‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 199 sur 214 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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2. Ce mémo congrès était moins bien inspiré, lorsqu'il réclamait en des termes où le fanatisme le dispute à Tignoranco l'interdiction de l'enseignement religieox qui, au dire du citoyen Finance, « apprend aux enfants dos choses ridicules {sic) «t penrertit leur conscience \ »

cédant aux syndicats de patrons et d'ouvriers une liberté dont ils n'ont fait usage que pour se combattre, et si au lieu de laisser ces dernières associations organiser la guerre de classes en attendant la guerre civile, il ne serait pas préférable d'organiser le travail en substituant à des syndicats jaloux et ennemis l'union de tous les travailleurs d'une même profession, ouvriers ou patrons, dans une corporation élargie et réconciliée avec la liberté économique.

En résumé, les socialistes exploitent habilement l'idée corporative, mais ils ne croient ni à sa vertu propre, ni à la bienfaisance de son action sociale; le syndicat ouvrier, le seul qu'ils admettent, n'est pour eux qu'une étape placée sur la route de cette terre promise, la Terre-Libre dont un de leurs romanciers Hertzka a tracé le merveilleux tableau ^ Maîtres du pouvoir, ils seraient assurément les premiers à rejeter loin d'eux un instrument inutile à l'Etat propriétaire de toutes les richesses et tyran de tous les individus.

Section III. — L'École catholique.

Repoussée avec énergie parles économistes, considérée par les socialistes comme un moyen d'action et une arme de guerre, l'idée corporative est au contraire accueillie sans réserves par les catholiques auxquels elle apparaît comme le remède le plus efficace à l'instabilité du travail, cette cause première du mal social. En se faisant les apôtres de l'idée corporative, les écrivains de l'école catholique sont d'ailleurs parfaitement d'accord avec les enseignements de leur foi: avec l'Ecriture qui en proclamant qu'il est mauvais pour l'homme

1. Die Reise nach Freiland. Dans ce roman trôa populairo on Alleinugne, et d'une lecture attachante, l'auteur décrit avec une réelle puissance d'imagination l'État collectiviste qu'il suppose fonflê par des émigrants européens dans l'Afrique orientale.

de vivre seul, lui fait par là même de la fraternité et de la solidarité un devoir ; avec la tradition de l'Eglise qui a toujours béni et encouragé les associations professionnelles dont Tesprit était conforme à la morale et à la religion. La constante préoccupation de Léon XIII a été de favoriser de tout son pouvoir le développement de ces associations. L^année même où les Chambres françaises votaient la loi qui a reconnu l'existence légale des corporations, le Saint-Père s'exprimait en ces termes dans son encyclique Humanum genus :

« Il est une institution due à la sagesse de nos pères et dont » le temps avait interrompu le cours, mais qui pourrait aujour- » d'hui encore servir de type à des créations analogues. Nous » voulons parler des corporations d'ouvriers, qui, avec la » religion pour guide, protégeaient à la fois les intérêts et » les mœurs. Si, à travers tant de siècles, ces corporations » rendirent à nos pères de si précieux services, notre temps » peut-être en retirera encore de plus grands. C'est pourquoi » nous souhaitons vivement que partout pour le salut du peuple » ces corporations soient rétablies et adaptées aux circons- » tances. »

En 1891, Léon XIII renouvelle les mêmes conseils dans sa célèbre Encyclique De conditione opificum. Il se réjouit de voir « se former partout des sociétés de ce genre, composées des seuls ouvriers ou mixtes ». Il souhaite « de voir des ouvriers chrétiens s'organiser eux-mêmes et joindre leurs forces pour secouer le joug intolérable des sociétés antichrétiennes ». Il émet le vœu « que l'Etat protège ces sociétés ».

L'idée corporative est donc, par excellence, dans le présent comme dans le passé, une idée catholique. Ses apologistes les plus ardents se rencontrent dans les rangs des catholiques auxquels la corporation rappelle de vieilles traditions de charité et de foi. Si cependant les écrivains catholiques sont unanimes à reconnaître l'excellence du régime corporatif et son efficacité sociale, ils sont loin d'être d'accord sur le

choix des moyens propres à la reconstitution des associations professionnelles, et notamment sur le rôle qu'il convient d*at-

tribuer à l'Etat dans cette œuvre d'organisation. D'une part, les catholiques libéraux veulent réserver à l'initiative privée le soin de grouper en de libres associations les patrons et les ouvriers de bonne volonté, sans demander à l'Etat son concours et sans accepter son intervention. D'autre part, un certain nombre d'écrivains et d'hommes politiques; dont le chef autorisé est M. le comte de Mun, et dont l'organe est VAssociatlon catholique^ se prononcent en faveur de l'organisation de syndicats mixtes, sinon obligatoires, tout au moins encouragés par l'Etat qui leur accorderait entre autres privilèges la capacité civile la plus étendue, en supprimant toutes les restrictions auxquelles la loi du 21 mars 1884 a subordonné cette capacité.

