Ré forme sociaUy tome IV, 6* édition, p
L'École de M. de Mun et de l'Association catholique.
C'est au fondateur de l'Œuvre des Cercles catholiques, M. le comte de Mun, qu'appartient en propre l'idée première
1. Au nombre des réformes qu'il jugeait nécessaires, Le Play plaçait encore « 1864 un régime d'enseignement conférant aux particuliers, aux universités e( aux corporations libres les attributions que l'Etat exerce maintenant dmI * propos. Sous le bénéfice de la réserve qui vient d'être faite rvlativemeot à b corporation que Le Play veut libre, c'est-à-dire facultative, et qui nous partit devoir être obligatoire, nous souscrivons pleinement au vœu ainsi exprimé p"* Le Play. L'Etat ne pourrait que gagner à »o décharger au profit des corponitieis compétentes d'une grande partie des attributions qu'il exerce souvent àTaTeogl^
2. Deux recueils périodiques sont publiés par les disciples de Le PUr. ^ Réforme sociale, organe de ta Société d'Économie sociale, compte (Kirmi ses prin-
classes de la société »(t. IV, p. 1375). Programme auquel il ne faudrait pas hésiter une seconde à se rallier, s'il était possible de croire qu'en effet l'initiative privée fût susceptible de se développer assez rapidement et assez complètement en France pour justifier la confiance que Le Play lui accordait. La formule initiale de Le Play, au surplus, demeure vraie en un certain sens . Il faut, dirons-nous avec lui, « restreindre les communautés et les corporations aux entreprises que l'activité individuelle peut difficilement aborder ». Mais il reste à savoir encore de quoi cette initiative est capable et si même elle a toujours l'énergie nécessaire pour créer ces communautés et corporations libres qui, ainsi que Le Play lui-même le reconnaît, doivent suppléer parfois à son impuissance^
L'œuvre de Le Play demeure pour ceux-là mêmes qui ne partagent pas sans restriction toutes les idées de son fondateur, l'effort le plus puissant et le plus généreux qui ait été tenté au cours de ce siècle pour réformer la société contemporaine et la diriger vers ses fins providentielles. Cette œuvre au service de laquelle Le Play avait dépensé tant de science et de dévouement a été dignement continuée par ses élèves qui pour* suivent la vaste enquête ouverte par le maître et s'efTorceni de découvrir des remèdes à toutes les misères sociales*.
de la corporation chrétienne, telle qu'elle s'est manifestée depuis par de multiples créations et telle qu'elle fonctionne encore aujourd'hui. Lui-même a raconté dans des pages éloquentes* comment au retour de la captivité de Metz, le spectacle des prisonniers de la Commune défilant la figure convulsée, les yeux brillants de haine, entre une double haie de soldats et sous les invectives de la population de Versailles, avait évoqué à son esprit l'image de la guerre sociale et la perspective d'un avenir menaçant pour la France et pour l'humanité tout entière ; comment ce spectacle lui avait suggéré le désir de rechercher les moyens par lesquels de tels maux pouvaient être conjurés ; comment enfin un prêtre, un de ses anciens compagnons d'armes et lui-même conçurent le projet d'opposer aux associations ennemies de la religion et de la société des associations chrétiennes et moralisatrices. De ce jour, l'œuvre des Cercles catholiques était fondée.
Les débuts de l'œuvre furent modestes; on ne cherchait encore qu'à grouper de bonnes volontés, à faciliter à l'ouvrier un emploi honnête de ses heures de loisir. Mais, peu à peu, l'action des cercles catholiques s'élargit. Un organe officiel de l'œuvre, V Association catholique y fut créé en 1876, en même temps que le Congrès catholique de Lille définissait en ces termes le programme du nouveau parti : « Le seul moyen de revenir à l'état paisible dont la société jouissait avant la Révolution, c'est de rétablir par l'association catholique le règne de la solidarité dans le monde du travail. » Et M. le comte de Mun faisait suivre l'énoncé des résolutions du Congrès d'un vibrant appel à l'union de tous les catholiques qui devait être le cri de guerre de la nouvelle croisade. « L'éducation morale, disait-il, voilà surtout ce qui manque; le patronage moral, voilà ce que l'ouvrier réclame, et la corporation
eipaux rédacteurs MM. Dolairo, Albert Gigot, Urbain Guérin, Hubert- Valloroux, Angot des Rotours, Eugène Rostand, Victor Brants, Bëchaux. La Science sociale publiée sous la direction do M. Dcmolins a pour principaux rédacteurs MM. l'abbé de Tourville, de Rousiers, de Préville, Léon Poinsard, Butel. t. Association catholique, 1. 1, p. 90.
