Études sur Vindustrie au Xllh siêcte, 1877, p
LA CORPORATION AU XIIP SIKGLE 12>
« Les boutiques, écrit cet auteur, s'ouvraient sur une grande arcade divisée horizontalement par un mur d*appui et en hauteur par des montants de pierre ou de bois. Les baies comprises çntre ces montants étaient occupées par des vantaux. Le vantail supérieur se relevait comme une fenêtre à tabatière; le vantail inférieur s'abaissait et, dépassant Talignement, servait d'étal et de comptoir. Le chaland n'était donc pas obligé d'entrer dans la boutique pour faire ses achats. Le public voyait plus clair au dehors que dans les boutiques qui, à la différence des grandes vitrines de no^ magasins, ne recevaient le jour que par des baies étroites. Les auvents en bois et en tôle, les étages supérieurs qui surplombaient le rez-de-chaussée venaient encore assombrir le jour. »
C'est sur le seuil de ces boutiques obscures, où retentissait sans cesse le bruit des instruments de fabrication, que le marché se débattait. Les denrées n'étant presque jamais vendues à prix iixe, la fixation du prix faisait, entre les parties, Tobjet de longs pourparlers qui, souvent, n'aboutissaient pas. Mais le problème le plus difficile à résoudre pour les législateurs des métiers avait été la réglementation de la concurrence et la conciliation des divers intérêts en jeu. Chaque industrie, ayant son centre dans un quartier pai*ticulier et les marchands d'une même rue vendant pour la plupart les mêmes denrées, des conflits se pi^oduisaient fréquemment entre ces voisins qui se trouvaient être des concurrents. Un chaland se présentait-il pour examiner et soupeser une paire de chaussures exposée à l'étal d'un cordonnier, et paraissait-il trouver le prix trop élevé, aussitôt les cordonniers voisins, attentifs à celle scène, interpellaient le client du fond de leur boutique ou même en sortaient pour l'assiéger de leurs sollicitations, lui promettant meilleur marché et qualité supérieure. Fureur du marchand à la devanture duquel le client s'était d'abord arrêté, échange de mots vifs et parfois rixe générale, telle était la scène qui se produisait trop fréquemment. Les règle-
irients avaient dû prévoir ces incidents de la vie commerciale <»t s'étaient efforcés d'y metti'e bon ordre, a Si, dit le statut des cuisiniers ^ , aucune personne est devant estai ou fenestre de cuisinier pour marchander ou achater desdits cuisiniers, si un autre l'appelle devant que l'on soit parti de son gré de Testai ou fenestre, si soit on en la peine de cinq sols. » Les nombreux procès, dont font mention les Registres du Châtelet, piH>uvcnt combien peu ces prescriptions étaient respectées.
D'autres dispositions restrictives de la concurrem^e, ont pour objet la réglementation des opérations relatives à l'achat lies matières premières. La condition essentielle pour vendre bon marché et réaliser des bénéfices, c'est en effet d'acheter la matière première à un prix avantageux. Or, il était à <'raindre que certains marchands plus riches et plus actifs que leurs confrères n'achetassent pargrandes quantités les denrées nécessaires à la fabrication, ce qui leur eût permis de faire la loi du marché et de ruiner leurs roncurrenls en vendant au- <lessous du tarif ordinaire. Cette éventualité qui dans l'état économique actuel ne soulèverait aucune protestation ne pouvait être acceptée aussi facilement par une législation strictement égalitaire qui avait pour but et pour règle le maintien de l'équilibre économique entre les membres d'un même corps d'état. Aussi les règlements deâ métiers édictentiJs tout un ensemble de prescriptions contre ce genre d'accapai*ement.
En premier lieu, il es^t interdit aux marchands d'aller audevant des convois qui par eau ou par terre apportent dans Paris les matières premières et de se rendre acquéreurs par avance au détriment des autres maîtres des denrées ainsi envoyées. Le statut des poulaillers fixe à deux lieues le rayon auquel s'étend cette interdiction (t. lxx, p. 179). Celui des regratiers [t. x, p. 34) leur défend d'acheter les œufs et les