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A Paris, co nombre fut d'abord do 310, puis de

ciants fut remise au roi le 16 septembre 1817, au nom des marchands et artisans de la ville de Paris* . Les signataires y dénoncent la démoralisation croissante du commerce, la rupture de l'ancienne solidarité entre patrons et ouvriers, la violation des règles de l'apprentissage ; cette requête s'élève parfois jusqu'à l'éloquence lorsqu'elle énumère les maux qui sont la conséquence d'un individualisme sans mesure. Malheureusement les pétitionnaires ont de la corporation une conception rétrograde en désaccord avec les idées modernes, ils ne conçoivent pas la toute-puissance de l'évolution économique qui s'oppose à la résurrection de règlements surannés et s'obstinent à identifier la notion de l'association professionnelle avec celle du monopole*.

Cette fois encore, le signal de la résistance au mouvement en faveur de la corporation fut donné par la chambre de commerce de Paris. Dans sa séance du 18 octobre 1817 cette chambre se prononça formellement contre la pétition et vota la réimpression de l'ancien rapport de Vital Roux contre les corporations.

Au surplus les contradicteurs ne firent pas défaut. M. Pillel- Will, banquier et disciple des économistes, publia vers la lin de 1817 une réponse à la pétition*. Duplessis avait écrit que les professions industrielles étaient livrées à la plus honteuse licence, que la mauvaise foi la plus insigne avait pris la place de la probité. Pillet-Will s'inscrit en faux contre ces accusations qu'il taxe d'exagérées. Sans doute, il y a des procédés regrettables, des réclames fallacieuses, mais le client n'en est pas plus dupe que de ces affiches de restaurateurs où l'on

1. Cetto pi'tition a pour titre: « Requête au roi et mémoire sur la nécessité it rétablir le corps des marchands et les communautés des arts et métiers. » Parts, 1817, in-4».

2. Pour donner une idée do l'esprit dont la pétition ORt animée à cet égard, il ituflira de dire que l'on y dénonce comme un scandale public les ventes aprcs liquidation ou au rabais, ainsi que les ventes d'articles d'occasion. On croirait lire une délibération des Six Corps!

3. Réponse au Métnoire de M. Lcvacher-Duplessis ayant pour titre : Requête, etc., par M. PiLLET-WiLL. Paris, Didot l'aîné, 1817, in-8».

annonce d'excellents dîners à 20 sous (p. 29). Duplessis déplore à tort la concurrence : c*est elle qui provoque le génie (p. 31). On objecte Texemple de l'Angleterre. Mais les corporations n'y ont jamais été que locales, et d'ailleurs Birmingham, Manchester, villes libres, ne sont-elles pas par leur population et leur richesse fort au-dessus d'York et de Canterbury, villes réglementées ? «Encouragez-la, écrit l'auteur en terminant, cette industrie, au lieu de faire revivre d'anciennes constitutions qui tariraient la source de ses richesses... Dirigez l'ambition et l'espoir des fabricants par l'exportation ; ainsi par de sages encouragements, vous féconderez rindustrie. »

En 1818, un autre économiste, M. Costaz, reprenait la même thèse dans son Essai sur l'administration , et identifiant les institutions corporatives avec la corporation telle qu'elle fonctionnait à la fin de l'ancien régime, il avait beau jeu à démontrer le caractère suranné d'une telle réglementation.

Devant cette levée de boucliers contre laquelle il trouvait peu d'appui dans la Chambre modérée de 1817, Levacher- Duplessis attendit une occasion plus favorable pour revenir à la charge. Cette occasion parut un instant s'offrir en 1821. Le meurtre du duc de Berri, suivi de la chute du ministère Decazes, remplacé par le duc de Richelieu, avait soulevé l'opinion contre le parti libéral que l'on rendait moralement responsable de ce crime. On entendait partout proclamer la nécessité de gouverner avec fermeté et d'en finir avec la politique des concessions. Duplessis jugea l'heure opportune pour renouveler sa pétition aux deux Chambres. Cette fois encore il eut à compter avec l'opposition de la Chambre de commerce de Paris, qui par une délibération en date du 17 mars se déclara résolument hostile au projet \

La pétition devait échouer comme les précédentes. Le ministère Richelieu n'eut en effet pas le loisir d'étudier une

1. Moniteur du 24 mars 1821. La délibération porte les signature» do Pillct- Will, du baron Davillicrs, de Françoi» Dclcssert, d'Odier.

réforme de cette importance ; il dut faire face aux difficultés incessantes que lui créaient la défiance de l'extrême droite ei rhostilité de la gauche. Après sa chute, en décembre 1821,les progrès des sociétés secrètes, le complot de La Rochelle, les affaires d'Espagne détournèrent l'opinion de cette question ' : une fois de plus, la tentative avait avorté.

