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II. — Du valet. Son salaire. Ses dépenses

Dans les chapitres qui précèdent, nous avons retracé les règles relatives à la fabrication et à la vente. Nous étudierons dans le présent chapitre la condition économique du maître et du valet i ouvrier).

l^^ Section. — Condition économique du maître. Taxes sur rindustrie. La fortune privée des artisans d'après le Registre de la Taille de 1292.

Le lecteur n*attend pas de nous dans ce chapitre rétablissement du budget d'un maître artisan au XI 11^ siècle, c^cst^à-' dire le décompte exact de ses recettes et de ses dépenses.

Pour entreprendre une pareille tâche, il faudrait avant tout ouvrir une enquête minutieuse sur le prix de revient et le prix de vente de chaque denrée, évaluer avec précision toutes les charges qui pesaient sur Tartisan et déterminer ainsi, d*une manière certaine, son bénéfice net, c'est-à-dire un élément qui varie avec chaque ville et avec chaque marchand. De telles investigations, d'une nature particulièrement délicate, ne peuvent être entreprises que pour une époque déterminée et pour une industrie particulière, et encore si la bonne étoile 4e Thistorien lui permet de recueillir ^ur l'objet de son travail

un ensemble de renseignements qui servent de point de départ et de fondement à des conclusions raisonnées. Au surplus, de telles conclusions ne sont jamais susceptibles de généralisation.

Le but que nous poursuivons dans ce chapitre est infiniment plus modeste. Nous nous proposons de donner au lecteur le moyen de se faire une idée d'ensemble de la condition économique des gens de métier au XIII* siècle, de se représenter la vie qui leur était faite, le rang qu'ils occupaient dans la société, la fortune qu'ils pouvaient acquérir. Celte étude de la condition économique de l'artisan aura pour base un document d'un intérêt tout spécial pour l'histoire des gens de métier : nous voulons parler du Registre de la Taille de 1292, dans lequel la fortune privée de chaque habitant de Paris se trouve implicitement déterminée. Avant d'aborder l'étude des renseignements, énumérons les charges fiscales autres que la taille qui pesaient sur les gens de métier de Paris ou des provinces.

• ' Les gens de métier, comme les bourgeois et les paysans, avaient à acquitter les impôts suivants :

1° La taille, dont nous nous occuperons bientôt tout spécialement ;

2® L'impôt personnel du service militaire, c'est-à-dire le service du guet ou de la milice ;

3° La dîme ecclésiastique, c'est-à-dire une redevance variable perçue par le clergé. Le concile d'Arles (813) avait déclaré la dîme exigible, même sur les bénéfices des marchands et les salaires des artisans. Cette législation fut modifiée par la suite, et la dîme ne fut plus perçue que sur les produits du sol.

Certains impôts directs étaient spéciaux aux gens de métier. Ces impôts étaient les suivants :

1** Les droits perçus par le roi ou les jurés pour l'achat du métier. (Nous avons indiqué la quotité d'un certain nombre de ces droits.)

LA CORPORATION AU Xlir SIÈCLE 137

2* Les cotisations et redevances périodiques.

3® Le chevage ou capage, sorte de eapitation de quatre deniers levée sur les marchands et manouvriers sans héritage.

4^ Le hauban. Cet impôt qui, primitivement, consistait en un muid de vin, fut transformé par Philippe I*^ en une redevance de 6 sols pour les maîtres dits à hauban complet, avec augmentation ou diminution proportionnelle pour les autres maîtres^ Le hauban était une taxe d^une nature particulière moyennant le paiement de laquelle nombre d'autres taxes indirectes, le tonlieu notamment, étaient réduites ou supprimées. Le hauban était considéré, du moins eu principe, comme une faveur. Tous les métiers n'en jouissaient pas, et il fallait en obtenir du roi la concession personnelle, si Ton n'appartenait pas à un métier haubanier^ Au surplus, le hauban n'était pas obligatoire, et le règlement des talemeliers, métier qui jouissait du hauban, constate l'existence de talemeliers non haubaniers.

Impôts indirects, — Ce sont les plus nombreux. Ils comprennent :

1® Les droits et monopoles féodaux, dont les principaux étaient : a. les droits de pesage et de mesurage de diverses marchandises. A Paris, le prévôt était détenteur de poids types dits poids le roi où les denrées étaient pesées ; le droit de mesurage du blé ou minage était d'un denier la mine.

b. Les hanalités ou droit exclusif pour le seigneur de moudre tout le blé ou de cuire tout le pain, ou de presser toutes les vendanges ; ces droits remplacés le plus souvent par des redevances en argent ou en nature avaient plus ou moins d'étendue selon les régions. A Paris, les Templiers possesseurs d'étaux ne permettaient pas sur leurs terres l'établissement de boucheries et soutinrent à ce propos un procès contre la corporation*.

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