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CHAPITRE XI

ciste et de la lavande sauvage, qui çà et là revêtent de leur verdure le flanc des rochers. Je le vis longtemps se plaire aux premiers chants des oiseaux, au murmure et à la brise de la rivière d'Alesani, suivre de l'œil les massifs de saules, et les brouillards légers errant au-dessus des ondes, puis contempler tour à tour la colline de son village, la vaste mer et les côtes d'Italie. Pour moi, retranché derrière un châtaignier, je considérais à travers ses branches ma maison et mon jardin avec des yeux humides ; mais quand la cloche de Saint-Damien se fit entendre, je pleurai abondamment, car je crus que Dieu même empruntait alors cet organe pour me rappeler ma promesse de la nuit, et me presser de rentrer au plus vite dans le bon chemin.

Galvano ne tarda pas à me rejoindre au pied de l'arbre où je m'étais retiré. Eh quoi ! me dit-il, tu n'as pas vu l'homme qui vient du hameau de Felce, et s'avance maintenant vers nous ? Excellent bandit, en vérité, que celui dont les yeux ne sont pas les premiers à découvrir son adversaire ! et en disant ces mots, il m'envisageait attentivement. Aussi habile à pénétrer les sentiments des autres qu'à dissimuler les siens, mon oncle n'eut pas de peine à s'apercevoir de la révolution manifeste qui s'était opérée en moi, et lut sur mes traits altérés l'expression du repentir. Il avait remis son casque, et en tenait baissée la noire visière toute rouillée par la sueur et le temps. Tu voudrais reculer, me dit-il, je le vois bien ; mais prends-y garde, ton retour à la vertu serait désormais tardif. Quoi ! tu as recherché l'amitié, tu as pris part aux secrets intimes d'un contumax et tu prétendrais encore demeurer innocent ! non, non ; cela ne se peut. L'amitié d'un bandit, la fm de Morazzano doit te l'apprendre, est plus forte que les liens de la patrie et du sang. Et d'ailleurs, les insultes, les vexations, les violences que tu as souffertes, et la parole qu'ici tu m'as donnée d'en tirer ven-

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geance, les as-tu donc oubliées ? N'y eût-il entre nous que cette parole, elle nous lie fermement l'un à l'autre ; et il me faut ce matin même la mort de ton ennemi pour prendre gage de ta foi. Ce fait d'armes te procurera un nom de guerre et tu l'emprunteras aujourd'hui du lieu de ta première victoire. Vois-tu ce noir ravin à l'extrémité de ce champ auquel il sert de fossé et d'issue ? on le nomme la Trappe ; encore une demi-heure, et nous y verrons surgir ta victime. Je te cède comme de raison les honneurs de la vengeance, et te promets seulement de l'assurer dans le cas où ta flèche s'égare (et en parlant ainsi, il renouvelait l'amorce de l'arquebuse et en remontait le rouet). Si tu rejetais ma' proposition, poursuivit-il, je te regarderais comme un traître, et par le ciel !.,... En ce moment, Brusco voyant l'attitude menaçante de son maître, me prit tout-à-coup en haine, et frémissant de rage, le poil tout hérissé, ne semblait attendre qu'un signal pour fondre sur moi.

Jetant alors de l'air le plus résolu mon arc, ma lance et mon casque : Galvano, dis-je au bandit d'une voix ferme, je suis désarmé ; vous pouvez m'immoler, mais vous ne me forcerez jamais à devenir homicide. J'en atteste le Ciel, il n'est rien non plus au monde qui me déterminât à vous trahir : mais j'ai fait vœu devant l'Éternel d'abjurer mon infâme promesse ; et dût-il m'en coûter la vie, j'abhorre en votre présence, je rétracte.... Il suffit, s'écria Galvano, j'ai enfin vaincu ! et relevant son casque, il découvrait un visage où régnait la satisfaction et la sérénité, et appuyait contre terre le canon de son arme. Dieu soit loué, reprit-il, j'ai enfin accompli une bonne œuvre ! rassure-toi Pietro ; et toi aussi rends grâce au Ciel d'avoir eu à faire à un bandit tant soit peu honnête homme. Et comme il me voyait étonné, abasourdi par cette réponse imprévue, il jeta ses armes, à mon exemple, et reprit les manières affectueuses avec lesquelles

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