Catholiques libéraux. — MM. Claudio Jannet et Charles Périn. — Influence sur ces écrivains des idées de Le Play.

Tandis que le fondement même de la doctrine économique réside dans ce principe que les lois naturelles de l'offre et de la demande suffîsent à assurer l'équilibre des intérêts et l'harmonie sociale, les catholiques libéraux admettent l'existence d'un mal social et la nécessité d'y remédier. Mais économistes et catholiques libéraux se retrouvent d'accord pour condamner toute réforme qui impliquerait l'intervention directe de l'Etat, et particulièrement l'organisation de corporations obligatoires. Comme les économistes, les catholiques libéraux réclament la diffusion de l'instruction ; comme les économistes, ils font appel à l'initiative privée pour la création de caisses de secours mutuels libres et d'associations coopératives ainsi que pour l'organisation de la participation aux bénéfices. A ces remèdes classiques déjà inscrits au Codex de l'école <^ç,oYvft-

inique les catholiques libéraux, pénétrés à juste titre de celte idée que la société souffre avant tout d'un mal moral, jugent nécessaire d'ajouter Faction consolante et moralisatrice de la religion ; enfin ils conseillent la constitution d'associations professionnelles libres.

Dans le Correspondant du 25 mars 1887, un écrivain de talent professeur à l'Institut Catholique de Paris, M. Claudio Jannet\ se faisait l'interprète autorisé des catholiques libéraux en écrivant les lignes suivantes : « Autant il est utile de former » des corporations chrétiennes de travailleurs se groupant » librement et se choisissant eux-mêmes, autant il serait dange- » reux de pousser au régime corporatif, à l'organisation cor- » porative du travail national que les socialistes d'Ktat veulent » élever à la place de la constitution actuelle des industries. » Dieu nous garde de voir l'Etat moderne ajouter cette poli- » tique sociale à ses trop nombreux empiétements sur les » droits de l'individu ! » Dans son ouvrage sur le Socialisme (TEtat et la Réforme sociale le même auteur a repris celte thèse et prononcé contre la corporation un véritable réquisitoire, a L'autonomie des corporations, écrivait-il, est un leurre... Si Ton créait de véritables corporations pouvant statuer sur les

questions du travail, ce serait en drfinitive l'Etat qui aurait la direction supérieure de l'industrie. Il faudrait limiter le nombre des apprentis, empêcher les habitants des campagnes de s'établir dans les villes, aller jusqu'à apporter des restrictions au mariage des indigents et des ouvriers... Du moment que l'Etat ne garantit à personne sa subsistance, il faut laisser à tout citoyen la liberté (p. 36). » Le désir de concilier autant que possible le respect dû aux droits des faibles et le culte de la liberté du travail entraîne parfois M. Claudio Jannet à des conclusions assez inattendues où se devine la lutte intérieure entre Téconomiste et le chrétien. D'après cet auteur, théorie

1. M. Claudio Jannet qui est d(>c(jdé on 1895 pouvait cHrc considf'n' comme le représentant le plus éniînont de l'École que nous appellerons catholique libérale. Il a traité la question de l'organisation corporative du travail dans de nombnwx écrits, mais surtout dans son ouvrage, Le Socialisme d'Etat et La Reforme sociale-

quement^ le législateur, qui est le gardien de la justice dans les contrats, pourrait fixer un salaire minimum, mais cette limitation devrait laisser en dehors : 1** toutes les entreprises qui ne donnent pas de produits suffisants pour payer ce salaire minimum ; 2^ tous les ouvriers qui n'ayant pas la plénitude de leurs forces physiques ne rendent pas le travail normal. La fixation d'un salaire minimum ainsi subordonnée à l'examen de chaque cas particulier devient, on le conçoit, impossible.

En résumé, M. Claudio Jannet proposait comme remède à la crise contemporaine le patronage des chefs d'industrie, la création d'associations professionnelles chrétiennes ou corporations libres et d'œuvres coopératives, e\\ïin une action plus efficace du Gouvernement en matière de police. La religion, cela va de soi, devait être le grand facteur moral de la rénovation sociale. « C'est elle qui anéantira la question sociale, en inspirant aux patrons l'esprit de justice et de charité et en faisant accepter leur sort aux classes les moins favorisées de la fortune\ »

Un autre écrivain de la même école, M. Charles Périn, professeur à l'Université de Louvain, s'est fait le propagateur d'idées un peu différentes de celles de M. Claudio Jannet. Comme ce dernier, il condamne la corporation obligatoire dans laquelle il ne veut voir que la résurrection pure et simple des anciennes communautés d'arts et métiers ; comme lui encore, il fait appel à l'initiative charitable des patrons. Mais il se rapproche de l'école de M. le comte de Mun en ce que l'initiative privée ne lui parait pas capable à elle seule de triompher de l'égoïsme des patrons et de la haine envieuse des ouvriers ; d'après M. Charles Périn, l'intervention du législateur pourrait contribuer utilement à l'œuvre de la réforme sociale, à la condition de ne se manifester qu'indirectement et avec circonspection. « Non seulement, écrit-il, les fois peu-

1. Dos idées aa«ilogMC9 ont t'tt'î soutoniius avec tolont par M. Hubkkt Vallknoux dans un ouvrage couronne!' par rAcadémic des SciencoH morales et politiques, t.es Corporations d'arts et mcticrs et les syndicats pro fessionnels^lfi&i%^vo.'-%'^ .