Elle ne devait plus être renouvelée sous la Restauration. On ne peut, en effet, attribuer une telle portée à une pétition adressée en 1829 par 34 entrepreneurs de la ville de Paris qui •demandaient à la Chambre des pairs d'organiser par une loi les chambres syndicales chargées de surveiller l'exercice des professions relatives au bâtiment. Cette requête toute spéciale avait pour but de conférer une juridiction professionnelle aux chambres syndicales du bâtiment, mais non de rétablir une corporation. La Chambre des pairs passa à l'ordre du jour*.

Section II. — Louis-Philippe (1830-1848). — Premiers

symptômes d'une réaction en faveur de l'idée corporative. — Bûchez. — Villeneuve-Bargemont. — Gérando.

Le règne de Louis-Philippe est une époque de transition <lans l'histoire de l'économie sociale. Depuis la chute de Fanrien régime, l'opinion publique avait été détournée de l'étude des faits sociaux ' par une succession de révolutions, de guerres ou de conflits politiques dont le tumulte n'était guère favorable à la discussion d'un débat aussi abstrait que celui de

1. Elle donna lieu à deux brochtire», l'une hostile d'AxQt'RTii. aîné : • Cm JVo< concernant les jurandes^ n 1821, l'autre favorable de M. Hénard, président du Iribunal de commerce d'Arra» : ■ Mémoire sur l'établissement des maîtrises», 1823.

a. Moniteur du 8 avril 1829.

3. Les pétitions signées sous la Restauration en faveur du rétablissement des communautés et qui d'ailleurs passèrent presque inaperçues s'inspirent en effet beaucoup moins d'une pensée de réforme sociale que de l'intérêt professionnel de l'industrie entendu au sens le plus étroit.

l'organisation du travail. Avec la République de 1848, au contraire, ramélioralion du sort des classes pauvres, le droit au travail, la refonte des lois constitutives de la société, la délimitation des droits de TEtat et de Tindividu sont autant de problèmes qui éveilleront dans tous les esprits un intérêt passionné et dont aucun régime politique parlementaire ou autocratique, monarchique ou républicain ne sera plus libre k Tavenir de se désintéresser. Placé entre ces deux époques, dont la première semble avoir presque ignoré la question sociale à laquelle la seconde a subordonné toutes les autres, le règne de Louis-Philippe vit pour la première fois se manifester, sous les formes les plus diverses, avec cette pitié pour la souffrance humaine qui n'est le monopole d'aucune école et d'aucun parti, l'ardent désir d'y porter remède et de rétablir entre lesheureux et les déshérités de ce monde, entre les classes dirigeantes et les classes laborieuses, une harmonie fondée sur la fraternité et sur la justice.

Les écrivains et les économistes qui sous le règne de Louis-Philippe ont abordé l'examen et cherché la solution du problème social peuvent se ranger en deux catégories ► Les uns procèdent de l'idée socialiste et veulent attribuer à l'Etat, qui lui-même en répartira les revenus à chacun selon ses besoins ou ses services, la propriété de toutes les richesses ^ ; les autres, respectueux de la propriété et de la liberté humaine au surplus, ne croyant pas, qu'il soit utile ni avantageux de détruire de fond en comble l'édifice social pour en reconstruire un nouveau, mais désireux plutôt d'en consolider les fondements et d'en réparer les brèches, consacrent tous leurs efforts à la recherche des causes génératrices du conflit social et des moyens propres à opérer la réconciliation des classes. A cette dernière école, se rattachent les écrivains

i. Ces doctrines sont dùveloppéos notamment dtkHB Y Organisation du travail do Louis Blamc, publiée on 1839 et dans le célèbre Avertissement aux propriétaires de Proudhon en 1842. Le fouriérisme et le saint-simonisme sont également au fond, sous une forme plus éloTéo et plus originale, des manifestations do l'idée socialiste.

qui, considérant Tinstabilité du travail et Tisolement du travailleur comme deux des causes les plus graves du mal dont la société moderne est affectée, songèrent à remédier au mal au moyen de Tassociation professionnelle, c'est-à-dire de la corporation soîl volontaire, soit législativement organisée.

La cause des corporations qui depuis la Révolution n^avait en effet que des défenseurs sans autorité allait être plaidée à nouveau devant Topinion par des avocats autrement éloquents et habiles que le rédacteur de la pétition des marchands de vin de 1805 ou que Thonnête Levacher-Duplessis.

