‹ Histoire des corporations de métiersChapitre 47 sur 214 · D'AVKNKL, op, cil.y t. II, p · texte numérisé non relu

D'AVKNKL, op, cil.y t. II, p

3. Estai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, 1847, p. 75.

LA CORPORATION AU XIll' SIKCLE 153

loger; on peut le faire à tous les prix. « Si les maisons de la rue de la Harpe, de la Lanterne ou de Notre-Dame se louent pour une somme équivalant à 300 francs, en monnaie moderne au pouvoir nominal de Targent, un charpentier loue une maison rue Zacharie pour la moitié de ce prix. Le long des rues Saint-Denis et Frogier-l'Asuier, qui sont cependant des artères en vogue, il existe des maisons à 100 francs Tan ; et si Ton se contente d'un étage de maison dans la rue Pavée, on se le procurera pour 7 francs*. »

Dans la première moitié du XIV® siècle on relève les loyers suivants : en 1322, un potier d'étain loue 22 livres 10 sous (275 francs GO) une maison près l'hApital Saint- Jacques ; en 1346 , un tavernier loue 30 livres (3G7 fr. 50) une maison rue de la Calandre ; en 1353, un gainier loue 18 livres 15 sous (136 francs 20) une maison sise rue Jean-Pain-

Mollel ; en 1355, un maçon loue 8 livres 2 sols 6 deniers (58 francs 95) une maison sise rue des Marmousets; enfin, en 1350, un barbier loue 20 livres (145 francs 20) une maison sise rue Notre-Dame*.

Ces renseignements sur le prix de la vie (alimentation et logement) seraient insuffisants à donner une idée de la condition économique des gens de métiers, s'ils n'étaient complétés par une étude particulière du taux des salaires ; cette élude se lie tout naturellement à celle de la condition de ceux des gens de métier qui ne possédaient pas personnellement un ouvroir et qui travaillaient au compte d'autrui, c'est-à-dire des valets.

t- D'AVKSKL, Histoire économique de ta propriété, des dciirces et de tous les PfiJc en général, t. I, p. 4S5. La location du charpentier de la rue Zachario date de 1284, V. op. cit., t. II, p. 390; celle de la rue Pavée date de 1286.

2- U'AvKXKL, op. cit., t. II, p. 291 et suiv. Rappeloni» que les conversionn en *^nnaie moderne ne sont faites que d'après la valeur intrinsi'^iuc de la livrt* ^rnois. Pour obtenir la valeur réelle d'échange au pouvoir réel de l'argent, il ■^ut, comme il a été dit précédemment, multiplier les prix indiqués par 1c chiflTrc '^présentant la dépréciation subie par l'argent jusqu'à nos jours (quatre pour ^période 1226 à 1300; trois et demi pour la période 1300 à 1350; trois pour la Période 1351 à 1375) .

2e Section. — Condition économicnxe du valet. Son salaire, ses dépenses.

Si le Registre de la Taille offre un moyen d'évaluer approximativement les bénélices ou le revenu des patrons, il est par contre difficile d'estimer les salaires des ouvriers ou valets qui varic^nt selon les corps d'état et les conventions intervenues. Nous avons déjà indiqué les principales clauses en usage dans ces contrats. L'ouvrier, on se le rappelle» était le plus souvent nourri, parfois logé chez son maître. Le salaire représentait donc en général un gain à peu près net.

Ce salaire, quel pouvait-il être ? Une série de prix conservée aux Archives Nationales' renferme à ce sujet des indications précises pour les ouvriers du bâtiment. On y voit à Paris et dans les dernières années du XUP siècle, cinq ma(;ons recevoir 50 sous i50 francs au pouvoir nominal de l'argent' par semaine, soit dix sous dix francs i par tête et par semaine, ou vingt deniers par p<»rsonne et par chacun des six jours ouvrables. Les tailleurs de pierres reçoivent le même salaire.

Un maçon reçoit 18 deniers par jour (1 franc 50j pour faire des sièges, « en tour une salle'». Ce salaire s'abaisse à 14 deniers * ou même à 1 sou un franc) dans certains comptes, mais s'élève ailleurs à 20 deniers pour des couvreurs et des maçons'.

