‹ Histoire des CorsesChapitre 161 sur 408 · CHAPITRE V. "ISS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. "ISS

éternité, il marche au milieu de tout ce qui sera dans tous les siècles. ))

Lorsque je pris en main la lettre de consolation de Sénèque à sa mère, je n'étais pas peu curieux de savoir de quelle manière il la consolerait. Gomment Icrait-il, en semblable occurrence, un de ces mille exilés instruits qui courent maintenant parle monde?.... L'ôpitre de Sénôque est une dissertation classique divisée en dix-sept chapitres. C'est un document instructif pour la physiologie de ce stoïque. Le fds veut moins consoler sa mère que composer un excellent écrit, dont la logique et le style doivent exciter l'admiration des hommes. Il est tout lier d'avoir créé là un nouveau genre de littérature. Dans sa vanité il écrit à sa mère comme un auteur à un critique, pour discuter froidement un sujet. « En relisant, dit-il, les grandes leçons que nous ont léguées les plus illustres génies sur les moyens de maîtriser et de corriger la tristesse, je ne trouvais pas l'exemple d'un homme qui eût consolé les siens, lui-même étant pour eux utie cause de larmes. Dans cette alternative nouvelle, j'hésitais, je craignais que ce ne fut moins consoler que déchirer ton âme. Quoi donc ? ne fallait-il pas des expressions neuves, et qui n'eussent rien de commun avec les propos journaliers du vulgaire, à celui qui, pour consoler les siens, soulevait sa tète de dessus le bûcher ? Or, il est bien naturel que la grandeur d'une peine qui dépasse la mesure interdise le choix des paroles, lorsque souvent môme elle étouffe la voix. Je vais essayer de mon mieux de me faire ton consolateur, non pas que j'aie confiance dans mes talents, mais parce que je puis être pour toi la consolation la plus efficace. 0 toi, qui ne sais rien me refuser, tu ne me refuseras pas, je l'espère (bien que tout chagrin soit rebelle), d'imposer un terme h tes regrets ! »

Enumérant alors ses consolations d'un nouveau genre, il

dit à sa mère tout ce qu'elle a souffert dans la vie, et il en tire la conclusion qu'elle doit être endurcie contre la douleur. Cette dissertation montre partout d'une manière visible le plan du sujet : !« Sa mère ne doit pas s'affliger pour lui ; 2o sa mère ne doit pas s'affliger pour elle. — Elle est pleine d'ailleurs d'un superbe mépris du monde et du plus beau stoïcisme.

« Mais, dit-on, être loin de sa patrie est chose insupportable. — Que faut-il répondre ? Vois donc cette multitude qui se presse à Rome ! Pour la plupart ils y sont venus de tous les points de la terre, poussés par l'amour de la vie publique, des ambassades, des plaisirs, des vices, de l'étude, des spectacles, de la spéculation, de l'éloquence ou de l'amitié. Maintenant, quitte cette ville, qui peut en quelque sorte être nommée la patrie commune : parcours toutes les autres cités, visite les îles, va en Corse, tu trouveras partout plus d'étrangers que d'indigènes. L'âme donnée a l'homme est toujours en mouvement parce qu'elle est agitée par un esprit céleste. Contemple les astres qui éclairent le monde; il n'en est pas un qui s'arrête ; sans cesse ils marchent et passent d'un lieu dans un autre. » Cette belle pensée, Sénèque la doit à son talent de poète. Notre célèbre Chant du voijageur dit : «c Le soleil ne reste pas immobile au ciel ; mais il est poussé sans cesse à travers les terres et les mers, d

« Pour endurer ces changements de lieu, continue Sénèque, Varron, le plus docte des Romains, pense qu'il nous suffit de jouir, partout où nous allons, de la même nature. Il suffit, suivant M. Brutus, à ceux qui partent pour l'exil, de pouvoir emporter avec eux leurs vertus.... En effet, combien ce que nous avons perdu est peu de chose ! Deux choses, les plus précieuses de toutes, nous suivront partout où nous porterons nos pas, la nature qui est commune à tous, et la vertu

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