Déjà sous la Restauration une voix s'était fait entendre très timidement, il est vrai, et à un point de vue encore étroit, en faveur des institutions corporatives. Cette voix était celle de Sismondi alors dans tout Téclat de la renommée qu'il s'était acquise avant même son Histoire des Français par son Histoire des républiques italiennes et son Traité de la richesse commerciale. L'évolution des idées par laquelle cet auteur avait été amené malgré lui à rendre hommage au principe corporatif est digne de remarque. Dans ses Nouveaux Principes d'économie politique (1819) Sismondi débute en effet par une condamnation très nette des anciennes jurandes. Mais les souffrances des ouvriers contemporains, Tabandon auquel les condamne un individualisme forcené ne le laissent pas in différent. Il déplore TégoTsme de certains patrons ainsi que la charité mal entendue et mal réglée de beaucoup d'autres. « Chaque fabricant, écrit-il, reconnaîtra si, lorsque l'entretien d'un homme coûte 20 sous par jour, il ne vaut pas mieux les lui donner à lui-même en récompense immédiate de son travail que de lui en donner huit comme gages et douze à titre d'aumône, » et Sismondi en arrive à regretter à ce point de vue l'œuvre des corporations. « Il est bien évident, écrit-il, que si les métiers pouvaient être rétablis dans un but de charité seulement et si les chefs du métier étaient dans l'obligation de fournir du secours à tous les pauvres de leur métier, on mettrait un ternie

aux souffrances tout comme à cet excédent de production qui fait la ruine du commerce (p. 360). »

Sismondi n'insiste pas davantage sur ce projet à peine -ébauché dans ses écrits, et qui n'était sans doute chez l'historien de la France qu'un ressouvenir de l'admirable institution de la confrérie du Moyen Age. Mais le germe qu'il

avait jeté dans les esprits ne devait pas demeurer infécond et bientôt d'autres que lui allaient dégager plus clairement cette ■conception de la corporation nouvelle, non plus fermée et jalouse comme les communautés de la fin de l'ancien régime, mais ouverte à tous les travailleurs dont elle apaise les différends et secourt les misères, moderne par l'activité et l'esprit <ie progrès, chrétienne par la charité.

L'idée corporative évoquée par Sismondi fut recueillie et -développée dès le début du règne de Louis-Philippe par un ancien Saint-Simonien qui alliait à un esprit profondément religieux d'ardentes convictions démocratiques. Dans un article -^u Journal des Sciences morales et politiques, du 17 décembre 1831, Philippe Bûchez développaittout un plan d'organisation •corporative du travail dans la haute industrie. Il proposait de créer des syndicats composés mi-partie de fabricants et de contre-maîtres (ces derniers représentant les patrons), avec mission de fixer un taux minimum des salaires. Ces syndicats correspondraient entre eux, se transmettraient réciproquement tous les avis relatifs à des offres ou à des demandes •d'emplois. Ils surveilleraient l'apprentissage et l'éducation professionnelle, fonderaient des institutions de prévoyance, s'interposeraient pour la conciliation des litiges entre patrons et ouvriers. Quant aux ouvriers de la petite industrie, Bûchez leur conseillait de constituer des associations coopératives et •d'unir leurs efforts pour arriver ainsi à la fusion du travail et •du capital.

Comme Sismondi et Bûchez, le comte de Villeneuve-Bargemont, ancien conseiller d'Etat, auquel un long séjour à la tête <les préfectures de la Loire-Inférieure et du Nord avait appris

à connaître les populations ouvrières, était demeuré vivement frappé de ce fait qu*à Taccroissement considérable de la richesse publique depuis la Révolution n'avait pas correspondu une amélioration de la condition morale, ni même, en un certain sens, de la condition matérielle de Touvrier, mieux payé sans doute, mais plus exposé aux chômages et privé de toute assistance dans la vieillesse et dans la maladie. L'animosité de la classe laborieuse contre la classe riche, Tindifférence égoïste d*en haut pour en bas apparaissaient déjà à cette époque comme un danger grandissant pour le pays et pour la société. A ces maux Villeneuve-Bargemont ne croyait pas qu'il fût impossible de remédier, et dans son livre Y Économie politique chrétienne (1834) il définit très nettement les conditions nécessaires, d'après lui, à la rénovation de la société.

La première de ces conditions, c'est le réveil du sentiment religieux, base essentielle de toute société stable et que tout gouvernement clairvoyant devrait appeler à son aide pour moraliser le peuple et l'éclairer sur ses devoirs*. Mais à l'influence morale doit s'ajouter l'action plus immédiate des lois et des institutions. Villeneuve-Bargemont est ici naturellement conduit à proposer le rétablissement des institutions corporatives. Il voudrait qu'un jeune ouvrier sortant d'apprentissage fût examiné gratuitement par un jury impartial sur son instruction élémentaire et sa capacité industrielle. L'absence de certificat rangerait l'ouvrier dans la catégorie des simples apprentis. Les anciennes corporations seraient remplacées par l'association de tous les ouvriers d'une profession, qui seraient autorisés à se réunir pour choisir des syndics et délibérer sur leurs intérêts communs ; on organiserait ainsi des sociétés de secours mutuels, des écoles; mais il serait interdit de s'occuper de la fixation des salaires.

Ce plan assurément généreux donne prise à certaines critiques et renferme certaines lacunes. Villeneuve n'indique pas notamment par quels moyens pratiques se constitueront ces

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