Ibid.f tf XXI, p
solidarité avec les idées de M. Lœsevilz, lesquelles n'étaient pourtant, nous croyons l'avoir démontré, que la conséquence logique du système admis par toute une fraction de cette école. La corporation privilégiée que réclame le conseil de TŒuvre n'est en effet qu'une réduction de la corporation obligatoire.
Entre ces deux systèmes, la corporation libre et la corporation obligatoire, la plus haute autorité morale du monde, celle du chef suprême de l'Eglise, s'est-elle prononcée? On l'a soutenu et les partisans de la corporation libre ont prétendu que Léon XIII, dans son Encyclique De conditione opificum^ s*était formellement déclaré en faveur de leur opinion. Celte prétention ne parait pas justifiée ; il suffira de rappeler les propres termes de l'Encyclique pour s'en convaincre : « Si, contraint par la nécessité, l'ouvrier accepte des conditions trop dures..., c'est là subir une violence contre laquelle la justice proteste. . Mais de peur que, dans ces cas, les pouvoirs publics n'interviennent importunément, il sera préférable ([n'en principe la solution en soit réservée aux corporations ou aux
syndicats, ou que l'on recoure à quelque autre moyen, même
si la cause le réclamait, avec le secours et l'appui de l'Etat (accedcnte y si rcs posiulaverit, tutcld prœsidioque rcipublicw). n Léon XllI recommande donc pour la conciliation des différends du capital et du travaill'intervention des corporations, de préférence à celle de l'Etat ; mais il ne résout pas la question de savoir si la corporation elle-même sera libre ou obligatoire. Le Saint-Père ajoute, il est vrai, « que l'Etat protège ces sociétés fondées selon le droit, que toutefois il ne s'immisce pas dans leur gouvernement intérieur, car le mouvement vital procède essentiellement d'un principe intérieur... », mais Léon XI 11
condamne ici non pas l'action initiale de l'Etat créant des corporations publiques, mais son immixtion continuelle et vexatoire dans le fonctionnement des corporations ainsi créées. 11 serait difficile d'expliquer autrement comment l'intervention de l'Etat admise expressément par le Pape
toutes les fois qu'un intérêt social la réclame [si res postulavcrit) pourrait être condamnée par lui a priori sur un point qui divise si profondément les économistes catholiques. La vérité est que le Saint-Père, avec l'admirable clairvoyance et la hauteur de vues qu'il a toujours apportées dans l'examen des questions sociales, se borne à recommander aux nations catholiques le rétablissement des institutions corporatives comme un des moyens les plus propres à contribuer au rapprochement des classes et à la réconciliation de ces deux grandes forces ennemies, le travail et le capital, tout en laissant à chaque pays le soin d'organiser ces institutions bienfaisantes avec ou sans l'intervention de l'Etat, selon que les circonstances exigeront ou non cette inter\*ention.