‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 42 sur 214 · De Camob, V* Halhanmun · texte numérisé non relu

De Camob, V* Halhanmun

S. livre des Métiers^ p. 399.

S. Charte de 1358. Ordonnance» des Rois de France, t. III, p. 960.

Enfin, c. le hanvin, r/est-à-dire le droit que possédait le seigneur de suspendre tout comnierre de vin au détail jusqu'à réroulement de sa vendange. Le roi lui-même usait de ce di'oii et faisait vendre son vin dans les rues par les crieurs publics^

2** Droits de transit et de passn«;e. Ces taxes (Comprenaient :

a. d Le conduit de tous avoirs. \Lii\ des Métiers, II® partie, t. Vlll) ou redevance perçue pour le transit de toutes les denrées qui pénétraient dans Paris ou dans une certaine zone d'octroi comprise entre le pont de Charenton au sud, Lagny et Meaux à l'est, Senlis au noi*d, Poissy à l'ouest. Cette taxe était de deux sous par charretée et de douze deniers par somier fcharge d'une béte de somme). En étaient exempts les clercs et les chevaliers pour les objets à leur user, tous les bourgeois de Paris et les habitants de certaine villes, Lorris, Chûteau-Ijandon, la Rochelle. La marchandise réexportée ne payait pas le droit.

b. « Le droit de chaussée (4 deniers) était une variété du précédent. Il était dû pour les marchandises qui sans entrer dans Paris pénétraient dans la zone sus-indiquée. i Liv. des Métiers^ II® partie, t. I.)

c. tt Le péage du Petii-Pont [Liv, des Métiers , W pai*tie, t. 11) dont le taux était variable. I^es bourgeois de Paris en étaient dispensés pour le blé de leurs terres, le vin de leurs vignes ou acheté à leur usage.

d. a Le rouage * était un droit perçu sur le vin exporté de Paris. Le marchand qui ne faisait que réexporter son \an invendu à Paris en était exempté si le fût n'avait pas été décharge.

e. « Diverses taxes de navigation : le liage et la montée de Marne, le rivage de Seine.

3° Droits perçus sur la mise en vente :

a. « Le tonlieu ou droit de stationnement exigible des mar-

1. De no» jour» «ncoro certains ivouverains se font ainsi fabricants ot débi" tant» de boisson. Une dos curiosités de Munich est la Hœfbrau, ou brasseri*^ appartenant au roi de Bavière; le premier venu peut y venir boire la bière du roi*

%, lAyrt 4ef Métiers^ II* partie, t. III, p. 395,

rhands qui venaient écouler leurs denrées dans les marchés. Ce mot de tonlieu était parfois aussi employé dans un sens différent et désignait un droit de circulation mal défini qui frappait le transport des marchandises dans l'intérieur de Paris : « Si hom de Paris achète marchandise à Paris, quile l'en doit porter en sa meson sans donner paage, por (pouiTUi qu'il en ait doné son tonlieu. (XiV. des Met,, p. 286.) Ce droit était, pour le blé, de deux deniers par charretée.

b. Les droits de hallage ou d'estalage qui frappent non plus le stationnement, mais la mise en vente des marchandises ; chez les escueilliers, chaque étal acquitte un denier (i^iW., p. 113).

Les bourgeois non marchands de Paris ne devaient ni tonlieu, ni hallage pour le blé de leurs terres, s'ils ne le faisaient porter aux halles à cheval ou en charrette, c'est-à-dire s'ils le vendaient par petites quantités. Les clercs, les escuyers et les gentilshommes sont exemptés de ces taxes.

c. Le c/ianielage ou droit sur la vente du vin en détail ou en gros dans Paris [Lwre ries Métiers, H. Pie, t. VII). Il pesait exclusivement sur le vendeur et n'était exigible du bourgeois de Paris que s'il avait acheté dans la ville même et non importé du dehors le vin qu'il revendait. A ce droit s'en ajoutait tous les trois ans un autre dit ceinture de la Reine.

