Ordonnance d« 1275. Drppino, p
Cette description sommaire du costume permettra de se rendre compte des fonctions des divers métiers. Les tailleurs de robes (t. LVi) faisaient les cottes hardies et les surcots ordinaires. Les conréeurs de vair, dont les statuts ne datent que de 1291 (Depping, p. 415), faisaient les robes et les manteaux en fourrure ; ils reçurent plus tard le nom de pelletiers. Les boursiers braicrs (t. lxxvii) faisaient les braies appelées plus tard hauts de chausse et les bourses en cuir. Les chaussiers (t. lv) faisaient la pai*tie inférieure des chausses ou bas de chausse (que nous appelons les bas); les chausses étaient en drap ou en toile, quelquefois en soie.
Au XIV* siècle, une véritable révolution se produisit dans le costume. La longue robe fut abandonnée par la noblesse et fit place à un vêtement court d^étoffe riche et de couleur vive appelé pourpoint. Deux métiers prirent alors naissance : les /?OMr/70i/i/iVr5 dont les statuts datent de 1323 et les t/oiibletiers qui doublaient intérieurement d'étoffe les vêtements faits par les tailleurs (Depping, p. 414, note).
Les fripiers (t. lxxvi) vendaient des habits d'occasion. Il leur était défendu d'acheter des habits mouillés ou sanglants, c'est-à-dire ayant appartenu à des noyés ou aux victime» d'un meurtre, non plus que des vêtements de lépreux. Le* fripiers avaient pour concurrents les marchands ambulants, criant « la cotte et la chape », qui exerçaient leur industrieprès de Saint-Séverin, u là où la place n'est moult grande », etqui leur faisaient une sérieuse concurrence.
L'industrie de la chaussure occupait trois métiers : les cordonniers (t. Lxxxiv), les ravetonniers (t. Lxxxv) et les ravatiers (t. Lxxxvij. Les premiers, qui tiraient leur nom du cordouan, ou cuir de Cordoue dont ils faisaient usage, confec-' tionnaient les sandales et les grandes bottes de cttic appelée» houseaux; les seconds, établis près de Sainte-Opportune, faisaient de petits souliers de basane ; les troisièmes raccommo^ daient et rapetassaient les vieilles chaussures.
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La chapellerie se divisait en plusieurs branches : les cha" peliers de feutre (t. xci) qui fabriquaient des chapeaux avec de la laine d'agneau, ou agnelin. Plus tard, en 1323, on leur permit de se sei'vir d*autres laines (par exemple du camelin blanc) et de fourrure de castor (connue alors sous le nom de hièvrc) .
Les fourreurs de chapeaux (t. xciv) faisaient plus spécialement les chapeaux de fourrure.
l^es chapeliers de coton (t. xcii) faisaient des chapeaux ou bonnets en laine et coton.
Les chapeliers de fleurs (t. xc) préparaient des guirlandes de fleurs et de feuillage, dont les demoiselles avaient coutume de se parer la tête pendant la belle saison.
Les demoiselles décoraient encore leur coiffure avec des plumes de paon, dont la préparation occupait tout un métier ; les chapeliers de paon ou paonniers (t. xciii).
Les fesercsses de chapeaux d'orfroi (t. xcv), confectionnaient de riches coiffures féminines brodées d*or et enfilées de perles fines dans lesquelles ne devaient entrer ni or ni
coton.
Enfin les tisserandcs de queuvrcchicfs de soie (t. XLIV), faisaient, comme leur nom l'indique, des bonnets de soie.
Les ceintures de cuir ou de soie, parfois ferrées et clouées d'argent, sont l'œuvre des corroiers (t. Lxxxvii). Les gantiers (t. Lxxxviii) font des gants en peau de veau ou de mouton, ou en fourrure de vair et de gris ; il semble que des artisans spéciaux dont les statuts ne nous sont point parvenus fabriquaient les gants de laine et les parfums.
Enfin il faut signaler l'importante corporation des merciers ft. Lxxv). a Chez les merciers, le riche se pourvoyait de sîglaton et de cendal, deux soieries du Levant et de l'Italie, d'hermine et de vair ; chez le mercier, les femmes élégantes trouvaient le molequin, fin tissu de lin, les fraises à col attachées avec des boutons d'or ; les tressons qu'elles entrelaçaient dans leurs cheveux ; l'orfroi ou la broderie en
perles, qui appliqué à la coiffure rehaussait Téclat de la parure entière ou servait aborder la robe de soie ou de velours*.»
L*équipeinent et rarmeinent des chevaliers faisaient vivre un grand nombre d'artisans dont en 1323 Jean de Jandun, dans son Traité des Éloges de Paris ^ II* p*«, ch. iv, fait Téloge en ces termes : « Vous verrez d*ingénieux constructeurs d'instruments de guerre et de tous les objets nécessaires aux cavaliers : selles et freins, épées et boucliers, lances et javelots, arcs et arbalètes, maillets et flèches, cuirasses et lames de métal, bonnets de fer et casques, enfin toutes les armes convenables à Tattaque et à la défense se trouvent en tel nombre dans cette tranquille demeure de la sécurité qu'elles peuvent effrayer l'esprit farouche des ennemis et rassurer le cœur des habitants fidèles... » [ut hostinm ferocitates perterrerc valeant et incola rum corda fidelium trepidare non sinant).
