CHAPITRE V
Ecoutons maintenant les observations générales de Marmocchi sur la botanique de la Corse :
La Corse est la province la plus centrale du grand empire botanique de la Méditerranée, empire caractérisé par la surabondance des labiées, riches d'arômes, et des gracieuses caryophillées. Ces plantes couvrent toutes les parties de l'île, et en parfument l'air dans chaque saison.
En raison de cette position centrale, la botanique de la Corse se lie et se fond avec la botanique de toutes les autres provinces du vaste empire végétal dont nous venons de parler : par le Cap-Corse elle se rattache à la botanique ligurienne ; par la côte orientale, à la botanique toscane et romaine ; par les côtes occidentales et australes à celles de Provence, d'Espagne, de Barbarie, de Sicile et de l'Orient ; et enfin par la région centrale, très montagneuse et très élevée, à la botanique des Alpes et des Pyrénées. Aussi quelle richesse prodigieuse dans le règne végétal de la Corse ! Cette variété augmente encore la beauté des sites de l'île, si pittoresques déjà par la nature et les accidents du sol.
Quelques-unes de ses forets sur les flancs des montagnes sont aussi belles que les plus renommées de l'Europe ; celles d'Aitone et de Vizzavona sont les plus remarquables. En outre, plusieurs provinces de la Corse sont couvertes d'immenses bois de chataigners, dont les arbres sont aussi vigoureux et aussi productifs que les plus beaux arbres des Apennins et de l'Etna. Des plantations d'oliviers, vastes comme des forêts, ornent les collines et les vallées qui bordent la mer ou qui sont ouvertes à son influence. Partout, même sur les flancs raboteux et escarpés des hautes montagnes, les vignes serpentent autour des vergers et étalent aux yeux leur feuillage vert et leurs fruits pourprés. Des plaines fertiles, blondes de riches moissons, s'étendent sur les côtes ; et l'orge et le seigle tapissent çà et là les penchants des
montagnes de leur fraîche verdure, qui forme le plus beau contraste avec le vert plus foncé des makis et des bois et les tons froids des pierres et des rochers nus.
L'érable et le noyer se plaisent aussi, comme le châtaignier, dans les vallées et sur les montagnes ; le cyprès et le pin maritime aiment les lieux moins élevés ; le chêne-liège et le chêne-vert abondent dans les forêts ; l'arbousier et le myrte y acquièrent les proportions des arbres. Le pérussier et principalement l'olivier sauvage couvrent de vastes espaces sur les collines. L'alaterne, toujours vert, le genêt d'Espagne et de la Corse sont mêlés aux bruyères d'espèces variées, mais toutes également belles ; on distingue parmi elles VErica arhorea qui atteint souvent une hauteur peu commune.
Dans les endroits périodiquement baignés par les débordements des torrents et des ruisseaux, le genêt de l'Etna, avec ses belles fleurs d'un jaune doré, les cystes, les lentisques, les térébinthes croissent partout où la terre n'est pas remuée par la main de l'homme. Plus bas, il n'est pas de ravin, ni de vallée qui ne soient ombragés par le gracieux laurier-rose -dont les branches, vers les marines, se mêlent à celles du tamaris.
Le palmier éventail croît dans les rochers au bord de la mer, et le palmier dattier, apporté probablement d'Afrique, dans les parties les plus abritées des côtes. Le cactus opuntia et l'agave d'Amérique poussent partout dans les lieux chauds, rocailleux et arides.
Que dirai-je des superbes cotylédons, des belles plantes légumineuses, des grandes verbacées, des magnifiques digitales pourprées, qui tapissent les montagnes de l'île ? Et des mauves, des orchidées, des liliacées, des solanées, des centaurées et des chardons, plantes qui embellissent si bien les lieux brûlants, frais ou ombragés dans lesquels leurs sympathies naturelles les font naître?