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CHAPITRE VII

la soie, le coton, la toile, le cuir, le minerai de fer, la fonte, les briques, le verre, la poterie.

Il y a un écart énorme entre l'importation et l'exportation. La douane entrave l'industrie et le commerce de l'île en empêchant les étrangers d'y échanger leurs produits. Les Corses sont contraints de payer dix fois leur valeur les articles de consommation français, tandisque les vins de Provence entrent sans payer de droits et font une concurrence désastreuse aux vins indigènes. C'est aussi de Provence que les troupes de l'Ile reçoivent la farine et les légumes nécessaires à leur approvisionnement. Il est défendu d'exporter du tabac sur le continent français. Les règlements tyranniques de la douane pèsent lourdement sur ce pauvre pays qui, obligé d'acheter tous les ans pour trois millions d'articles à la France, peut à peine lui en vendre pour un million et demi. La Corse paie chaque année au trésor un million cent cinquante mille francs.

Le commerce se fait surtout par les ports de Bastia, d'Ajaccio, de l'Ile-Rousse et de Bonifacio.

Mais quelque triste que soit dans son ensemble une pareille situation, la Corse est du moins exempte d'un fléau : sa faible population même la préserve du prolétariat, qui désole les grands pays civilisés du continent et cache de bien plus horribles mystères que le banditisme et la vendetta.

Sauf de courtes interruptions, les Français occupent Tile depuis quatre-vingt cinq ans, et ils n'ont pas encore réussi à y éteindre les guerres de famille à famille, à guérir cette plaie béante au flanc du peuple corse : toutes les ressources de leur civilisation n'ont amélioré que faiblement l'état du pays. L'île qui deux lois a donné un empej^eur à la France, n'en a retiré d'autre profit que la satisfaction de sa propre vengeance. La Corse ne saurait oublier par quels honteux moyens la France a fait sa conquête : jamais un

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peuple brave n'apprend à aimer ses oppresseurs. Lorsque j'entendais les Corses insulter Gênes, je leur disais : Laissez donc en paix la vieille République ! Un Corse, Napoléon l'a anéantie. La France vous a trompés et dépouillés de votre liberté. Mais vous avez exercé contre elle une terrible vendetta en lui envoyant Napoléon, l'un des vôtres, qui l'a asservie ; et aujourd'hui môme cette grande France n'est plus qu'une de vos conquêtes, qu'une de vos provinces.

Deux empereurs, deux Corses sur le trône de France, écrasant la nation française sous le poids de leur tyrannie ! Eh bien ! si une représentation idéale pouvait avoir la force de la réalité, je dirais que jamais peuple vaillant n'a été vengé de ses oppresseurs avec plus d'éclat. Napoléon, c'est le seul lien qui rattache la Corse à la France ; sans lui, l'île serait avec la France dans les rapports d'un pays conquis avec ses maîtres étrangers. Plusieurs écrivains assurent que le Corse est français de cœur. Jamais je n'ai eu lieu de m'en convaincre. Une telle assertion est, à mes yeux, erronée ou mensongère. Entre Corses et Français il y a un abîme : tout les sépare, la nationalité, le caractère, les sentiments. Le Corse est complètement italien : sa langue passe pour l'un des dialectes les plus purs de l'Italie ; sa nature, son sol, son histoire, tout rattache encore ce fds égaré à la vieille mère-patrie. Les Français se considèrent eux-mêmes en Corse comme des étrangers : les soldats et les fonctionnaires du continent regardent comme un douloureux exil le temps de service passé dans « ce pays de sauvages. y>

Il existe encore un patriotisme corse : je l'ai vu maintes fois éclater. Au souvenir de Pontenovo, le Corse sont encore se réveiller toute sa colère. Comme je traversais un jour en voiture ce fameux champ de bataille, un paysan corse, assis à côté de moi, me poussa avec une certaine rudesse en s'écriant au milieu des gesticulations les plus vives : « Voici

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