» vent aider à Tinitiative des patrons, mais elles peuvent susn citer cette initiative par l'influence du système législatif » sur les mœurs. En faisant respecter le dimanche, en reconj> naissant le droit corporatif à toutes les œuvres de charité » chrétienne, elles solliciteront les masses au respect des » choses religieuses. Elles aideront au rapprochement des )) patrons et des ouvriers en accordant sans restriction Texis- » tence légale aux syndicats où les uns et les autres âe ren- » contreront^ »

Ce rapide exposé suffit à donner au lecteur une idée générale des tendances qui se manifestent à l'heure présente parmi les écrivains catholiques libéraux. Mais, il nous est impossible de clore cet aperçu des idées et du programme d'action sociale de toute une école d'écrivains, qui considèrent l'initiative privée jointe à la restauration des croyances religieuses comme le meilleur remède à la crise dont «ouffre la société contemporaine sans prononcer le nom de l'homme éminent qui les avait précédés dans cette voie et qui le premier avait dénoncé raffaiblissement des liens de famille et de l'autorité paternelle, l'abandon des traditions, la désertion des campagnes et surtout les progrès du scepticisme comme les principes dissolvants et funestes d'un mal qui dès lors inquiétait tous les esprits clairvoyants *. Dans les conclusions de son ouvrage, La Réforme sociale y M. Le Play indiquait dès 1864 les conditions qui d'après lui étaient indispensables à la grande œuvre du relèvement de la France, et avant tout il conviait les citoyens agissant à titre privé unis aux

1. Le Patron. Sa fonction. Ses devoirs p, 1886,. 7S ; cf. Le Socialisme chrétien^àn même autour.

â. Eq constatant l'influence des idées de Le Play sur les écrivains catholiques libéraux, nous ne prétendons pas dire que Le Play, bien que personnellement catholique convaincu, ait entendu la restauration des croyances religieuses dans un sens étroitement confessionnel : les hommes de bonne foi de toutes les religions étaient invités par lui à coopérer à son œuvre et beaucoup ont répondu k cet appel. Mais la religion Ccitholique étant celle de la grande majorité des Fran« çais, il est naturel que renseignement de Le Play ait exercé une influence particulièrement active sur les écrivains catholiques libéraux séduits par la profondear de ses vues et par la précision de sa méthode.

fonctionnaires exerçant Tautorité publique à introduire dans la constitution sociale du pays les réformes suivantes : « substituer la foi religieuse au scepticisme actuel et respecter en toute occasion les croyances d'autrui ; transmettre intégralement à un héritier associé digne de cette situation, le foyer et Tatelier de la famille avec les biens qui s'y rattachent..., faire concourir toutes les forces sociales, et en première ligne l'épargne individuelle et le patronage, à perpétuer la possession traditionnelle du foyer dans chaque famille, et de Tatelier chez les petits artisans des villes et des campagnes, multiplier les petits propriétaires ruraux à domaines agglomérés, etc. ^» A la loi Le Play demande aussi de nombreuses réformes : « la liberté des domaines et des testaments, la faculté d'établir des substitutions à deux degrés, rétablissement d'une institution analogue à ce qu'on nomme en Angleterre Enclosure copyhold and tithe commUsionners ayant pour mission de rendre la propriété plus libre et plus individuelle , d'aliéner les biens en main-morte dont la conservation ne se lie plus à un intérêt public, d'aliéner les biens communaux à mesure que la restauration du Décalogue rendra la stabilité aux foyers domestiques, un régime communal donnant plus d'indépendance aux cités.., etc. »

Une intelligence telle que celle de Le Play ne pouvait manquer d'apprécier à sa valeur cette grande force sociale de l'association et spécialement de l'association professionnelle. Mais, et c'est à ce seul point de vue qu'il ne nous est pas permis d'adhérer aux conclusions formulées par ce grand esprit. Le Play veut la corporation libre, c'est-à-dire non seulement ouverte, respectueuse du droit de chacun au travail et de la liberté économique, mais facultative et issue de l'initiative privée. Il faut, écrit-il, « restreindre les communautés et les corporations aux entreprises que l'activité individuelle peut difficilement aborder, encourager les corporations libres vouées au progrès matériel, intellectuel et moral de toutes les

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