11 fallait d'abord au chevalier une monture avec un harnachement complet. La fourniture des diverses pièces qui la composaient (colliers de cheval et dossiers de selles) était faite par les bourreliers (t. lxxxi) et par les lormiers ; (freins dorés ou argentés, rênes, mors, étrivières, courroies) (t. Lxxxii). La selle proprement dite, objet de luxe et d'or— gueil pour les hommes de guerre du moyen âge, était pour Um^ charpente l'œuvre des chapuiscurs (t. LXXix), qui devaient, la faire de bon bois sans aube, ni défaut. Cette charpente? était recouverte de cuir de Cordouan par les peintres^selliers^ (t. Lxxviii), qui la peignaient et la doraient ; les armoiries eV le blason étaient peints par les blasonniers (t. lxxx^.
Les épées étaient forgées par les fonrbisseurs it. xcvi); elle^&étaient très longues et d'une largeur uniforme jusqu^à Textré- — mité qui se terminait en pointe ; la poignée en était forte e ^ épaisse. Leurs fourreaux et gaînes de cuir sortaient de^^ mains des gainiers de fourreawv (t. Lxvj qu'il ne faut pa^^^
1. Dki>i*ino, Introduction au Livre des Métiers ^ p. LXXIV. Cf. LK8l>iffA8siK e^'^ Bo.xMARDOT, Introduction historique au Ui^re des Métiers (Collection gÔDÔralc d«^ THistoiro de ParlH, ptibliûv sous les auspices du Conseil oiunicipiil), pi LXXVIY »
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confondre avec les garnisseurs de gaines (t. Lxvi), qui faisaieni les garnitures de ces fourreaux et aussi des viroles et clous pour couteaux.
Les arcs et flèches étaient fabriqués par les archers (t. xcvii).
Quant à Tarmurc défensive, la pièce principale en était le haubert, ou cotte de mailles faite parles haubergiers \X, xxvii. Les armuriers^ contrairement à ce que Ton pourrait supposer, ne vendaient guère en dehors de gantelets de baleine que des vêtements eu tissus, cottes ou gamboisons que Ton portait sous la cotte de mailles, pour éviter le frottement du niétjil sur la peau.
Section VII. -^ Ameublement.
L'ameublement était au Moyen Age tout à fait rudimentaire pt les grandes salles des châteaux du XllP siècle paraîtraient bien nues à côté des appartements modernes où s'entassent meubles» tentures et bibelots ; il ne faut donc pas s*étonner que cette branche d'industrie ne mit en œuvre qu^un nombre relativement restreint d'ouvriers.
L'ameublement proprement dit se réduisait aloi*s en substance
AU lit, au bahut, à la table et à quelques sièges. Les coutiers
(statuts du XIV* siècle. Dkpping, p. 305 note 4 et p. 4(53) qui
ne furent organisés en métier qu'un siècle plus tard, faisaient
l^s coûtes ou lits de plume, et les coussins ou oreillers. Les
^ff/fetiers dont les statuts ne figurent pas non plus au Livre des
^^^tiers faisaient les bufl*ets ou bahuts. Les tables en buis, en bré-
*il ou en cyprès et souvent décorées d'ivoire sont l'œuvre des
^^Sletiers (t. Lxviii). Les sièges étaient ou de simples esca-
»^^aux ou des fauteuils de grandes dimensions (sièges à
«losseretsi qui sortaient dès mains des huchers (statuts de Î290i
— Lespinasse, Les Métiers et Corporations de Paris, II, 635.
^-^s artisans faisaient tous les travaux d'ébénisterie et de me-
i^iiîserie, les dressoirs, les escabeaux, les stalles d'église^
cnaires jubés, ainsi que les portes, huis, trappes, croisées,
^' SuiiitH il*? 1286. Dkpimxo, pi 370.
châssis et auvents. Ils se rattachaient donc par leur genre d'industrie au groupe des métiers de Tameublenient en même temps qu*à celui des métiers du bâtiment.
Les couvertures ou tapis étaient de diverses sortes et par suite étaient confectionnées par différents métiers. Les courte^ j
pointiers^ vendaient des courtepointes ou couvertures de soie \
ou de laine ; les tapissiers de tapis nétrez (t. Liij fabriquaient f
des couvertures plus grossières. Enfin il existait des faiseurs i de nattes tressées avec de la paille ou du jonc ; mais ces artisans ne furent organisés en métier juré qu'à une époque postérieure.
Il convient d'ajouter à cette énumération les lampiers (t. xl) , \e^ potiers de terre (t. Lxxxiv), enfin les métiers suivants qui l se rattachent plus ou moins directement à Tameublement : le^i* \ escuclliers ou faiseurs d*écuelles, hanaps en bois, béche<% ^ 1 pelles (t. XLix), les tonneliers^ et les barillicrs (t. XLVi), le* ^ cscriniers ' faiseurs de boîtes et écrins.
Section VIII. — Industries d'art et de pi
Les ymagiers^tailleurs et les peintres et tailliers ymagiei (t. LXi et LXii) sont des artisans-artistes qui cisèlent dai la pierre ces statues et ces crucifix qui forment la décoratii des cathédrales * et des maisons de ville. Les premier 8*adonnent plus spécialement à la sculpture des crucifix; il se rattachent à l'industrie proprement dite par la fabricati< des manches de couteaux d*os et d*ivoire. Les peintres tailliers-y magie rs sculptaient, peignaient et doraient 1< images des saints. Dans son Traité des louanges de Parf Jean de Jandun rend hommage aux imagiers de cette villtrès habiles, dit-il, soit en sculpture, soit en peinture, soit