Telles étaient les principales charges qui pesaient sur le commerce. Ces charges étaient-elles suffisantes pour empêcher les gens de métier de s'enrichir ? Quelle était au XIII* siècle la condition économique du maitre artisan? Un document historique d'un rare intérêt permet d'aborder l'étude de cette question et de se faire une idée au moins approximative de la fortune privée des Parisiens au XIIP siècle. Ce document n'est autre que le Registre de la Taille de 1292, c'est-à-dire les rcSles officiels qui servirent à la perception de cette taxe * .

y Registre de la Taille de i?9V. publié par M. Gkhaud. Collection de» Uoçmnï*nt8 imkliu, 1837,

La taille était un véritable impôt sur le revenu. A l'origine, cet impôt n'était dû que dans des circonstances exceptionnelles : lorsque le seigneur faisait la guerre, pour le mariage de la fille du seigneur ou lorsque son fils était armé chevalier, lors du départ du seigneur pour les Lieux-Saints ou pour sa rançon. La taille avait encore au Xlll* siècle un caractère à la fois réel et personnel ; elle frappait non seulement les revenus des immeubles, mais ceux des meubles et aussi les bénéfices industriels. Ainsi les valets et artisans, bien que ne possédant pas d'immeubles, étaient imposés sur leurs gages et les plus fortes cotes étaient celles des I^ombards dont la fortune était presque exclusivement mobilière.

Les bases de la perception de la taille étant connues, est-il possible de trouver dans les rôles de la taille des indications permettant d'évaluer avec précision les revenus et par suite la fortune privée des gens du métier ? Théoriquement l'affirmative devrait être exacte. En effet la taille étant un impôt sur le revenu et la cote imposée représentant théoriquement le cinquantième du revenu du contribuable \ il devrait suffire de multiplier par cinquante le chiffre de celte cote pour déterminer le revenu imposé. Mais la plus grande circonspection est de rigueur lorsqu'il s'agit d'apprécier les résultats d'une opération fiscale aussi complexe que la taille ; si nous connaissons en effet les bases théoriques de la perception de cet impôt, nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur le mode d'évaluation auquel avaient recours les agents du fisc ainsi que sur les tempéraments qu'ils apportaient dans la pratique à l'accomplissement de leur mandat.

1. L'ortlonnanco qui prescrit la levée de la taille clo 1292 n'indique pas, il est vrai, la proportion des cotes avec le n*vcnii imposable. Mais trois ans plus tard, une ordonnance du 13 janvier 1293 (Orrj. des Rois de Fr,y XII, 333) ordonne de lever une nouvelle taille du cinquantième des biens dans tout le royaume. Cette même proportion paraît s'être maintenue dans toutes les tailles perçues au XIV* et au XV* siècle. Nous croyons donc pouvoir adhérer a l'opinion do M. Gnraud, qui considère le cinquantième comme la proportion légale ayant existé entre la taille et le revenu imposable pendant tout le règne de Philippe le Bel.

LA CORPORATION AU XIIl** SIÈCLE 141

Quelles charges étaient déduites du revenu brut imposable ? des détaxes n'étaient-elles pas accordées aux contribuables les plus pauvres*? D'autre part, au XIII* siècle comme à toute époque, Tintérêt privé devait recourir à des artifices de toutes sortes (réticences, fausses déclarations, etc.,) pour soustraire à la connaissance du fisc une partie des revenus soumis à la taxation.

11 faut donc se garder de considérer comme ayant une valeur absolue et comme susceptibles de permettre une évaluation rigoureusement exacte des revenus industriels au XIII* siècle, les indications qui vont être fournies et que nous avons extraites du Registre de la Taille de 1292, en les groupant, afin d'en faciliter l'intelligence au lecteur. Néanmoins et sous réser\'e de ces observations, l'étude des cotes de la taille de 1292 présente encore un réel intérêt historique. Si large que l'on fasse la part de l'erreur, un impôt sur le revenu perçu sous une administration régulière et après une enquête approfondie, comme le fut certainement celle qui précéda la publication des rôles en 1292, permet toujours de se faire une idée au moins approximative de la fortune privée à l'époque où elle a été conduite : que les revenus réels des Parisiens aient été supérieurs en moyenne d'un nnquième, d'un quart ou même d'un tiers à ceux qui sont accusés par le Registre de la Taille, c'est possible et nous dirons même c'est probable. Nous signalerons nous-même une catégorie d'artisans, ceux de la dernière classe, pour lesquels le rapport de 1 à 50 réputé équivalent à la pi^oportion entre la cote et le revenu est évidemment trop faible. Mais pouvoir estimer même très approximativement la fortune privée des gens de métier au XIII* siècle, c'est encore une véritable bonne fortune. Or, celle estimation, nous la trouvons

