ChauHsiers, t. LV, p
chand qui possède un ouvroir est permis les jours de marché à celui qui ii*en a pas. *
Néanmoins de véritables corporations de marchands ambulants ou colporteurs s'étaient constituées et les métiers étaient obligés de compter avec elles. Les crieurs à la cote et à la chape notamment faisaient aux fripiers une sérieuse concun*ence. Ces petits marchands étaient obligés, pour exercer leur industrie, d'acheter le métier de friperie, mais ils ne jouissaient pas des droits attachés à la maîtrise, notamment de celui de lotissement, ni de l'électorat aux offices de jurés. Leur rivalité «av^c les maîtres, était permanente, et ces derniers réclamaient avec insistance du pouvoir royal Tabolition du marché Saint-Séverin, dont les crieurs avaient réussi à faire un centre de transactions fort animé.
Halles et Marchés, — Le plus important de tous les marchés de Paris, le centre de tous les approvisionnements et de toutes les transactions était aux Halles. La Halle des Champeaux, comme on l'appelait alors, occupait tout l'espace compris de nos jours entre la rue Saint-Honorc et la pointe Saint- Eustache. Cet espace était en partie couvert d'étaux, de boutiques et d'échoppes, où vendaient des marchands sédentaires qui payaient un loyer, tandis que les marchands forains vendaient sur le carreau de la halle. Au centre des Halles, se dressaient de vastes bâtiments en bois, les Halles proprement dites, qui se subdivisaient elles-mêmes en plusieurs parties, Kelon l'usage auquel elles servaient et la province dont étaient originaires les marchands qui y vendaient ; on distinguait ainsi les Halles de Douai, de Bruxelles, d'Amiens, de Rouen, de Beauvais. a Le Pilori, sorte de tour couverte avec une armature tournante, à la hauteur du premier étage, s'élevait au milieu du marché de la mairie ^ » Une fontaine construite au XIII* siècle s'élevait à côté du Pilori.
1. Paris en i3/î0, par M. Lkorand. Col ouvrage fait partie do la collection «le l'Histoire générale de Paris, publiée sous les auspices du Cottscîi municipal.
L*auteur du Traité des louanges de Paris, Jean de Jandun, décrit en ces termes l'aspect des Halles de Champeaux en 1323 : « Là, le joyeux séjour des plus agréables divertissements offre en de très grandes montres pleines do trésors inestimables, toutes 4es espèces les plus diverses de joyaux réunis V Là, si vous en avez le désir et les moyens, vous pourrez acheter tous les genres d'ornements que l'industrie la plus recherchée, l'esprit le plus inventif se hâtent d'imaginer pour combler vos désirs... Dans quelques endroits des parties inférieures de ce marché, et on peut dire sous des amas, des monceaux d'autres marchandises, se trouvent des draps plus beaux les uns que les autres : dans d'autres, de superbes pelisses, les unes faites avec des peaux de bètes, les autres avec des étoffes de soie, d'autres enfin, composées de matières délicates et étrangères, dont j'avoue ne pas connaître les noms latins. Dans la partie supérieure de l'édifice qui forme comme une rue d'une étonnante longueur, sont exposés tous les objets qui servent à parer les diverses pai*ties du corps humain; pour la tête, des couronnes, des tresses, des bonnets, des peignes d'ivoire pour les cheveux, des miroirs pour se regarder, des ceintures pour les reins, des bourses pour suspendre au côté, des gants pour les mains, des colliers pour la poitrine. Dans ces lieux d'exposition, les regards des promeneurs voient sourire à leurs yeux tant de décorations pour les divertissements des noces et les grandes fêtes, qu'après avoir parcouru à demi une rangée, un désir insatiable les pousse vers une autre, cl qu'après avoir traversé toute la longueur, une insatiable ardeur de renouveler ce plaisir, non pas une fois, ni deux, mais indéfiniment, leur ferait recommencer l'excursion, s'ils en voulaient croire leur désir : insatiatus oblcctationis affectas, non soluht semcl ncque
Il •> It*tn niqutdcin jucundUntit» ainonissinifc iimiiBio IficiAbuildii ftbl) lii(?siuiiabiltum prcciosionim gaxophilnciis pcnnaximii» cuoctnd et univè^siis jocaliuiii spccics.t. prœsentiiti •
bis, scil quasi infinitus, ad principiuni refleciendo, si ratio sibi credcret, inspcctiones faccret itéra ro^ ».
