‹ Histoire des CorsesChapitre 162 sur 408 · CHAPITRE V. Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. Ml

qui nous est propre. Parcourons tous les pays, nous n'en trouverons pas un seul dans l'univers qui soit étranger à l'homme. Partout notre regard s'élève à une égale distance vers le ciel, et le même intervalle sépare les choses divines des choses humaines. Pourvu que mes yeux ne soient pas arrachés à ce spectacle dont ils ne se peuvent rassasier, pourvu qu'il me soit permis de regarder la lune et le soleil, de plonger ma vue dans les autres astres, d'interroger leur lever, leur coucher, leur distance et les causes de leur marche, tantôt plus prompte, tantôt plus lente, d'admirer, durant les nuits, ces innombrables et brillantes étoiles, dont celles-ci sont immobiles, dont celles-là s'écartent par une déviation légère, mais se roulent toujours dans la voie qu'elles ont déjcà tracée ; tandis que d'autres s'élancent soudainement, d'autres nous éblouissent avec un sillon de lumière, comme si elles allaient tomber, ou volent traînant après elles une longue chevelure de flamme ; pourvu que je vive en cette campagne, et que je me mêle, autant qu'il est permis à l'homme, aux choses du ciel; pourvu que mon âme, aspirant à contempler les mondes qui participent de son essence, se tienne toujours dans leurs régions sublimes, que m'importe à moi ce que je foule sous mes pieds ? Et pourtant la t^ rre où je suis a peu d'arbres qui donnent des fruits ou de l'om- Drage ; elle n'est pas arrosée par des fleuves larges et navigables ; elle ne produit rien que viennent lui demander les autres nations, suffisant à peine à faire vivre ses habitants : on n'y taille pas la pierre précieuse ; on n'y fouille pas des veines d'or et d'argent. C'est une âme rétrécie que celle que charment les objets de la terre : tournons-nous vers ceux qui partout se laissent voir également, qui brillent également partout. T)

Si j'avais ici le Kosmos de Humboldt, je voudrais voir quel parti notre grand naturaliste a tiré de ces considérations

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élevées de Sénèque, quand il traite du sentiment des beautés naturelles ches les anciens.

J'ai trouvé aussi belles et ingénieuses les pensées suivantes :

« Plus nous aurons allongé nos portiques, plus nous aurons élevé nos tours, plus nous aurons étendu nos domaines, plus nous aurons creusé nos grottes d'été, plus audacieuse sera la masse qui couronnera le faîte de nos salles de festins ; — plus nous aurons fait pour nous cacher le ciel.... Brutus, dans le livre qu'il écrivit sur la VeiHu, dit qu'il vit Marcellns en exil à Mitylène vivant avec autant de bonheur que le comporte la nature de l'homme, et alors plus ardent que jamais aux nobles études. Aussi il ajoute que, sur le point de le quitter, il lui semblait partir lui-même pour l'exil, plutôt que le laisser en exil. »

Puis vient Téloge de la pauvreté et de la tempérance opposées à la vie crapuleuse des riches, qui fouillent toutes les profondeurs pour chatouiller leur palais, qui tirent le gibier du Phase et vont chercher des oiseaux jusque chez les Parthes, qui vomissent pour manger et mangent pour vomir.

<( L'empereur Caligula, dit Sénèque, que la nature me semble avoir produit pour montrer ce que peuvent les grands vices dans la grande fortune, mangea, dans un seul souper, dix millions de sesterces ; et malgré le secours de tant de génies inventifs, à peine trouva-t-il le moyen de dépenser en un repas le revenu de trois provinces. )>

Gomme Rousseau, Sénèque prêche le retour de l'homme à l'état primitif. Les époques des deux moralistes étaient analogues ; et ils se ressemblaient eux-mêmes par la faiblesse du caractère, bien que, comparé à un Rousseau, Sénèque fût encore un Romain et un héros.

« Les fdles de Scipion reçurent leur dot du trésor public, parce que leur père ne leur avait rien laissé.... Heureux les

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