!■ On sait roulement quo \vh hion» mobilier!* étaient cstltnôiK à la moitié dos iniintHiblofl. La taille était répartie par douze élus choisict cux-raèmes par trente Ou quarante notable». La base de la fixation du revenu était la déclaration du contribuable} la fausi»e déclaration était punie d'une amende (Gkraud, p. 556).

implicitement renfermée dans le Registre de la Taille dont les indications ne peuvent sans doute être acceptées sans;; réserves, mais ne sauraient pas non plus sans injustice être frappées d'une suspicion générale ni récusées sans motif.

Quelques notions sur les monnaies du XIII® siècle et sur leur valeur comparée à celle des monnaies modernes sont indispensables pour Tintelligence de ce qui va suivre.

L^anité monétaire la phi» ord maire au moyen ûgc était la ' livre tournois, simple monnaie de compte qui se subdivisatit en vingt sous, chaque sou tournois valant à son tour douz.e deniers. A Paris, une autre monnaie avait cours; c'était la livre parisis qui valait 25 sous tournois, soit un cinquième en sus de la livre tournois*, absolument comme de nos jour» ^^ mark allemand vaut 25 sous (ou, pour employer les term^^ légaux, 1 franc 25 centimes) de notre monnaie française. !-•* livre parisis se subdivisait elle-même en 20 sous, chaque soii parisis comprenant lui-même 12 deniers*.

Mais il ne suffit j)as, on le conçoit aisément, de reproduîï'^ le prix des salaires ou le montant des cotes de la taille énoncés en livres tournois ou parisis pour donner au lecteur <i" \W^ siècle une idée exacte de la rémunération que Tarlisan pouvait retirer de son travail ou de Timportance de la contribW" tion qui lui était imposée ; il faut encore rechercher ce quf représentent en monnaie moderne ces monnaies anciennes, convertir en francs et en centimes ces livres, ces sous et ces deniers d'autrefois. Cette conversion constitue l'un des problèmes les plus compliqués de notre histoire économique ; il parait utile d'indiquer rapidement dans quels termes se pose ce problème.

La conversion des monnaies anciennes en monnaies nio-

1. £a Flandre la livro parittin ne valait, au contraire, que 12 sons 6 donitfi^ tournois.

2. Il cxii^tait encore nombre d'autres monnaies locales : la livre do Provins, la livre angevine égale au tournois, la livre du Mans qui valait le double, Ctc; Nous ne nous occuperouM que des deux monnaies les plus usuelles : la HtW tournois et la livre parisis,

flernes suppose rexamen de la double question suivante : 1" Quel était à l'époque prise comme objet d'étude le pouvoir nominal de la monnaie ancienne par rapport à la monnaie moderne, c'est-à-dire quelles variations a subies jusqu'à nos jours la valeur de ï argent métal? 2° Quelle a été depuis celle époque jusqu'aux temps modernes la dépréciation subie parla valeur d'échange de l'argent, par comparaison aux denrées nécessaires à la vie ou plus généralement à toutes choses ou services appréciables en argent ? autrement dit quel était le pouvoir réel de l'ancienne monnaie par rapport à la monnsfe Mioderne? Examinons tour à tour chacune de ces deox questions.

1° Pouvoir nominal de l'argent. 1^ détermination du pouvoir nominal de l'argent est l'opération qui consiste à évaluer pour une époque déterminée la valeur de l'argent métal exprimée en monnaie moderne. L'appréciation du pouvoir nominal de l'argent suppose la fixation préalable du prix du marc d'argent fin (245 grammes) aux diverses époques de l'histoire ; raaij« cette fixation du prix du marc elle-même ne suffît pas toujours à permettre l'évaluation de la valeur, même nominale de la livre tournois ou de la livre parisis : en effet, les altérations de monnaie ont souvent permis, en abaissant le litre de ces monnaies, de tirer du marc d'argent un nombre de livres tournois supérieur à celui qui correspondait au rapport normal. « Si le marc d'argent, valant cinq livres, on abaisse le titre de la monnaie de moitié, le même poids d'argent vaudra nominalement dix livres ; de même, si l'on déclare que la somme du numéraire représentant 245 grammes d^argent et que Ton appelait « cinq livres », sera désormais appelée « dix livres » ; dans l'un comme dans l'autre cas, le mot « livre » ne correspond plus qu'à un chiffre de grammes moitié moindre de celui auquel il correspondait précédemment ^ »

