement àRoueny est donc officiellement reconnu et sanclionn*^ dès le XI" siècle.
Les corporations^ de Paris ne sont pas aussi anciennes que celles de Rouen. Sans doute, comme il a été déjà dit, certaines traditions corporatives de l'époque romaine avaient pu se conserver dans quelques communautés, chez les marchands de Teau par exemple et chez les bouchers ; mais il est infiniment probable que la grande majorité des artisans n'étaient unis entre eux par les liens d'aucun groupement professionnel ; là même où certains liens s'étaient conservés, la discipline devait être des plus relâchées et la réglementation se réduisait à quelques dispositions d'origine coutumière. C'est ce qui paraît ressortir à la lecture d'un des rares docunients qui renferment des indications sur l'industrie de nette époque : le Dictionnaire de Jean de Garlande. Cet auteur qui écrivait vers le milieu du XI* siècle passe en revue les diverses professions de Paris et signale les particularités les concernant. On trouve bien chez certains artisans la trace d une sorte de communauté de vie et d'un certain groupement d'intérêts qui s'expliquent par la persistance de liens sécubires. Ainsi les archers et les arbalétriers habitent tous à la porte Saint-Lazare*; les changeurs et les orfèvres sur le Grand Pont*. Les bouchers paraissent être en guerre avec l^s cuisiniers*. Mais on n'y trouve ni statuts professionnels, ni règles fixes délimitant les attributions des divers métiers, •'ien en un mot qui décèle une véritable organisation corporative.
U faut arriver au commencement du XI P siècle pour trouver des indices certains sur l'histoire des corporations :
t. Dirtionnairr de Jean dt* Garlande publi<^ par M. Gkral'D, Paris sous Philippe '' 'r/. Collfct. des Dck*. inédit», p. 589, f XVIII: « Ad portant Sancti L.aiari **Bi'nt arrhitenentvH. . . »
1 Ibid., p. â9«. Il XXXV-XXXVI.
9> ihib,, p. ^3, f XXXIV; V Co(|uinaHi... qulbiis invid^nt c»rni|ic«t... *
la première en date comme la plus puissante est la communauté des marchands de Teau. Ces marchands, successeurs des anciens nautcs parisiens de Tépoque romaine, avaient conser\'é entre eux des liens traditionnels et formaient une confrérie particulière. Mais au XIP siècle, cette association prend un développement considérable. La confrérie devient hanse comme les grandes guildes saxonnes dont nous avons retracé rhistoire et reçoit des privilèges importants. En 1121, le roi lui avait déjà abandonné son droit de lever GO sous sur chaque bateau chargé à Paris pendant la vendange. Mais ses droits étaient bien autrement étendus ; elle possédait en effet le monopole de la navigation sur la basse Seine à partir du pont de Nantes à Paris. Aux termes d*un édit confirmatif de 1170 (Ordonnances des Rois de France, II, 433), aucun bateau chargé de marchandises ne pouvait remonter la Seine au delà de Nantes si son propriétaire n'était bourgeois hanse de la ville de Paris ou s'il n'avait reçu du prévôt des marchands compagnie bourgeoise, c*est-à-dire s'il ne s'était fait désigner comme entrepositaire ou comme correspondant un marchand de Paris auquel il payait moitié du prix de ses denrées. Ces prérogatives exorbitantes ne suffisaient pas encore à l'ambition des Parisiens : ils obtinrent en 1192 un édit qui faisait défense à tous marchands non hanses d'amener du vin à Paris par la haute Seine, s'ils ne Tavaient vendu à un bourgeois de la ville qui seul pouvait le débarquer ^
Les métiers ou corporations d'artisans furent plus longs à s'organiser que la grande corporation marchande. On ne peut en effet accorder aucune créance à la version dépourvue de preuves d'après laquelle les statuts des pâtissiers remonteraient à 1060 et ceux des chandeliers à 1001 ' ; mais dès la
1. Cf. Archives nationales KK., 1337, f«* 60. (Livre des Môticni du XIV* siècle), le procêi» d'un fourbÎHttour noo hanHê, accuné, en 1303, d'avoir aDicoé par eau de Rouen à Pari» 13 meules à moudre et des opées. On trouvera dan>* DKi'iM.^iu {Introduction au Livre des Métiers) l'histoire complète de ces démêlés» de la Hanse parisienne avec les marchands de Rouen et d'Auxcrre.