Ordonuancet des Rois de France, XIX, il 3, 568 et
mais le nouvel art était encore presque inconnu de tout K* reste de la France en 1483 : six ou sept villes seulement possédaient des imprimeries toutes récentes \ C'est seulement de 1483 à 1500 que l'Imprimerie prit vraiment son essor pI pénétra dans toutes les provinces : à Troyes, à Rennes, à Rouen, à Besançon, à Toulouse, partout où existait uncentro intellectuel et scientifique. Une pléiade d'imprimeurs : Géring. les Bonhomme, les Vérard, Antoine de Nidel, distribue comme une manne ces trésors de la littérature antique que le prix énorme des manuscrits avait rendus jusqu'alors inaccessibles au plus grand nombre. L'Imprimerie française est désormais fondée, et bientôt les Estienne vont porter son renom à travers le monde entier.
Les imprimeurs avaient été incorporés aux libraires, relieurs et enlumineurs, comme en fait foi le premier acte public les concernant : une déclaration du 9 avril 1513* les exemptant d'un impôt de 30,000 livres tournois « pour la considération du grand bien advenu en ce royaume par moyen de l'art et science d'imprimerie, l'invention de laquelle semble être plus divine quMiumaine ».
En même temps qu'apparaît l'Imprimerie, toute une révolution intellectuelle et artistique est en train de s'acconipH»*- Au cours des guerres d'Italie, celte brillante « apertisc d'armes » qui clôt le cycle des chevaleresques épopées, 1^^ Français avaient été comme éblouis par la révélation d'une civilisation plus raffinée et par l'éclat alors si vif de l'art ita* lien. Une fois de plus, dans l'histoire du monde, le vainqueur se mit à l'école du vaincu et lui demanda le secret du beau. Appelés par Louis XII et le cardinal d'Amboise, les plu^^ illustres artistes de l'Italie vinrent tour à tour se fixer en France. Léonard de Vinci, que le roi et son ministre avaient connu à Milan, devint l'hôte de la Gourde France, émerveillée
1. Ce» inipriniorie» avaicmt éti' foucU'OH a Lyon (H73): Toiiloii»c pI Angors (14761; Chablia et Vienne (H78); Poitiers (H79); Cnen (H80).
2. I»AMDKHT, Rcciieil des anciennes Lois françaises, XI, 642.
de voir sous son pinceau magique la toile s'animer et resplendir; sous rinfluence du maître florentin, la raideur des attitudes, la gaucherie du dessin, la naïveté de l'exécution, l'inexpérience des groupements qui caractérisaient nos peintres du Moyen Age ont disparu des œuvres de leurs suc* eesseurs, et le jour n'est pas éloigné où Jean Cousin, en composant son grandiose et terrible « Jugement dernier n y donnera enfia à la peinture française son premier chef-d'œuvre.
Les chefs-d'œuvre qui, avant la Renaissance, manquaient à notre école de peinture, on peut dire que les sculpteurs français n'avaient pas attendu les leçons des Italiens pour en doter leur patrie. Témoin cet admirable tombeau de François II, duc de Bretagne, dû au ciseau de Michel Coulomb. Mais ici encore l'influence de l'Italie allait s'exercer très heureusement et l'émulation féconde qui s'établit au temps de Louis XH entre les deux écoles devait donner à la France toute cette pléiade d'admirables artistes qui, sous le règne de François l**", portèrent si haut le renom de la sculpture française.
L'architecture, elle aussi, se transforme. Le style flamboyant cette dernière manifestation du style gothique, se combine avec le style grec alors en honneur en Italie et couvre notre Kol de monuments admirables : tels que le château de Gaillon, et le Palais de justice de Rouen, tels encore que le château d'Amboise ou l'aile Louis XII du château de Blois. Avec la seconde moitié du XV® siècle, une ère nouvelle s'est donc ouverte. Tandis que la découverte de l'Amérique élargit le domaine où peut s'exercer l'activité humaine, tandis que l'Imprimerie donne des ailes à la pensée et permet au savant, au philosophe, au poète de converser avec l'humanité tout entière, l'art embellit la vie et s'élance à la conquête du beau. Le siècle qui commence ne mentira pas aux espérances que le XV*^ siècle a fait naître et fera bientôt s'épanouir cette floraison merveilleuse qui vient seulement d'éclore et qui s'appelle dans l'histoire la Renaissance.