1. LtL fortune prii^cc à travers sept tihiltSt pnr M. le vicomte d'AVKXkl, p. ô\. Toutefois, d'après M. d'AvencI, les allêrntiotis fie monnaie n'auraient eu, en fait, Sur le cours dtfs monnaiOSi cprune influt'nci; tK's secondaire et beaucoup moins

L^évaluation du pouvoir nominal de Targent et spécialement de la livre tournois présente donc par elle-même de réelles difficultés ; toutefois, ces difficultés ne sont pas insurmontables et les différents écrivains qui ont entrepris de déterminer le pouvoir nominal de la livre tournois au XI 11*^ siècle ont été amenés à proposer de fixer la valeur de cette livre à des chiffres qui ne diffèrent pas sensiblement les uns des autres. En 1837, M. Géraud, dans sa préface au Registre de la Taille de 1292, attribue à la livre parisis de celte époque une valeur nominale de 24 francs 81 centimes ; il attribue par là même à la livre tournois une valeur d'un peu 'moins de 20 francs. En 1847, dans son lissai sur l'appréciation de la fortune privée au Moyen AgCj un autre auteur dont les évaluations ont longtemps été acceptées comme décisives, M. l^eber, estimait que 50 livres tournois de la fin du XI II® siècle correspondaient au prix actuel du marc d'argent à 048 livres 5 sols 0 deniers : la livre tournois de i^ette époque aurait donc valu au même pouvoir nominal un peu moins de 10 francs. En 1855, M. de Wailly dans sa Dissertation sur les dépenses et recettes ordinaires de Saint Louis insérée dans le XXI*' tome du Recueil des Historiens de la France fp. LXXIX) fixe 'à 17 francs 07 centimes la valeur intrinsèque de la livre tournois du temps de Saint Louis. Enfin, un écrivain qui a ouvert et qui poursuit avec science et méthode une vaste enquête sur tous les prix, salaires et revenus aux diverses époques de notre hinloire, M. le vicomte d'Avenel , a proposé les chiffres suivants comme représentant l'équivalence en mon-

importante qu'un ne pourniit le supposer. « La livre tournois nVtanl que nionunie ilv compte, les paiements se fais«iient en espèces d'or, d'argent ou de billon, françaises oti étrangères. Quand le rot ailténiit une de ces espères, quelque monnaie d'argent en général, Itî commerce se rejetait sur les autres auxquelles on n'avait p^is touché » (p. 54). M. d'Avenel estime donc plus sage de prendre, pour établir le prix de la livre tournois en France, la moyenne du prix du kilogramme d'argent fin à chaque époque, « en ne tenant compte que dans une trtrs faible mesure des valeurs extravagantes attribuées à ce métal par les décisions éphémères du gouvernement » (p. 59).

e ofiNi

LA CORPORATION AU Xîir SIÈCLE 145

naie moderne, et an pouvoir nominal de Targent, de la livre

tournois au XIII® siècle et pendant la première moitié du

XIV*. D'après M. d'AveneP la livre tournois a valu en moyenne :

De 1200 à 1225 21 fr. 77

De 1226 à 1290 , 20

De 1291 à 1300 16

De 1301 à 1320 13 40

t Pouvoir réel de l'argent. Il ne suffit pas, pour se rendre compte de la correspondance exacte des monnaies anciennes avec les monnaies modernes, de déterminer la valeur du prix du marc d'argent fin aux diverses époques ; cette première opération permet seulement d'apprécier les variations de la valeur de Targent métal (considéré aux diverses époques en lui-même et isolément, mais laisse de côté les variations subies par la valeur d'échange du même métal par rapport à toutes les choses nécessaires à la vie. Quels services pouvait-on rémunérer, quelle quantité de marchandises ou de denrées pouvait-on se procurer avec une livre tournois du XllI* siècle et quelle somme d'argent faudrait-il dépenser de nos jours pour se procurer des denrées ou des marchandises, ou des 8er\'ices de quantité et de qualité égales ? Telle est la question qui se pose et qu'il faut résoudre si l'on veut déterminer le pouvoir réel de Targent et apprécier d'une manière complète la valeur exacte des anciennes monnaies comparées aux monnaies modernes.