C'est sur cet eniplacement, qu'une fois par semaine, le samedi généralement, se tenait le marché des denrées de Talimentation. Chaque corps d'état disposait, pour débiter ses produits, d'un local particulier; il y avait ainsi les Halles de la draperie, de la mercerie, de la pelleterie, de la chapellerie, de la poissonnerie de mer et d'eau douce» etc. Les marchands des provinces étaient admis ù y apporter leurs produits lorsqu*ils ne disposaient pas de locaux spéciaux.
Ces concessions, du reste, n'étaient pas gratuites et donnaient lieu à la perception au profit du roi de droits de huilage. Ainsi chaque charretée de pain introduite au marché de Paris devait acquitter deux deniers, chaque charretée de blé un denier*. A ces droits s'ajoutaient ceux de tonlicu que nous étudierons bientôt et les péages du Petit-Pont qui conduisait au quartier Saint-Jacques, celui des Halles.
Certains métiers avaient organisé des marchés en dehors des Halles. Nous avons déjà mentionné le marché Saint-Séverin fréquenté par les fripiers ambulants ; on peut encore citer Je marché de la place Maubert où se déliitait le dimanche matin le pain dit de Garlande'.
I-.e règlement des halles el marchés de Paris était des plus rigoureux. Le matin, la cloche donnait le signal de l'étalage et le soir celui de la clôture. Pour assurer la fréquentation des marchés, il était enjoint aux maîtres de plusieurs métiers de fermer leurs ouvroirs les jours de marché*. Les contrevenants étaient passibles d'une amende.
Les revenus tirés par le roi des droits de hallage suffisent
ii PûtU H set Hijttorieng , par Lk Houx uk Li>cy, et Tls^KWAND, p. bi* Mris, I86T1 (Collection <lv THistoir» gcnémlc du Paris.) It Livrt det Métier*, U" partie, t. IX, X. 3i Livre de* Métiers, II« partie, t. IX, p. 311.
4. C'cftt-à-dirc le» vendredi» et Miniodii* pour une vingtaine de inétienij t>l luA Mtmudiq Henleniont pour une douzaine; Dkppinu, %31i
à donner une idée de l'importance des transactions qui s'y effectuaient. Le total de ces revenus s'élevait à 908 livres 10 sols 4 deniers parisis*, somme considérable pour l'époque, puisqu'elle représentait le treizième de la taille totale payée par Paris.
Foires, — Si les marchés étaient le rendez-vous des marchands de Paris et des environs, les foires étaient des centres d'affaires .beaucoup plus étendus où les denrées affluaient de toutes les parties de la France et de l'étranger. Paris avait la foire Saint-Germain, la foire Saint-Ladre tenue |
aux Halles le lendemain de la Toussaint, enfin le célèbre Lendit tenu dans la plaine Saint-Denis du 11 au 26 juin'. Des foires se tenaient encore à Narbonne, à Rouen (foires de la Chandeleur et de Saint-Romain j, à Beaucaire ; mais nulle part l'animation n'était si grande qu'aux foires de Champagne ]
auxquelles étaient conviés « chrétiens et mécréants ». Là s'étalaient le cuir de Gordoue et les peaux d'Espagne, les laines d'Angleterre, les brocarts de Gênes, les fourrures de Scandinavie. Les vers suivants d'un poète du XII* siècle' donnent une idée de cette immense étendue de campagne toute couverte des marchandises du monde entier.
A la côte du grand chemiD Est la foire du parchemin Et après trouvai les pourpoints.
Puis la grande pelleterie. ..
Puis m'en revins en une plaine Là où l'on vend cuirs crus et laine,.» Après les joyaux d'argent Qui sont ouvrés d'orfèvrerie. . ,
A Paris, un prévôt spécial attaché à chaque foire était autorisé à percevoir de tout marchand y tenant étalage une