Ibid.^ t. XXXII, année 1891, p
l'égard des membres de toute la profession, » La déclaration de principes est, on le voit, de toute clarté et les idées du P. de Pascal diffèrent, on le voit, singulièrement de celles dé M. Harmel ou de M. le comte de Bréda.
Mais il y a plus. Ces tendances, d'ailleurs encore assez mal caractérisées vers un appel à l'intervention de l'État semblent avoir influé sur les décisions du conseil de l'Œuvre lui-même, et tout en déclarant, il est vrai, que la reconstitution des corporations ne saurait être l'œuvre de décrets a priori^ un avis de ce conseil ajoute aussitôt : « Lorsque cette renaissance (de la corporation) se sera manifestée par un commencement d'existence, ce sera à la loi de la reconnaître en droite de la fortifier par des privilèges y de la diriger par certaines règles vers son développement politique, » De là à la corporation obligatoire, il est permis de dire que la distance n'est pas grande, et l'on a vu que certains écrivains de cette école l'avaient déjà franchie. Aussi est-il permis de trouver quelque peu rigoureux le désaveu public (on serait presque tenté de dire l'excommunication) encouru en 1886 par un écrivain de cette école, M. Lœsevitz, auquel, à ce point de vue du moins \ on ne pouvait guère adresser d'autre reproche que d'avoir formulé avec plus de franchise et surtout de logique, des idées sinon identiques du moins très voisines de celles qu'ont exprimées depuis lors avec l'approbation implicite du conseil de l'Œuvre, M. Delalande et le P. de Pascal. M. Lœsevitz n'hésitait pas à se déclarer sans ambages partisan de la corporation obligatoire. «11 devrait suffire, écrivait-il, de se rendre compte des causes qui ont provoqué partout la formation d'associations professionnelles et du but qu'elles poursuivent pour comprendre que Taction d'associations libres est et devra rester toujours impuissante au point de vue de l'intérêt social. Une association professionnelle ne pourra régler
1 . Nous croyons devoir faire cette rusorvc, car les articles de M.Lœsovitz renfermaient à d'autres points de vue certaines audaces de plume dont a pu s'alarmer la prudence du conseil do l'CEuvro.
d'une façon satisfaisante les questions de salaire et les conditions du travail, elle ne pourra contribuer à la réforme et au progrès de l'enseignement professionnel, de l'apprentissage, qu'à la condition de réunir sinon la totalité, du moins la grande majorité de ceux qui exercent cette industrie, et de les réunir par une institution qui offre des garanties sérieuses de stabilité... L'isolement égoïste des uns, l'inertie des autres, tels sont les obstacles que rencontre le développement des associations libres. Il est à peu près impossible, dans l'état de choses actuel, que des associations libres puissent réunir une fraction quelque peu considérable des membres de la même profession \ n M. Lœsevitz faisait ensuite avec une logique impitoyable le procès du système bâtard de la coi'poration privilégiée réclamée par le conseil de l'Œuvre et formulait ce dilemme : « Si les privilèges que le législateur serait disposé à conférer aux chambres syndicales n'ont aucune valeur réelle, comme cela sera presque toujours le cas, la situation actuelle ne sera pas changée. Si au contraire ces privilèges sont de nature à rendre diffîcile la situation de ceux qui refuseraient de donner leur adhésion à la Chambre syndicale, on ne fait autre chose que d'établir d'une façon indirecte l'obligation *. » M. Lœsevitz se prononçait donc en faveur du principe de l'obligation. « L'organisation du travail que nous réclamons, écrivait-il, n'exige autre chose que l'application de ces deux principes : en premier lieu, que la hiérarchie dans le monde du travail ne doit reposer que sur le degré de savoir professionnel, ensuite que tous ceux qui exercent une industrie quelconque deviennent ipso facto, aussi longtemps qu'ils l'exercent, membres d'une corporation professionnelle leur assurant des avantages inappréciables =*.» Ce programme fut jugé trop hardi par le conseil de l'Œuvre, qui répudia par une déclaration publique toute