1. La Fortune privée à travers sept siècles, p. 70. Ce livre n'est qu*iin tinigo à part do rintroduction composée pur le raôine auteur pour un ouvrage beaucoup plas détaillé et qui constitue un rtipcrtoiro des prix et des valeurs do tout genre * travers notre histoire. Cet ouvrage, publié par le Ministère de l'Instruction publique dans la Collection des documents inédits de l'histoire du France, > pour titre : Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et de fott tes prix en général, depuis l'an 1200 Jusqu'en l'an 1800. Paris, Imp. Nationale, 1894.

La valeur d'échange de l'argent au pouvoir réel a subi du Moyen Age jusqu'à nos jours, — c'est là un fait constant, — une considérable dépréciation. Mais comment évaluer rette dépréciation de la valeur d'échange qui non seulement a varié d'une époque à l'autre, mais qui a été plus ou moins forte selon que Ton considère telle ou telle denrée, tel ou tel f^alaire* ? Pour l'appréciation du pouvoir réel de l'argent, il faut donc non seulement distinguer avec soin chaque période de celles qui la précèdent ou qui la suivent, mais établir en outre en opérant sur le plus grand nombre d'exemples possibles quel a été par rapport à chaque denrée, à chaque marchandise, à <!haque catégorie de salaires la diminution du pouvoir d'échange ^« l'argent depuis l'époque que l'on étudie jusqu'à nos jours. Des moyennes ainsi obtenues on déduit une moyenne générale qui peut être considérée comme exprimant la diminution de la valeur d'échange de l'argent de telle époque au XIX^ siècle, ou en d'autres termes, le pouvoir réel de l'argent à l'époque en question. On conçoit sans peine ce qu'un tel travail présente de difficultés et avec quelle minutie il doit être conduit sous peine d'induire radicalement en erreur celui qui n'a pas <!raint de l'entreprendre. Prenons pour exemple la seconde moitié du XIII* siècle et interrogeons trois écrivains différents. En 1837, M. Géraud, dans sa préface au Registre de la Taille de 1202, estime que le pouvoir réel de l'argent à cette époque était cinq fois plus fort qu'au XIX*^ siècle. En 1847, M. Leber, dans son Essai sur l'appréciation de la fortune privée au Moyen Age, attribue à la monnaie d'argent de la fin du XIII* siècle un pouvoir d'échange six fois supérieur à celui de la monnaie actuelle. Au contraire et malgré la dépréciation considérable subie par l'argent métal de 1847 à nos jours, M. le vicomte

1. « Par exemple, le blé vaut à peine aujourd'hui plus du double de ce qu'il ruùtait on Franco dans la période 1351-1395 (9 francs rhcctolitrc). Mais le lard vaut maintenant quatre fois et la viande de bontf six fois plus. En revanche, le poisson se vendait alors moitié plus cher. ■ D'Avknel, Im Fortune pri%*tt à travers sept siècles, p. 3.

LA CORPORATION AU XIIl^ SIÈCLE 147

tI*AveneI fait de cette dépréciation une évaluation beaucoup plus modérée que celle de MM. Géraud et Leber. D'après cet écrivain en effet [op. cit., p. 37), le pouvoir des métaux précieux de 1200 à 1350, comparé à leur pouvoir actuel pris comme unité, aurait été :