ouverte, voilà ce qui paraît être la formule la plus désirable de l'organisation du travail. Le libéralisme a reculé devant les conséquences de ses déclarations .formelles. A nous de les relever! A nous, les fils de cette Eglise catholique qui porte dans ses flancs la solution de toutes les questions sociales et dont la bîenfaisaate tutelle a pendant des siècles protégé notre patrie, à nous de reprendre la place qu'il nous abandonne et de répondre au cri de détresse des travailleurs! La lutte sera rude et nous savons bien que nous trouverons devant nous toutes les forces de la Révolution. Biais qu'importe, si Dieu est avec nous*. »
Cet appel fut entendu, mais le zèle de M. le comte de Munet de ses collaborateurs se heurta, comme il l'avait prévu, à de graves difficultés : l'indifférence des patrons, les défiances des ouvriers, l'hostilité des pouvoirs publics. Après cinq ans, en 1881, on n'avait guère réussi à constituer à Paris que quatre ou cinq associations professionnelles, encore leurs membres étaient-ils peu nombreux. Ainsi, l'association des imprimeurs ne comptait que 12 membres d'honneur, 14 maîtres et 52 compagnons ; celle des orfèvres que 18 membres d'honneur, 22 patrons et 9 ouvriers; celle des ébénistes que 25 membres d'honneur, 36 patrons et 25 ouvriers . A part le Val-du-Bois, où un industriel chrétien, M. Harmel, avait cféé sous la forme corporative de merveilleuses institutions d'assistance mutuelle, le mouvement ne s'était pas encore étendu à la province où fonctionnaient cependant de nombreux cercles ouvriers.
Résumons brièvement à titre d'exemple les statuts de l'association professionnelle catholique des imprimeurslibraires-relieurs de Paris créée en 1879*. Aux termes de ces statuts, l'association se compose de maîtres, de compagnons et de membres d'honneur (art. 2). Pour en faire partie, il faut être catholique et justifier de sa capacité professionnelle
1. Association catholique, tomo XI, p. 739. 9. Ibid., tomo VIII, p. l&O.
(art. 3), s'engager à ne pas travailler, ni faire travailler le dimanche (art. 4) et à n'imprimer aucun ouvrage irréligieux
(art. 5).
L'association possède un patrimoine corporatif destiné à fonder des institutions de prévoyance (art. 6). Elle surveille les apprentis et leur assure Féducation religieuse et professionnelle (art. 8).
Les membres de Fassociation se réunissent tous les trois mois en assemblée générale (art. 12). Un comité d'honneur composé de hautes personnalités est placé à la tête de l'association (art. 13) dont la direction est confiée à un comité syndicalcomposé du bureau, du Comité d'honneur (trois membres), de cinq maîtres et de onze ouvriers élus en assemblée générale ; ce comité est renouvelable par tiers tous les ans (art. 18). Le vote dans les délibérations de l'assemblée générale a lieu non par tête, mais par ordre (une voix aux maîtres, une voix aux compagnons, une voix aux membres d'honneur) (art. 19). On devra fonder des cours professionnels, des caisses de secours contre la vieillesse, la maladie et les accidents, des caisses d'assurance (art. 26). Le maître, membre de l'association, devait toujours se rappeler « qu'il avait charge d'âme à l'égard de ses ouvriers et apprentis » (art. 20). Ceux-ci, de leur côté, devaient au maître un respect, un dévouement et un amour filial (art. 23).
Le peu de succès des premières tentatives ne découragea pas M. le comte de Mun et ses collaborateurs. Ils poursuivirent leurs efforts avec un zèle et un courage qui portèrent enfin leurs fruits. Aujourd'hui la corporation chrétienne fonctionne et prospère dans plusieurs grandes villes. Dès 1888, la corporation chrétienne des tisseurs lyonnais, bien que n'ayant que deux ans d'existence, comptait parmi ses membres 70 fabricants, 60 employés et 1,200 ouvriers ^ Des corporations s'étaient fondées à Angers (10 associations), à Marseille (syndicat du bâtiment), à Saint-Etienne (passementiers et armu-