Les ouvriers de riiabillement étaient mieux payés que les

1. L. 921, Mt'tnoires de travaux ait couvent des Àugustins, 1295-1301.

2. Nous !iiip|>oHon»ci's prix «'•nonccM (>n monnaie pariais. (V.5M/>rà,p.i47, note I.)

3. Comptes dn concierge de l'Hôtel du comte d'Artois, annôo 1299. Archivr;» nationah'ii, KK. 1339, f* 3.

i. Ibid. « Pour 22 journôoH ci'aidi*H » 1\ dcnicrM |>ar jour, 2Ô soi» G clcnion». ■ Ti. Ibid. « l'our 16 jouniiH';» (l<> maçon» à 26 donioni par jour, Z\ hoI» S d. a

LA CORPORATION AU XIIl^ SIÈCLE 15>

maçons, ils recevaient de 2 à 3 sous (2 à 3 francs) selon qu'ils étaient nourris ou non^

En résumé et sans prétendre établir une moyenne rigoureuse que rinsu(fisance des renseignements ne permet pas de calculer avec précision, il semble que pour la périodiîde 1290 à 1300 le salaire moyen du compagnon de métiers; se soit sensiblement rapproché à Paris du taux de 18 deniers parisis, soit 1 franc 50 au pouvoir intrinsèque de l'argent, et () fran<'S si Ton considère sa valeur d'échange comparée à relie de la monnaie moderne. I^e compagnon des métiers qui recevait uu salaire de dix-huit deniers, ou même de deux sous par jour, était de toute évidence dans une condition très favorable : ordinairement nourri chez sou maître, il n'avait en effet le plus souvent à pourvoir qu'à sou logement qu'il pouvait se procurer à très bon compte. Les loyers des maisons ouvrières descendaient souvent jusqu'à moins de cinq livres. Kn 1286, un étage suffisant pour loger une famille d'ouvriers se louait dans une maison de la rue^ Pavée, ainsi qu'il a été dit, pour 7 sous 2 deniers. A plus forte raison un valet célibataire devait-il trouver pour 5 ou (> sous à louer une chambre à l'année.

Le valet, avons-nous dit, était le plus souvent nourri par son maître : en était-il autrement, son salaire suffisait à assurer sa subsistance. Si l'on admet avec M. d'Avenel que la valeur moyenne du kilogramme de pain s'est élevée pour la période de L^Oi à 1350 à 0 fr. 20 centimes de notre monnaie au pouvoir ïntnnsèque de l'argent; si l'on tient compte decefait déjà mentionné, qu'en 1312, un nnuiton ne se payait à Paris que 6 sous ♦'deniers et un pourceau que 14 sous 7, deniers, ce qui suppose la livre de viande à des prix très peu élevés, on est amené * conclure qu'un salaire de dix-huit deniers ou 1 fv. 50 de ï^otre monnaie, permettait au valet de vivre sans trop de pri-

t- Livr»? roiigo troiniôtiu; du Chiltolct, f« 87, ril«* par M. Faomk/, f.titdcs sur ^'industrie au Xlll' siècle, p. 89, noto 3.

valions. En résumé, la rondilion du valet du XUl* siècle était sinon prospère, du moins très supérieure à relie du compa* ^non du XVII® ou du XYIII** siècle, et s'il est vrai, comme nous le pensons, que l'homme heureux est celui dont les ressources sont en harmonie avec^ ses besoins, on peut dire que Je sort de l'artisan du temps de Saint Louis était plus enviable que celui de l'ouvrier de nos jours, mieux nourri, mieux vêtu sans doute, mais qui s'est créé des besoins artiliciels auxquels il lui est le plus souvent impossible de satisfaire et dont la privation est pour lui une souffrance de tous les instants ^

Signalons en terminant un fait qui achève de démontrer l'aisance relative dont jouissait l'artisan travaillant au compte d'autrui vers la fin du XIII® siècle. Le Registre de la Taille renferme un certain nombre de cotes de valets imposés pour <les revenus personnels. Ainsi Michiel, valet d'un sellier, paie 14 sols (14 francs) d'impôt*, cote qui suppose un revenu iinnuel de 35 livres parisis (700 francs au pouvoir intrinsèque de l'argent, et 2,800 francs au pouvoir réelj; Jehan de ^^hambeli, valet d'un escuellier, paie 14 sols' ; le valet d'un émailleur, 10 sols*. Ce sont là, sans doute, des cotes très exceptionnelles, mais on trouve souvent des cotes de valets s'élevant à plusieurs sous*, et les cotes de 12 deniers sont extrêmement nombreuses*. Sans doute, il s'agit là le plus souvent de valets aisés, fils de maîtres et futurs maîtres euxmêmes; mais il est également possible que la source d'un

1. Telle est cgalcniont Topinion de M. d'Avoncl : « L'organisation corporative du travail (écrit cet auteur), bien différente au XIII* siècle de ce qu'elle deviendra plus tard, améliorait la condition des ouvriers et poussait par suite à l'extension <lo la population. ■

Page 1