En 1201-1225 de 4 1/2

En 1226-1300 de 4

En 1301-1350 de 3 1/2

Nous adopterons les évaluations de M. dWvenel qui sont 2e résultat d'un travail considérable et de minutieuses recherches; toutefois, suivant l'exemple donné par cet auteur luimême, nous ne convertirons le plus souvent les livres et les sous tournois ou parisis qu'en leur valeur nominale ou intrin" sèque, laissant au lecteur qui désirerait connaître la valeur réelle d'échange de chacune des sommes d'argent qui seront énoncées le soin de déterminer lui-même cette valeur en multipliant par quatre, pouvoir supposé de l'argent en 1292, la valeur nominale ou intrinsèque qui sera indiquée. Si par exemple nous mentionnons une cote de 10 livres parisis en lui attribuant une valeur intrinsèque de 200 francs, le lecteur pourra par un simple calcul mental se rendre compte de la somme qui serait nécessaire en monnaie moderne pour procurer les mêmes jouissances ou satisfaire aux mêmes besoins ; if^ette somme est celle de 800 francs.

Ces notions vont nous permettre d'aborder l'examen du Jiegisire de la Taille et de traduire les valeurs qui y sont exprimées en monnaie moderne. Kn 121)2, la livre tournois -vaut, d'après M. d'Avenel, 10 francs ; la livre parisis vaut <lonc, intrinsèquement, 20 francs, le sou parisis 1 franc et le denier parisis 0,08 (à quelques millièmes près) * .

t. LcA rôleii d« la taille de 129S n'indiquent pas, il cKt vrai, si l'impôt était

persil en monnaie tournois ou parisia; mata noua noua rangeons à Ta via de

Ok RAL'D,1e aavant éditeur don Registres de la Taille^ qui, après avoir établi (p. M9)

<|ne la monnaie parisis existait dès \ 'an 1206i, fait observer qu'une taille lcv<'*e à

148 HISTOIRR DES CORPORATIONS DK METIERS

' Les plus grosses cotes de la taille de 121)2 ne sontpas cellesdes gens de métiers, mais celles des bourgeois proprement dits et surtout des Lombards qui se livraient exclusivement au commerce de Targent. Le plus fort contribuable de Paris. Gandouffle (Gandolfo) le Lombart\ ne paie pas moins de 114< livres 10 sous parisis, c'est-à-dire au pouvoir nominal de Tar— gent 2.290 francs et au pouvoir réel 9.160 francs, cote quii correspond de nos jours, au même pouvoir réel de Targent et si Ton admet que la cote était égale au cinquantième du revenu, à 458.000 francs de revenu^ chiffre considérable, mais qui ne su qi rend pas si Ton songe au monopole de fait dont jouissaient les Lombards. Une autre grosse cote suit d'assez près celle de Gandouffle: Fédryc de la Grande Table, unautre Lombard, paie 94 livres : puis viennent deux cotes d<»' 54 livres (Mouchet le LombartetRernart rEspi)*,deux cotes de* 50 livres, et quatre autres de 46 à 40.

Ce sont là les grandes fortunes de Paris, supposant toutes un revenu d'au moins 2.000 livres (40.000 francs au pouvoir nominal). Après ces cotes viennent celles de riches bourgeois dont le nom n'était suivi d'aucune mention pi*ofessionnelle: ce n'étaient pas là des gens du métier, mais sans doute* des bourgeois hanses faisant le commerce en gros d'exportationet d'importation. Ici apparaissent les plus opulentes familles-' de la bourgeoisie parisienne : les Marcel qui paient à eux tous 102 livres d'impôt (Pierre Manuel le Vieil 58 livres, Pierre*

Paris devait, selon toiito vraisoiiiblanrc, Hrc vvaluéo en monnaie parisienne. Aux textes cit^^fl par M. G^raud, on peut ajouter une ordonnance do septembre i32tK {Ordonn, des Rois de France, II, 35.) Cette ordonnaneo relative à la frappe de la livre parisis d'or jusqu'alors demeurée simple monnaie de compte divise cett» livre en vingt sous parisis de môme valeur que ceux qui avaient cours du toinp.4 de Saint Louis « pro viginti solidis bonorum parvonim parisiensium illiiit valo*ris et qualcs erant parvi parisienses tempore quo viyebat Beatus Lndovicus rtx quondam *. C'est d'ailleurs en livres, sous et deniers parisis que le Livre des Métiers énonce le montant des redevances et amendes qu'il impose aux maitrvs,. valets on apprentis. (Dkppino, p. 57, 85, 143, li8, 155, 229, 299.)

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